Seconde chance

La demande

Chapitre 3 : Isolement

Le docteur Rockwell était un homme de nature douce et amicale, Hermione l'appréciait bien, il avait pris le temps de lui faire visiter l'aile pédiatrique, de lui indiquer où se trouvait son bureau ainsi que celui de son futur psychologue. Il était attentif à toutes ses questions, prenait le temps d'y répondre et la rassurait sur son séjour à venir. Hermione l'appréhendait un petit peu à dire vrai, elle aimait bien sa petite routine et son confort alors changer d'environnement la stressait. Cependant rester loin de chez elle et isolée ne pouvait qu'être bénéfique, elle devait trouver la solution à ce voyage temporel complètement loufoque. C'était son principal objectif et surtout, savoir si elle retournait dans son monde ou si elle restait dans celui-ci. Son ancienne vie était un fiasco sans nom, c'était un fait indéniable, mais est-ce que celle-ci méritait d'être vécue ? Ça Hermione n'en savait rien. Pour le moment sa nouvelle vie lui offrait des opportunités magiques, entré dans l'intimité de Malefoy, la possibilité de sortir de la spirale infernale qu'avait créée Nott, et peut-être même avoir droit au bonheur. Hermione devait percer ce mystère coûte que coûte.

La jeune fille soupira puis s'étira en s'affalant contre l'oreiller. Par chance elle était seule dans sa chambre, personne pour venir la déranger. Face à elle, posé sur ses genoux, son ordinateur portable chargeait une page web. L'évolution de la technologie en huit ans était impressionnante, c'était très étrange de se reconnecter avec des choses du passé, qui pour certaines avaient disparu du commerce ou des habitudes qui n'étaient plus. Sa vie matérielle du futur lui manquait, mais surtout, Pattenrond lui manquait.

Allez, soupira la jeune fille en tapotant sur la souris.

La page s'actualisa enfin, relevant un long texte d'une personne témoignant d'un voyage temporel qu'elle aurait vécu. Hermione se pencha plus en avant, lisant le témoignage. Au bout du deuxième paragraphe elle décrocha, ce n'était qu'un ramassis de fiction sans une once de réalisme. Mais y avait-il quelque chose de réaliste dans son histoire à elle ? Aucun. C'était déjà le cinquième site qu'elle regardait et aucun ne lui apportaient la réponse qu'elle souhaitait. Hermione referma l'ordinateur, elle attrapa un crayon et son carnet et l'ouvrit à la dernière page, elle y avait annoté toutes ses théories, de la plus inimaginable à la plus réaliste. Et en l'occurrence, celle réaliste était qu'elle était plongée dans le coma, qui devait être bien trop réel. Celle la moins probable physiquement mais bonne moralement était qu'elle avait été renvoyée dans le passé pour le changer et améliorer sa vie. Expliqué par le karma qui avait eu pitié d'elle.

-Ma pauvre Hermione, tu délire, soupira-t-elle.

Effectivement elle délirait, elle était peut-être même folle, complètement aliéné pour se retrouver dans une situation pareille. Un voyage temporel ? Si ce n'était pas complètement cinglé. Hermione se frotta les yeux, réfléchir à tout ça lui avait donné sommeille, et demain allait être une grosse journée. La jeune fille déposa son ordinateur sur sa table de chevet, glissa son carnet sous son oreille puis rabattit la couverture sur elle, dormir lui mettrait les idées aux claires.

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Si ce que le docteur Rockwell lui avait vendu était du rêve, la réalité était tout autre chose. Et cette réalité, ce gouffre qui la séparait désormais du reste du monde, lui avait sauté aux yeux en une seule matinée. La première était qu'elle avait un régime strict à respecter, suite à quelques prises de sang la veille la nutritionniste lui avait diagnostiqué plusieurs carences, une anémie ferrique et une insuffisance pondérale sévère. La seconde était un peu plus choquante, on lui avait déposé des couverts en plastiques, sous prétexte que des couverts en inox pourraient la tuer. Troisième chose plus flagrante une infirmière devait vérifier avant et après sa douche qu'elle n'avait rien de tranchant avec elle et qu'elle n'en avait pas caché dans la salle de bain. Ensuite on lui avait coupé les ongles à ras, énième prétexte pour qu'elle n'essaye pas de se faire du mal. Et pour finir, elle n'était pas libre de ses mouvements, on lui interdisait de quitter l'aile pédiatrique, elle ne pouvait voir personne et ses contacts avec les autres patients étaient minimisé le plus possible.

