Celui qui à tout perdu

Le plus fort

Bonsoir à tous,

Quelques nouveaux chapitre ce soir, deux ou trois, je pense!

Je vous souhaite bonne lecture! N'oubliez pas de laisser une petite trace de votre passage pour me dire ce que vous avez pensé de cette histoire ! :)

La salle de réunion était en effervescence, les Mangemorts tendus, échangeaient à voix basse, mais on entendait percer des accents outrés. Tous jetaient des coups d'œil nerveux à leur Maître, attendant de savoir quelle serait sa réaction et qui prendrait la responsabilité de ce qui venait de se passer. Il régnait une chaleur étouffante dans la pièce et cela n'était pas tant dû au feu qui ronflait dans la cheminée qu'à l'agitation des personnes présentes. La peur était presque palpable, elle suintait des murs et se lisait sur tous les visages.

Le silence se fit soudain dans la salle, alors que Voldemort se levait et balayait de regard l'assemblée, calme en apparence. À côté de lui, Ambre pouvait sentir de puissantes vagues de magie émaner de son mari, preuve de son immense colère. Elle savait que quelqu'un allait être puni ce soir, elle-même était assez mécontente de la tournure des événements, le plan de base lui avait paru si simple à exécuter. Plutôt que de tenter de tempérer son mari, elle songea que le mieux était de le laisser déverser sa colère qui, et c'était sûrement ça le plus important pour elle, ne lui était de toute façon pas destinée.

« -INCAPABLES !

Plusieurs Mangemorts sursautèrent à ce cri, tant il était rare que Voldemort hausse le ton, un simple murmure lui suffisait généralement à se faire obéir. Malefoy, lui, regardait obstinément devant lui, résolu à ne pas croiser le regard de son maître. Il était malade depuis quelque temps, mais à présent son teint arborait une délicate couleur verdâtre peu engageante. Alcyone, paraissait furieuse et jetait de fréquents coups d'oeil au vieux Pratt, celui-ci semblait vouloir disparaître sous la table, mais Tom ne lui en laissa pas le temps.

-Lève-toi, viens ici…

Rassemblant son courage, le Mangemort quitta sous siège et remonta la longue table jusqu'à se poster devant son maître. Celui-ci lui lança un regard méprisant et se mit à faire les cent pas face au pauvre homme. Pauvre homme…il fallait le dire vite. Pratt était certes de haute lignée, mais il n'avait jamais su se comporter en société. Il était aussi gras que grossier et on l'avait plusieurs fois accusé, sans preuve malheureusement, de se fourvoyer avec des femmes sangs de bourbes. Il était paresseux au possible, mais également extrêmement cruel, lorsqu'il savait une victime faible, un mélange détonnant qui faisait que peu de personnes l'appréciaient au sein des Mangemorts. Nombreux étaient ceux qui plaignaient secrètement son épouse, Albertina, de devoir le supporter et plus encore, de lui avoir donné un enfant.

-Tu avais une mission, UNE mission, reprit le mage noir. Tous les autres ont rempli leur rôle, c'était capital…

-Je suis désolé, Maître, le sortilège aurait dû fonctionner…balbutia Pratt, sa face rouge luisante de sueur.

Voldemort retourna à la table, se saisit d'un journal et le lança au visage du Mangemort qui l'attrapa maladroitement.

-Veux-tu s'il te plaît, lire les gros titres pour nos amis qui ne seraient pas au courant ?

Tremblant quelque peu, le Mangemort reprit assez de contenance pour pouvoir articuler sans que sa voix ne le trahisse :

-« Nobby Leach élu ministre de la magie dans un duel serré contre son adversaire de l'opposition ».

-Nobby Leach…, asséna Tom, détachant chaque syllabe. Un sang de bourbe… Un sang de bourbe DIRIGE NOTRE PAYS !

Des murmures de contestations s'élevèrent de la table. La nomination de Leach ne faisait pas uniquement scandale au sein des Mangemorts, toutes les vieilles familles de Sangs Purs se disaient indignées par cette nomination. Il y avait eu une vague de démission au ministère, en signe de protestation. C'était la première fois qu'un né moldu parvenait à devenir ministre de la magie. Ambre s'était sentie mal à l'aise à cette idée. Personne ne savait ce qu'un tel gouvernement pourrait donner et surtout, cela était à des années-lumière des plans de son époux. Les croyances de Voldemort avaient tellement faites leur chemin de son esprit qu'elle ne ressentait qu'une grande injustice pour la cause sorcière face à cette nomination.

