Black Sunset : Dark Matter

Chapter 12

Disclaimer : Bien entendu, Joanne Kathleen Rowling est la maman de Harry Potter et de tout l'univers magique qui lui est associé. Merci à elle d'autoriser les fanfictions sur son œuvre

Attention : Rated T pour le langage et les scènes violentes.

RAR :

Juliette : Hello ! Merci beaucoup pour ta review ! Ça faisait longtemps que je ne vous avais pas fait le coup du cliffhanger;) Même si Maellyn et Hermione avaient passé du temps ensemble à l'infirmerie (éveillées, j'entends), je ne pense pas qu'une amitié soit dans l'ordre des choses. Elle est un peu rebelle, Maellyn, mais la doctrine Sang-Pur est quand même ancrée dans son cerveau (sans oublier sa loyauté absolue à Draco). Je suis contente que le voyage à Paris t'ait plu:) Lucius est un salop fini, j'ai hâte qu'il soit renvoyé à Azkaban, ça me fera des vacances ! Les réponses arrivent pour Christopher. Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !

Merci à AndouilleEtSushi, lune patronus, malilite, mimi70, Almayen, Lyrumbra et Sundae Vanille pour leur review. Ça me fait toujours autant plaisir !

Bonjour à toutes et à tous !

Alors, ça boom (si, ça se dit encore d'abord!) en ce beau jour de mariage royale ?

Me revoilà avec la suite tant attendue de BS, après ce petit cliffhanger un peu sadique (allez, avouez que ça vous avez manqué).

Je tiens à vous annoncer la couleur tout de suite : ce nouveau chapitre est un monstre (30k, l'un de mes premiers de cette taille-là, et Morgane en soit témoin, c'est loin d'être le dernier...) et je pense que c'est l'un de mes préférés pour la première année de Maellyn, et la raison est simple : Narcissa is back !

A part ça, pas grand chose de plus... Je suis toujours sur 31, mais la situation se débloque chaque jour un peu plus et il y a même de bonnes chances pour que je le termine ce mois-ci (comme quoi, il ne faut jamais désespérer). Il risque toutefois d'être un énième monstre (ça ne sera que le troisième d'affilé) donc je ne vais pas crier victoire trop vite non plus...

Allez, bonne lecture !

Un grand merci à Sundae Vanille pour la relecture et les retours ! Et je ne le dis peut-être pas assez, mais sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !

Black Sunset

Partie III : Dark Matter.

Chapitre 12

Dark Matter : a term used to describe matter in the universe that cannot be seen, but can be detected by its gravitational effects on other bodies.

Secret : n. a piece of information that is generally known or is not known by someone else and should not be told to others.

Samedi 1er Mai 1993, Manoir Malefoy, Angleterre.

Onze heures résonna à travers le manoir sur un ton accusateur.

Narcissa se redressa dans le fauteuil où elle s'était assise après son petit-déjeuner, espérant sans trop y croire qu'Euphémia Rowle prendrait son ultimatum au sérieux et aurait le bon sens de lui passer un coup de cheminée, ou de lui envoyer un hibou.

Cela faisait plus de dix jours que Lady Rowle déployait un trésor d'imagination pour l'éviter, inventant des prétextes absurdes au départ – elle qui ne s'était rendue à aucune réception depuis la répartition de son fils, avait soudainement une vie sociale étouffante – puis avait commencé à s'agacer de son insistance – car elle avait insisté, bien plus lourdement qu'elle aurait aimé le reconnaître en public, mais les soupçons de sa filleule étaient beaucoup trop graves – et maintenant, elle lui infligeait un ultime affront en refusant de simplement la contacter.

Si elle pensait une seule seconde qu'elle était du genre à abandonner aussi facilement, elle se trompait lourdement, et s'il y avait encore eu la moindre chance pour que sa colère n'éclate pas, il était désormais trop tard.
Euphémia Rowle allait devoir faire face au pire puisqu'elle n'avait pas voulu se montrer raisonnable.

En passant devant l'un des miroir du grand hall, Narcissa vérifia que sa tenue était aussi irréprochable que lorsqu'elle l'avait enfilée. Une autre fois, elle aurait choisi une robe plus sage – Euphémia était de la même génération que Walburga et, tout comme sa défunte tante, elle ne jurait que par des robes aux manches longues et au discret décolleté – mais Narcissa avait besoin de lui montrer à quel point elles n'avaient rien en commun concernant leur vision du monde.

A quelle époque fallait-il remonter pour voir un enfant être retiré de Poudlard à cause de sa Répartition ? Même Walburga et Orion n'avaient pas été aussi loin, et Sirius avait alors été réparti à Gryffondor.

Narcissa jeta une poignée de poudre dans la grande cheminée, les flammes virèrent au vert et elle ne marqua pas l'ombre d'une hésitation.

La dernière lettre de Maellyn était particulièrement inquiétante. Christopher ne pouvait décidément pas rester chez ces gens.

Elle avait été trop jeune pour intervenir quand Sirius était puni bien trop sévèrement ou Regulus humilié devant toute la famille. Elle n'avait pas d'excuse cette fois-ci.

- Bureau de Thorfin Rowle.

Lucius et Thorfin travaillaient assez souvent ensemble pour que cette indication suffise. Après un très court moment, elle se retrouva dans l'entrée d'un appartement meublé avec une rare élégance – ce qui n'était certainement pas dû à Euphémia – et une jeune femme quitta aussitôt son bureau pour l'accueillir – brune, proche de la trentaine, un sourire parfait et une silhouette digne d'une gravure de mode... Il était possible qu'elle soit compétente, mais ce n'était pas cette qualité qui avait motivé son embauche –.

- Lady Malefoy, permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue. Lord Rowle est encore en rendez-vous, puis-je vous offrir une boisson pendant que vous patientez ?

- Je crains ma chère que cela ne soit pas possible. Rassurez-vous, je préciserai à Thorfin que vous avez rempli votre rôle.

Quoi que puisse lui reprocher Lucius plus tard – il n'appréciait guère sa croisade au nom de Maellyn, et il apprécierait encore moins quand il serait obligé de la soutenir –, elle avait été fair-play dans cette histoire. Elle avait envoyé des courriers, passé des coups de cheminée polis, et avait clairement prévenu les Rowle de ce qu'elle comptait faire s'ils continuaient à l'ignorer et à la prendre pour une idiote.

C'était comme si le monde sorcier avait oublié ce dont les Black étaient capables une fois poussés dans leurs retranchements.

La seule porte de la pièce s'ouvrait sur un long couloir lambrissé et à l'éclairage tamisé. Des portraits s'offusquèrent de son entrée – sûrement avaient-ils entendu parler de quelque chose – et elle les ignora, tout comme elle ignora les différentes portes alignées le long des murs. Le bureau de Thorfin Rowle se trouvait au bout du couloir, car il était le dirigeant de l'entreprise ancestrale.

Pour le moment.
La poignée ne résista pas quand elle posa la main dessus – ce qui était une sage décision de la part de Thorfin – et elle poussa le battant de bois avec force.

Le bureau de Rowle était une immense pièce octogonale baignée de lumière. Un bouquet de fleurs fraîches diffusait un léger parfum où la rose dominait, les meubles avaient la noblesse de l'âge et le parquet l'éclat du bois précieux. Celui qui était assis derrière la large table de travail était un homme important et puissant.

Pourtant, Thorfin Rowle pâlit quand son regard croisa le sien.

Le rendez-vous que son assistante avait mentionné était deux homme d'un âge moyen que Narcissa ne connaissait que de nom. Des clients certainement.

Dans tous les cas, ils devaient la connaître, elle, car ils se levèrent sans que Thorfin n'ait besoin d'ouvrir la bouche.

- Je vous enverrai les détails de notre accord par hibou, les salua Rowle sans prendre la peine de les accompagner jusqu'à la porte.

Lorsqu'ils furent seuls, les signes de la colère de l'homme se firent plus visibles, et Narcissa lui adressa un sourire glacial.

- Vous savez très bien pourquoi je suis là, Thorfin, dit-elle en s'installant en face de lui. Et soyez assuré que votre femme a usé jusqu'à ma dernière goutte de patience... Je vous laisse une ultime chance de régler cette histoire de façon courtoise, saisissez-la.

Rowle resta un long moment silencieux. Le seul bruit entre eux était celui d'une horloge imposante installée au-dessus de la cheminée.

- Et si je refuse ?

L'envie de lever les yeux au ciel fut presque trop forte, mais elle se contenta de hausser un sourcil.

- Je détruirais l'empire Rowle.

Thorfin eut un rire qu'il devait penser moqueur mais qui sonnait crispé.

- Avec tout mon respect, les Malefoy n'ont pas assez d'influence pour cela.

- Oh, vraiment ? Que croyez-vous que notre société va penser de vous quand elle va apprendre que le Magenmagot vous a retiré la garde de votre fils unique pour négligence ? Que va penser le reste de votre famille quand elle découvrira que vous n'avez plus d'héritier digne de ce nom ? Et si vous pensez que je ne suis pas si influente que cela, prenez le risque de refuser de me dire la vérité au sujet de Christopher, et vous pourrez assister à la chute de vos ventes depuis ce magnifique bureau.

- Négligence ? Par Merlin, où êtes vous allée chercher de telles idées ?!

- Auprès de votre fils lui-même. Jamais il ne me confierait les détails de sa vie familiale, mais il parle aisément à ma filleule et mes Elfes ont ordre de me rapporter la vérité.

- Et c'est seulement maintenant que son sort vous importe ? Quelle noblesse, Lady Malefoy.

- Vous semblez oublier le nombre de jours que votre fils a passé sous mon toit, Thorfin. Et les nombreuses discussions que j'ai eu à son propos avec Euphémia. Vous n'auriez pas dû prétendre l'envoyer à Durmstrang alors qu'il est très certainement enfermé dans sa chambre à l'heure qu'il est.

- Mon fils est à Durmstrang.

- Vous n'en avez pas informé le directeur dans ce cas.

- Karkaroff m'a promis d'être discret, répliqua-t-il sèchement.

Il était de plus en plus mal à l'aise et elle ne put retenir son sourire en coin.

- Toute discrétion a un prix, ce n'est pas à vous que je vais apprendre cela, n'est-ce pas ? Et vous auriez vraiment dû acheter celle d'Angueloff au passage.

Le directeur adjoint de Durmstrang avait semblé très surpris de sa lettre et lui avait assuré qu'il aurait été le premier au courant si un élève britannique était dans son école. Puisqu'il gérait les inscriptions, il aurait été le premier au courant.

Face au regard noir que lui lança Rowle, elle eut presque envie de rire. Maellyn était bien plus terrifiante et elle n'avait que onze ans.

- Je ne poserai pas cette question une seule fois de plus : où est Christopher ?

Thorfin laissa planer un silence rageur et fixa un point invisible au-dessus de son épaule, comme s'il cherchait une issue de secours dans cette histoire. Il soupira quand il réalisa qu'il n'en avait aucune.

- Au manoir. Mais il est en bonne santé.

- Il vaudrait mieux, en effet !

Il plissa des yeux, sans qu'elle n'arrive à déterminer s'il voulait la menacer silencieusement, ou si elle avait réussi à se faire haïr de lui.

- Bien, maintenant que vous avez votre réponse, chère Lady Malefoy, je crois que je n'ai pas besoin de vous montrer la sortie.

Une telle arrogance de sa part, alors qu'il venait d'admettre à demi-mot qu'il avait puni Christopher pour quelque chose sur lequel il n'avait aucune emprise – le Choixpeau demandait parfois à des enfants de choisir leur maison, mais de tels cas étaient rares – lui arracha un éclat de rire mauvais. Croyait-il qu'elle avait autant insisté depuis qu'elle avait reçu la lettre de Maellyn pour se contenter d'une telle réponse ?

- Je crois qu'il y a un léger malentendu : Christopher va rentrer au manoir Malefoy avec moi.

Le visage de Thorfin vira subitement au rouge. Il se leva si brusquement que son fauteuil tomba à la renverse et ses mains percutèrent le bureau avec force.

- Hors de question ! Je suis son père, son éducation me revient et je ne tolérerai aucune ingérence de la part d'une étrangère !

- Et bien, vous auriez vraiment dû l'envoyer à Durmstrang. Ou le laisser à Poudlard. Ce que vous avez fait, Euphémia et vous, ne relève pas d'éducation. Qu'importe le nombre d'années qu'il passera enfermé dans sa chambre, jamais il ne deviendra Carlton !

La mention du fils aîné des Rowle, décédé lors de la première guerre pendant une attaque à Edimbourg, décida Thorfin à sortir sa baguette magique.

- Sortez d'ici !

- Si je sors d'ici, cela sera pour me rendre dans votre manoir et kidnapper Christopher s'il le faut.

- DEHORS !

Face aux étincelles qui sortaient de l'extrémité de la baguette pointée sur elle, Narcissa jugea plus sage de s'en aller. Thorfin ne pourrait pas dire qu'elle ne l'avait pas prévenu, ce qui était bien plus que ce qu'il méritait.

Elle traversa le couloir à grandes enjambées et lança de la poudre de cheminée dans l'âtre avant même que l'assistante de Rowle n'ait eu le temps de quitter son bureau.

- Manoir Rowle !

Euphémia avait bloqué l'accès de son manoir à celle de la cheminée du manoir Malefoy pour ne plus qu'elle puisse venir la harceler à son domicile. Narcissa savait que cela ne serait pas le cas de la cheminée du bureau de son mari, et elle avait d'abord songé s'introduire ici de nuit, afin de gagner le manoir Rowle par la suite et récupérer Christopher... Mais l'initiative pourrait lui porter préjudice si l'affaire allait jusqu'au Magenmagot.

Aussi avait-elle misé sur une autre stratégie.

Euphémia Rowle, vêtue d'une robe datant du siècle dernier, l'attendait dans le hall de son manoir, sa baguette sortie, et l'air aussi furieux que son mari.

- Petrificus Totalus !

Elle fut bien trop lente pour parer son attaque – pour tout ce que Narcissa avait réussi à apprendre, Euphémia n'avait jamais été une duelliste très douée, si tant est qu'elle eut été un jour douée pour quelque chose – et le sortilège la toucha de plein fouet.

La voir se raidir – encore plus que d'ordinaire – fut bien plus satisfaisant que ce qu'elle avait pu imaginer.

- Dobby !

Son Elfe de maison apparut dans un pop discret et sembla déconcerté par l'endroit où il se trouvait.

- Qu'est-ce que Dobby peut faire pour Lady Malefoy ?

- Va chercher Christopher Rowle dans sa chambre et ramène-le ici. Je dois discuter avec sa mère avant que nous partions.

Dobby s'inclina avec respect avant de disparaître à nouveau et Narcissa s'accroupit auprès d'Euphémia. Le sortilège l'empêchait de bouger le moindre muscle, mais ses yeux étaient comme injectés de sang, et particulièrement meurtriers.

- Voilà ce qui va se passer, Euphémia... Je vais emmener Christopher avec moi au manoir Malefoy et je vais faire de mon mieux pour qu'il oublie ces huit derniers mois. Avec un peu de chance, cette histoire restera un très mauvais souvenir. Si les Aurors sont prévenus, je saisirais le Mangemagot pour obtenir la garde officielle de ce jeune homme, et je ferais en sorte que le nom des Rowle soit si terni par le procès que vous devrez vous estimer chanceux d'éviter Azkaban. N'essayez pas de venir le récupérer de force, ou je saisis le Mangemagot. Ne me harcelez pas, ou je saisis le Magenmagot. Je serais celle qui reprendra contact en temps voulu. Pour une fois dans votre vie, faites preuve de bon sens, Euphémia.

- Lady Malefoy ?

Le murmure était à peine audible et sans le silence surnaturel du manoir Rowle, Narcissa l'aurait sans doute manqué. Elle tourna aussitôt la tête et la vue de Christopher lui donna l'impression d'être poignardée en plein cœur.

Elle avait vu Christopher grandir aux côtés de Maellyn. Elle le savait réservé en société, mais lorsqu'il était en compagnie de Maellyn, il était aussi un garçon plein de vie, au regard vif, et au sourire doux.

La silhouette près de Dobby n'était que l'ombre de Christopher. Ses traits étaient creusés, son teint blafard et des cernes effrayantes soulignaient ses yeux. Ses cheveux blonds étaient rasés et il se tenait courbé, comme s'il essayait de prendre le moins de place possible. En croisant son regard brillant, Narcissa eut l'impression de revoir Sirius, peu après qu'il se soit enfui et qu'elle avait dû supplier Euphémia Potter pour le voir, espérant alors le ramener à la raison.

Sirius avait seize ans...

Christopher n'en avait que douze !

Viviane toute puissante...

Elle se releva doucement et s'approcha lentement de lui. Thorfin avait soutenu qu'il était en bonne santé, comme s'il espérait qu'elle comprenne qu'il n'avait pas été battu, mais l'homme passait ses journées dans son bureau et Christopher était seul avec sa marâtre de mère. Qu'en savait-il ?