En venant ici Hermione s'était imaginé libre de ses mouvements, pouvant faire ce qu'elle souhaitait. Mais son acte avait des répercutions qu'elle n'avait jamais imaginé, les adultes en faisaient une affaire d'état, l'infantilisant au possible. Alors à côté de son assiette, sur son carnet ouvert sur deux pages vierges, Hermione nota sa nouvelle mission : sortir au plus vite d'ici. Cela n'était pas compliqué, elle devait juste montrer patte blanche, mais avec sa piètre tentative de suicide ça allait être compliqué. Hermione se gratta la tempe avec son stylo bille, elle cherchait activement un moyen pour écourter son séjour au plus vite.

Prouver que c'était juste une tentative, écrit-elle.

Ça sonnait déjà bien, si elle leur montrait qu'elle avait juste cédée au vice ils comprendraient que son acte était juste désespéré, qu'elle appelait à l'aide et qu'on l'avait écouté. La jeune fille ferma les yeux, le problème était que cette première tentative n'avait été que le début d'une longue descente aux enfers. Elle pouvait voir le futur arriver prochainement, voir son malaise en plein contrôle d'histoire, sentir le vent de la tour du château battre dans ses cheveux avant qu'elle n'en descende, effrayé par l'idée de s'en jeter à corps perdu dans le vide. Hermione se souvenait de toutes ses tentatives de suicide, elle s'en souvenait très bien car elle n'avait jamais réussi à en venir à bout. Pourquoi ? Car elle abandonnait facilement, préférant se raccrocher à sa pauvre vie infernale. L'optimisme la tuerait un jour, ça elle le savait, et elle en serait même malheureuse.

Reprendre du poids, inscrit-elle ensuite.

Depuis son enfance Hermione n'avait jamais été très en chaire, son métabolisme n'avait jamais voulu qu'elle pèse plus lourd. C'était une chose indéniable, mais depuis quelques temps elle ne touchait plus à rien, non pas qu'elle se souciait d'elle-même mais que l'envie n'était plus là, puis elle avait lu qu'en dessous d'un certain poids le corps cessait de fonctionner. N'était-ce pas une merveilleuse idée pour en finir ? Si, bien évidement que si. Mais s'il fallait qu'elle mange pour dix pour sortir d'ici elle le ferait, jamais personne ne pourrait lui enlever sa liberté, jamais.

Hermione inspira une longue goulée d'air médical, si elle voulait une nouvelle vie sans heurts il fallait qu'elle se détache définitivement de l'emprise de Théo. Le seul hic était qu'il l'avait totalement pour lui, il savait frapper là où ça faisait mal, il la connaissait mieux que personne. Comment pouvait-elle lui échapper ?
Rageusement Hermione mit sa phrase entre parenthèse, elle y réfléchirait plus tard, pour le moment elle devait se concentrer sur ses deux premiers objectifs. La jeune fille coinça son stylo à la dernière page écrite, puis referma le carnet. Elle devait manger avant que cela ne refroidisse.

Le ventre lourd Hermione se sentait ballonné, elle avait fini la totalité de son plateau repas, c'était une très bonne chose, mais elle l'avait fait trop vite et la nourriture mal mâchée lui pesait lourd dans l'estomac. Elle se rallongea dans son lit, pestant contre ses portions monstres qu'on lui imposait.

C'est à ce moment qu'une infirmière entra dans sa chambre, un chariot dans les mains. Elle s'approcha du lit de la jeune fille et inspecta le plateau, un sourire satisfait apparu sur ses lèvres.

-C'est bien Miss Granger, si vous continuez comme ça vous allez être en forme d'ici deux semaines.