-Alcyone s'est sacrifiée pour mener en bateau l'ancien ministre, Malefoy a usé de mille stratégies pour nous hisser dans le gouvernement, tous les autres ont servi fidèlement et TOI, tu n'es pas fichu de trafiquer le décompte des voix ?

Ambre qui détestait cordialement Pratt pour sa vulgarité naturelle et son manque de classe afficha une moue dégoûtée en voyant le Mangemort se jeter aux pieds de son mari et s'accrocher à sa robe.

« Tu es cuit. » Pensa-t-elle.

-Il devait y avoir des protections supplémentaires ! Je suis désolé, j'ai fait tout ce que j'ai pu, je vous supplie de me pardonner, j'ai fait tout ce qui était possible !

Voldemort releva avec lenteur son fidèle et l'étreignit comme un ami en console un autre. Sauf qu'un ami n'en profite pas pour pointer sa baguette dans le dos de celui qu'il étreint.

-Ce n'était manifestement pas suffisant, murmure le mage noir. Je transmettrais ton bon souvenir à ta femme et ton fils… Avada Kedavra !

À bout portant, le sortilège frappa Pratt qui s'effondra dans les bras de Voldemort, le visage figé dans une dernière expression de surprise, mort. Le lord le laissa glisser au sol, s'en détournant sans plus de cérémonie. Il prit une profonde inspiration avant de se retourner vers ses fidèles, un large sourire dément déformant ses traits.

-Bien, maintenant que nous sommes débarrassés des plus incompétents d'entre vous, peut-être pourrions-nous penser à ce qu'il convient de faire pour renverser la situation ?

Une heure plus tard, l'atmosphère s'était nettement détendue, de nombreuses solutions avaient été énoncées pour se débarrasser de cet encombrant ministre de la magie. Voldemort avait écarté les plus simples et les plus directes : il était encore trop tôt pour un coup d'éclat. Fin stratège, Malefoy avait été clair sur le sujet : il fallait s'accommoder de la présence du ministre pour au moins plusieurs années. Un assassinat pur et simple serait folie et desservirait leur cause. Leach serait alors élevé au rang de martyre et la défense des moldus et autres sangs de bourbes deviendrait le porte-étendard de toute une génération. Ambre avait, à juste titre, indiqué qu'il fallait plutôt consolider le parti de l'opposition. Macnair et Malefoy avaient pu creuser leur trou au ministère depuis quelques années déjà et si le premier n'était pas aussi respecté que le second, tous deux étaient souvent écoutés lorsqu'ils amenaient une idée. Alcyone ajouta qu'on pouvait compter sur le soutien de la famille Black qui était aussi éminemment respectée dans les hautes sphères.

-Force et de constater que notre mission ne semble pas être tout à fait en péril. Ce fâcheux contretemps ne fait que reculer l'échéance. Nous ferons payer Monsieur Leach en temps et en heure pour s'être cru digne d'accéder à un tel poste. En attendant, je veux que chaque motion en faveur des sangs de bourbes soit contrecarrée par ton parti, Abraxhas. Et demande à ton fils d'ouvrir grand ses oreilles, s'il entend quoi que ce soit d'intéressant à Poudlard, qu'il te le dise immédiatement. Yaxkley, contrôle la Gazette, donne-leur un pot de vin si nécessaire et renforce le recrutement. Macnair, effectue un travail de sape, je veux que le ministre ait aussi mauvaise réputation que possible, fouille dans son passé, invente s'il le faut, mais tâche de rester discret, je ouï-dire que Dumbledore pourrait traîner dans les parages ces derniers temps… Je sais que beaucoup aimeraient qu'il se lance en politique, mais il préfère se tenir dans l'ombre à donner des conseils comme un laquais. Je suis sûr qu'il se méfie de nous, alors méfie-toi de lui.

-Bien maître, il en sera fait selon vos désirs.

-La séance est levée. Gardez à l'esprit que notre cause est une lutte de tous les instants. Pensez à l'exemple de Pratt, un seul pas de travers, et vous le rejoindrez !

Les Mangemorts s'inclinèrent et quittèrent prestement la salle, heureux que la séance ne se soit pas conclue par une nouvelle mort.

Des elfes de maisons étaient déjà à pied d'œuvre pour faire disparaître le corps sous le regard quelque peu écœuré d'Ambre.

-Avais-tu vraiment besoin de le tuer ?

