Black Sunset : Dark Matter

Chapter 19

Disclaimer : Je considère que si Rowling autorise Cursed Child, elle autorise toutes les autres fanfictions, même celles qui naissent dans mon esprit tordu personnel.

Attention : Rated T pour le langage et les scènes violentes.

RAR :

Nyanna :

Hello ! Merci beaucoup pour ta review ! Je suis super touchée par tous tes compliments:keur : keur : (je ne suis pas un as en métamorphose – si seulement – mais il paraît que c'est la discipline la plus scientifique et la plus rigoureuse en magie. La mathématicienne en moi aime beaucoup xD).

Maellyn rentre doucement dans l'adolescence, ce qui réveille un peu la Black en elle. Lucius risque de ne pas être déçu du voyage !

Je pense que Sirius pare au plus urgent pour le moment – Harry est en danger de mort à ses yeux, Maellyn pas dans l'immédiat puisque Trixie est en zonzon – mais rassure-toi, il va quand même profiter de l'occasion pour essayer de voir sa fille.

Je te laisse la surprise pour La Révélation (j'aime bien tes hypothèses cela dit).

J'espère que la suite te plaira ! Bonne lecture ! Et puis bonne et heureuse année 2019 ! Tout plein de bonnes choses pour toi et les tiens !

Orlane.

Juliette :

Hello ! Merci beaucoup pour ta review !

Je prends ton pari pour la première rencontre avec Maellyn ? Sirius ? Grant ? Lequel des deux est le plus à même d'en faire une crise cardique ?:p

Pour être tout à fait honnête, moins sympathique que Deloris, je vais avoir du mal à faire ! Je me demande si je préférai pas écrire Bellatrix et ses moments « tuons et torturons » que Deloris -_-. mais je suis contente que tu aimes le personnage de Crystal:) j'aime beaucoup cette petite.

Merci pour tes gentils compliments:) Ça me touche plus que ce qui tu peux imaginer.

Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture ! Et bonne année !

Orlane

Lupa :

Hey ! Merci beaucoup pour ta review !

Une excellente année à toi aussi ! Amour, gloire, beauté, des voyages et toutes les réussites des projets que tu entreprendras;)

Je me devais un peu de donner un peu d'espoir à Grant et Burt après toutes les horreurs que je leur ai fait subir... De là à dire que Sirius est épargné, je serais pas si catégorique.

Aaaah, autant le pouvoir des Détraqueurs est horrible pour Sirius, autant c'est vachement pratique pour Maellyn ! La mélodie, c'est bien la berceuse que Judy était en train de lui chanter juste avant de mourir. Tout comme Harry, Maellyn ne voit pas les sombrals. Après une intense réflexion sur le sujet (parce que oui, le contraire m'aurait peut-être arrangé), il faut être en mesure d'appréhender la notion de mort pour voir les Sombrals. Harry et Maellyn étaient bien trop jeunes quand ils ont vu leur mère mourir.

Ginny est dans la place, et j'ai bien l'intention d'exploiter sa fougue naturelle à cette petite !

Merci pour Draco;) Si j'arrive à faire ressentir la même chose que Rowling ici, c'est que je fais particulièrement bien mon travail xD

On est bien d'accord pour le concours de Métamorphose ! Depuis le temps qu'elle tournait autour du sujet !

Merci merci merci pour tous tes compliments sur mon histoire:) Ça me fait tellement plaisir, tu n'as pas idée ! Avec une review pareil, ma muse va pas pouvoir faire sa difficile éternellement !

Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !

Orlane.

Merci à Nymueh, Nyanna, Tipg l'Andouille, henrismh, Sout, malilite, AlouetteL, Almayen, Sun Dae V, mimi70, Juliette et Lupa pour leur review. Vous avez illuminé mes fêtes de fin d'année à votre façon:)

Bonjour à toutes et à tous !

Hellooooo !

Avant toute chose, bonne année 2019 ! Bonne santé, tout plein de réussite, des voyages, de l'amour pour vous et vos proches. Puisque c'est la saison des vœux, pas de nouvelles horreurs de la part de Rolwing, merci d'avance xD

Comment ça va sinon ? Les vacances se sont bien passées ? J'espère que vous avez passé de bons moments avec les gens qui comptent le plus pour vous.