Finalement, ce fut Christopher qui se jeta dans ses bras, des sanglots secouant ses frêles épaules.

- Ça va aller, Christopher... Tu vas venir passer quelques temps avec moi au manoir... Je vais m'occuper de toi.

Elle aurait aimé lui laisser le temps de verser les larmes qui semblaient étouffer jusqu'à son âme, mais elle craignait que Thorfin ne débarque à son tour...

- Allons-y, Chris...

Le sortilège qui empêchait la connexion au manoir Malefoy ne fonctionnait que dans un sens et elle soutint le jeune Rowle contre elle durant le voyage.

Lorsqu'il refusa de la lâcher une fois en sécurité, Narcissa commença à s'inquiéter des séquelles que cette histoire lui laisserait. Il était si jeune, et déjà si sensible. L'éducation de Walburga avait rendu Sirius si rebelle qu'il en avait perdu son bon sens au cours de la guerre, et Regulus était devenu cette coquille vide à force de se contraindre à être un héritier parfait. L'un était désormais à Azkaban et finirait sûrement ses jours là-bas, l'autre était mort.

Elle laissa à Christopher le temps qu'il lui fallut, caressant ses cheveux ras avec douceur, murmurant des mots rassurants à son oreille, et il lui sembla qu'une éternité avait passé quand il recula pour essuyer son visage.

Narcissa l'obligea à relever la tête pour la regarder.

- Je vais te laisser prendre un bon bain à l'étage, d'accord ? Puis nous déjeunerons sur la terrasse. Il fait encore un peu frais, mais les paons d'Abraxas ont eu des petits et c'est un spectacle adorable. Qu'en dis-tu ?

Il hocha ma tête, fit un geste en direction de l'escalier, avant de se raviser.

- Comment va Alya ?

Un sourire tendre étira ses lèvres. Que Christopher pense à Alya maintenant en disait long sur le lien qui les unissait.

- Alya était si inquiète pour toi, Christopher... C'est grâce à elle que je suis venue te chercher. Elle a découvert que tu n'étais pas à Durmstrang et elle a menacé de voler le balai de Draco pour venir te secourir si je n'acceptais pas de l'aider.

L'ombre d'un sourire flotta sur ses lèvres.

- Ça lui ressemble bien...

- Cela lui ressemble trop. File, maintenant... N'hésite pas à appeler Dobby si tu as besoin de quelque chose.

La cheminée vira soudainement au vert sur sa droite et Narcissa fixa les flammes, surprise. Lucius devait passer la journée au Ministère, et c'était bien pour cela qu'elle avait prévu de régler ses comptes avec les Rowle ce matin.

Une fois face au fait accompli, que pourrait-il bien dire ?

A moins que Thorfin soit allé le trouver. Cela serait bien étonnant connaissant sa fierté – qu'elle soit une femme avait dû ajouter à son humiliation – mais elle s'en était tout de même pris à Euphémia...

L'incompréhension lui arracha presque un cri quand le visage Minerva McGonagall apparut, particulièrement grave.

Elle la laissa entrer d'un geste de baguette, un mauvais pressentiment accélérant son cœur. Elle se redressa pour entendre la mauvaise nouvelle. Cela ne pouvait pas être une blessure bénigne ou une maladie. Draco avait fait quelques séjours à l'infirmerie après un entraînement de Quidditch mouvementé, et Maellyn avait été malade après Halloween, et elle avait simplement reçu un hibou à chaque fois.

Douce Morgane...

- Que s'est-il passé ?

Draco et Maellyn étaient aussi susceptibles l'un que l'autre d'avoir fait une grosse bêtise ou de s'être grièvement blessé... Plutôt grièvement blessé pour Maellyn et une grosse bêtise pour Draco à bien y réfléchir.

- Maellyn a été retrouvée pétrifiée aux abords de la bibliothèque, aux côtés de deux autres élèves.

La réponse de Minerva ne fit pas sens. Maellyn, pétrifiée ? Sa filleule, victime du monstre de Serpentard ?

Le monde se mit à tanguer autour d'elle et elle manqua de perdre l'équilibre, avant de se reprendre.

Impossible.

- Plaît-il ? souffla-t-elle en plantant son regard dans celui de McGonagall.

Elle la dévisagea en retour, puis pinça ses lèvres au point de les faire disparaître en une mince ligne.

- Nous devrions continuer cette discussion dans un endroit plus confortable, Narcissa.

Elle secoua la tête. Elle n'avait pas besoin de s'asseoir. Elle n'était pas de cristal ! Cette histoire n'avait pas de sens ! Le monstre de Serpentard était censé s'en prendre uniquement à des nés-moldus. Malgré tout ce qu'elle était, Maellyn restait une Black, et le sang ancestral était censé la protéger.

A la pensée qu'elle aurait tout aussi bien pu être retrouvée morte – Lucius lui avait rapporté le dénouement de la précédente série d'attaques, cinquante ans plus tôt – elle faillit vraiment s'écrouler. Maellyn lui était aussi chère que son propre fils, elle s'était déjà rendue coupable de nombreux actes en son nom, et elle tuerait sans doute pour elle si elle n'avait pas d'autres choix.

Elle ne pouvait pas la perdre.

- Je suis vraiment navrée, Narcissa. Nous avons fait tout ce qui est en notre pouvoir pour protéger les enfants de ces attaques et...

- Et cela s'est avéré parfaitement inefficace !

La colère qu'elle couvait grâce aux bons soins d'Euphemia Rowle était sur le point de prendre le dessus sur son éducation et un tremblement secoua son corps. Dumbledore n'avait pas su protéger Maellyn alors qu'il était le directeur de Poudlard et l'un des plus grands sorciers de leur histoire !

- Comment cela a-t-il pu arriver ?!

McGonagall soupira et les traits de son visage s'affaissèrent, comme si le poids de ses responsabilités était soudainement trop lourd à porter.

- D'après Madame Pince, elle était venue à la bibliothèque rendre un livre en retard avant le match de Quidditch. Elle a été attaquée sur le chemin du retour. Il est fort possible qu'elle se soit trouvée au mauvais endroit, au mauvais moment... Je suis sincèrement désolée, Narcissa.

- Être désolée ne rendra pas conscience à ma filleule, siffla-t-elle en réponse.

La colère était le seul moyen qu'elle avait pour ne pas céder aux larmes, ce qui n'était même pas une possibilité.

- Les plants de Mandragores du professeur Chourave sont presque à maturité. Il ne faudra pas attendre plus de quelques semaines avant que la potion soit prête.

- Suis-je censée me réjouir à l'idée qu'Alya ne restera inconsciente que quelques semaines ? Ce qui lui est arrivé est impardonnable, Minerva. Je compte bien saisir le Conseil d'Administration !

- Faites comme bon vous semble. Il est tout à fait possible que le Ministère décide de fermer l'école.

- Je me demande bien pourquoi.

McGonagall salua sa réponse sarcastique par un haussement de sourcil, visiblement peu impressionnée par son ton agressif.

- En attendant que tout cela soit officiel, Maellyn est à l'infirmerie et je pensais que vous souhaiteriez la voir. Ainsi que votre fils. La nouvelle l'a quelque peu secoué.

La mention de Draco calma légèrement sa colère. Elle ne pouvait qu'imaginer la réaction de son fils : à chaque fois que Maellyn avait été gravement blessée – cette manie de vouloir battre un record de vitesse dès qu'elle montait sur un balai allait finir par la tuer –, elle avait dû le consoler pendant des heures.

- Lady Malefoy ? Puis-je vous accompagner ?

L'intervention de Christopher leur tira le même sursaut. Narcissa sentit la honte brûler ses joues. Elle avait complètement oublié que le garçon était là. A son air livide, elle devina qu'il avait entendu toute la conversation, et que, de la même façon que Maellyn s'était inquiétée pour lui toute l'année, c'était maintenant son tour.

- Par Godric, je croyais que cet enfant était à Durmstrang ?!

Le regard qu'elle lui lança semblait lourd de sous entendus – elle devrait sans doute faire preuve de prudence pour que McGonagall n'essaye pas de lui arracher la vérité – et elle l'ignora royalement.

- Je dois m'occuper de quelque chose avant, mais je serai à Poudlard en début d'après-midi. Si vous pouviez prévenir mon fils ?

- Bien sûr, Lady Malefoy. Il me semble que la cheminée de la chambre du Conseil d'Administration est directement reliée à celle du Grand Hall. Je vous attendrai là-bas vers quinze heures.

- Parfait.

McGonagall ne tarda pas à disparaître et Narcissa rejoignit Christopher au pied de l'escalier qui desservait les étages.

- Il y a un monstre à Poudlard ?

- C'est une vieille légende... Je suis convaincue qu'il s'agit de toute autre chose. Nous irons voir Alya après que tu aies pris ce bain et manger quelque chose.

- Mais...

- Pas de mais, jeune homme. Elle est entre de bonnes mains pour le moment.

C'était un mensonge, bien sûr. L'infirmière de Poudlard n'était qu'une infirmière, et le cas de pétrification en cours dans l'école étaient au-delà de ses compétences. Sans oublier que même Dumbledore n'avait su réveiller les premières victimes, et encore moins éviter d'autres attaques. Même si elle devait provoquer le vieil homme en duel, elle allait demander le transfert de Maellyn à Sainte Mangouste dans les plus brefs délais. Sa filleule méritait les meilleurs soins, et rien d'autre.

Seulement, elle ne pouvait pas dire une telle chose à Christopher. Tandis qu'elle le suivait en direction de sa chambre, elle ne pouvait s'empêcher de remarquer ses épaules voûtées et son pas hésitant. Savoir que sa plus proche amie avait bien failli mourir aujourd'hui était la dernière chose dont il avait besoin.

- Repose-toi un peu avant le déjeuner. J'enverrai Dobby te chercher.

- Bien, Lady Malefoy.

Une fois seule dans le couloir, elle dut serrer les paupières pour ne pas pleurer – douce Viviane, elle était terriblement inquiète pour Maellyn, pour Draco, et certainement pour Chris aussi – mais elle savait bien qu'elle ne pouvait s'offrir le luxe de montrer le moindre signe de faiblesse. Elle devait contacter Lucius au plus vite, lui demander d'intervenir auprès du Conseil d'Administration pour assurer la sécurité de leur fils unique – même si son instinct maternel lui hurlait de ramener son fils au manoir, et tant pis pour les examens ! –.

Cela faisait presque une heure qu'elle avait quitté le bureau de Thorfin Rowle. Il était fort probable qu'il ait maintenant découvert sa femme immobilisée par un sortilège et l'absence de Christopher. Euphémia ne prendrait pas le risque de prévenir les Aurors – elle tenait bien trop à sa réputation pour cela – mais Thorfin risquait de se décider à aller menacer Lucius à son tour, ou collecter quelques faveurs dans la société Sang-Pur.

Lord Rowle n'avait jamais été quelqu'un de populaire, mais il était un homme d'affaire, et il avait sûrement des appuis, même s'ils étaient moins nombreux que ceux de Lucius.

Dans tous les cas, elle devait faire vite si elle voulait arracher à son mari la promesse qu'il la soutiendrait malgré tout.

Elle s'offrit une longue minute pour reprendre le contrôle sur ses émotions, utilisant les exercices d'Occlumencie que son père lui avait inculqué depuis ses sept ans, et mit au point un plan qui, à défaut d'être parfait, serait au moins efficace.

- Dobby, garde un œil sur Chistopher en mon absence.

Elle n'attendit pas que son Elfe apparaisse à ses côtés pour confirmer qu'il avait bien entendu son ordre, et rejoignit le bureau de son mari, priant en silence pour qu'il ne soit pas parti déjeuner avec des membres du Magenmagot, ou qu'il soit encore coincé dans une interminable réunion avec Arthur Weasley à propos de cette loi de protection des moldus.

Comme si le Ministère n'avait pas des problèmes plus urgents à régler !

Ce quatrième voyage en cheminée lui donna presque la nausée, à moins bien sûr que l'inquiétude qui lui serrait le ventre ait pour projet de lui faire rendre son petit-déjeuner.

La secrétaire de son mari était occupée à manger ce qui ressemblait à une salade quand elle apparut. Une légère rougeur apparut sur ses joues et elle fit mine de s'essuyer la bouche pour terminer sa bouchée de façon polie.

- Je suis désolée, Lady Malefoy, Monsieur votre mari n'avait pas de rendez-vous avant une heure et...

- Inutile de vous excuser, Rosamund. Lucius est-il dans son bureau ?

Rosamund Vane avait été la secrétaire particulière d'Abraxas avant de devenir celle de Lucius, et Narcissa faisait bien attention à entretenir la relation la plus cordiale possible avec elle. Son expérience était un atout majeur pour Lucius et surtout, elle en savait beaucoup trop sur la famille Malefoy pour ne pas être considérée comme relativement dangereuse.

- Oui. Voulez-vous que je vous annonce ?

- Non, cela ira. Bon appétit.

- Merci, Lady Malefoy.

Elle donna deux coups secs sur le battant de bois et entra sans attendre la réponse. Le bureau de Lucius était aussi spacieux et lumineux que ceux que le Ministère de la Magie octroyait aux membres du Magenmagot, et Narcissa en détestait les murs beiges et la lumière magique. Son mari méritait bien mieux, et malgré tous les efforts qu'elle avait mis dans la décoration de la pièce, elle n'arrivait toujours pas à faire disparaître la médiocrité du gouvernement.

Lucius était penché sur un livre épais – sûrement un traité de loi, puisqu'il lisait rarement autre chose – et la détailla de haut en bas, les sourcils froncés.

- Narcissa ? Que fais-tu ici ?

Elle se laissa tomber sans grâce dans le fauteuil de velours qui lui faisait face.

- Que s'est-il passé ?

Sachant pertinemment qu'il n'y avait aucun moyen de lui annoncer ce qu'elle venait de faire, ce qu'elle venait d'apprendre et ce qu'elle voulait qu'il fasse pour elle, Narcissa se décida pour une vérité aussi brute que possible.

- J'ai menacé Thorfin Rowle de détruire son empire centenaire, kidnappé Christopher Rowle sous les yeux de sa mère et ma filleule fait partie des trois nouvelles victimes de l'héritier de Serpentard.

Il en fallait beaucoup pour que Lucius perde son joli masque de politicien et son discours réussit à lui faire écarquiller les yeux, ouvrir la bouche, avant qu'il ne fronce les sourcils à nouveau et ne secoue la tête.

- Tu as... Je croyais que les Rowle avaient envoyé leur fils à Durmstrang ?

- Ils ont de toute évidence menti. Alya a découvert qu'il n'était pas là-bas en rentrant de vacances. J'ai fait de mon mieux pour régler cette histoire de façon courtoise avec les Rowle, mais ils se sont comportés comme des idiots. Thorfin a même eu l'audace de me rire au nez quand je l'ai menacé.

Lucius haussa un sourcil puis eut un geste négligent de la main.

- Il croit encore que sa famille est influente uniquement parce que son oncle siège au Magenmagot, mais Avilius passe plus de temps à dormir durant les sessions qu'autre chose. Dois-je comprendre que tu as recueilli un nouveau martyr sans juger bon de m'en parler ?

Que son mari ait l'audace de faire un tel sous-entendu alors qu'elle venait de lui dire que sa filleule était à l'infirmerie lui donna envie de le gifler.

Cependant, elle se contint, elle avait tout de même besoin qu'il accepte de l'aider. Elle lui ferait payer sa remarque plus tard.

- Vu l'état de Christopher, je pense qu'il est resté enfermé dans sa chambre depuis septembre et qu'Euphémia n'a reculé devant rien pour le punir de sa Répartition. Je n'allais certainement pas fermer les yeux face à une telle atrocité.

- Atrocité ? Chacun éduque ses enfants comme bon lui semble.

- La maltraitance n'est pas une façon d'éduquer un enfant, Lucius !

Face à son haussement de ton, il jeta un regard inquiet en direction de la porte et garda le silence pendant de trop longues secondes.

- Je peux savoir d'où te vient ce désir ardent de vouloir recueillir ces pauvres malheureux ?

- Au delà de ma conscience ? C'est juste ma façon de protéger les intérêts de la société Sang-Pur.

Puisqu'il avait lui-même utiliser cette excuse pour justifier les meurtres de moldus et de nés-moldus sous les ordres du Seigneur du Ténèbres, Lucius eut l'intelligence de ne pas répliquer.

- Comment sais-tu qu'il y a eu une nouvelle attaque à Poudlard ? Je viens tout juste de recevoir un hibou de la part du Président du Conseil d'Administration...

- Minerva McGonagall est venue me prévenir en personne. Je suis la responsable légale d'Alya.

- Ce qui lui est arrivé est très regrettable, Narcissa. Nous nous réunissons en urgence cet après-midi. Dumbledore s'est montré hautement incompétent à gérer cette menace. Je ne donne pas cher de son poste.

- Vous allez fermer l'école ?

Lucius marqua un temps d'hésitation qui lui fit froncer les sourcils. C'était ce qu'il y avait de plus sensé à faire !

- Je ne crois pas que cela sera nécessaire, Dumbledore...