Hermione lui sourit en retour, la nourriture manquant de sortir de sa bouche. Dès que l'infirmière eut récupérer son plateau et passé la porte la jeune fille se jeta sur son carnet, rouvrant la page qu'elle avait laissé. Prestement elle écrivit de nouveaux objectifs, tout cela réalisable sur deux semaines, deux semaines de torture avant de sortir d'ici. C'était littéralement faisable, elle le savait, supporter deux semaines d'hostaux n'était absolument rien comparé aux années infernales que lui avait fait subir Nott.

Trois fois par semaine Hermione avait rendez-vous avec un psychiatre, le docteur Rogue, un homme à l'allure antipathique et austère. Elle se demandait bien comment il avait pu finir psychiatre pour adolescent, il n'inspirait vraiment pas confiance.

-Miss Granger, commença-t-il de sa voix trainante et morose, parlez-moi de vous.

Hermione écarquilla les yeux, ne s'attendant visiblement pas à ce genre d'entretien. Lui parler d'elle ? Cela rimait à quoi ?

-Hum. Vous voulez que je vous dise quoi ? Demanda la jeune fille interloquée.

Le psychiatre releva ses yeux noirs sur elle, l'air passablement anéanti par sa condition humaine.

-J'aimerais qu'on apprenne à faire connaissance, dites-moi ce qui vous passe par la tête, dit-il en accompagnant sa phrase d'un geste évasif.

-Je m'appelle Hermione Jane Granger, mais on m'appelle plus communément Miss-Je-Sais-Tout. Je suppose que cela résume pas mal la situation ?

Elle haussa un sourcil, à la limite de la provocation. Contre toute attente le Dr Rogue esquissa un sourire satisfait, il baissa ensuite ses yeux sur la feuille vierge face à lui et entreprit de noter ce petit surnom. Hermione se redressa sur sa chaise, essayant de lire la suite des mots qui s'étalaient sur la feuille, mais le médecin croisa les mains dessus, l'empêchant de lire quoi que ce soit. Hermione se renfonça dans le siège, déçue.

-D'où vient ce surnom ? Continua Rogue, ayant enfin un sujet intéressant.

-Je suis une très bonne élève, alors souvent cela suscite pas mal de raillerie. Elle haussa les épaules avant de continuer : mais ça ne m'atteint pas particulièrement.

Rogue planta des yeux acérés dans les siens, déstabilisant la jeune fille.

-Alors pourquoi avoir tenté de vous suicider ?

La mâchoire d'Hermione tomba au sol, la question n'avait aucune subtilité, elle en était folle. Avec un reste de dignité Hermione la ramassa, les psy d'autrefois c'était quelque chose quand même… La jeune fille se passa la main sur la nuque, elle avait minutieusement préparé son mensonge, et selon le code déontologique du menteur parfait débiter un mensonge trop vite enlevait de sa crédibilité. Hermione n'avait pas du don pour mentir, elle avait appris au gré des fois où elle s'était fait prendre la main dans le sac, mémorisant ce qu'il fallait faire et ne pas faire. Là, en l'occurrence, la moindre erreur lui serait fatale.

-Je… Je ne sais pas ce qu'il m'a pris, j'étais désespéré. C'est vrai que c'est difficile des fois de devoir être la première de la classe.

Hermione se stoppa, scrutant chaque mimique de son nouveau psychiatre mais rien, il se contentait de la fixer de ses yeux noirs. Comprenait-il seulement ce qu'elle lui racontait. Hermione se racla la gorge, aucune réaction du médecin.

-Je pense que j'ai cédé facilement à la pression… Je n'aurais pas dû, c'est mal.

Il lui parut une éternité avant que le médecin hoche la tête et annote deux phrases sur sa feuille.

-C'est un bon début Miss Granger, vous avouez avoir besoin d'aide. Continuez.