De mon côté, c'était super, et même pas si fatiguant pour une fois ! J'ai retrouvé mes petits monstres, mes copies, mes cours à préparer (vous vous doutez donc que je suis ravie -_-).

Comme d'habitude, j'ai souffert de l'effet post-Nano (ie : un manque d'inspiration et de motivation) mais j'ai quand même terminé 36 et j'ai même commencé 37 ! J'ai bon espoir que ce dernier me mène jusqu'à la première tâche, mais alors j'y crois pas du tout (ou moyennant 40k ? Ce qui me fait pas spécialement rêver -_-).

Voilà voilà. Je vous laisse avec la suite, que j'aime vraiment beaucoup (plusieurs scènes que j'avas hâte d'écrire à l'époque y figurent ^^). Bonne lecture !

Un grand merci à Sun Dae V pour la relecture et les retours ! Et je ne le dis peut-être pas assez, mais sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !

Black Sunset

Partie III : Dark Matter.

Chapitre 19

Dark Matter : a term used to describe matter in the universe that cannot be seen, but can be detected by its gravitational effects on other bodies.

Secret : n. a piece of information that is generally known or is not known by someone else and should not be told to others.

Dimanche 3 Octobre 1993, Poudlard, Ecosse.

La météo était maussade. Lugubre, même. Un brouillard épais s'était levé au-dessus du Lac Noir et engloutissait l'horizon, réussissant à faire disparaître les montagnes qui entouraient Poudlard. Comme presque tous les jours depuis son arrivée, de lourds nuages noirs masquaient le ciel étoilé, et la pluie ne tarderait sans doute pas.

Le froid, lui, était arrivé bien plus tôt que ce que l'Ecosse permettait à cette saison et il portait déjà ses capes d'hiver. Il avait oublié la rigueur des hivers à Poudlard, l'air glacial qui s'infiltrait à travers les murs épais, les fenêtres verglacées, même à l'intérieur.

Bien sûr, la présence des Détraqueurs accentuait tout cela. Remus connaissait assez bien les pouvoirs de ces créatures pour le savoir. Madame Pomfresh était alarmée par le nombre d'élèves qui venaient la voir pour des cauchemars, des crises de panique ou des comportements à risque. Minerva était furieuse, Dumbledore était furieux, le Ministre restait campé sur ses positions.

Remus était de son avis.

Il n'était pas bien sûr que les Détraqueurs suffisent à tenir Black loin de Poudlard puisqu'ils n'avaient pas suffi à le tenir enfermé en prison pour commencer, mais ils avaient leur utilité. Ils savaient reconnaître l'aura d'un sorcier – certains auteurs parlaient d'âme, mais Remus n'était plus très sûr que Black en ait toujours une –, et seul un Patronus réussissait à leur faire du mal. Cela signifiait que toute la magie noire de Black ne pourrait rien pour lui si les Détraqueurs repéraient sa présence. Il serait arrêté à nouveau et reconduit à Azkaban.

A sa place.

Il frotta ses yeux avec ses doigts, effleurant les cernes violettes qui soulignaient son regard. Une semaine plus tôt, la pleine lune avait été difficile. Il pensait avoir passé la pire la veille de la rentrée, mais revenir au château, emprunter des couloirs où il avait tant de souvenirs, donner cours au fils de James et Lily... Tout cela avait alimenté ses démons au cours du mois écoulé, tandis que les regrets avaient bien failli l'étouffer à plusieurs reprises. Le loup au fond de son âme s'en était donné à cœur joie malgré la potion de Rogue. La transformation avait été douloureuse – plus rapide que d'habitude, comme s'il était pressé de prendre le contrôle – et le loup avait bouillonné d'une énergie difficilement canalisable. Sans la potion, il aurait sans doute réduit tous les meubles de son bureau en charpie.