- Dans ce cas, Draco rentrera au manoir aujourd'hui. Je dois aller voir Alya à l'infirmerie cet après-midi.

- Notre fils ne craint rien, Narcissa !

- Parce qu'il est Sang-Pur et l'héritier d'une grande famille ? Alya est pourtant à l'infirmerie, pétrifiée, et aurait tout aussi bien pu mourir ce matin ! Je ne prendrai pas le risque qu'une telle chose arrive à notre fils !

Lucius eut un rictus et à le voir expirer par le nez pour reprendre son calme, Narcissa n'était plus vraiment sûre de comprendre pourquoi il était énervé en premier lieu.

- Laisse-moi le temps de discuter de tout cela avec le Conseil d'Administration, d'accord ? reprit-il finalement. S'il te plaît ?

Ce fut définitivement la formule de politesse qui la décida à lui accorder un délai. Si la décision du Conseil d'Administration ne la satisfaisait pas, elle n'attendrait pas l'accord de Lucius pour récupérer son fils, et il le savait pertinemment.

Elle devenait intransigeante quand son instinct maternel lui dictait une décision.

- Très bien... Mais pour ce qui concerne Christopher Rowle...

Il leva les mains, comme pour lui signifier qu'il se rendait, ce qui était sûrement le cas. Il n'avait pas le choix.

- Si les Rowle tentent quoique ce soit, ils se retrouveront en minorité au Magenmagot.

Cela n'aurait même pas besoin d'aller jusque là, elle en était convaincue. Si les Rowle tentaient une action en justice, leur histoire deviendrait publique, et Narcissa s'assurerait que toutes les mères de sa connaissance soient de son côté. Lucius n'aurait qu'à affirmer la soutenir pour que les Rowle se rangent à sa décision.

Quand elle regagna le manoir, elle était donc un peu plus sereine, au moins concernant les Rowle et leurs représailles. Ce n'était qu'une question de jours avant qu'elle ne réussisse à convaincre Lucius que leur fils n'était pas en sécurité à Poudlard, et elle tâcherait de lui faire promettre de ne pas se promener dans les couloirs d'ici là.

- Lady Malefoy, le déjeuner est prêt à être servi, lui annonça Tabby tandis qu'elle se dirigeait vers la terrasse sud, comme elle l'avait prévu ce matin.

- Très bien. Fais prévenir notre jeune invité.

Elle n'eut que quelques minutes pour enfermer ses soucis dans un coin de son esprit. Elle avait pris la responsabilité d'arracher Christopher à sa famille, elle devait désormais assumer les conséquences de son choix, et cela commençait par s'assurer que son nouveau protégé pouvait lui faire confiance. Elle allait s'occuper de lui et elle n'était pas prête de l'abandonner à son triste sort.

Quand elle le vit s'approcher, ses cheveux blonds trop courts, le dos courbé, et sa silhouette trop fluette pour remplir les vêtements de Draco qu'elle avait laissé dans sa chambre, son cœur se serra.

Viviane, comment pouvait-on faire cela à un enfant ?

Christopher eut un vague sourire quand il croisa son regard et Narcissa décida de se raccrocher à l'espoir qui brillait dans ses yeux bleus.

Il s'installa en face d'elle en silence et avala la généreuse part de frites accompagnant un morceau de viande trop saignant à son goût sans dire un mot de plus. Une part d'elle voulait l'interroger pour savoir exactement ce qu'elle devait faire payer à Euphémia, mais elle savait bien que ce n'était pas le moment.

Elle doutait de toute façon d'apprendre quoique ce soit. Christopher avait une seule confidente, et cette dernière était à Poudlard.

Quand il eut terminé son dessert – une part de gâteau au chocolat – il se redressa pour la regarder droit dans les yeux à nouveau.

- Que se passe-t-il à Poudlard ?

Narcissa reposa son verre de vin blanc lentement. Elle pouvait lui mentir – ou du reste, lui cacher une part de la vérité –, seulement, elle risquait de fragiliser sa confiance et c'était la dernière chose dont elle avait besoin.

- Il semblerait que quelqu'un ait rouvert la Chambre des Secrets, construite par Salazar Serpentard. Il y aurait caché un monstre avant de quitter le château suite à ses discordes avec Gryffondor. Selon la légende, seul son héritier peut le contrôler. Il y a eu plusieurs attaques depuis le début de l'année, toutes visant des nés-moldus.

Le peu de couleurs qui étaient revenues sur son visage disparurent et il planta son regard dans son assiette vide.

- Elle va s'en sortir, Christopher. Je ferai tout ce qu'il faut pour cela.

Il hocha la tête, sans faire mine de se redresser, sans doute parce que ses yeux étaient brillants et que pleurer était le pire qui pouvait arriver à un garçon du beau monde.

Lucius avait aussi glissé une ânerie pareille dans le crâne de leur fils, et Alya avait suivi. Il était très difficile de faire machine arrière avec cette idée.

- Je peux toujours venir avec vous, n'est-ce pas ?

- Bien sûr. Alya aurait aimé que tu viennes la voir, j'en suis certaine.

- Quand partons-nous ?

- Tout de suite si tu le souhaites. Ou un peu plus tard si tu veux aller te reposer.

- Non, ça ira. Je me suis allongé avant le déjeuner.

- Très bien...

Il se leva aussitôt et Narcissa profita qu'il lui tournait le dos pour terminer son verre de vin d'une traite. Elle ne savait pas vraiment à quoi s'attendre. Lucius s'était montré avare de détails concernant l'état des premières victimes – il n'avait sûrement pas demandé de précisions lui-même, puisqu'il ne s'agissait que de Nés-Moldus – et elle craignait de ne pas être capable de reconnaître sa filleule.

Minerva McGonagall avait vu juste concernant la connexion de la cheminée de la chambre du Conseil d'Administration, et ils furent dans le grand hall – désert à cette heure – en moins de cinq minutes.

Le chemin jusqu'à l'infirmerie se fit dans un silence glacial. Narcissa se surprit à tendre l'oreille, comme si elle espérait entendre le monstre de Serpentard s'il venait à l'attaquer. Pour une fois, même les portraits étaient silencieux et semblait surveiller les alentours d'un œil alerte.

Peut-être Dumbledore avait-il répondu à la dernière attaque en transformant les tableaux en système de surveillance ? Sans aucun doute, sa prochaine idée inclurait des fantômes pour protéger les enfants et enchanter les armures centenaires pour patrouiller dans les couloirs.

C'était un miracle si personne n'était mort !

- Je dois aller rencontrer les parents de la jeune Miss Granger. Je suppose que vous saurez retrouver le chemin.

- Merci, professeur McGonagall.

Elle poussa la porte de l'infirmerie après une ultime hésitation, soudainement terrifiée par ce qu'elle risquait de trouver derrière.

Elle n'avait pas eu beaucoup d'occasions de séjourner dans l'infirmerie – contrairement à Bellatrix qui affrontait quiconque lui manquait de respect en duel ou Sirius, dont les exploits le conduisaient au moins une fois par mois ici – mais il lui sembla que rien n'avait changé depuis ses nombreuses visites à Maellyn, dix ans de cela.

La découvrir dans un des lits blancs, aussi rigide qu'une statue, ses yeux écarquillés et ses traits contractés dans un mélange de stupeur et de peur, lui fit monter les larmes aux yeux.

Elle semblait soudainement si petite et si fragile. Et par Viviane, elle aurait sans doute pu mourir !

- Mère !

La voix de Draco la sortit de son état second, et elle referma ses bras autour de lui quand il l'eut rejointe, parfaitement consciente qu'il essayait d'agir en adulte avec sa retenue, et que seule sa fierté lui permettait de retenir ses larmes.

Elle le berça en douceur tout le temps qu'il lui fallut pour reprendre le contrôle sur ses émotions, mais sans l'accabler d'une leçon de morale sur l'importance de ne pas montrer de signe de faiblesse en public, comme le répétait Lucius si souvent. Elle le connaissait assez pour savoir qu'il était terriblement inquiet pour Maellyn, et il était bien plus sensible que ce qu'il essayait de faire croire.

- Ça va aller, Draco. Elle va s'en sortir.

- Elle est Sang-Pur ! Pourquoi ?

- Elle s'est trouvée au mauvais endroit, au mauvais moment...

Un don qu'elle avait sans doute hérité de son père, mais elle ne pouvait pas dire ce genre de choses à voix haute.

Ce n'était peut-être pas plus mal que Sirius ne soit pas là pour assister à un tel spectacle. Il aurait sans doute réduit le château en cendres pour trouver la Chambre sous les décombres et insisté pour affronter le monstre à mains nues...

Draco finit par la repousser en douceur et essuya ses joues humides du revers de sa main, avant de faire face à Christopher.

Il se tenait au chevet de son amie, sa main glissée dans la sienne, plus livide encore que lorsqu'elle l'avait récupéré au manoir Rowle. Si Draco avait des questions concernant son allure ou sa présence, il les garda pour lui.

Sûrement Maellyn lui avait confié ses soupçons et il était assez intelligent pour deviner ce qui se cachait derrière le silence de Christopher.

Narcissa les observa une longue minute, chacun immobile de part et d'autre du lit, leurs visage crispés par une même inquiétude, une main agrippée au corps rigide de Maellyn.

Sa filleule ignorait sans doute à quel point elle était importante pour eux...

Lundi 3 Mai 1993, Hôpital de Sainte Mangouste pour blessures magiques, Londres, Angleterre.

- Je comprends votre détresse, Lady Malefoy, mais entendez bien que les cas de pétrification sont tellement rares depuis des siècles que nous n'avons pas les ingrédients nécessaires à la réalisation d'un philtre de Mandragore...

Gallagher Abbot, directeur de Sainte-Magouste, était pour ainsi dire avachi derrière son bureau, ses mains croisées sur son ventre proéminent, et s'adressait à elle comme si elle était une enfant particulièrement stupide.

A le voir aussi peu coopératif, Narcissa eut envie de lui arracher ses favoris et de le nourrir de force avec.

Sainte Mangouste était un ramassis d'incapables : avec les dons plus que généreux que Lucius faisait tous les ans à l'hôpital, elle s'était attendue à un meilleur accueil et à plus de considération pour Maellyn et elle.

- Vous devez bien pouvoir vous en procurer.

- Si cet hôpital avait les moyens de s'offrir des plans de Mandragores fraîches et mâtures, je puis vous assurer que nous aurions déjà réussi à trouver un remède pour la Dragoncelle ! Le mieux que vous puissiez faire, Madame Malefoy, est de laisser votre filleule à Poudlard, et d'attendre que les Mandragores du professeur Chourave soient prêtes. Je pense que Severus Rogue réalisera la potion ? Je sais que certains de mes chercheurs font appel à son expertise pour valider des préparations. Votre nièce sera bien vite sur pied.

L'argent n'est pas un problème, Monsieur Abbot. Je souhaite que ma nièce soit réveillée au plus tôt.

Abbot la dévisagea, désormais agacé par son insistance.

- Si vous nous fournissez les Mandragores, je veillerais personnellement à ce que le meilleur potioniste de cet hôpital se charge du philtre, Lady Malefoy, mais je doute que vous réussissiez à trouver des plantes matures avant que celles de Madame Chourave soient prêtes à être récoltées.

Narcissa répondit à son sourire hypocrite par un regard glacial et se leva, se promettant en silence de convaincre Lucius de réduire considérablement ses donations pour les années à venir, voire même de s'arranger pour qu'Abbot soit rapidement remplacé par quelqu'un de plus compétent.

- Je suis vraiment désolé pour votre nièce, Lady Malefoy... Mais quelques semaines d'inconscience ne sont définitivement pas cher payé pour avoir échappé à la mort.

- La santé de ma nièce n'a pas de prix, Monsieur Abbot. Bonne journée.

Seule son éducation et les principes de bonne conduite que sa mère lui avait inculqués depuis son plus jeune âge l'empêchèrent de claquer la porte d'une façon théâtrale, puis se dépêcha de quitter Sainte Mangouste. Elle devait encore faire le tour des apothicaires sur le Chemin de Traverse et elle n'aimait pas savoir Christopher seul si tôt.

Traîner dans les parages augmentaient aussi les risques de tomber sur une énième connaissance, et elle n'était pas sûre d'avoir la patience pour se montrer cordiale.

La veille, Regina Zabini s'était invitée à l'improviste au manoir pour la « soutenir » dans l'épreuve qu'elle traversait, quand bien même elle était connue pour n'avoir aucune compassion en règle générale. Narcissa avait rarement eu autant de mal à la faire partir de façon diplomate.

Elle savait toutefois que ce n'était que le début. Une pile de courriers l'attendait sur son secrétaire – la nouvelle de l'attaque de Maellyn avait déjà fait le tour de la société Sang-Pur – et si elle ne voulait pas que la même chose se passe concernant Christopher, elle allait devoir faire preuve d'une extrême prudence, au moins jusqu'aux vacances d'été. Personne ne s'étonnerait que l'héritier Rowle soit au manoir Malefoy outre mesure.

Et au milieu de tout cela, elle devrait tendre l'oreille et surveiller les rumeurs concernant sa filleule. Beaucoup se satisferaient du concours de circonstances : Maellyn s'était trouvée au mauvais endroit, au mauvais moment, et elle était un dommage collatéral de l'attaque des deux nées-moldues. D'autres pourraient par contre imaginer les pires théories, dont une qui pourraient mettre en péril le délicat équilibre qu'elle avait réussi à obtenir sous son toit.

Si Lucius doutait une seule seconde de l'identité de Maellyn, Narcissa savait déjà qu'elle devrait faire un choix entre son mari et sa filleule, et elle était presque certaine d'avoir pris sa décision finale.

Une fois dans le hall de Sainte Mangouste, elle put enfin transplaner directement pour le Chemin de Traverse. Le premier apothicaire fut très surpris par sa demande et lui promit seulement de se renseigner, mais elle comprit à demi-mot qu'il ne fallait pas qu'elle s'attende à avoir de ses nouvelles. Le gérant de la deuxième boutique était absent et le jeune homme qui était là semblait tout juste capable de différencier les ingrédients de potion. Il prit note de sa demande, laissant un florilège de fautes sur le parchemin, et Narcissa fut prête à parier qu'il oublierait sans doute de transmettre sa demande.

Abbot avait raison, sa quête semblait sans espoir.

Dans l'herboristerie – où elle entrait pour la première fois – elle trouva une femme très âgée, au regard intelligent, occupée à nettoyer les longues feuilles d'une plante exotique avec un trésor de prudence étant donné les larges épines.

- Des Mandragores ? En Angleterre ? Je crains que ça ne soit très compliqué à trouver. C'est une plante dangereuse, surtout adulte, et ne serait-ce que l'achat des graines est contrôlé par le Ministère. Le petit Londubat m'a dit que le professeur de botanique en avait à Poudlard, ce que je trouve irresponsable dans une école. Vous devriez envoyer un hibou, peut-être qu'elle acceptera de vous en vendre quelques unes ?

- C'est une possibilité. Pourriez-vous vous renseigner de votre côté ?

La sorcière lui jeta un drôle de regard par-dessus ses lunettes sales.

- Je peux, bien sûr, mais n'espérez pas grand chose. Le mieux que je vais sans doute pouvoir faire c'est de vous trouver des graines de bonne qualité.

- Ne peut-on pas en trouver à l'état sauvage ?

- Je ne crois pas. Elles sont vraiment dangereuses dès qu'on piétine leurs racines, et on raconte que le cri des plus vieilles peuvent tuer un dragon ou un géant. Je crois qu'elles ont été détruites des siècles de cela.

De toute évidence, ce n'était pas la peine d'insister et Narcissa le comprit très bien. Une autre fois, elle aurait demandé à Lucius de se renseigner auprès de Cornélius Fudge – sans doute le Premier Ministre pouvait les autoriser à importer des Mandragores – mais si cela avait été aussi simple, Dumbledore n'aurait pas laissé la première victime pétrifiée depuis Halloween...

Elle devrait se montrer patiente et tolérer de voir sa filleule dans l'état où elle se trouvait pendant plusieurs semaines.

Si elle mettait la main sur l'héritier de Serpentard, elle ne donnait pas cher de sa peau.

Avec cette dernière pensée, elle s'obligea à ranger son inquiétude et sa colère dans un coin de son esprit – elle y reviendrait plus tard, sans aucun doute – et transplana directement au manoir. Elle devait retrouver Christopher et faire en sorte qu'il redevienne le garçon qu'elle avait vu grandir.

Elle ne se faisait pas d'illusions : tant que Maellyn ne serait pas avec lui, il resterait renfermé et quasiment muet, mais si elle réussissait à obtenir sa confiance et à le faire cesser de se tendre à chaque fois qu'on lui adressait la parole, elle aurait déjà gagné une belle bataille.

- Lady Malefoy, Madame. Lord Malefoy est dans son bureau et a demandé à Dobby de prévenir Madame qu'il souhaitait la voir dès qu'elle serait de retour.