C'était un réel sketch. Hermione n'en croyait pas ses oreilles, était-ce cela les séances de psy ? Elle ne pouvait y croire, il n'avait même pas pris en compte ce qu'elle lui disait sur le lycée. Elle souffrait, Hermione avait souffert le martyre durant ses années-là, elle en gardait encore d'horribles traumatismes. La jeune fille voulut se prendre la tête entre les mains, crier au désespoir. Elle était prise entre deux eaux, d'un côté elle avait la capacité de régler définitivement ses problèmes avec Nott, mais cela voulait aussi dire rester ici pour longtemps et Hermione n'avait pas l'éternité. Elle voulait rentrer dans son monde, retourner à son époque ou même sortir de ce fichu coma. Elle devait trouver une solution à cette situation, une explication tangible devait être établi. Pour cela elle devait devenir libre et sortir de l'hôpital, elle se détestait d'avoir cru à l'image idyllique qu'elle s'en était fait. Dans ses souvenirs les hospitalisations ne ressemblaient pas à ça, enfin, celles normal. Hermione avait commis une erreur, elle en était consciente, et son erreur devait se payer cher.

La séance lui avait semblé durer des heures, il l'avait laissé parler sans l'interrompre, notant sur sa fichue feuille. Hermione n'y comprenait plus rien, elle avait l'impression de parler dans le vide, de déblatérer des idioties pour rien. Il l'écoutait, ça c'était sûr, mais son débit de parole semblait limité pour une heure. Comment comptait-il la faire avancer ? Hermione secoua violement la tête, elle n'était pas là pour se sortir de ses problèmes, elle devait se recentrer sur ses objectifs : sortir d'ici et retourner à son époque, si cela était faisable, bien évidemment. Mais si elle avait réussi à faire un bon dans le passé, elle était aussi capable de le faire dans le futur. Seule question en suspens, restait à savoir comment elle allait s'y prendre.

Les questions métaphysiques restèrent en suspens dans sa tête quand elle aperçut une tignasse blonde avachie sur une chaise. Malefoy. Toute bonne logique lui aurait dit de tourner les talons ou de tracer jusqu'à sa chambre, malheureusement la Hermione Granger qu'elle était avait l'irrépressible envie de lui parler. C'était comme un besoin viscéral bien plus fort que sa raison, son corps entier la poussait à aller voir Malefoy. Ecoutant ses instincts primaires plutôt que sa raison, Hermione franchit les quelques pas qui la séparait de Malefoy. Là encre elle crut voir une autre personne, un Drago plus débraillé, terne et vide. Il avait un lourd casque sur les oreilles, paravent de tous autres bruits émanant de l'hôpital. Pour couronner le tout, il avait les yeux fermés. Hermione hésita, elle allait lui foutre une trouille monstre si elle lui tapait l'épaule, et évidemment il allait s'énerver, mais là encore sa main la démangeait. Son cerveau de vingt-cinq ans avait mis ça sur le compte de l'adolescence, ses hormones en ébullitions ne savaient plus comment se comporter face à un beau jeune homme.

-Tu peux arrêter de me fixer comme ça, soupira la voix de Malefoy.

Hermione sursauta, plantant ses yeux dans ceux du garçon qui la regardait avec un air amusé. Elle cacha ses mains derrière son dos, essayant de se donner l'air innocent qu'elle n'avait pas.

-Pardon, s'excusa-t-elle alors qu'il retirait son casque, c'était bizarre.

-Pas plus que d'habitude, haussa des épaules Drago comme si la situation était normale.

-Pardon ? s'offusqua Hermione, partagé entre le fait qu'il la trouve bizarre ou qu'il insinue qu'elle passait son temps à le regarder.

Il pouffa.

-Tu passes ton temps à me regarder, Granger, je m'y suis habitué, pas la peine de t'excuse.

-Je… C'est faux, ne trouva-t-elle qu'à redire.

Malefoy haussa un sourcil, pas du tout dupe. Depuis le début de l'année elle n'arrêtait pas de le fixer, il ne s'en était pas trop formalisé, après tout il s'en fichait. Mais son intérêt pour Granger avait augmenté quand Blaise avait insinué qu'elle pouvait lui trouver du charme, ou bien même qu'elle devait le trouver à son goût. Comme tout adolescent de seize ans Drago avait pris légèrement peur, ne souhaitant pas se retrouver avec une stalkeuse qui irait lui glisser des poèmes d'amours dans son casier. Par chance, Granger en était resté au stade de l'observer en cachette. Enfin, ça c'est ce qu'elle croyait.