L'horloge au mur résonna soudainement, lui arrachant un sursaut. La majorité des pleines lunes le laissait plus épuisé que jamais mais un peu détendu. Le loup avait eu une nuit pour s'exprimer, il devenait une vague nuisance dans un coin de son cerveau pendant au moins deux semaines, et c'était à ce moment-là que Remus se sentait le plus maître de lui-même. Cette fois, les choses ne se passaient pas normalement. Le loup rodait dans son esprit, comme s'il était à la recherche de quelque chose.

De quelqu'un.

Il secoua la tête.

Pas ce soir.

Il se détourna de la fenêtre qu'il contemplait depuis de longues minutes, et retourna s'installer derrière son bureau. La pleine lune lui avait fait prendre du retard. Il fallait qu'il termine de corriger les devoirs des deuxièmes années pour le mardi suivant cette nuit, ou il serait obligé de déplacer leur contrôle sur les créatures des marais.

Ses yeux se posèrent sur l'agenda ouvert sur sa table. La date du 4 octobre – celle d'aujourd'hui, même si c'était le milieu de la nuit – lui fit l'effet d'un coup au cœur, et repoussa toutes ses bonnes résolutions concernant son travail.

- Joyeux anniversaire, Queudver.

Une larme lui échappa. Il se dépêcha de la faire disparaître. Peter aurait dû avoir trente-trois ans aujourd'hui, sauf qu'il était mort – douze ans dans un mois – et que cette fois, son meurtrier était dans la nature, attendant son heure pour ramener Voldemort au pouvoir ou tuer Harry, quand bien même il avait juré de le protéger des années de cela.

Il allait probablement se parjurer, comme il s'était parjuré en trahissant les Maraudeurs. Il avait vendu James à Voldemort, celui qui était son seul frère, bien plus que Regulus.

La bouffée de haine revint accélérer son cœur et il se leva brusquement. Il avait la main sur la poignée de la porte de son bureau quand il se figea.

Il devait prévenir Dumbledore. Il était le seul à savoir pour Patmol. Il était quasiment certain que Black avait d'autres moyens de parvenir à ses fins, mais cela ne certifiait pas qu'il n'utiliserait pas sa forme Animagus. Patmol était un chien immense, mais il constituait un bien meilleur choix de costume. Harry pourrait être tenté d'accorder sa confiance à un chien, comme sa mère avant lui. Il y avait des milliers de scénarios dans lequel le rôle d'une forme Animagus pouvait être central. Les Aurors avaient besoin de cette information, les Détraqueurs devaient s'attendre à ce déguisement et Dumbledore lui pardonnerait sans doute ses écarts de jeunesse s'il lui avouait une vérité si capitale.

Répète après moi, Lunard : je jure solennellement de ne jamais divulguer le secret des Maraudeurs.

La voix de James résonna avec une clarté incroyable dans sa mémoire. Il se souvenait de cette nuit comme si c'était hier. James, Sirius et Peter s'étaient glissés dans la Cabane Hurlante alors qu'il était déjà transformé, inconscient jusqu'à la folie. Le loup avait trouvé des compagnons de jeu à la hauteur de sa force. Quand il s'était réveillé, il n'avait aucune morsure sur son corps, il n'avait pas l'impression qu'une voiture lui avait roulé dessus, et ses trois amis étaient assis en tailleur près de lui, l'air exténués mais fiers d'eux.

Répète après moi, Lunard : je jure solennellement de ne jamais divulguer le secret des Maraudeurs.

Sa main lâcha la poignée et son front heurta le panneau de bois dans un bruit sourd.

Il ne pouvait pas faire ça à James et Peter. Il ne pouvait pas trahir ses frères, pas quand Sirius l'avait fait douze ans plus tôt et causé leur mort au passage.

Et c'était sans compter sur ce que Dumbledore dirait.

Il lui avait laissé une chance de vivre une vie normale malgré sa lycanthropie. Il avait tout mis en place pour que personne ne soit blessé durant les pleines lunes. Il lui avait offert le travail de ses rêves !

Avouer, cela reviendrait à reconnaître qu'il avait trahi la confiance de Dumbledore pendant des années, qu'il avait mis ses amis en danger et le reste de ses camarades aussi. Il aurait pu avoir des morts – Rogue n'était pas passé loin – ou des blessés...

