La fille de la Salle-sur-Demande

Chapter 12

Le départ de Pansy changea drastiquement le comportement de ses deux compères de toujours et, pour une fois, Isabella se surprit à vouloir leur remonter le moral. Elle ne savait pas pourquoi, n'arrivait pas à se comprendre elle-même sur le pourquoi du comment de ce qu'elle faisait mais voilà que, de toute évidence, elle avait passé des heures à essayer de trouver des arguments pour convaincre Ginny de l'aider. Heureusement que cette dernière était une férue de Quidditch, sinon il était certain qu'Isabella aurait dû se débrouiller seule.

Toutes les deux, elles réussirent à créer dans la plus grande pièce de la maison, le salon en l'occurrence, une sorte de mini-terrain de Quidditch assez grand tout de même pour que deux ou trois balais puissent jouer normalement. Les anneaux avaient été faits avec tout ce que les deux jeunes femmes avaient pu trouver ce qui allait d'une boîte vide de dragées surprises de Bertie Crochue à des tableaux qui ne pouvaient tenir ainsi qu'avec l'aide de la magie. Bien qu'elle ne douta pas un instant des talents de sa coéquipière, Isabella préféra tout de même laisser un petit sort supplémentaire pour être certaine de l'équilibre de la structure.

Drago et Blaise, eux, s'étaient mis à douter. Ils ne pouvaient pas en vouloir à Pansy d'être partie mais ils commençaient à douter de leur présence en Angleterre. Pourquoi rester si ce n'était que pour perdre autant de choses, au final ? Les deux adolescents étaient tellement perdus dans leurs pensées qu'ils ne firent même pas attention au fait qu'ils étaient appelés à venir se mettre à table avec une heure d'avance par rapport à d'habitude. Quelle ne fût pas leur surprise lorsqu'ils virent celle que les deux autres personnes vivant avec eux avaient préparée.

Sans qu'ils ne sachent comment, Isabella avait su qu'ils avaient eu besoin de se défouler, de trouver un semblant de vie d'avant.

Isabella regarda les deux garçons jouer, bientôt rejoints par une Ginny qui n'avait pas réussi à rester à sa place, avec un étrange regard. Elle commençait à ressentir quelque chose, là, tout au fond d'elle-même mais elle ne parvenait pas à décrypter ce que c'était. Était-ce là ce dont ces deux garçons de Gryffondor lui avaient parlé, à l'époque ?

Lors du repas qui suivit, rien n'aurait pu indiquer ce qu'il était sur le point de se passer, ni les discussions desquelles personne n'était de côté ni les voix enjouées et bien plus heureuses, bien moins méchantes qu'à l'ordinaire. Les quatre habitants discutaient comme quatre adolescents normaux de leur âge et, un instant, quelque part dans la conversation, le nom de Voldemort fusa. Bien sûr, ce n'était pas la première fois que quelqu'un osait prononcer ce nom honnis mais c'était bien la première fois depuis que le Tabou avait été instauré.

Isabella n'avait pas été prévenue, ni elle ni aucune autre des personnes attablées ce soir-là. Pourtant, la jeune femme sentit très distinctement les barrières entourant l'habitat s'affaiblir puis se briser totalement.

« GINNY FAIS NOUS TRANSPLANER MAINTENANT ! »

Dans la panique, Isabella ne pouvait pas faire grand-chose de plus et encore moins dévoiler son identité. Elle espérait simplement que l'image mentale qu'elle avait essayé d'envoyer Ginny avait fait son effet et qu'ils se retrouveraient tous les quatre à l'endroit prévu en cas de problème entre Severus et la jeune femme.

Pour le lieu, tout s'avéra bon puisque Isabella reconnut tout suite la maison de prairie moldue, bien plus petite que la maison sorcière de laquelle ils provenaient. Pourtant, quelque chose semblait manquer.

Isabella commença à compter.

Un, Ginny était là.

Deux, Blaise aussi était-là.

Trois, elle-même était également là.

Quatre…

Quatre ?

Où était Drago ?

Blaise et Ginny commençaient à paniquer, Isabella le sentait bien. Il était largement temps de faire quelque chose avant que la situation ne dégénère, mais quoi ? Pour eux, elle n'était qu'une moldue avec un tempérament assez chaud !

La première chose à faire était déjà de se mettre à l'abri alors Isabella invita, ou ordonna plutôt, à ses deux compagnons d'infortune d'entrer dans la maison.

La deuxième chose à faire était de rajouter des protections à la maison, maintenant qu'ils vivaient dedans et la jeune femme s'en occupa seule. Dans l'état où étaient Ginny et Blaise, ils ne se rendraient sûrement pas compte que la protection de leur nouvelle demeure n'était pas totalement finie.

La troisième chose à faire était de prévenir Severus au plus vite mais Isabella se rendit rapidement compte que c'était inutile. Si les Mangemorts avaient trouvé le fils Malefoy, alors Severus serait rapidement mis au fait et prendre un risque en essayant de le prévenir devenait complètement inutile.

Normalement, il n'y avait rien de plus à faire mais Isabella sentait que ses deux colocataires ne seraient pas d'accord et, au final, qu'elle-même n'était pas d'accord non plus. Drago ne pouvait décemment pas rester là-bas mais il était bien impossible d'aller le récupérer en plus d'être l'une des opérations les plus risquées que la jeune femme n'ait jamais tenté dans sa vie.

« Il faut qu'on y retourne. »

Ça y était, Blaise commençait à paniquer et Isabella savait que seule une discussion stérile les attendait.

« Il en est hors de question, répondit Isabella, à moins que tu ne veuilles te faire tuer. »

Blaise et Ginny la regardèrent comme s'ils ne la connaissaient pas, comme si elle n'était que l'une de ces personnes qui ne ressentent rien et qui ne peuvent pas comprendre ce genre de chose. Au final, ce n'était peut-être pas si éloigné de la réalité.

« Il faut faire quelque chose…

Et quoi ? Tu veux y retourner alors que tu ne sais même pas où nous étions exactement et alors que tu ne pourras peut-être pas nous retrouver ? »

Blaise ne voulait pas s'avouer vaincu mais il n'en avait plus réellement le choix. Isabella enchaînait les arguments.

« Si tu y vas, continua-t-elle, tu vas simplement aller dans la gueule du loup. Seul, avec un coup de bol énorme, Drago pourra peut-être s'en sortir. Ça ne sert à rien de risquer une vie de plus. »