-Granger, cesse de faire l'enfant et assume : tu adore me mater à longueur de journée.

Le rouge monta aux joues d'Hermione, il était vrai que dans ses souvenirs elle avait durant quelques mois eu un petit intéressement pour Malefoy, contrairement à certain il avait bien vécu sa puberté, en plus d'un facies assez agréable à regarder. Mais de là à dire qu'elle passait son temps à le fixer, il allait trop loin.

-Je ne te permets pas, bafouilla Hermione.

Voyant qu'elle n'avouerait pas, Drago se contenta de secouer la tête, personne n'arriverait à faire entendre raison à Granger. Cette fille était bien trop bornée à son goût.

-Ton séjour à Azkaban se passe bien ? Ironisa le jeune homme.

Hermione lui retourna un regard noir, Azkaban était la prison qui jouxtait la ville, et ce qui y trainait n'était pas tellement reluisant.

-Très drôle Malefoy, désespéra la jeune fille.

Drago pouffa encore une fois, trouvant sa blague très comique.

-L'endroit peut prêter à confusion, ajouta-t-il pour toute explication.

Hermione secoua la tête, ce gosse était irrécupérable. Malefoy sortit un MP3 de sa poche de pantalon et éteignit la musique, puis il releva ses yeux sur Hermione qui n'avait pas dévié son regard de lui un seul instant. Il esquissa un sourire, elle venait de confirmer ses propos quelques minutes plus tôt.

-Et toi, pourquoi tu es ici ? Questionna la jeune fille, le voyant visiblement enclin à discuter.

-J'avais un rendez-vous, répondit-il sans plus d'ambages.

-Avec qui ? Continua Hermione, curieuse.

Malefoy fronça un sourcil, n'aimant pas la manière qu'elle prenait de lui soutirer des informations comme s'ils étaient amis. Drago ouvrit son sac à dos et y fourra son casque puis son MP3.

-Mêles-toi de tes fesses Granger, lui intima-t-il avec politesse.

-J'essaye juste faire la conversation, expliqua Hermione en levant les bras au ciel, l'air évident.

Un instant les yeux de Drago restèrent fixés sur ses bandages, un instant où un pincement au cœur le prit. En lui se créait un certain malaise, savoir « ça », l'avoir vu, le dérangeait. Incompréhensiblement il se sentait coupable, acculé face à des fautes, qui pourtant n'étaient pas les siennes. Qu'avait-il fait à Granger ? Rien, absolument rien. Mais n'avoir justement rien fait ne le rendait pas coupable ? Peut-être.
Sentant le jeune homme insister un peu trop sur ses bandages, Hermione choisi de croiser les bras derrière son dos, la honte lui consumant les joues.

-Retourne dans ta chambre et fou moi la paix, renchérit Drago.

Pour une raison obscure Hermione ne voulait pas le laisser seul, c'était peut-être son côté adulte qui ressortait. De plus elle avait toujours été curieuse et monstrueusement altruiste, alors laisser une âme en peine c'était très peu pour elle. D'ailleurs elle se trompait peut-être, Malefoy n'avait pas besoin qu'on lui tienne compagnie, mais Hermione n'était pas insensible à ce vide dans ses yeux.
La jeune fille prit place à ses côtés, ignorant superbement le regard noir que Drago lui lança. Pour toute réponse elle lui sourit, essayant de lui communiquer de bonnes ondes.

-T'es chiante, argumenta-t-il juste.

-Peut-être, mais ce ne serait pas cool de ma part de te laisser seul.

Il arqua un sourcil, intrigué.

-Pourquoi ?

-Tu as l'air triste, sourit faiblement Hermione.

Il rit jaune, secouant la tête par tant de perspicacité.

-Perspicace la Granger.