Il aurait pu se passer tant de choses, et il n'avait rien dit à l'époque, parce qu'il était trop heureux d'avoir trois amis si exceptionnels qu'ils étaient devenus Animagi pour lui et qu'ils risquaient leur vie tous les mois, juste pour que la pleine lune lui soit supportable.

Dumbledore lui pardonnerait peut-être – sûrement, même, puisqu'il avait défendu Rogue à la fin de la guerre et qu'il était un grand adepte des secondes chances – mais il en parlerait sans doute à Minerva et Madelyn. Les deux McGonagall ne se montreraient pas aussi compréhensives, surtout Madelyn, puisqu'elle lui avait plusieurs fois demandé s'il ne gardait pas certains détails sous silence. Il perdrait sans doute leur amitié et leur confiance...

Il n'était pas sûr d'être prêt à ça.

Avec un dernier soupir chargé de larmes, il retourna s'asseoir à son bureau, et reprit le fil de ses corrections, faisant de son mieux pour ignorer le poids dans son cœur.

Finalement, la paix avait fait de lui un lâche fini.

Mardi 5 Octobre 1993, Poudlard, Ecosse.

Raelyn Hobday avait quitté Poudlard, son autorité sans conteste avec elle, et la salle commune était loin d'être aussi studieuse qu'elle l'avait été l'année dernière à la même époque, surtout quand Antoinette Puffet était en patrouille. Un groupe de quatrième année disputait une partie de bataille explosive en hurlant de rire à chaque fois que le paquet prenait feu – par respect pour les autres, ils auraient dû jouer dans leur dortoir – et mon propre cousin ne voulait tout simplement pas la boucler à propos de son bras – j'étais désormais certaine qu'il jouait la comédie – et de la plainte qu'oncle Lucius avait porté contre le garde-chasse et sa créature sauvage.

Réalisant que je n'avais rien écrit depuis au moins dix minutes, je posai ma plume dans mon encrier et j'enfouis ma tête dans mes mains, essayant de rassembler mes pensées.

Le professeur McGonagall m'avait donné un livre à lire pour préparer les transferts, un sujet que Draco n'avait pas encore couvert. Je devais décrire l'adaptation réalisée pour une liste de sortilèges de transfert et trouver la formule théorique qui résumait l'action magique. Je n'étais pas certaine d'avoir tout compris – l'auteur avait une plume âcre et indigeste –. Je n'avais pas eu le temps de faire des recherches complémentaires, car nos professeurs avaient augmenté leur niveau d'exigence – les devoirs étaient plus longs à rédiger –, que je recevais toujours des exercices de Monsieur Vasilovich, et qu'en plus de cela, je dormais mal.

A quelques mètres de moi, mon cousin changea enfin de sujet de discussion pour enchaîner sur la date de la prochaine sortie à Pré-au-Lard, à laquelle je n'étais pas conviée car je n'étais qu'une petite deuxième année, quand bien même j'étais sûrement plus responsable que lui.

Je relevai les yeux pour l'assassiner du regard, priant en silence pour qu'il se taise, juste trente secondes. Il ne me remarqua pas bien sûr, trop absorbé par l'histoire de Zabini – puisque Blaise avait le bon goût de parler doucement, je ne savais pas très bien ce qui était intéressant – mais Pansy haussa un sourcil à mon attention.

Avant que je n'ai eu le temps d'avoir une idée pour la dissuader de venir à ma table de travail, elle se levait déjà.

- Moi aussi, il me fatigue en ce moment, dit-elle en s'asseyant en face de moi.

Je soupirai. Draco était d'une bonne humeur exceptionnelle depuis qu'il était sorti de l'infirmerie. Il profitait de sa blessure pour tout et n'importe quoi, et surtout pour embêter Potter. Le fait que Sirius Black soit notre cousin nous conférait une sorte de popularité dont je me serais bien passée – parce qu'elle avait rappelé à certains que mes parents étaient, eux, toujours à Azkaban, et pourquoi – mais Draco n'avait pas ce problème. Il racontait les rares anecdotes que nous avions arraché à Nani à qui voulait bien les entendre et soutenait désormais que Black s'était échappé d'Azkaban pour ramener le Seigneur des Ténèbres au pouvoir. A l'écouter, il allait même lui apprendre tout ce qu'il savait en magie noire, parce qu'il était le seul héritier mâle de la famille Black qui pouvait prétendre à devenir patriarche.

