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Polllock

  • L'Autre Fille

    Quand je glissais mon regard dans celui de Lavande, je sentais la pieuvre s'agiter dans mon ventre. Les tentacules s'animaient, me plongeant dans une torpeur moite. Pourtant, je n'aimais pas les filles. Les accidents de cheminettes, les maladies mortelles, les passions involontaires : cela n'arrivait qu'aux autres.

  • L'heure du thé

    Jean parlait peu. Elle préférait regarder temps se diluer dans son thé trop amer. Alors, elle touillait le breuvage avec sa petite cuillère pleine de sucre. Lorsque les grains blancs se déposaient au fond de la coupelle, elle faisait glisser le thé odorant dans sa gorge translucide.

  • La Ronde des Courbes de Minuit

    "Tu appelais cela notre "vilain secret" avec un rire écrasé dans la gorge, comme si un chat s'y logeait tendrement."

  • L'écume victorieuse

    Il avalait la mer, d'une tasse amère, comme s'il partageait encore une dinette raffinée avec Victoire. Il lui parlait parfois. J'entendais sa voix ébréchée danser contre le vent. Il était tout noir de regret, avec son visage tout pâle. Il la couvrait de baisers qui faisaient ploc , emportés par l'écume.

  • La Noyade

    Maman serre les lèvres, si fort que son rouge s'efface dans les plis. Parfois, elle en a sur les dents et Louis rit. Et Papa répète que Louis est trop petit, que cela n'est pas de sa faute. Ce n'est pas qu'il est insolent, ma chérie, qu'il lui dit. C'est juste qu'il ne comprend pas.

  • Les belles images

    Avalant le liquide imaginaire avec délectation, Victoire faisait la conversation au pantin qui lui servait de dame de compagnie. Celle-ci, bien silencieuse, la laissait déblatérer autant de sottise qu'elle le souhaitait.

  • Les sanglots de la Mer

    Mes ongles s'enfonçaient dans le matelas que je bourrais de coup. Le coton rêche était Fleur. Fleur était rêche. Je frappais le coton rêche. Je martelais mes poings sur Fleur. Fleur était Maman. Maman était Fleur. Fleur était française. Je détestais la France. Je détestais Maman.

  • Dominique et la bibliothèque blanche

    Leur douleur est un pot de petits-beurre que j'avale avec fureur.

  • Le dernier plongeon

    Maman nous oubliait dans un froissement de cils, effaçant nos visages. Louis éparpillé sur le sable, Papa écrasé par la douleur. Et, moi, immergée dans l'eau jusqu'au cou. Il n'y avait plus que Victoire, la nuque fracassée, contre la berge. Victoire si belle dans son linceul glacé.

  • Tuer le temps

    Elle l'attendait. Immobile sur sa chaise qui lui marquait la peau. Il la trouve effacé, comme dilué par cette guerre qui n'en finit plus. Elle se confond avec le mur, un air emplâtré sur le visage. Elle reste là, le gris à l'âme, dans une éternelle attente.

  • Les attaches invisibles

    J'imaginais Victoire, enferrée. Le sable qui crissait sous son crâne dans cette grande boite blanche. Son corps encore blafard, maquillé pour faire illusion dans cette divine comédie.

  • Merci pour les souvenirs

    J'ai l'impression, furtive, que la maison de notre enfance n'existe plus. Comme si elle s'était envolée avec Grand-Père et Grand-Mère. Je recherche encore l'odeur apaisante de ses tartes qui craquaient sous la dent et de son parfum aux notes florale mais il n'y a que ce relent de cendre, rance, qui irrite nos poumons.

  • Une mort très douce

    Au milieu des décombres, alors que le monde devient plus flou, que les détails flottent contre ma rétine, je peux imaginer que je suis dans ses bras. Le monstre s'efface, la douleur n'existe plus. Je suis avec Seamus, je me fonds. Le rouge a gagné. C'est presque doux de mourir dans les bras de celui que l'on aime.

  • Les femmes gelées

    Les mots importaient peu, elle voyait tout. Quand ma gorge était serrée et mes yeux humides, elle m'emmenait dans le potager, derrière maison. Les genoux contre la terre, les mains collantes, concentrées sur notre besogne, elle me laissait parler. Le nœud se dénouait dans ma poitrine à mesure que l'amas de mots que j'éructais grossissait.

  • L'Adieu aux dames

    Il me suffit de fermer les yeux, d'agiter les bras et de tourner sur moi même et je suis cette fille là, sur la photographie de l'entrée. Elle qui s'agite contre les hanches de ce grand-père qui a le nom de mon frère.

  • L'odeur de la terre

    Sous ses doigts, les plantes frissonnent. Les plus aventureuses se collent à lui et ondulent contre sa paume, presqu'amoureuses. C'est à lui de devenir chatouilleux.

  • Resiste, prouves que tu existes

    Hannah résiste. Encore. Car résister elle ne peut plus faire que cela depuis que sa mère est morte et que son père, lui, est enfermé à Azkaban. Alors elle tient tête, aussi entêté et hardie qu'une Lionne. Après tout la flamme de l'insurrection bat encore dans son cœur et coule dans ses veines.

  • Lily Luna contre seulement Lily

    "Lily Luna contre seulement Lily. Quatre petites lettres qui me sauvent de la folie." Lily L. Potter. Lily Luna le sait, elle n'est plus que le reflet de cette Lily là. Elle n'est plus que Lily. Cette Lily héroïque qu'elle doit devenir, pour maintenir l'illusion. Mais Lily ne veut pas que l'on oublie ce Luna qui veut dire tant de chose malgré ses silences.