Narcissa se stoppa au milieu des escaliers, interdite. Cela faisait presque un an que Lucius n'était pas rentré du ministère avant vingt heures, et elle était certaine que le Magenmagot ne devait pas se prononcer à nouveau avant un mois sur le projet d'Arthur Weasley.

Le bureau de Lucius était sans doute l'une des plus belles pièces du manoir. Situé au deuxième étage de la tour, elle offrait un excellent point de vue sur tout le domaine, à commencer par le jardin d'été et le lac. La pièce était donc inondée de lumière tout au long de la journée, et elle ne comprendrait décidément jamais pourquoi son mari préférait travailler depuis son bureau du ministère, avec sa lumière artificielle et son manque de confort.

La porte du bureau était ouverte et elle s'accorda une poignée de secondes pour le détailler depuis le palier, autant pour essayer de deviner la raison de sa présence que pour savourer la rareté de ces moments. Il était au-dessus d'une pile de parchemins – ce qui ne changeait rien – et son profil noble se détachait sur le ciel bleu. La beauté aristocratique qui l'avait séduite plus de vingt ans plus tôt n'avait jamais cessé de s'affirmer avec les années, d'autant plus que, contrairement à beaucoup d'homme de son âge, il prenait soin de son image.

- Tu voulais me voir, Lucius ?

- Narcissa ! Où étais-tu ?

Il n'y avait pas de reproche dans sa voix, et elle le trouva d'une excessive bonne humeur, ce qui n'était pas toujours un bon signe.

Elle le rejoignit à son bureau et s'appuya contre sa table de travail.

- A Sainte Mangouste, pour Alya. Je t'en ai parlé hier.

A la mention de sa filleule, son expression se ferma légèrement.

- Oui, le philtre de Mandragore... Peuvent-ils s'en procurer finalement ?

- Malheureusement non... Abbot m'a dit qu'ils n'avaient pas les ingrédients, et d'après ce que j'ai cru comprendre, il est très difficile de se procurer des Mandragores de nos jours. Je crois qu'Alya va devoir attendre que celles de Chourave soient prêtes.

- Ne vas-tu pas remuer ciel et terre pour en trouver ?

Un sourire lui échappa. Si elle n'était pas convaincue qu'Abbot ait malgré tout raison, sans doute aurait-elle inventé l'impossible pour sa filleule, mais elle devait prendre Christopher en considération et, au final, la raison était préférable cette fois-ci.

- Je sais me résignée quand il le faut... Quelle est la bonne nouvelle ?

Le visage de Lucius fut éclairé d'un véritable sourire, le faisant paraître presque dix ans de moins.

- Le Conseil d'Administration va renvoyer Dumbledore. L'acte n'est pas encore signé, mais ce n'était qu'une question d'heures... Et Cornélius a décidé d'envoyer le précédent coupable à Azkaban. Je pense que toutes ces mesures devraient assurer la fin des attaques. N'ai-je pas toujours dit que Dumbledore était ce qui était arrivé de pire à cette école ?

Narcissa ne sut quoi répondre. Elle savait que Lucius avait ce projet en tête depuis la première attaque – Dumbledore avait failli, et plus d'une fois – mais elle avait toujours pensé qu'il n'arriverait jamais à ses fins. Qu'importe à quel point elle en voulait à Dumbledore pour avoir manqué de protéger Maellyn, il restait le plus grand sorcier de sa génération – et sûrement de beaucoup à venir –. L'héritier de Serpentard ne risquait-il pas de se sentir pousser des ailes ?

- Qui était le dernier coupable ?

- Ce rustre de garde chasse...

- Hagrid ?

- C'est lui qui a été trouvé coupable il y a cinquante ans.

C'était la chose la plus improbable qu'elle avait entendu depuis longtemps. Elle se souvenait de l'homme de son temps à Poudlard : pas très malin, mais de toute évidence gentil – trop sûrement –. Qu'il soit à l'origine d'une série d'attaques visant à purger Poudlard des Nés-Moldus n'avait pas le moindre sens.

- J'ignore qui est le coupable, Lucius, mais ce n'est certainement pas Rubeus Hagrid.

- Peu importe. Nous ne pouvions pas rester sans agir. Il faut rassurer les parents et maintenir l'école ouverte.

- Parce qu'elle va rester ouverte ?! Alors que le monstre est toujours dans le château, très certainement contrôlé par un adolescent ?

Le sourire de Lucius n'avait cessé de se tendre au fil de leur discussion, et il finit par lui lancer un regard particulièrement hostile.

- Nous ne pouvons pas fermer l'école. Les examens sont dans un mois et...

- Je me fiche des examens ! Si le véritable coupable n'est pas arrêté d'ici la fin de la semaine, Draco rentre.

- Hors de question !

Ce fut à son tour d'être la cible d'un regard sombre, et Viviane en soit témoin, elle excellait dans ce domaine.

- Plaît-il ?

- Draco va rester à Poudlard. Il doit passer ses examens ! Nous allons prendre des mesures. Les élèves n'auront plus le droit de vagabonder seuls dans les couloirs et...

- Et que cela va-t-il changer ? De toute évidence, même Dumbledore n'est pas capable de contrer la magie à l'oeuvre dans ces attaques ! Que vont faire les professeurs ? Se sacrifier pour sauver les enfants ?! Notre fils rentre !

- Je t'interdis de faire cela, Narcissa !

Il s'était levé pour appuyer ses paroles, comme si le fait d'être dominée d'une tête allait la faire flancher aussi facilement. Elle supportait déjà mal que sa filleule ait été blessée, mais si la même chose arrivait à son fils unique...

Merlin, tout sauf cela.

- La dernière fois, une jeune fille est morte ! La prochaine attaque pourrait se terminer de la même façon et cela pourrait être Draco ! Je ne tolérerais pas que la vie de mon fils soit en danger si je peux y faire quelque chose ! Et je peux y faire quelque chose !

- Draco est mon fils et je suis membre du Conseil d'Administration de Poudlard. Le retirer de l'école reviendrait à avouer que nous ne pouvons rien contre ces attaques et que les élèves sont en danger et...

- Et vous ne pouvez rien contre ces attaques et les élèves sont en danger, Lucius ! Ce n'est pas un exercice politique ! Il s'agit d'enfants, de familles ! De notre famille !

Lucius ouvrit la bouche, hésita, puis sembla changer d'avis sur ce qu'il avait à dire. Narcissa le vit composer cette expression rigide qu'il utilisait à chaque fois qu'il s'adressait à ses subalternes au Ministère.

- Draco restera à Poudlard. Une fois Dumbledore démis de ses fonctions, le Conseil d'Administration dirigera l'école en attendant de nommer un successeur, et je ne permettrai pas que Draco quitte l'école.

- Je suppose que je devrais kidnapper un deuxième enfant dans ce cas. Mais comme je suis sa mère, je me demande ce que les Aurors y trouveront à dire !

Elle n'avait pas atteint la porte du bureau quand la voix de son mari la retint.

- Si Draco quitte Poudlard, je raccompagne personnellement Christopher chez ses parents.

Elle se força à lui faire face, juste pour pouvoir évaluer à quel point il était sérieux. Elle croisa son regard glacial et remarqua son expression parfaitement lisse.

- Je le pense vraiment, Narcissa. Cet enfant ne va nous apporter que des problèmes, cela sera pour le mieux.

Narcissa ravala ses insultes en même temps que la boule qui s'était créée dans sa gorge, tandis qu'elle se sentait déchirée entre deux sentiments devenus ennemis l'un de l'autre : protéger Chris ou protéger Draco ?

Elle se savait incapable de prendre une décision sur le champ. Pour le moment, elle ne pouvait que gagner du temps et tenter de trouver une solution.

- Parfois, je me demande ce qu'il m'a pris de t'éviter Azkaban, Lucius. Tu manques tellement d'humanité que je suis sûre que tu te serais senti parfaitement à l'aise au milieu des Détraqueurs.

Mardi 11 Mai 1993, Manoir Malefoy, Angleterre.

Très chère maman,

Poudlard ressemble plus à une prison qu'à une école depuis que Dumbledore a été renvoyé. Nous n'avons plus le droit d'être seuls dans les couloirs ou de s'entraîner au Quidditch. Les professeurs nous accompagnent d'une salle à l'autre, et nous sommes obligés de passer les récréations en leur compagnie. Je n'ai même plus le droit d'aller rendre visite à Alya ! J'ai demandé à père si je pouvais rentrer mais il ne veut pas en entendre parler...

J'ai reçu deux O (potions et sortilèges) et un E (histoire) la semaine dernière. Le professeur Rogue nous a fait une présentation des options que nous pourrions choisir au début de la troisième année. Je lui ai demandé quelles étaient celles que je devais prendre pour devenir Briseur de Sortilèges et, selon lui, Soin aux Créatures Magiques est indispensable... L'état du professeur Brûlepot ne donne pas très envie de choisir cette option. Je devrais également prendre Runes et Arithmancie, ce qui devrait satisfaire père.

J'ai demandé au professeur Chourave quand les Mandragore seraient prêtes, et elle m'a dit qu'il faudrait attendre la fin du mois.

Dis à Christopher que je le salue.

Ton fils,

Draco.

Narcissa relut deux fois la lettre de son fils, ignorant la colère qui menaçait de lui voler son bon sens en apprenant que les mesures imaginées par le Conseil d'Administration, lesquelles n'empêcheraient certainement pas une attaque, et qu'il ne faudrait pas attendre longtemps pour que les adolescents les plus rebelles trouvent malin d'enfreindre les nouvelles règles qui restreignaient leur liberté. Son fils n'était visiblement pas content des derniers développements concernant la Chambre des Secrets et qu'il ait demandé – sans succès – à son père de l'autoriser à rentrer lui donnait presque envie de se rendre dans le bureau de son mari.

Sauf que leur discussion se terminerait sans doute en dispute et la dernière chose dont elle avait besoin était que tout le Ministère soit au courant de ce qu'elle pensait du Conseil d'Administration de Poudlard. Des femmes comme Regina Zabini ou Loreleï Greengrass pourraient très bien s'inquiéter pour la sécurité de leur enfant et venir la voir pour en apprendre davantage. Etant donné qu'elle hébergeait Christopher, elle ne pouvait pas se permettre d'attirer l'attention plus que nécessaire.

Elle était déjà certaine que les échos de son expédition chez les Rowle étaient en train de se diffuser dans les différentes strates de la société Sang-Pur. Elle avait beau se trouver au sommet, elle n'était pas stupide au point de penser qu'absolument personne ne prendrait le parti opposé au sien.

Elle eut un soupir et passa une main sur son front, essayant de garder son mal de crâne quotidien à distance.

La seule bonne nouvelle était que Draco privilégiait désormais la carrière de briseur de sorts plutôt que celle de joueur de Quidditch professionnel. Bien entendu, aucune de ces deux voies n'allait enchanter Lucius – qui continuait à imaginer que leur fils deviendrait avocat à son tour, comme le voulait la tradition familiale –, non plus qu'elle ferait d'elle une mère sereine – son fils avait un goût surprenant pour le danger, et elle blâmait le sang Black qui coulait dans ses veines – mais au moins pouvait-elle espérer en faire un adulte épanoui. Après tout, son fils était particulièrement brillant en potions et en sortilèges, et les briseurs de sorts étaient amenés à pratiquer ces deux branches de la magie à un niveau élevé.

Si elle réussissait à le convaincre qu'il avait sa place au département des Mystères, elle n'aurait même pas à s'inquiéter des mésaventures qui pourraient lui arriver au service de Gringotts.

L'avenir de Maellyn s'annonçait nettement moins prévisible. Sa filleule avait une passion pour les dragons qui lui avait longtemps fait dire qu'elle deviendrait gardienne de dragons, puis dragonologiste – après que Lucius lui ait sèchement fait remarqué que ce n'était pas un métier pour une jeune fille de son rang – mais tout cela étaient les paroles d'une enfant de six ans. Pour le moment, elle semblait se résigner à mener une existence proche de la sienne : épouse et mère, responsable de la vie sociale de son mari et de la bonne marche de sa maison...

Sauf qu'elle n'était pas faite pour une telle vie. Si Narcissa avait réussi à lui apprendre à modérer son enthousiasme et ses déclarations d'indépendance, son naturel finirait par reprendre le dessus, comme cela s'était passé avec Sirius. Il n'était donc pas si improbable qu'elle s'en retourne à ses premières idées – elle était assez têtue pour ne pas avoir oublié – et elle devrait vivre chaque jour en imaginant son fils aux prises avec les inventions vicieuses des Égyptiens, tandis que sa filleule tiendrait tête à des monstres sanguinaires et cracheurs de feu.

Son pauvre cœur ne tiendrait décidément pas longtemps à un tel rythme et elle doutait de finir centenaire.

Un bruit métallique la sortie de ses pensées et elle remarque aussitôt que Christopher s'était tendu en face d'elle. Elle glissa un regard vers le sol et y remarqua sa fourchette.

- Dobby, de nouveaux couverts pour notre invité. Christopher, Draco te passe le bonjour. D'après ce que je comprends de sa lettre, il t'envie un peu d'être au manoir alors qu'il doit subir un quotidien digne de celui d'une prison.

Sa tentative d'humour arracha un demi sourire au jeune garçon et Narcissa le prit pour une victoire.

- Alya et lui sont si dramatiques... Je suis sûr que ce n'est pas aussi horrible qu'il le dit.

- Je suis parfaitement d'accord avec toi. Sans doute veut-il que j'insiste auprès de son père pour qu'il puisse quitter Poudlard plus tôt que prévu.

La mention de Lucius eut le même effet sur lui que celui qu'il avait sur Maellyn : un regard méfiant en direction de la porte la plus proche, les lèvres pincées et un mouvement pour se redresser sur sa chaise.

- Que penses-tu faire cet après-midi, Christopher ?

- Lire le manuel de Métamorphoses.

- Sage décision, c'est sans doute l'une des matières les plus complexes. Écris tes questions sur un morceau de parchemin : Alya sera ravie d'y répondre quand elle sera réveillée. Elle a, semble-t-il, un don. Toutefois, n'évoque pas les sortilèges avec elle, elle a de grandes difficulté à maîtriser la partie pratique.

Il hocha la tête puis baissa les yeux vers son assiette pour terminer son dessert – des fruits recouverts d'une épaisse couche de crème fouettée –. La semaine écoulée lui avait fait le plus grand bien : il se couchait tôt et se levait tard, mangeait des repas équilibrés et elle l'obligeait à passer ses après-midis sur la terrasse, lui laissant choisir une activité pour s'occuper. Son visage était un peu moins creusé, ses cheveux ras plus brillants, et ses cernes avaient disparu. Euphémia avait considérablement négligé son éducation durant l'année, ne l'instruisant qu'en Histoire de la Magie – ou plutôt celle de la société Sang-Pur – et il serait sans doute obligé de refaire sa première année s'il voulait reprendre sur de bonnes bases. Narcissa regrettait de ne pouvoir employer un précepteur, mais sans certitude quant à sa discrétion, il valait mieux que Christopher s'en tienne à la théorie magique pour le moment – la pratique était exclue puisque sa baguette était restée au manoir Rowle –.

Elle n'avait de toute façon pas pour but de lui infliger un travail scolaire trop important.

- Personne ne sait vraiment qui a rouvert la Chambre des Secrets, n'est-ce pas ?

- Je crains que non. Je ne suis même pas sûre que la Chambre existe. Peut-être est-ce un élève adepte de Magie Noire qui a remis un ancien maléfice au goût du jour ? Qui sait si nous le saurons un jour. L'important, c'est que les attaques cessent et que les élèves soient en sécurité.

- Et si elles ne cessent pas ?

- Et bien Draco, Alya et toi risquaient de ne plus pouvoir me supporter d'ici à ce que vous ayez obtenu vos ASPIC's, car personne ne retournera dans cette école tant que le mystère ne sera pas résolu.

Christopher la fixa une longue seconde, son visage crispé dans une expression douloureuse, puis il déglutit difficilement.

- Mes parents n'accepteront jamais que je retourne à Poudlard, souffla-t-il finalement.

Narcissa prit le temps de choisir ses mots avec soin avant de répondre. Elle ne voulait pas lui donner de faux espoirs – Euphémia n'avait pas encore contre attaqué, ce qui était loin d'être rassurant, et Thorfin lui avait envoyé une lettre deux jours plus tôt lui demandant de reconsidérer ses actions et de raccompagner Christopher au manoir Rowle. Elle n'avait pas répondu – mais si elle était en mesure de prendre les décisions concernant le jeune garçon, elle avait bien l'intention de le renvoyer à Poudlard. Elle préférait le savoir sous l'oeil vigilant de Draco et Maellyn, plutôt qu'exilé à Durmstrang.

- En ce qui me concerne, Christopher, je pense que tes parents ont perdu le droit de donner leur avis...

Il eut un nouveau silence entre eux, durant lequel elle soutint son regard.

- Et si je ne veux pas retourner à Poudlard ?

Son éducation fut la seule chose qui l'empêcha de paraître trop surprise. Ce n'était pas du tout une possibilité qu'elle avait envisagé.

- Où souhaites-tu aller ? Durmstrang ?