- En plus, si tu veux mon avis, la seule personne qui serait capable de prendre en main la famille des Black et lui redonner toute sa grandeur, c'est sa mère, reprit Pansy, comme si mes pensées étaient écrites sur mon visage. C'est tellement dommage que les Matriarcats soient tombés en désuétude...

J'eus un sourire. Pansy ne savait pas à quel point elle avait raison. Pour tout ce que j'en savais, Nani dirigeait déjà d'une main de maître ce qui restait de la très noble et très ancienne famille Black. Draco n'était pas prêt de lui prendre sa place, et encore moins s'il continuait à se comporter comme un illustre crétin... De toute façon, oncle Lucius ne le laisserait jamais reprendre le nom des Black. Il était l'héritier Malefoy avant d'être un Black, notre société attendait de lui qu'il reprenne l'empire de ses ancêtres, et vu la façon dont s'était illustrée la famille de ma mère au cours du dernier siècle, la majorité des familles des Vingt-Huit Consacrées devait être soulagée qu'il n'y ait aucun héritier direct digne de ce nom.

Enfin, aucune héritière officielle.

Je décidai d'ignorer cette idée-ci. J'étais toujours réduite à un tas d'hypothèses concernant ma possible cousine et tant que Nani ne se déciderait pas à me donner plus d'informations, je ne voyais pas comment je pourrais répondre à mes questions par moi-même.

- Où sont tes partenaires de crime ?

- Deloris est dans notre dortoir, elle s'entraîne à maîtriser un sortilège pour ses ongles, et Crystal est en train d'espionner l'entraînement de l'équipe de Gryffondor.

Le capitaine de notre équipe, Marcus Flint, était venu trouver mon amie la semaine dernière, dans la salle commune, et lui avait promis un joli paquet de Gallions si elle lui ramenait des informations pertinentes sur les Gryffondors. Apparemment, c'était la seule maison à aligner des joueurs suffisamment dangereux pour mettre fin à la suprématie des Serpentards sur la Coupe des Quatre Maisons, et la réputation de Crystal incluait l'espionnage.

- Ah oui, Draco a évoqué un truc pareil... J'aime bien Crystal, elle a de la ressource.

C'était sûrement un euphémisme. Si la mort du monstre de Serpentard avait mis fin à son business de bracelets protecteurs, l'évasion de Black et sa possible présence près de Poudlard, lui avait permis d'en développer un nouveau. Sa grand-mère lui avait envoyé une collection de tampons qui, enduit d'une potion d'un noir de jais, permettait d'appliquer une sorte de tatouage constitué de signes semblables à ceux de mon bracelet.

Bien entendu, Crystal promettait une protection efficace en cas d'attaque du fugitif – le plus large tampon pouvait même rendre invisible la personne aux yeux de Black – mais il fallait le réappliquer toutes les deux semaines pour qu'il conserve son efficacité – un tatouage permanent impliquait un système d'aiguilles et un procédé de toute évidence douloureux – et ses clients devaient donc repayer à chaque fois.

- Sortilège de transfert ? Ce n'est pas au programme de deuxième année, ça !

Je baissai la tête vers les nombreux morceaux de parchemins froissés devant moi. Pansy ne pouvait pas manquer de remarquer sur quel sujet je travaillais. Je m'étais pourtant installée ici, toute seule, pour ne pas subir les questions de Deloris, Sven et Hadrian. J'avais été plus ou moins obligée de prévenir Deloris que j'avais accepté la proposition de McGonagall – au risque de me fâcher avec elle jusqu'à la fin de ma scolarité si elle l'apprenait autrement – mais pour le moment, les garçons ne le savaient pas, et Draco passait tellement de temps à entretenir l'intérêt qu'on lui portait que je n'avais pas eu le temps de lui parler.