Hermione haussa ses deux sourcils, confuse par ses propos. Elle se gratta la nuque, cherchant dans son expression faciale quelque chose qui pourrait l'aiguiller. La nostalgie qui s'y peignait la rendait abasourdie, elle n'aurait jamais cru voir une telle expression sur le visage de Malefoy. Il était si froid, presque insensible à ce qui l'entourait. A l'époque Hermione s'était amusé à le comparer à un glaçon, vide et froid, un être qui ne se contentait que de se consumer lentement. Là elle découvrait chez lui une émotion, certes triste et qui ne faisait que renforcer le tableau déjà gris, mais une émotion tout de même.

-Pourquoi ? Se risqua la jeune fille.

Malefoy releva ses yeux sur elle, croisant ses iris brunes. Ses lèvres s'étirèrent en un mince sourire fade. Il ne savait pourquoi, mais Granger donnait l'air d'une personne rassurante, et sa maturité avancé lui assurait un réconfort qu'il avait peu connu.

-Mes parents sont décédés, Granger.

Le regard abattu qu'il lui lança la pris de plein fouet, elle papillonna des yeux, retenant la boule de tristesse qui lui bloquait la gorge. Elle ne s'était pas souvenue de ça, ce petit détail, qui au final n'en était pas un, n'avait pas fait écho dans sa tête. Drago sembla remarquer son trouble car il secoua la tête, semblant lui faire comprendre que ce n'était pas un drame si elle ne s'en souvenait pas.

-Pardon, s'excusa automatiquement Hermione, les joues rougis par la honte.

-J'vais pas t'en tenir rigueur Granger, lui assura Malefoy.

Le cœur d'Hermione s'emballa, une vague d'émotions négatives la submergea, elle se sentait en faute, mauvaise, débile et ignoble d'avoir oublié le décès des époux Malefoy. Pourtant, en fouillant au plus profond de sa mémoire, les époux Malefoy étaient toujours en vie. Malgré cette vague néfaste, l'esprit pratique d'Hermione nota cette information étrange dans un coin de sa tête.
Face à elle Malefoy s'était mis à fixer le couloir, où les soignants faisaient des allers et retours, il avait encore la mine sombre, les sourcils froncés et l'air toujours autant apathique. Hermione se mordit la lèvre, le problème entre eux deux c'était qu'ils ne s'étaient jamais vraiment parlé, ils n'avait fait que ce côtoyer pendant des années. Hermione aurait voulu poser sa main sur son bras, lui apporter un peu de réconfort, mais cette distance entre eux la freinait. Elle finit par proposer quelque chose de simple, sans émotion mais qui pourrait tout de même dérider le jeune homme. Car même sans rien savoir de lui, l'altruisme général d'Hermione prenait le dessus, et cela même s'il n'avait jamais rien fait face aux mauvais traitements de Nott.

-Je te paye un café ? Proposa Hermione, un sourire avenant au visage.

Drago resta interdit quelques secondes, la fixant comme si elle venait de lui demander tout l'argent de son compte en banque. Puis, il finit par éclater de rire, ce qui fit rougir la jeune fille, mal à l'aise. Hermione ouvrit la bouche, cherchant ce qu'elle avait bien pu dire d'aussi drôle, ne voyant pas du tout en quoi sa question était hilarante. Peut-être qu'il avait pris ça pour un rencard… Il est vrai qu'à seize ans ça ne se faisait pas encore d'inviter une personne du sexe opposé à boire quelque chose sans arrière-pensée.

-Roh putain Granger, jura le blond en se tenant l'arête du nez, tu sors de quelle dimension ?

-Je suis toujours la même, protesta la jeune fille, gonflant les joues.

Drago secoua la tête, depuis qu'elle lui était tombé dessus il avait l'impression de voir une nouvelle Granger face à lui, non pas qu'il la connaisse par cœur, mais que ses actions étaient plutôt étranges. Sa façon de parler, de se tenir, son vocabulaire ou encore ce nouveau côté altruiste. Tout cela n'avait rien à voir avec la fille effacé et peureuse qu'il avait l'habitude de côtoyer.

-Bon, tu le veux ou pas ce café ? S'empourpra Hermione, bien décidée à aller jusqu'au bout de sa démarche.

Il soupira, charmé par tant de bonté.

-Allez, c'est bien parce que j'ai rien à faire.