Il secoua la tête et elle comprit.

- Beauxbâtons...

L'école française avait une réputation aux antipodes de celle de Durmstrang. Elle avait entendu dire que la nouvelle directrice voulait que ses élèves soient capables de se fondre dans la population moldue du pays, suivant en cela les directives du président. Les français n'avaient pas torts en soutenant qu'il était de plus en plus compliqué de protéger le secret magique de la volonté grandissante des moldus à percer les mystères de l'univers.

Bien entendu, elle allait devoir âprement négocier auprès des Rowle pour qu'une telle chose se produise. Euphémia avait déjà des difficultés à comprendre pourquoi elle aimait voyager en France.

- Je crois me souvenir que ton français est impeccable, n'est-ce pas ?

- Oui...

Elle soupira. Elle se savait capable d'intimider les Rowle suffisamment pour exiger que Christopher aille vraiment à Durmstrang et, avec le soutien de Lucius – qui était loin d'être gagné – sûrement pouvait-elle espérer lui faire réintégrer Poudlard, mais Beauxbâtons ? Elle avait sans doute plus de chance de convaincre Euphémia de l'envoyer à Ilvermony.

- Je sais que cela est impossible, Lady Malefoy. Je vous suis déjà reconnaissant d'être venu me chercher.

- Je peux essayer, Christopher, c'est tout ce que je peux te promettre. En attendant, il serait plus sage que tu reprennes des cours de bulgare. Il me semble que le répétiteur de Russe d'Alya parle également cette langue.

Et Monsieur Vasilovich était un homme de confiance. Il travaillait depuis plus de huit ans avec Maellyn et s'il n'avait pas réussi à rendre sa filleule bilingue – le contraire l'aurait étonnée étant donné la rancœur qu'elle éprouvait pour les Lestrange –, elle n'avait jamais rien eu à lui reprocher.

Christopher accepta son marché d'un faible hochement de tête et elle n'entendit pas le son de sa voix du reste de l'après-midi.

...

Samedi 22 Mai 1993, Manoir Malefoy, Angleterre.

Narcissa détailla son reflet dans le miroir, appréciant plus que jamais à quel point une paire de pantalon pouvait transformer une silhouette. Ses jambes semblaient plus longues et fuselées, et son bustier vert bouteille était bien mieux mis en valeur qu'avec une jupe. La cape qu'elle avait prévu était aussi moderne que le reste de sa tenue et elle savait d'avance qu'elle ne plairait pas à tout le monde.

En d'autres circonstances, Narcissa n'aurait jamais choisi une tenue aussi provocante. Elle était une femme respectable et respectée, et depuis qu'elle ne tarderait plus à entrer dans la quarantaine, l'impétuosité de la jeunesse ne pouvait plus lui servir d'excuse.

Excepté qu'elle n'avait pas envie d'être la parfaite poupée de porcelaine que tout le monde s'attendait à voir au bras de Lucius Malefoy lors de la fête d'anniversaire de Caelina Flint.

Etant une de ses proches amies, Lucius n'avait pas pu décliner l'invitation, et c'était la première soirée qu'ils allaient passer ensemble depuis leur dispute. Bien entendu, son mari ne voulait toujours pas entendre parler du retour anticipé de leur fils sous leur toit, et rechignait désormais à la soutenir concernant Christopher – une faille que Thorfin ne cessait d'exploiter –.

Sans oublier que la nouvelle était définitivement connue de toutes et de tous si elle en croyait les quelques beuglantes qu'elle avait reçu – principalement de la part de vieille sorcière de la génération de Walburga, les mêmes qui avaient approuvé qu'Androméda et Sirius soient déshérites l'une après l'autre – et la soirée de ce soir serait aussi un test de ce point de vue là.

Qui aurait l'audace de la confronter au manoir Flint, sachant pertinemment que Caelina serait de son côté ?

Toutes ces raisons à elles seules justifiaient son choix vestimentaire, et savoir qu'elle allait rendre a meilleure amie verte de jalousie était juste la cerise sur le gâteau.

- Narcissa ? Qu'est-ce que... Tu n'es pas prête ?

Elle sourit à Lucius dans le reflet du miroir et ajusta une mèche dans son chignon, puis enfila sa cape.

- A l'instant. Allons-y ?

Il la dévisagea, interdit.

- Etant donné les derniers événements, je ne pense pas qu'il soit judicieux d'attirer autant l'attention...

- Au contraire, Lucius... Cette tenue va m'assurer que la majorité des invités restent loin de moi, et c'est aussi bien ainsi. Nous allons être en retard.

Bien sûr, il tenta de la dissuader en usant de tout le tact que le monde politique lui avait permis de développer, mais s'il pensait qu'elle changerait d'avis avec les mots qu'ils avaient eu, il se trompait lourdement.

Leur arrivée chez les Flint fut remarquée – la salle de bal, ouverte sur l'extérieur par cette douce soirée de printemps – était déjà bondée, et la voix de l'elfe chargé de les annoncer était particulièrement forte. Narcissa traversa la pièce d'un pas assuré, ses talons claquant sur le sol recouvert de marbre ancien, ses yeux fixés sur son amie. Caelina était ravissante : perchée sur des talons avec lesquels elle aurait bien eu du mal à marcher, elle portait une robe courte pour compenser sa petite taille, et la couleur prune faisait ressortir son teint mat de la plus jolie des façons.

Elle se permit de prendre Caelina dans ses bras comme à chaque fois qu'elles se retrouvaient, même lors de fêtes formelles. Elles avaient été à Poudlard ensemble, et leur amitié d'adolescentes n'avait jamais faibli. Narcissa regrettait de ne pouvoir passer plus de temps avec Caelina, mais être la femme de Lucius Malefoy était un travail à plein temps.

- Joyeux anniversaire, souffla-t-elle.

- Merci... j'espère que tu m'as offert une tenue digne de celle-ci, ou je ne t'adresse plus la parole pour les six prochains mois.

- Je doute que tu en sois capable.

- Je pourrais te surprendre, Black.

A la mention de son nom de jeune fille, elle ne put retenir un éclat de rire et la libéra. Entre l'attaque de Maellyn, Christopher et les tensions entre Lucius et elle, elle avait bien besoin d'une soirée comme celle-ci.

Melvin Flint semblait partager l'avis de Lucius concernant sa tenue et se contenta d'un baise main pour tout salut. Elle n'en fut pas étonnée bien sûr... Après tout, Flint partageait le point de vue de Lucius sur beaucoup de choses, et si son mari avait été capable d'avoir de vrais amis, sans doute en aurait-il fait partie.

- Je crois que certaines de mes invités ont pour projet de te dire le fond de leur pensée, lui souffla Caelina, tandis que leurs maris se saluaient.

- Qu'elles s'y risquent. Cela fait longtemps que je n'ai pas pu rappeler à notre monde que Bellatrix n'était pas la seule à être une bonne duelliste.

- Par pitié, arrange-toi pour qu'aucune goutte de sang n'éclabousse mon marbre. Je viens de le faire polir.

Elle ne put retenir un sourire en coin, sachant très bien qu'au-delà de la touche d'humour – sombre, mais il en avait toujours été ainsi avec Caelina – il s'agissait surtout d'une déclaration de loyauté.

Lucius s'excusa bien vite pour aller lui chercher un verre et Regina Zabini se saisit de l'occasion comme l'opportuniste qu'elle était.

- De toutes les invitées, vous êtes sans doute la dernière personne que j'aurais imaginé bousculer les codes bien établis de notre société, ma chère Narcissa.

Regina portait une robe d'un rouge aussi profond que son décolleté et elle remarqua une pointe de jalousie à sa façon de la dévisager. Avec sa silhouette plantureuse et ses traits gracieux, Regina avait l'habitude d'attirer l'attention des hommes, et ses nombreux mariages prouvaient qu'elle misait sur ses attributs physiques pour obtenir de l'influence – ce qui fonctionnait parfaitement –. Elle n'était pas du genre à tolérer une rivale.

- Comment va votre filleule ?

- Toujours inconsciente. Nous attendons que les Mandragores du professeur Chourave soient prêtes.

- Pauvre enfant... Toutes ces attaques... C'est tellement regrettable. Blaise se plaint beaucoup des nouvelles mesures de sécurité.

- Mon fils également.

- Je dois vous avouer que je suis soulagée que Dumbledore ne soit plus à la tête de cette école. C'est un homme brillant, c'est certain, mais ce n'est pas vraiment un exemple à donner à des élèves.

Narcissa se contenta d'un sourire poli, ravalant son envie de faire remarquer à Regina qu'elle n'était sans doute pas la meilleure personne pour faire des remarques sur la bienséance ou la morale.

Lucius revint à cet instant avec un verre de champagne et lui tendit son bras après avoir salué Regina. Il leur fallut plus d'une heure pour faire dire bonjour à tous les autres invités, et Narcissa trouva particulièrement amusant les réactions que sa tenue pouvait susciter. Si elle avait eu des doutes sur l'influence qu'elle pouvait avoir sur la société Sang-Pur, elle aurait été rassurée cette nuit. Beaucoup de femmes – et même certains hommes – semblaient penser qu'elle avait dépassé une limite tacite, mais aucun ne se permit la moindre réflexion ou ne serait-ce qu'un regard dédaigneux. Elle déplaisait à la majorité, c'était un fait, mais elle restait Narcissa Malefoy, et elle avait un goût pour la mode connu de chacun. Il faudrait qu'elle prête attention lors des bals de cet été : peut-être certaines femmes imiteraient son choix risqué.

Elle retrouva finalement Caelina près du buffet, en pleine discussion avec Loreleï Greegrass et Anthea Yaxley, la mère de Deloris.

- Narcissa, je vais devoir vous demander l'adresse où vous avez acheté cette tenue. Je ne pensais pas qu'un pantalon pouvait rendre un effet pareil.

Le compliment de Loreleï était sincère, et elle y répondit par un large sourire. Lady Greengrass était une femme intelligente et ouverte d'esprit, Narcissa trouvait bien dommage que Lucius ne supporte par Hypérion – sans doute parce que l'homme avait refusé de rejoindre le Seigneur des Ténèbres des années de cela – car elle aurait aimé pouvoir inviter Loreleï plus souvent quand elle organisait des thés.

- Nous nous sommes rendus à Paris pour les défilés au moment de Pâques. La France semble s'être décidée pour cette mode-ci cette année.

- Et bien je crois que je sais où Hypérion et moi passerons notre weekend quand mes parents insisterons pour voir Astoria.

- Deloris crierait au scandale si jamais nous partions sans elle, s'amusa Anthea. Je vais devoir trouver un moyen d'assister à ces défilés lors de la prochaine saison.

- Croyez-moi, il suffit d'être bonne cliente dans leurs boutiques du Chemin de Traverse pour cela.

- Il me suffira donc de convaincre Corban d'emmener sa sœur faire les boutiques dans ce cas...

Maellyn lui avait assez expliqué à quel point le fils aîné des Yaxley était incapable de dire non à sa sœur cadette, qu'une telle réplique de la part d'Anthea ne la surprit pas outre mesure. Il fallait reconnaître que Deloris était une fine manipulatrice depuis son plus jeune âge, usant de ses grands yeux verts pour se faire passer pour l'innocence incarnée. Elle avait veillé à ce que Maellyn ne tombe pas sous son emprise – Alya Lestrange ne pouvait pas se permettre d'être influençable – mais sa filleule était assez intelligente pour voir à travers le jeu d'actrice de son amie.

- Puisque l'on parle des enfants... Comment vont Alya et Draco ? Lorsque j'ai reçu la lettre de Daphné, j'ai bien failli avoir un malaise. Une jeune née-moldue est décédée la dernière fois que la Chambre a été supposément ouverte, n'est-ce pas ?

Caelina eut un sourire compatissant à son attention. Son amie lui avait passé un coup de cheminette dès qu'elle avait eu vent de la nouvelle par ses fils. La dernière fois qu'elle avait reçu une lettre quotidienne de son amie, elles venaient de quitter Poudlard et étaient toutes deux fiancées. Leurs vies étaient ponctuée de fêtes, de rencontres et de préparatifs pour leur grand jour, et elles avaient eu ce besoin de tout se dire.

- Alya est toujours inconsciente. Nous devons attendre que les Mandragores soient prêtes. Je m'inquiète davantage pour Draco... Les nouvelles mesures de sécurité l'empêchent de rendre visite à sa cousine et je crains qu'il n'ait l'idée de les enfreindre pour se rendre à l'infirmerie.

Elle l'exhortait à la prudence dans chacune de ses lettres, lui répétant que Maellyn serait effondrée si elle apprenait qu'il avait trouvé la mort en essayant de lui rendre visite, mais elle n'était pas certaine que son fils prenne en compte son avis. Il pouvait se montrer terriblement têtu quand il le voulait et elle se demandait si elle n'allait pas envoyer une lettre à Pansy Parkinson et à Théodore Nott pour leur demander d'être vigilants. Elle savait que Pansy avait à cœur les intérêts de Draco et Maellyn, et le jeune Nott était d'un pragmatisme étonnant pour son âge.

- Que compte faire le Conseil d'Administration, Narcissa ? Sûrement Lucius a quelques idées sur la question...

- Mesdames, il s'agit de mon anniversaire... Pas de politique par pitié !

Anthea eut le bon goût de paraître gênée, puis entraîna Loreleï vers le bar.

Narcissa eut la naïveté de croire qu'elle venait d'éloigner la discussion la plus délicate de la soirée.

Elle sut que c'était loin d'être le cas quand une dizaine de femmes les encerclèrent soudainement, Caelin et elle, leurs visages assombris. Narcissa ne fut pas surprise de reconnaître la vieille Violet Fawley à leur tête. Elle avait sans doute été l'amie la plus proche de Walburga et pour une femme qui n'aimait pas grand monde, cela en disait très long.

- Mesdames, salua Caelina, quand elle se fut lassée de leurs regards meurtriers. Dois-je vous rappeler que vous êtes mes invitées ce soir, tout comme Lady Malefoy ?

Lady Fawley pinça les lèvres.

- Ça ne sera pas la première fois que l'on me montre la porte parce que j'ai l'audace de dire ce que je pense, ma petite, dit-elle.

Si elle pensait qu'abuser de son aura d'aînée fonctionnerait sur Caelina, elle se trompait lourdement. Elle était la sœur cadette de trois frères au caractère bien trempé.

- Epargnez-nous vos épanchements de conscience, Violet. Je n'ai pas besoin de vous montrer la porte, vous savez déjà où elle est.

Lady Fawley ignora sa réplique et se tourna pour lui faire face.

- Je ne pensais pas que la famille Black pouvait tomber encore plus bas, mais je vois que vous réussissez à surprendre tout le monde à chaque fois. Votre action contre Lady Rowle ne restera pas impunie, Narcissa. Contrairement à ce que vous pensez croire, vous n'êtes pas la seule à avoir de l'influence au Ministère !

- Bien sûr... Mais nous savons toutes les deux que ce n'est pas vraiment l'influence des Malefoy auprès du Premier Ministre en personne qui comptera si Euphémia ne se montre pas raisonnable, n'est-ce pas ? A vrai dire, je crois que tous ses soutiens se tiennent devant moi et, soyons honnêtes, une poignée de vieilles mégères ne m'impressionnent pas beaucoup.

A défaut de pouvoir cracher son venin au visage d'Euphémia Rowle, Violet Fawley faisait une proie très juteuse. Son visage rougit et sa main glissa vers la poche qui devait contenir sa baguette.

- Vous n'avez aucun droit de vous mêler de l'éducation de Christopher Rowle !

- Et vous n'avez aucun droit de défendre les bourreaux que sont ses parents ! Ils ne méritent rien d'autre qu'Azkaban pour ce qu'ils ont fait !

- Ce petit vaurien n'a eu que ce qu'il mérite après s'être débrouillé pour terminer chez ces bons à rien de Poufsouffle !

Sa main se leva pour gifler Violet mais Caelina l'intercepta, attrapant son bras avec une poigne de fer.

- Ne rentre pas dans son jeu, Cissy... Elle n'attend que ça pour aller porter plainte auprès des Brigadiers.

Elle prit une profonde inspiration sans lâcher Violet du regard, soutenant sans ciller son regard malfaisant.

- Christopher Rowle est désormais sous ma protection, Lady Fawley. Ne refaites pas l'erreur de l'insulter en ma présence ou vous apprendrez douloureusement que Bellatrix n'est peut-être pas la plus dangereuse des sœurs Black !

Le spectre du souvenir de Bellatrix fit reculer Violet d'un pas, mais ne réussit pas à la faire battre en retraite pour autant.

Toutefois, ses cris avaient porté bien plus loin que ce qu'elle avait prévu et elle pouvait désormais sentir les regards des autres invités sur elles. Les amies de Violet commencèrent à échanger des coups d'oeil gênés et deux d'entre elles se tournèrent soudainement vers le buffet, l'air de rien.

Lady Carrow – l'arrière grand-mère des jumeaux Alecto et Amycus – posa une main insistante sur l'épaule de Violet.