- Alors, petite, qu'est-ce que tu nous caches ?

Contrairement à ce que je craignais, il n'y avait que de la curiosité dans le ton de Pansy, elle pourtant si prompte à s'emporter.

- McGonagall veut me présenter au Grand Concours International de Métamorphose.

Pansy se redressa sur sa chaise, un sourcil levé et une moue pensive sur ses lèvres.

- Tu es si douée que ça, alors ?

Je haussai les épaules.

- D'après McGonagall...

- Ne fais pas la fausse modeste avec moi, Lestrange. On sait toutes les deux que McGonagall est au moins aussi avare en compliments que Rogue. Si elle pense que tu es douée, ça veut sans doute dire que cette école n'a pas vu d'élève comme toi depuis Dumbledore.

Ce fut à mon tour de hausser un sourcil. Pansy fréquentait un peu trop mon cousin et se sentait obligée d'en rajouter.

- A vrai dire, je suis sa meilleure élève depuis Sirius Black, si on oublie Granger.

- Granger apprend les manuels par cœur, ça ne fait pas tout. Et Sirius Black, tu dis ? Intéressant... Finalement, il a peut-être transformé les barreaux de sa cellule en caoutchouc, ça expliquerait pourquoi les Aurors n'ont pas trouvé de trace de magie noire.

Je grimaçai. Je savais que c'était une mauvaise idée de prononcer le nom de mon cousin.

- Je pense que les Aurors ont dû vérifier quelque chose d'aussi simple... Et puis, il n'avait pas de baguette et ça faisait douze ans qu'il était là-bas...

Pansy repoussa les mèches qui tombaient devant ses yeux et se pencha vers moi, son visage sérieux et son regard perçant.

- Les Aurors s'imaginent que Black est un grand génie du mal et c'est la première évasion d'Azkaban. Je suis prête à parier qu'ils n'ont pas vérifié. Et selon toi, qu'est-ce qui est le plus facile à réaliser sans baguette ? Un sortilège de première année ou un rituel de magie noire ?

Il y avait tellement de vérité dans son raisonnement que je ne trouvai rien à répondre. Nous avions étudié le sortilège permettant de transformer du métal en caoutchouc l'année dernière, peu de temps après Noël. C'était une métamorphose simple et j'avais réussi à rendre mon bout de métal élastique en un seul essai. J'avais dû m'y reprendre pour lui donner la couleur jaunâtre que le professeur McGonagall voulait. Pour s'échapper, Black n'avait pas besoin d'aller aussi loin...

- Enfin, ce n'est pas le comment il s'est échappé qui m'intéresse, mais le pourquoi. Nott a raison quand il dit que ce n'est pas logique qu'il soit dans les parages. Après douze ans à Azkaban, j'aurais choisi une destination plus exotique, pas là où il pleut sans arrêt et où l'on risque de perdre des doigts de pied en hiver... Il doit être après quelque chose.

Je décidai de ne pas répondre. Le mois écoulé avait été marqué par assez de discussions à ce sujet et il n'avait pas été si dur de dresser une liste de choses qui se trouvait à Poudlard et qui aurait pu revêtir un semblant d'intérêt pour Black.

C'était ici que le Seigneur des Ténèbres avait redonné signe de vie – et par deux fois si la moitié des rumeurs étaient vraies –, Harry Potter était ici – et il avait contré les tentatives du Seigneur des Ténèbres, par deux fois aussi, si l'autre moitié des rumeurs n'étaient pas un ramassis d'idioties – et si ma tante ne disait pas toute la vérité, peut-être que sa fille était aussi au château.

Une autre explication était qu'il n'avait plus toute sa tête et qu'il avait voulu rejoindre un endroit qui lui était cher. S'il avait vraiment été le grand ami de James Potter, il avait dû le rencontrer ici. Peut-être espérait-il racheter son âme avant de mourir ?