-Pour l'exemple, bien sûr ma chère ! Cela te déplaît ?

-Non, je m'en fiche, c'est juste qu'il semble encore plus répugnant dans la mort qu'il ne l'était dans la vie, répondit-elle avec indifférence. »

Il la scruta du coin de l'œil, sans qu'elle s'en rende compte. Elle avait changé. Bien sûr, elle avait énormément évolué depuis qu'il l'avait rencontrée, petite libraire passionnée. Elle avait grandi, s'était affirmée à ses côtés, jusqu' à devenir sa compagne, la Lady qui inspirait respect et crainte à tous ses fidèles. Mais depuis quelque temps, quelques semaines tout au plus, elle semblait plus épanouie, plus femme que jamais. Elle n'avait pas l'air d'en être consciente, mais elle débordait d'une sensualité simple qui ne le laissait pas indifférent. Et il n'était pas le seul, il suffisait de regarder quelques-uns de ses fidèles, cette ordure de Pratt en tête. Il aurait pu les tuer sur-le-champ pour leurs pensées qu'il devinait impures, mais il savait qu'il était au-dessus de tout ça et elle également. Les Mangemorts s'étaient parfaitement habitués à la jeune femme et leur respect s'accroissait avec les années. Si la partie n'était pas gagnée de prime abord, elle avait réussi à les convaincre de sa force. Avec elle, bientôt il dominerait tout, surtout maintenant qu'il dominait la mort. Non vraiment, Tom ne voyait pas ce qui pourrait bien se mettre en travers de sa route…Et il plaignait d'avance le pauvre fou, par exemple ce sang de bourbe de Nobby Leach, qui s'y risquerait… C'est donc avec un sourire qu'il suivit sa femme qui ordonnait à leurs elfes de préparer le repas.

Quelques jours plus tard, le manoir avait retrouvé son calme coutumier. Ambre se réveilla de bonne heure et de fort bonne humeur. Elle avait une grande nouvelle à annoncer, elle était un peu près certaine de ce qui lui arrivait, certains signes ne trompant pas. Mais prudence étant mère de sûreté, un petit contrôle s'imposait avant toute chose. Comme à son habitude, elle passa sa matinée à flâner dans le jardin, avant de se préparer à se rendre sur le chemin de traverse. Une idée lui trottait dans la tête depuis quelques jours et elle s'était décidée à la concrétiser. Un quart d'heure plus tard, c'est donc apprêtée et pomponnée, qu'elle transplanna sur le chemin de traverse. Elle se dirigea d'un pas sûr vers la boutique de l'apothicaire. Elle adorait cette boutique. Dès qu'elle poussa la porte, elle fut enveloppée par le voile de fumée se dégageant de deux énormes chaudrons, au fond du magasin. D'innombrables étagères poussiéreuses croulaient sous un amas de flaques et de fioles en tout genre, chacune contenant des liquides précieux. Elle se dirigea vers le comptoir et actionna une antique cloche. Une minuscule sorcière apparue alors. Elle semblait presque disparaître sous un énorme châle violet ce qui lui donnait un air particulièrement comique. Mais Ambre savait que Madame Jocelyn était une sorcière exceptionnelle, qui pouvait concocter et un tour de bras n'importe quelle potion.

« -Ma chère, je ne vous attendais pas si tôt ! Elle est presque prête, encore deux minutes au chaudron à feu vif, et le temps de la mettre sous fiole…

-C'est parfait, Mme Jocelyn, pardon, mais j'avais tellement hâte !

-Je vous comprends bien mon enfant. Ah ces jeunes ! Enfin ce que j'en dis !

Ambre pouffa et s'installa sur un fauteuil aussi poussiéreux que les étagères en attendant que la vieille femme finisse son œuvre. Quelques instants plus tard, Mme Jocelyn lui remit enfin une petite fiole, emplie d'un délicat liquide jaune-orangé.

-10 gouttes devraient suffire et si vous n'êtes pas sûre, n'hésitez pas à recommencer ! Mais pas à jeun sinon gare aux brûlures d'estomac ! Prenez un solide petit déjeuner !

-Merci Madame Jocelyn, répondit Ambre avec un air solennel. Je ferais ainsi, promis ! Un Gallion et 5 Mornilles c'est bien ça ?

-Tout à fait ! s'exclama la vieille femme avec un sourire. Je vous souhaite une bonne journée!

-Merci ! »

Une fois dehors, dans l'air frais du matin, Ambre respira à plein poumon.