- Le message est passé, Violet très chère. Nous ferions mieux d'y aller.

Lady Fawley lui dédia un dernier regard sombre avant de s'éloigner en direction de la cheminée la plus proche, drapée dans sa fierté, aussi bien que dans une robe traditionnelle et passée de mode depuis au moins vingt ans.

Narcissa passa les invités les plus proches en revue, les mettant au défi de reprendre le combat de Violet Fawley et de se dresser face à elle.

Sa baguette la démangeait presque et elle se sentait capable d'envoyer n'importe qui dans cette pièce à Sainte Mangouste si elle y était poussée.

Certains détournèrent le regard aussitôt – sans qu'elle ne sache si c'était par gêne ou parce que son numéro d'intimidation était un succès – d'autres – parmi les plus âgés – eurent un rictus ou secouèrent la tête, lui faisant bien comprendre qu'ils n'étaient pas de leur côté, mais une majorité – les femmes de sa génération et les plus jeunes – se fendirent d'un signe d'approbation, même discret.

Elle finit par croiser le regard de Lucius, entouré par une coure composée des hommes parmi les plus influents de leur monde, et il eut le bon goût de hocher la tête, quand bien même il n'allait pas cesser de lui reprocher et le kidnapping de Christopher, et cette scène, pendant au moins plusieurs mois.

Ils étaient toutefois en représentation ce soir. Le couple Malefoy ne pouvait pas laisser supposer une quelconque discordance à qui que ce soit.

Finalement, le bruit des conversations reprit son doux chuchotement, l'orchestre commença un morceau léger et la prise de Caelina sur son bras se fit plus légère.

Elle lui désigna les larges portes vitrées ouvertes sur un jardin à la française.

- Que dirais-tu de prendre l'air, Cissy ? Le jardin est magnifique à cette période de l'année et je me suis donnée du mal pour que tout le monde puisse en profiter ce soir...

Elles furent bientôt seules. La lune était haute dans le ciel sans nuage, et l'air embaumé le parfum des roses. Le bruit de la fête – la musique et les discussions – ne formaient plus qu'un chuchotement derrières elles, et Narcissa sentit son esprit s'apaiser.

Il était parfois exténuant de devoir maintenir les apparences en société.

- Et bien, je me doutais qu'elles ne résisteraient pas à faire une scène, mais pas aussitôt dans la soirée.

- Comment peuvent-elles prendre la défense des Rowle ! Avant d'être les héritiers de grandes familles, ils sont avant tout des enfants !

Caelina déposa sa tête sur son épaule avec douceur, une manie qu'elle avait toujours eu, d'aussi loin qu'elle puisse se souvenir.

- Tu connais mieux que moi le poids des traditions, Cissy... Sans la guerre et les nombreux morts dans le monde Sang Pur, rien de tout cela n'était censé changer pour les siècles et les siècles. Tu vas le faire regretter aux Rowle, et l'ironie de l'histoire connaîtra son apogée quand Christopher héritera de leur empire. J'ai toujours trouvé que ce garçon était intelligent pour son âge, il nous surprendra une fois adulte.

- Je doute que Christopher reste leur héritier longtemps.

- Je ne sais pas... Thorfin déteste ses cousins et il se considère comme le seul vrai Rowle de sa famille. Malgré tout, Christopher reste son fils unique.

Elle eut un soupir et elle essaya de se concentrer sur la douceur du soir, de peur de terminer la nuit avec un méchant maux de tête. Elle avait beau avoir une influence certaine auprès des femmes de sa génération – l'aura de Bellatrix lui conférait un certain prestige auprès des plus fondamentalistes, elle avait été très populaire à Poudlard et les plus jeunes l'admirait encore – mais elle ne faisait pas l'unanimité non plus – à cause d'Androméda, parce que Lucius avait retourné sa cape à la fin de la guerre, parce que les Malefoy se mêlaient souvent de ce qui ne les regardaient pas forcément – et les prochaines semaines allaient sans doute se révéler compliquées.

- Ce qu'Euphémia a fait... Merlin, cette femme est malfaisante. Marcus et Hadrian sont parfois deux démons mais ils sont mes fils, et je préférerais me tuer plutôt que leur faire du mal volontairement. Je suis loin d'avoir ton influence, Cissy, mais sache que je suis de ton côté. Pour une fois que la tendance dramatique des Black sert une bonne cause.

Elle eut presque un sourire.

- Merci, Caelina.

Elle n'avait pas douté une seconde de la loyauté de son amie, mais cela faisait tout de même du bien de l'entendre le confirmer.

- Mais de rien, très chère... Je te ferai parvenir mes mesures pour que ton couturier parisien me réalise une tenue dans les plus brefs délais.

Un éclat de rire sincère lui échappa, le premier depuis des semaines, et elle se sentit plus légère quand elles rejoignirent la réception. Lucius l'entraîna presque aussitôt sur la piste de danse.

- On m'a fait remarquer que je suis un homme particulièrement chanceux.

- Je ne suis pas surprise qu'on soit obligé de te le rappeler de temps à autre, répondit-elle avec un sourire moqueur.

Elle n'avait plus vingt ans et des compliments ne suffiraient sûrement pas à Lucius pour se faire pardonner la semaine passée. Son silence lui apprit qu'il en avait bien conscience et qu'il réfléchissait à une parade pour apaiser leur dispute.

- Je pensais ordonner à Dobby de surveiller Draco à Poudlard. Veiller à ce qu'il se plie aux consignes de sécurité.

C'était sans doute sa meilleure idée depuis le renvoi de Dumbledore. Narcissa aurait aimé lui expliquer à quel point elle ne pouvait pas se satisfaire de la seule protection de leur fils – tous les enfants de l'école étaient en danger, dont ceux de Caelina, Anthea et Loreleï... Que leur dirait-elle si jamais l'un d'eux mourait ? – mais elle devait reconnaître que Lucius faisait un pas vers elle, et qu'un compromis entre son besoin de savoir son fils hors de danger et l'importance de ne pas plonger le Conseil d'Administration dans l'embarras, était leur seule possibilité.

- A la prochaine attaque, je me rendrais moi-même à Poudlard pour le ramener chez nous, prévint-elle en plantant son regard dans le sien.

- A la prochaine attaque, nous n'aurons pas d'autre choix que de fermer l'école...

Mercredi 26 Mai 1993, Chemin de Traverse, Londres, Angleterre.

Narcissa était convaincue que c'était une mauvaise idée.

L'hostilité qu'elle avait toujours ressenti pour Euphémia Rowle s'était transformée en une haine ardente, et elle avait volontairement laissé sa baguette au manoir de peur d'aller trop loin.

Lucius avait toutefois eu le bon sens d'organiser cette rencontre chez Gusteau, là où ils ne manqueraient pas de croiser des connaissances, et si les Rowle ne voulaient pas perdre définitivement la face, ils devraient se priver d'éclats de voix.

Si tout cela n'avait tenu qu'à elle, Narcissa les aurait fait patienter encore deux semaines, juste parce qu'elle le pouvait et qu'ils devaient comprendre que le nom des Malefoy pesait bien plus lourd que le leur. Savoir qu'ils vivaient sans doute dans la peur qu'elle mette à exécution ses menaces – ce qu'elle avait bien failli faire après avoir été réveillée plusieurs nuits de suite par les cauchemars de Christopher, puisque son protégé devenait plus vulnérable à mesure que la confiance qu'il lui portait grandissait – mais Lucius ne semblait pas pressé de voir cette histoire publique.

Du reste, plus publique que ce qu'elle n'était déjà.

Il était, semble-t-il, inquiet de ce que l'on pourrait penser d'un homme qui utiliserait son influence pour protéger un enfant de douze ans de ses propres parents. Lucius pensait qu'être charitable était une preuve de faiblesse et sa réputation était entièrement basée sur la crainte qu'il inspirait... Narcissa avait failli lui faire remarquer que si on lui avait pardonner d'avoir été un Mangemort dix ans plus tôt, il ne risquait pas grand chose, mais avait décidé de garder son commentaire pour plus tard. Il lui avait promis de la soutenir et s'en tenait à sa parole en organisant la rencontre qu'exigeait les Rowle depuis plus de trois semaines.

- Lady et Lord Malefoy, quel plaisir de vous accueillir à nouveau dans notre établissement ! Puis-je vous débarrasser ?

La musique élégante du français calma bien mieux ses nerfs que le thé qu'elle avait pris dans la matinée, et elle adressa un léger sourire à l'hôtesse d'accueil.

Lucius l'aida à ôter sa cape légère et elle lui tendit son foulard, puis il retira la sur-robe de son costume sombre.

Un serveur habillé d'un élégant coupé les accompagna jusqu'à leur table. Située un peu à l'écart, elle offrait une vue parfaite sur toute la salle, et ils ne pourraient pas manquer l'arrivée des Rowle. Il leur avait donné rendez-vous dans un petit quart d'heure, se ménageant le luxe d'être installés avant eux.

- Nous attendons Lord et Lady Rowle, indiqua Lucius quand le serveur leur tandis un menu.

- Prendriez-vous des boissons pour patienter ?

- Un verre de vin blanc, bien sec, répondit son mari sans même jeter un regard au menu.

Ils venaient assez souvent pour que le sommelier soit en mesure de se charger du choix.

- Apportez la bouteille, cela sera plus simple, ajouta-t-elle.

Si elle était honnête avec elle-même, elle savait qu'il lui faudrait un alcool plus fort que le vin pour supporter les hypocrisies des Rowle, mais elle pouvait difficilement être vue ivre chez Gusteau.

Par chance, la bouteille arriva avant les Rowle, et elle avait eu le temps de savourer un demi verre en commentant les nouvelles du jour à voix basse quand elle les aperçut.

Euphémia était drapée dans la robe la plus conservatrice qu'elle devait posséder – des manches longues et bouffantes au niveau des bras, et un corsage qui finirait par la tuer – et Thorfin donnait l'impression qu'il se rendait à un enterrement avec son complet noir et sobre.

Ils s'installèrent sans même essayer de donner l'impression qu'ils étaient ravis d'être là et Euphémia planta un regard mauvais dans le sien, auquel elle répondit par son sourire en coin.

Si elle croyait arriver à la cheville de Bellatrix, elle se trompait lourdement.

- J'ai pris la liberté de commander, indiqua aussitôt Lucius. La session du Magenmagot reprend dans une heure et je ne peux me permettre d'être en retard.

Le visage de Thorfin se tendit à la mention du Mangenmagot – sans doute Euphémia lui avait transmis les menaces qu'elle avait énuméré avant de partir avec Christopher – et Narcissa prit une gorgée de vin : Lucius n'était pas ravi de devoir intercéder, mais il savait que s'ils ne réussissait pas à convaincre les Rowle de se montrer raisonnables, elle n'hésiterait pas à rendre l'histoire publique, et elle ferait en sorte que cela fasse le plus de bruit possible. Il faisait cela autant pour elle que pour lui, et il n'avait pas pour habitude de perdre une négociation.

- Nous voulons récupérer Christopher, annonça Thorfin, choisissant justement d'aller droit au but.

- Dans l'état actuel des choses, cela est impossible. Il ne souhaite pas vous revoir pour le moment.

Narcissa serra les lèvres pour ravaler sa colère. Elle avait prévu de demander à Christopher ce qu'il souhaitait. Il avait douze ans et c'était un garçon intelligent, il avait le droit de donner son avis sur la situation. La nuit dernière, quand elle l'avait rejoint pour apaiser ses cauchemars, il lui avait fait promettre de ne pas les laisser le reprendre.

- C'est un enfant et nous sommes ses parents. Il n'a pas à décider ce genre de choses !

Le visage d'Euphémia venait de prendre une ravissante couleur carmin – sans doute étouffait-elle sous sa robe de velours – et Narcissa répliqua avec la voix la plus mielleuse qu'elle pouvait conjurer.

- Puisque vous n'avez pas su vous comporter comme des parents dignes de ce nom, vous avez perdu votre droit de décider quoique ce soit pour lui. Vous auriez vraiment dû l'envoyer à Durmstrang.

Euphémia ouvrit la bouche pour répondre, mais les serveurs revenaient avec l'entrée – des saint-jacques laquées et des ravioles aux légumes crémés – et ils écoutèrent le serveur décrire leurs plats en détail dans un silence tendu.

- Vous n'avez pas le droit de garder Christopher ! attaqua Euphémia dès que le serveur fut assez loin.

Thorfin posa une main sur le bras de sa femme pour l'inciter au silence.

- Ce que vous avez fait, Lady Malefoy, est un kidnapping, dit-il d'une voix froide. La seule raison pour laquelle nous n'avons pas encore prévenu les Aurors est...

- Que vous savez parfaitement que cette histoire fera la une de La Gazette du Sorcier en moins de quarante-huit heures, le coupa Lucius. Personne n'aime les bourreaux d'enfants, le Magenmagot compris.

Thorfin serra les dents face à l'argument de Lucius :pour être juste, il faudrait sans doute une semaine aux journalistes de La Gazette pour découvrir l'affaire, mais Narcissa entendait bien inviter Rita Skeeter à prendre le thé chez elle si jamais les Rowle tentaient de faire intervenir les Aurors. La journaliste ne disait jamais non à une histoire sensationnelle, et Narcissa savait qu'elle pouvait compter sur sa plume subjective pour écrire un article qui louerait sa décision et incriminerait davantage les Rowle. Quant à ce que ferait le Magenmagot s'il devait juger une telle affaire, nul doute que la majorité se rangerait à l'avis de Lucius sur la question.

- Voilà ce que nous allons faire, reprit Lucius après avoir laissé le temps à Thorfin de lui répondre. Christopher va passer l'été au manoir Malefoy, et s'il souhaite vous revoir au cours de ces deux mois, nous arrangerons une visite selon nos termes. Il souhaite intégrer l'école de Beauxbâtons à la rentrée de Septembre. Il lui reviendra de choisir s'il souhaite passer ses vacances chez nous ou chez vous.

Cet arrangement ne plaisait pas du tout à Lucius – un deuxième enfant qui n'était pas le sien sous son toit était encore plus difficile à accepter – mais il lui avait promis de la soutenir concernant Christopher.

- Beauxbâtons ?! éructa Euphémia, s'étouffant à moitié sur un morceau de raviole. Quelle est cette folie ?

- Le résultat de votre éducation, Euphémia, rien de plus, répliqua-t-elle.

- Cela est inenvisageable, reprit Thorfin. Nous pensions l'envoyer à Dursmtrang finalement.

Narcissa ravala son soupir. Christopher serait sans doute déçu, mais au moins pourrait-il échapper au manoir Rowle la majorité de l'année.

Durant le quart d'heure qui suivit, il fut évident que Lucius gardait le dessus sur leur discussion. Sa seule concession fut le choix de l'école – Durmstrang – mais pour le reste, il obtint que Christopher reste sous leur protection, que sa baguette lui soit rendue, et réussit même à faire payer les Rowle pour toutes les dépenses que l'éducation de Christopher pourrait bien leur coûter.

Le fait que son mari semble céder facilement – Lucius n'avait même pas eu besoin de le menacer ouvertement, sans doute Thorfin avait bien évalué ses chances lors d'un procès – faisait enrager Euphémia. Narcissa se délecta de ses gestes saccadés, de sa respiration haletante et de ses regards noirs. Elle allait devoir d'habituer à ce sentiment, car Narcissa était loin d'en avoir terminé avec elle. D'ici à quelques mois, la vie sociale des Rowle serait devenue encore plus ennuyeuse que celle de feu sa grande tante Cassiopea. Elle ne se permettrait pas de lancer la moindre rumeur, mais cela serait sans doute pire, car l'imagination des commères professionnelles telles que Regina Zabini ou Lady Parkinson avaient une imagination galopante. Peut-être tout cela finirait-il par précipiter l'empire Rowle vers sa fin, mais ils avaient provoqué leur destin en agissant comme ils l'avaient fait.

Lorsque les assiettes du plat principal furent vides, l'accord était définitivement scellé et sans surprise, Thorfin Rowle avait préféré sa réputation à son fils.

Lucius et elle ne restèrent pas pour le dessert – la session du Magenmagot était sur le point de reprendre – et tandis que les chaises raclaient sur le sol, Euphémia en profita pour murmurer une menace à son attention.

- Je me vengerai ! Je trouverai un moyen, je le jure sur ma magie !

- Je suis impatiente d'assister à un tel miracle, ma chère. Ne vous fatiguez pas à m'écrire des lettres cet été, je devrais m'occuper de trois adolescents, je n'aurai pas le temps de vous répondre.

En quittant le restaurant, Narcissa eut l'impression de laisser un poids derrière elle : une fois que Maellyn serait réveillée et que Draco serait en sécurité au manoir, la vie reprendrait son cours normal et elle avait plus que hâte que tout cela soit derrière elle.

Vendredi 28 Mai 1993, Poudlard, Ecosse.