Millicent finit par rappeler Pansy à ses côtés, et je décidai de rejoindre mon dortoir dans l'espoir d'y trouver un peu plus de calme pour travailler

- Ah, Alya ! Tu tombes bien, j'ai besoin de ton aide !

- Désolée, Deloris... Je dois absolument travailler. Plus tard, si tu veux.

Elle se redressa dans son lit, l'air à moitié contrariée et à moitié curieuse.

- Travailler ? On a terminé le devoir de botanique ensemble avant le dîner.

- C'est pour McGonagall...

- Oh... Je vois.

Son ton était devenu plus froid et elle s'était raidie. Sans surprise, elle avait essayé de me convaincre de changer d'avis quand je lui avais parlé du concours, mais ses arguments m'avaient paru beaucoup moins convaincants que ceux de Crystal. Deloris n'avait d'ailleurs pas beaucoup apprécié que Crystal se permette de me soutenir ouvertement, expliquant que j'avais un don et que je devais faire tout mon possible pour le cultiver, sous-entendant au passage que Deloris n'avait pas de don magique particulier.

Le meilleur moyen de s'attirer les foudres de Deloris étant de froisser sa fierté, les relations entre Crystal et elle étaient désormais tendues.

- Je ne comprends définitivement pas pourquoi tu t'infliges un truc pareil. Tu ressembles à un Inféri et tu vas t'attirer les foudres de ton oncle... Enfin, je suppose que tu es trop têtue pour que je réussisse à te faire changer d'avis.

Je ne répondis pas et refermai les rideaux autour de mon lit.
Mon oncle pouvait bien utiliser les pires menaces, un jour viendra, je pourrai le transformer en blatte et lui faire regretter toutes les fois où il s'était montré cruel envers moi.

Mercredi 13 Octobre 1993, Poudlard, Ecosse.

J'étais dans la grande salle de réception du manoir Lestrange. Nani m'avait emmenée quelques fois visiter la maison où j'aurais dû grandir, si mes parents ne s'étaient pas lancés à la poursuite du Seigneur des Ténèbres. Le manoir était un peu plus petit que celui des Malefoy, mais toujours trop vaste pour que ma tante me fasse faire le tour complet du propriétaire. Je connaissais ma nursery, la chambre de mes parents et la salle de bal.

Elle était immense. Le plafond, aux arches impressionnantes, était décoré de bois précieux et de faïences brillantes. Un immense chandelier de cristal trônait au centre de la pièce. Il s'agissait de la seule source de lumière, et les extrémités de la pièce étaient plongées dans le noir.

Comme dans mes souvenirs, les épais volets de bois étaient fermés, me privant du point de vue sur le large parc du manoir depuis les fenêtres en ogive.

Une longue table de bois sombre, entourée par des chaises sculptées, étaient les seuls meubles de la salle. En m'approchant, je remarquai une cape noire et un masque d'argent, gravé d'arabesques, semblable à celui que Draco avait dessiné de mémoire, après que son père lui avait montré le sien.

Je déglutis.

Un masque de Mangemort.

L'obscurité latente de la pièce devint soudainement oppressante, les volets clos me donnèrent l'impression d'être enfermée et je m'éloignai d'un pas vif vers la double porte.

Au lieu de me retrouver dans le grand hall d'entrée, je débouchai dans le couloir qui menait à ma nursery. Je fis un pas dans cette direction et la berceuse remplaça le silence.

Elle semblait aussi lointaine que d'habitude, comme si un Détraqueur n'était pas loin et affectait ma mémoire. La voix douce était toutefois hypnotisante, et elle atténua la peur provoquée par la vision du masque.

La porte de la nursery s'ouvrit quand je ne fus qu'à quelques pas. Je découvris ma mère, ses longs cheveux noirs cascadant dans son dos, et vêtue d'une cape noire semblable à celle que j'avais vu dans la salle de bal.

Elle se retourna et je ne pus retenir un mouvement de recul. Son visage était creusé, son regard fou et sa silhouette flottait dans sa tenue de bagnard. La ressemblance avec Sirius Black était saisissante et j'eus envie de fuir.