Un bon petit déjeuné, hein ? Avec un sourire, elle transplana et se retrouva dans une petite rue sombre à l'abri des regards. Elle se trouvait désormais à Londres, côté Moldu, mais suffisamment loin du centre pour ne pas être prise dans l'amas de touristes. Elle avait trouvé à deux immeubles d'ici un salon de thé dont elle avait fait son QG depuis quelques mois déjà. Elle avait même réussi à y emmener Florian. Celui-ci s'était acclamé haut et fort que les glaces étaient horribles, mais il avait dû reconnaître que les pâtisseries étaient délicieuses. Elle jeta un coup d'œil par-dessus son épaule pour s'assurer qu'Alcyone ne la suivait pas. Cela arrivait de plus en plus rarement, mais elle préférerait vérifier, elle voulait profiter de ce moment seule.

Elle respecta les recommandations de la sorcière, et commanda deux croissants et un chocolat chaud. Elle s'installa confortablement à une table à l'écart et déplia le parchemin qui accompagnait la potion : « Diluer 10 gouttes dans une goutte de sang, se reporter au code couleur ci-dessous pour connaître le résultat. En cas de doute merci de consulter votre médicomage référent ».

Incapable d'attendre plus longtemps, elle se saisit de la petite dague qu'elle emportait toujours avec elle et s'entailla légèrement le doigt. Elle fit tomber la goutte dans sa tasse (qu'elle avait préalablement finie) et y ajouta discrètement les 10 gouttes de la potion et patienta. Le liquide orangé sembla bouillir au contact de son sang et se colora d'un vert vif.

« Vert vif… Pas violet… Je suis enceinte ».

Ambre s'interrompit, scrutant fixement Harry dans les yeux. Celui-ci semblait médusé sur sa chaise, essayant péniblement de comprendre les implications de ce que venait de lui apprendre la vieille femme.

« -Un enfant…Un héritier…

Il se leva et parcourut la pièce du regard. Prudemment, il reprit :

-Mais je ne vois aucune photo, aucun souvenir, je n'ai même jamais entendu parler de cet enfant… Tout ne s'est pas passé comme prévu, n'est-ce pas ?

-Perspicace, mon cher ! Effectivement, mais ce n'est pas encore le moment de parler de ça… Je voudrais que tu comprennes ce que cela impliquait. L'importance de cet événement. Voldemort allait devenir père. Il allait gagner bien plus que ce que les horcruxes pouvaient lui apporter. Mais surtout, il n'avait alors plus rien à envier à tes parents…

-Je ne vois pas ce que viennent faire mes parents là-dedans !

-Voyons mon enfant, Voldemort à faillit mourir à cause de l'amour qui vous liait ta mère et toi. Car tout ça lui était inconnu. Que crois-tu qu'il se serait passé si à ce moment-là, Voldemort lui-même avait été père ? C'était un monstre, mais son enfant, tout comme moi, je suis sûre qu'il l'aimait…

-Alors… Le sort de mort n'aurait pas ricoché ? Je serais…mort ce soir-là ?

-Il y a de grandes chances en effet, et la prophétie aurait été réalisée… et une fois qu'il en aurait été libéré, personne n'aurait pu se mettre en travers de sa route, pas même Dumbledore…

Sans le montrer, Harry était ébranlé et effrayé. Il avait beau être père de famille, avoir bataillé à Poudlard et être un Auror émérite, il avait la chair de poule. Plus que quiconque, il savait que la vie était fragile et éphémère… Mais les révélations d'Ambre lui prouvait qu'il avait été à deux doigts de tout perdre, de n'avoir même jamais eu la chance de rencontrer toutes les personnes fantastiques qu'il côtoyait chaque jour. Il entrevoyait un futur qui aurait pu être tellement sombre, les moldus réduits à l'état d'esclaves, ses amis tués ou torturés. Un monde qui ne connaîtrait plus le rire ni la joie. Un monde ou son enfant n'aurait jamais vu le jour…

-Mais tout ça n'a pas eu lieu, Voldemort s'est enfoncé chaque jour un peu plus dans la noirceur, il a déchiré son âme et tué tes parents, te marquant comme son égal aux yeux de la prophétie, causant ainsi sa propre perte…

-Que s'est-il passé? Vous avez empêché tout ça ?

-Je suis loin d'être une héroïne, ce n'est pas moi qui ai changé le cours des choses, enfin pas directement. Je crois cependant qu'à ses yeux, je l'ai trahi. »