Le château était particulièrement calme à chaque fois qu'elle venait pour rendre visite à Maellyn, quand bien même Madame Pomfresh affirmait qu'une personne pétrifiée n'avait absolument pas conscience de ce qui se passait autour d'elle. Dans ses souvenirs, les beaux jours annonçaient l'imminence des examens – qui commenceraient au début de la semaine prochaine si elle se souvenait de ce que lui avait dit Draco – et le château devenait moins austère. Il n'était pas rare d'entendre des mélodies s'échapper des tableaux, les élèves parlaient plus fort, et le parc devenait le parfait endroit pour réviser...

Les événements liés à la Chambre des Secrets avaient changé tout cela bien sûr : les tableaux continuaient leur rôle de sentinelles, les élèves étaient tenus de rester dans les quartiers de leur maison, et l'atmosphère dans le château semblait alourdie par la peur et la méfiance.

Le Conseil d'Administration aurait dû fermer l'école, se répéta-t-elle comme à chacune de ses visites. Ce n'était pas une ambiance saine pour des élèves, surtout les plus jeunes, et elle était sincèrement surprise qu'aucun parent n'ait retiré ses enfants par mesure de sécurité.

Elle frappa à la porte de l'infirmerie et entra sans attendre de réponse : à mesure que le moment de réaliser le philtre de Mandragores approchait, elle ne pouvait s'empêcher de venir de plus en plus souvent. Au lieu de deux visites au départ, elle venait désormais tous les jours depuis une semaine, ce qui ne semblait ravir personne, même pas Draco qui ne voulait pas être vu avec sa mère devant tous ses camarades.

- Ah, Madame Malefoy ! la salua Madame Pomfresh, quittant son bureau quand elle la vit entrer. J'ai une bonne nouvelle pour vous : les Mandragores sont prêtes ! Severus Rogue a prévu de réaliser le philtre ce soir. Il y a de bonnes chances pour que votre filleule soit réveillée demain à la même heure !

Narcissa sentit le soulagement libérer sa poitrine. Elle en avait plus qu'assez de savoir Maellyn figée, aussi bien dans son corps que dans son esprit. Sa filleule lui manquait terriblement...

- C'est une excellente nouvelle, répondit-elle avec un sourire poli. Mon mari sera ravi d'apprendre que toutes les victimes vont reprendre conscience.

- Oui, il était temps.

Elle approuva d'un hochement de tête et se dirigea vers le lit de Maellyn.

Pour une fois, elle n'était pas la seule visiteuse : deux garçons étaient installés au chevet de Hermione Granger, la née-moldue qui avait battu son fils aux examens de premières années, et à de nombreux devoirs cette année avant d'être pétrifiée. Ils la détaillaient des pieds à la tête avec une hostilité affichée – sûrement parce qu'elle était la mère de Draco – et elle reconnut aussitôt Harry Potter et l'un des fils Weasley – Ronald si elle se souvenait bien –. Le Survivant finit par reporter son attention sur son amie, et Narcissa ne put retenir une pensée triste pour Sirius : le fils de James Potter était son parfait portrait craché et il était fort possible qu'il ne le voit jamais de ses propres yeux.

Elle secoua la tête pour éloigner les soucis qu'elle se faisait pour son cousin. Elle n'avait pas eu de nouvelles depuis le mois de Mars, quand elle avait rencontré le Directeur Adjoint d'Azkaban afin de lui déposer son paiement pour l'année à venir. Sa sœur était encore en vie, bien que de plus en plus instable d'après lui, et Sirius semblait toujours aussi insensible au pouvoir des Détraqueurs, ce qui ne cessait de l'étonner étant donné le lot d'horreur qu'il avait vécu avant d'être arrêté.

Les Détraqueurs n'étaient pas connus pour faire une différence entre un coupable ou un innocent. Quelques sorciers avaient été envoyés à tort à Azkaban et plusieurs étaient tout de même devenus fous.

Bien sûr, Sirius n'avait jamais fait ce que l'on attendait de lui, et c'était peut-être la seule façon d'expliquer sa singulière résistance.

Ses yeux se posèrent sur le visage figé de sa filleule et un soupir triste lui échappa. Elle n'arrivait pas à s'y faire. Maellyn était expressive et vive. Il lui avait fallu bien plus de temps que Draco pour réussir à maîtriser une expression neutre pour leurs sorties en société, ce qui était bien plus gênant pour une jeune fille qu'un garçon.

Sa main caressa sa joue, replaçant des mèches qui n'avaient pas bougé depuis la veille.

- Bonjour ma douce, souffla-t-elle. Je t'ai apporté de nouvelles fleurs. Les jardins du manoir en regorgent grâce au beau temps. Et les Mandragores sont prêtes... Cette histoire appartiendra bien vite au passé.

Il ne lui fallut qu'une minute pour faire disparaître les fleurs fanées, changer l'eau, et installer le bouquet que Parky avait confectionné pour elle ce matin. Depuis son arrivée à l'infirmerie, Narcissa avait également ramené une photo de Draco, Christopher et elle prise deux étés de cela, ainsi qu'une photo d'elles deux. Elle avait également changé les vêtements de Maellyn au profit d'un pyjama confortable et nettoyait le visage ainsi que les mains de sa filleule à chaque fois qu'elle venait.

Peu importe qu'elle ressemble à une statue et qu'elle ne sente rien de tout cela. Elle ne sacrifierait pas le confort de sa filleule par pragmatisme.

Elle s'installa sur le fauteuil près du lit et ouvrit l'un des exemplaires du Mensuel de la Métamorphose que Minerva McGonagall – qui d'autre ? – avait laissé sur la table de nuit deux semaines de cela. Il ne lui restait que deux article dans celui de Mai, et elle espérait sincèrement qu'elle n'aurait pas besoin de lire celui de Juin à sa filleule.

De l'autre côté du paravent, elle entendit les chaises de Harry Potter et Ronald Weasley racler sur le sol et leur manque de discrétion ne l'étonna guère venant de deux Gryffondors notoires.

La porte de l'infirmerie venait de se refermer quand la voix magiquement amplifiée de Minerva McGonagall raisonna à travers la pièce.

- Tous les élèves doivent immédiatement regagner leurs dortoirs. Les professeurs sont attendus dans leur salle. Dépêchez-vous, s'il vous plaît.

Narcissa se sentit pâlir avant de se relever vivement, comme si sa chaise était soudainement en feu. De son côté, Madame Pomfresh avait réagi de la même façon, quittant son bureau dans la précipitation, et elles échangèrent un regard alarmé.

Pourvu que la ou les victimes ne soient que pétrifiées. Elle ne souhaitait à personne de perdre un enfant, surtout pas dans des conditions aussi tragiques. Elle...

Merlin, pourvu que ce ne soit pas Draco ! Elle ne pourrait pas le supporter s'il lui était arrivé quelque chose. Il était sans doute l'être le plus important dans sa vie, et si jamais il mourait, elle ne tarderait pas à le rejoindre.

- Dobby...

Il y eut un délicat pop qui fit sursauter l'infirmière, et son elfe de maison s'inclina avec respect devant elle.

- Draco est-il sauf ?

- Oui, Lady Malefoy. Dobby a surveillé le jeune maître Draco comme Lord Malefoy l'a demandé à Dobby. Il était en cours de botanique quand l'appel a raisonné...

Ce ne fut qu'en exhalant un soupir de soulagement qu'elle se rendit compte qu'elle avait retenu sa respiration et qu'il était normal que le monde commence à tourner autour d'elle.

- Veille à ce qu'il reste dans sa salle commune.

L'elfe disparut comme il était venu et Narcissa ignora l'air inquisiteur de Pomfresh. Que croyait-elle ? Qu'elle allait lésiner sur les moyens pour garantir la sécurité de son fils unique ?

Finalement, l'infirmière se racla la gorge.

- Vous devriez rentrer, Lady Malefoy. Je vais aller rejoindre mes collègues dans la salle des professeurs pour voir de quoi il en retourne.

Son excuse pour la renvoyer chez elle n'était pas du tout celle qu'elle avait imaginé, et elle ne put s'empêcher d'être surprise de savoir qu'elle comptait quitter l'infirmerie au plus vite. N'était-ce pas précisément sa place compte tenu des circonstances ?

A moins que...

- Ce n'est pas comme les autres fois, n'est-ce pas ?

Pomfresh détourna le regard, le visage bien plus blême que quelques minutes plus tôt. A sa façon de chercher ses mots pour lui répondre, Narcissa pensa aussitôt au pire.

- C'est la première fois que Minerva fait ce genre d'appel... Ce n'est pas de bon augure.

Elle approuva d'un signe de tête.

- Je vais attendre ici, si vous le permettez... Mon mari voudra sans doute avoir un récit de première main afin de prendre les décisions nécessaires.

Pomfresh hésita avant de lui donner son accord, puis disparut dans le couloir. Elle resta un long moment immobile, fixant la porte de l'infirmerie sans vraiment la voir. Si quelque chose de plus grave que la précédente attaque s'était produit, cela ne pouvait signifier qu'une seule chose : un élève avait été tué. Selon toute vraisemblance, l'héritier de Serpentard avait finalement la pleine maîtrise des pouvoirs de son monstre – ou d'un sortilège oublié –. Narcissa espérait qu'il s'agissait plutôt d'un monstre car il serait sans doute plus compliqué de le faire entrer dans une salle commune pour terminer le travail et...

- Viviane toute puissante !

L'héritier devait savoir que les Mandragores étaient prêtes. Peut-être espérait-il mener à bien la mission qu'il avait commencé avant que ses victimes ne puissent être réveillées ? Ou peut-être était-ce simplement l'imminence de la fermeture de l'école – au moins pour l'été, sinon jusqu'à ce que le danger soit définitivement éloigné – qui l'avait décidé. Elle avait assez côtoyé de jeunes fanatiques pour savoir qu'ils pouvaient se résoudre aux pires folies quand il s'agissait de servir une cause.

Et s'en prendre aux victimes déjà pétrifiées n'était même pas un acte désespéré. A bien y réfléchir, c'était sans doute ce qu'elle choisirait de faire : l'infirmerie n'était pas protégée, et la salle des professeurs – où étaient réunis tous les adultes – était à l'autre bout du château. S'obligeant à garder son calme – douce Morgane, elle avait traversé une guerre et porté sa famille à bout de bras après la chute du Seigneur des Ténèbres, elle était capable de garder la tête froide –, elle sortit sa baguette, verrouilla les portes, et lança les sortilèges de protection que les années n'avaient pas réussi à lui faire oublier.

Elle espérait que l'héritier continuerait sa route s'il découvrait l'infirmerie verrouillée, car Bellatrix avait été la seule fille Black à se révéler véritablement douée pour les duels et la magie noire. Elle se sentait capable de sauver Maellyn, mais elle ne se sacrifierait pas pour les autres nés-moldus.

La paire d'heures qui s'écoula après cela lui parut interminable. Elle tenta de se distraire en lisant Le Mensuel de la Métamorphose mais elle ne cessait de reporter son attention sur les portes de l'infirmerie, l'oreille tendue pour discerner le moindre bruit suspect, une main verrouillée sur le poignet de sa filleule, et une peur telle qu'elle n'en avait pas connu depuis la guerre.

A en croire la légende, le monstre de Serpentard avait survécu pendant des siècles, et il avait tué cinquante ans plus tôt... Elle savait d'avance qu'elle ne ferait pas le poids si l'héritier se décidait à lâcher sa bête ici.

Et si elle mourait... Merlin, si elle mourrait, que deviendrait Draco et Maellyn ? Lucius s'occuperait de leur fils, bien sûr, mais était loin d'être le père tendre et attentionné dont il avait besoin. Sans doute pensait-il à bien en gardant une distance, et en lui donnant un exemple à suivre pour survivre dans leur monde, mais Draco ne serait jamais comme lui. Quant à Maellyn... Lucius ne la garderait pas sous son toit, et il renverrait sûrement Christopher chez ses parents sans y réfléchir à deux fois. Maellyn ne pouvait pas tomber aux mains des Lestrange. Ils ne s'étaient jamais intéressés à elle, et Narcissa s'était plusieurs fois demandé s'ils savaient qu'elle n'était pas vraiment des leurs... Bien entendu, sa mort signerait la fin des arrangements entre elle et le directeur adjoint d'Azkaban. Sans un traitement de faveur acheté au prix fort, ni sa sœur, ni son cousin, ne passeraient le prochain hiver.

Ses pensées la laissèrent la respiration haletante et elle crut que son cœur allait sortir de sa poitrine quand des coups délicats portés sur la porte résonnèrent dans l'infirmerie silencieuse.

- Lady Malefoy, c'est Madame Pomfresh. Pouvez-vous me laisser entrer ?

Narcissa se releva, ses jambes molles sous elle, et leva ses sortilèges un à un, sa main de baguette plus tremblante que jamais.

L'infirmière était particulièrement livide – presque verdâtre – mais aucun corps drapé de blanc ne la suivait.

Personne n'avait été tué.

Pas encore, du reste.

- Que se passe-t-il ?

Pomfresh sembla ne pas vouloir lui répondre – sûrement McGonagall avait donné la consigne de ne pas ébruiter l'affaire – avant de se résigner sous le feu de son regard.

- Un nouveau message a été laissé par l'héritier de Serpentard. Le monstre a emporté une élève dans la Chambre des Secrets...

L'explication était tellement différente de ce qu'elle avait pu imaginer jusque là que Narcissa resta une folle seconde silencieuse.

- Merlin... De qui s'agit-il ?

- De Ginevra Weasley, la fille cadette des Weasley.

- Une Sang-Pur ? s'étonna-t-elle à voix haute.

Décidément, plus rien ne faisait sens. Si l'héritier de Serpentard se vantait de vouloir purger le château des né-moldus pour terminer la mission de Salazar, pourquoi s'en prendre par deux fois à des Sang-Purs ?

Sa remarque lui valut un regard sévère.

- Visiblement, même l'héritier de Serpentard ne croit plus à ces sornettes. Il serait peut-être temps d'en faire de même.

Elle ne releva pas. Pomfresh n'avait pas grandi dans le milieu Sang-Pur, elle ne comprenait pas qu'ils étaient les garants des traditions de leur monde et que leur premier rôle était de faire perdurer toute une partie de leur histoire.

- L'héritier va peut-être demander quelque chose en échange ?

- J'en doute. Le message précise qu'il compte la laisser mourir dans la Chambre. Il ne semble pas ouvert aux négociations.

Il n'y avait définitivement plus de logique dans toutes ces atrocités. Elle commençait sérieusement à douter que l'héritier de Serpentard soit à Serpentard pour commencer. Pourquoi enlever Ginevra Weasley ? Pour l'avoir vue sur le Chemin de Traverse à plusieurs reprises, elle savait que la jeune fille était au plus quelconque, un peu garçon manqué, et aussi sensible à la magie qu'une enfant de onze ans pouvait l'être.

Malgré son hostilité publique pour les Weasley – ces gens étaient simplement vulgaires – son cœur de mère se brisa un peu en imaginant la douleur qu'ils allaient ressentir en apprenant qu'ils avaient perdu leur fille unique.

- Minerva McGonagall a-t-elle prévenu le Conseil d'Administration ?

- Non, pas encore. Elle devait allait prévenir les Weasley en premier lieu. Je pense qu'elle compte sur vous pour leur annoncer la nouvelle. Je lui ai dit que vous étiez en visite...

Narcissa admira la diplomatie de son ancienne professeure : elle venait de lui donner l'ordre de quitter le château et, puisqu'elle était la femme de Lucius Malefoy, elle n'avait aucun moyen de refuser sans mettre son mari dans l'embarras.

Elle jeta un dernier regard vers Maellyn et eut une prière silencieuse à l'attention de Morgane pour qu'elle protège sa filleule.

- Très bien. Je vais y aller dans ce cas. Pourriez-vous...

- Protéger l'entrée quand vous serez partie ? Bien sûr, le professeur McGonagall craint elle aussi que le monstre ne revienne pour terminer son travail...

Narcissa s'en alla le cœur lourd et elle utilisa le trajet jusqu'à la grande cheminée du Hall pour se composer un visage neutre et calmer son esprit.

A sa plus grande surprise, le Conseil d'Administration était en pleine réunion, comme l'informa Rosamund Vane, installée derrière le bureau d'accueil. Etant donné que Lucius était président du Conseil, il n'était pas rare qu'elle se charge des tâches administratives pour le compte de l'école. Lucius était bien trop habitué à son efficacité pour s'embêter à chercher quelqu'un d'autre.

- J'ai cru comprendre que les Mandragores étaient prêtes... Vous devez être soulagée ?

Narcissa eut un sourire crispé qui fit hausser un sourcil à Rosamund derrière ses lunettes rectangulaires.

- Pouvez-vous m'annoncer ? Je reviens de Poudlard et les nouvelles ne sont pas bonnes.

La secrétaire s'exécuta aussitôt et Narcissa se retrouva face à huit sorciers et quatre sorcières, tous issus de très bonnes familles, mais dont cinq seulement appartenaient au Vingt-Huit Consacrées, parmi lesquels trois partageaient le point de vue de Lucius concernant Dumbledore.

- Que s'est-il passé cette fois ? lui demanda Lucius, sans se soucier du protocole du Conseil, qu'elle savait strict et légèrement archaïque.

- Une élève a été enlevée par l'héritier de Serpentard. Elle a été emmenée dans la Chambre des Secrets et un message a été laissé sur l'un des murs de l'école. L'héritier promet de la laisser mourir là-bas.

Sa réponse fut accueillie par un silence glacial. Narcissa vit plusieurs membres du Conseil blêmir et échanger des regards alarmés. Sans doute étaient-ils affligés de savoir qu'une jeune fille allait sans doute mourir, mais Narcissa ne serait pas surprise que certains pensent aux effets d'une telle attaque sur leur réputation.

- De qui s'agit-il ? demanda Lord Selwyn, après s'être raclé la gorge.

- Ginevra Weasley, la cadette de Molly et Arthur Weasley.

- Une Sang-Pur ? Encore ? s'étonna Alecto Carrow.

Son manque cruel de subtilité lui attira un regard noir de la part de Lucius. Il l'avait fait entrée dans le Conseil pour avoir un appui loyal lors des votes, mais elle avait tendance à lui apporter plus de problèmes qu'autre chose.

- C'est une tragédie, enchaîna Lucius pour ne pas laisser le temps aux autres membres du Conseil de s'indigner. Je vais me rendre à Poudlard et rencontrer Mr et Mme Weasley.

Il se levait déjà mais fut arrêté par Julia McLaggen.

- C'est l'attaque de trop, Lucius. Nous devons réfléchir aux dispositions que nous allons prendre pour assurer la sécurité des élèves.

- Faites donc. Je serais de retour dans moins de deux heures pour le vote.

Narcissa surprit un sourire étrange sur les lèvres de la femme, mais son mari arrivait déjà à sa hauteur et l'escorta dehors.

- Comment se fait-il que McGonagall n'ait pas jugé nécessaire de se déplacer elle-même ?

- Je pense qu'elle souhaitait rencontrer les Weasley avant toute chose, et s'arranger pour que je quitte le château. Elle m'a chargée de transmettre la nouvelle...

- Cette femme est trop loyale à Dumbledore... Elle devient gênante.

Si Lucius pensait pouvoir réussir à faire renvoyer Minerva McGonagall, il se trompait lourdement, et Narcissa avait hâte qu'il se risque à se dresser face à elle. Une leçon de modestie ne lui ferait sans doute pas de mal.

- Je vais retourner au manoir m'occuper de Christopher et faire préparer les chambres de Draco et Alya.

- Comment ça ?

- Nous avions un marché, Lucius. S'il y avait une attaque, Draco rentrait. Et Alya devrait être réveillée d'ici demain. Je refuse qu'elle reste dans une école où un monstre qui a bien failli la tuer rode toujours.

Elle disparut avant qu'il ait eu le temps de répondre.

Samedi 29 Mai 1993, Poudlard, Ecosse.

Dans la relative clarté dispensée par la lumière magique, Severus Rogue semblait encore plus cireux que d'ordinaire, et ses cheveux luisaient de gras. Narcissa n'avait pas pensé grand chose de cet homme la première fois que Lucius le lui avait présenté, près de quinze ans de cela. Il était disgracieux et doté d'un caractère fort désagréable, mais elle avait découvert par la suite son intelligence redoutable. Il avait un avis sur beaucoup de choses – et pas seulement celles liées aux potions – et il était devenu un habitué des soirées mondaines de la société Sang-Pur au fil des années, quand bien même il avait un père moldu. Depuis que Draco avait rejoint Poudlard, elle en savait un peu plus sur sa mauvaise réputation en tant qu'enseignant – trop sévère, trop partial, trop exigeant – et s'était finalement rangée à l'opinion de Lucius en la matière : certes, il n'était pas très pédagogue, mais c'était rendre service à des jeunes gens que de leur montrer comment leur société marchait. Les supérieurs hiérarchiques étaient rarement bienveillants, et attendaient l'impossible de la part de leurs subalternes.

De plus, il semblait avoir une excellente influence sur Draco – que son fils soit versé dans l'art des potions était très respectable – et elle espérait qu'il en serait de même avec Maellyn.

Pour le moment, elle souhaitait juste qu'il réussisse à réveiller sa filleule. Severus l'avait prévenue dans la soirée que le Philtre de Mandragore était presque prêt, et qu'il avait bon espoir de l'administrer aux victimes pétrifiées dans la nuit. Etant donné qu'Alya était la seule à avoir une famille sorcière, il lui semblait tout indiqué qu'elle soit présente.

Christopher avait surpris la conversation – semble-t-il par hasard, mais elle n'était pas dupe : le garçon se tenait à l'affût à chaque fois que le prénom de son amie était prononcé – et elle n'avait pas eu le cœur de lui refuser de l'accompagner. Pomfresh l'avait déjà vu – et elle s'était contentée de recommander que le garçon prenne une potion revigorante pendant une semaine – et elle savait qu'elle pouvait compter sur la discrétion de Severus.

Draco était également présent, une main serrant la sienne avec force, et ses yeux rivés sur la silhouette immobile de sa cousine.

Severus versa deux louches du Philtre dans un bol et le lui tendit. Pour avoir observé Pomfresh avec le jeune Colin Creevey – qui commençait à revenir à lui dans son lit –, Narcissa n'avait pas besoin qu'on lui explique ce qu'elle devait faire. Elle approcha le bol du visage de sa filleule et attendit que les vapeurs détendent les muscles de son visage et que ses yeux commencent à bouger sous ses paupières. Elle glissa ensuite une cuillère entre les lèvres de sa nièce et fit glisser un peu de potion dans sa bouche. Le réflexe de déglutition ne fut pas immédiat, mais la première gorgée de potion lui arracha un léger toussotement. A mesure que son corps revenait vers l'éveil, il lui fut de plus en plus facile de lui faire boire la potion et une larme de soulagement lui échappa quand Maellyn ouvrit les yeux l'espace d'une seconde.

Son regard était fixe et encore vitreux, mais voir ses yeux bleus nuit lui avait terriblement manqué.

Le corps de Maellyn finit par se détendre complètement et elle s'affala sur ses oreillers. Narcissa reposa le bol vide sur la table de nuit et caressa la joue de sa nièce jusqu'à ce qu'elle revienne complètement à elle, ce qui prit encore un long quart d'heure.

- Nani ? souffla-t-elle dans un murmure, sa voix éraillée après que ses cordes vocales aient été immobilisées pendant un mois.

- Bonjour, ma douce... Comment te sens-tu ?

Il y eut un moment de flottement, comme si elle avait du mal à comprendre la question, ou que son cerveau fonctionnait au ralenti.

- Soif...

Pomfresh pensait que les victimes auraient besoin de boire et de manger après avoir été réveillé car, malgré tout, un mois entier s'était écoulé, et leur métabolisme rattraperait le temps perdu comme il le pourrait.

Narcissa aida sa nièce à se redresser puis porta un verre à ses lèvres. Maellyn en but la moitié à petite gorgée, avant de remarquer Christopher au pied de son lit.

Elle repoussa sa main, la surprise sur son visage.

Narcissa avait véritablement manqué la façon presque théâtrale qu'elle avait de faire passer ses émotions quand elle n'était pas tenue de garder un visage neutre.

- Chris ?

Son ami hocha la tête, les yeux brillants, mais un large sourire sur les lèvres – le premier que Narcissa lui voyait depuis qu'elle l'avait recueilli –. Maellyn lui rendit bien vite son sourire et il s'approcha pour la prendre dans ses bras.

Leur embrassade en disait long sur l'inquiétude de Maellyn et sur la joie de Christopher de retrouver enfin sa meilleure amie après l'avoir vue figée. Ils avaient sans doute des centaines de questions l'un pour l'autre, mais Draco s'imposa bien vite dans leurs retrouvailles.

Narcissa soupira : son fils n'était guère patient et il détestait être ignoré, encore plus par sa cousine. Il tapota l'épaule de Christopher sèchement puis pris Maellyn dans ses bras, la serrant contre lui à lui briser les côtes.

- Ne me refais jamais ça, Aly...

- Ça quoi ?

Sa question suffit à mettre fin à leur étreinte et Maellyn se tourna vers elle.

- Qu'est-ce qui se passe ?

Narcissa replaça une mèche de la jeune fille derrière son oreille.

- Quel est ton dernier souvenir, Maellyn ?

Elle fronça les sourcils et plissa le nez. Il lui fallut plusieurs longues secondes pour retrouver le fil de sa mémoire.

- Je suis allée rendre un livre à la bibliothèque avant le match... Puis j'ai vu Granger et la préfète de Serdaigle tomber et...

Ses yeux s'écarquillèrent, puis elle blêmit légèrement.

- J'ai été pétrifiée ?

Narcissa hocha la tête et ce fut à son tour de prendre l'adolescente dans ses bras.

Bien entendu, Maellyn ne pleura pas, tout juste trembla-t-elle pendant un long moment.

- C'est fini, ma douce. Tu es en bonne santé et tu vas rentrer au manoir dès demain. Toute cette histoire sera bientôt un mauvais souvenir. As-tu...

Elle fut interrompue par l'entrée fracassante de Molly Weasley, suivie par son mari et leur fille.

- Merlin tout puissant ! s'écria Madame Pomfresh. Comment ?

- Nous n'en sommes pas bien sûrs nous-même, Poppy... répondit Molly.

Vu ses yeux rouges et la façon dont sa voix tremblait, elle semblait à deux doigts de s'effondrer en sanglots. Son mari l'accompagna jusqu'à la chaise la plus proche et la força à s'asseoir, sa fille serrée contre lui.

- Le professeur Dumbledore semble confiant sur l'état de santé de Ginny, mais...

Pomfresh hocha la tête et installa la jeune fille sur le lit près de sa mère, avant de refermer les paravents pour lui offrir un peu d'intimité.

Narcissa fronça les sourcils à la mention de l'ancien Directeur... N'était-il pas censé être relevé de ses fonctions ? Lucius avait trop travaillé pour le faire suspendre qu'elle serait très étonnée qu'il ait soudainement accepté de le voir revenir.

Sans qu'elle n'ait besoin de le leur demander, Christopher, Draco et Maellyn gardèrent le silence. Narcissa glissa un regard vers Severus et le trouva au chevet de la préfète de Serdaigle – Penelope Deauclaire –. Il continuait à lui administrer le Philtre de Mandragore mais il était évident qu'il tendait lui aussi l'oreille. Il ne savait sans doute pas plus qu'eux comment Ginevra Weasley était sortie indemne de la Chambre des Secrets.

- Molly, calme-toi... Elle va parfaitement bien...

- Mais elle aurait pu mourir, Arthur ! Et tout ça à cause d'un stupide carnet ! Pourquoi n'avons-nous rien vu ?! Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom est censé être mort et voilà qu'il a bien failli tuer notre fille ! Alors non, je ne vais pas me calmer !

Narcissa eut soudainement un très mauvais pressentiment sans qu'elle ne sache vraiment pourquoi. Elle espérait que Molly Weasley allait continuer à babiller plus que nécessaire, mais Pomfresh semblait avoir un avis médical sur l'état de la femme, et elle ne tarda pas à lui administrer un Philtre de Paix pour la calmer, tandis qu'elle continuer à s'occuper de Ginevra.

Il fut bien vite évident qu'elle n'avait rien de grave, et Pomfresh l'envoya prendre une douche et se changer, lui promettant un chocolat chaud pour la remettre de ses émotions.

Le calme était à peine revenu dans la pièce que Ronald Weasley entra à son tour, l'air aussi sale que sa sœur et Gilderoy Lockhart à sa suite.

- Bonjour, je suis Gilderoy Lockhart ! Enfin, c'est ce que garçon m'a dit et il n'a pas l'air très malin pour être honnête, alors si quelqu'un voulait bien me confirmer cette information.

Son ton jovial était en parfaite contradiction avec ses paroles, et tous les adultes posèrent un regard inquisiteur sur le jeune Weasley.

- Il a voulu utiliser ma baguette pour effacer ma mémoire, mais le sort s'est retourné contre lui. Il a tout oublié.

- Merlin tout puissant... Avec un sortilège d'Amnésie ?

- Euh... Sûrement ? La formule est oubliettes.

Promfresh eut une grimace.

- Si c'est ce que je pense, lui seul sera en mesure de lancer le contre sort... et il ne semble pas être capable de quoique ce soit.

- J'aime beaucoup votre chapeau, Madame.

- Merci, Gilderoy. Venez, je vais vous installer confortablement pour la nuit.

Lockhart la suivit docilement et Ron rejoignit ses parents derrière les paravents.

- Où est Harry ?

- Il est resté avec Dumbledore...

A côté d'elle, Draco grogna quelque chose qui ressemblait très fortement à « bien sûr que Potter est mêlé à cette histoire » et elle le fit taire d'un regard. Maintenant que Molly était calmée, le fils Weasley était le plus à même d'expliquer qui avait secouru Ginevra, et surtout comment.

- Comment te sens-tu, Ron ? demanda Arthur.

- Ça va... Où est Ginny ?

- Sous la douche, et je pense que tu vas en avoir besoin d'une également.

Un silence, sûrement parce que Ron n'avait pas apprécié la remarque de son père concernant son hygiène, puis Arthur reprit.

- Que s'est-il passé, Ron ?

Une nouvelle pause et Narcissa aurait aimé voir le visage du garçon pour lire sur ses traits ce qu'il n'osait pas dire. Les Gryffondors étaient de vrais livres ouverts pour ceux qui savaient quoi regarder.

- Quand on est venu voir Hermione avec Harry, on a trouvé un morceau de papier dans sa main... Elle avait deviné que le monstre de Serpentard était un Basilic et on a voulu allez le dire à Lockhart comme on avait entendu dire qu'il savait où était la Chambre... Pour le prévenir en fait. Et quand on est arrivés, il était en train de faire sa valise pour s'enfuir ! Il aurait laissé Ginny dans la Chambre ! Alors avec Harry, on l'a forcé à y aller quand même.

- Lockhart savait vraiment où se trouvait l'entrée de la Chambre ?

- Oui.

Narcissa secoua la tête. Ronald Weasley faisait un bien piètre menteur, mais en l'état actuel des choses, personne n'allait être capable d'obtenir la version de Lockhart.

- Et il ne vous est pas venu à l'esprit d'aller prévenir un professeur ?

- On était avec un professeur ! On voulait juste l'obliger à y aller, pour Ginny ! Et le message sur le mur disait qu'elle allait mourir ! Comme l'entrée de la Chambre était dans les toilettes de Mimi Geignarde, on l'a accompagné. Mais il nous entraîné avec lui et il a pris ma baguette pour me jeter un sortilège d'Amnésie, sauf qu'il s'est retourné contre lui et qu'un bout du plafond s'est écroulé. Harry était du bon côté et il est parti chercher Ginny. Je suis resté avec Lockhart et j'ai dégagé un passage pour qu'il puisse me rejoindre quand il reviendrait. Je ne sais pas trop ce qui lui est arrivé...

Narcissa était presque sûre qu'il mentait concernant Potter... Elle devait toutefois se résigner : Weasley était aussi loyal à Potter que Hagrid à Dumbledore. Il tiendrait sa langue.

Elle baissa les yeux vers sa filleule, réalisant avec un temps de retard qu'elle s'était endormie dans ses bras. Entendre sa respiration régulière et voir son visage détendu pour la première fois depuis un mois éloignèrent ses soucis. Ce que Potter avait bien pu trafiquer dans la Chambre des Secrets lui importait peu. Ginevra Weasley était sauve et des sorciers compétents allaient pouvoir se charger du Basilic. Dans tous les cas, ses deux enfants seraient en sécurité au manoir dès le lendemain, qu'importe ce que pourrait dire Lucius.

Il lui tardait que tout revienne à la normale.

...

Ah ha, si seulement Narcissa savait !

J'avoue que j'ai hâte d'avoir votre avis sur :

- Narcissa Malefoy, AKA Lady Badass (son sauvetage de Christopher me donne toujours des frissons).

- Christopher (oui, d'accord, je sais. Mais ce sont les Rowle les méchants, pas moi!).

- Maellyn pétrifiée, Narcissa effondrée, Draco à l'agonie et Lucius absolument pas ému, et encore moins décidé à faire quelque chose (et pour cette fois, c'est le canon, pas moi).

- Narcissa qui assume son kidnapping, et qui serait même capable de passer au meurtre si on s'acharne à lui faire des leçons de morale.

- Maellyn qui se réveille (quand même).

Etant donné les circonstances, je prends les câlins pour Christopher (là, je crois que dire qu'il en a besoin est un euphémisme) et je vais arrêter de la ramener sur le sujet.

En attendant la suite, je vous invite à aller faire un tour du côté de mon UA : There will be time.

La review est mon seul salaire et la base du régime alimentaire de ma muse ! Sérieux, j'ai besoin de motivation pour terminer 31.

Pour rappel donc :

- Dans deux semaines : mise à jour de TWBT (le fameux UA).

- Dans un mois, mise à jour de BS.

A très vite les loulous !

Orlane.

Mis en ligne le 19/05/2018