- Ah, te voilà enfin ma fille... C'est le moment, tu es assez grande maintenant. Le Maître va faire de toi l'une des nôtres… mais tu dois la tuer d'abord.

Je voulus reculer encore, m'enfuir, mais ses bras se refermèrent sur mes épaules, et le couteau dégoulinant de sang qu'elle tenait dans sa main se retrouva trop proche de ma gorge.

Le manche appuyait sur un muscle – il était si froid, comme taillé dans la glace – et je sentais le sang couler le long de mon cou.

- C'est à ton tour. Regarde… je l'ai choisie moi-même. Une Sang-de-Bourbe, comme sa mère. Elle dit être une Black, mais nous savons toutes les deux que ce n'est pas vrai. Elle n'est rien et tu vas la tuer.

Une silhouette brune était prostrée à même le sol, son corps de toute évidence brisé par la torture. Je levai ma baguette d'une main tremblante.

C'était elle qui chantait la berceuse.

- Tues-la, Alya ! Rends-moi fière !

La fille releva la tête. Malgré le sang qui maculait son visage et la douleur qui déformait ses traits, je la reconnus.

C'était moi.

L'éclair de lumière vert fut la seule chose que je vis avant de me réveiller en sursaut.

Je mis une seconde à me rappeler où j'étais, et une autre de plus pour réaliser que le cri qui résonnait à mes oreilles était le mien. Mon cœur battait follement à mes oreilles. Le monde tanguait étrangement. J'avais du mal à retrouver mon souffle. J'étais trempée – une sueur glacée recouvrait tout mon corps –, mes draps s'étaient enroulés autour de moi – et plus j'essayais de me libérer, plus j'avais l'impression que la pression augmentait.

Ce n'était qu'un rêve... Ce n'était qu'un rêve... Ce n'était qu'un rêve...

Les rideaux de mon baldaquin furent ouverts brusquement et Crystal apparut, l'air encore à moitié endormie. Elle tendit une main vers moi et je voulus reculer, sauf que mes liens de cotons m'en empêchèrent aussi sûrement qu'un sortilège. Elle attrapa mon visage et serra avec force, juste assez pour qu'une langue de douleur remonte le long de ma mâchoire.

Etrangement, la douleur me permit de reprendre un peu de contrôle sur la panique tapie dans mon esprit.

Tout avait eu l'air si réel ! Et si ma mère s'échappait à son tour et faisait de moi une Mangemort ?

- Jin, ramène-moi un gant de toilette mouillé, s'il te plaît. Alya, tu es réveillée. C'est fini.

Je me raccrochai à son regard noir, désormais parfaitement alerte. Ses doigts s'enfonçaient de plus en plus dans mes joues et je fis de mon mieux pour me concentrer dessus plutôt que sur les images de mon cauchemar.

Jin revint avec le linge humide, Crystal le déposa sur mon front et relâcha peu à peu la pression de ses doigts, avant de m'aider à me redresser, tirant sur mes draps avec efficacité.

Pouvoir m'essuyer le front termina de m'aider à me calmer. Mon cœur battait toujours un peu trop vite dans ma poitrine, j'étais certaine que ma respiration était sifflante, mais le monde tournait beaucoup moins et j'arrivais à contenir mes larmes.

Douce Circée, comme j'aurais aimé que ma tante soit là...

- Ça va aller ?

J'hochai la tête. Crystal s'installa à côté de moi et je croisai le regard inquiet de Deloris depuis son propre lit. Je forçai un sourire rassurant sur mes lèvres.

- Tu devrais peut-être aller à l'infirmerie, me dit-elle quand même, visiblement peu convaincue par ma grimace.

Philomena Gueller, la préfète de cinquième année, qui était chargée de nous surveiller à la place d'Avelina Ogden, nous avait fait promettre de nous rendre à l'infirmerie si nous ne nous sentions pas bien à cause des Détraqueurs. Mon cauchemar rentrait sûrement dans cette catégorie, mais je n'avais aucune envie d'aller voir Pomfresh. Elle insisterait sans doute pour que je le lui décrive, et une telle chose était hors de question.

Les regards soucieux de mes trois camarades de chambre furent bientôt trop lourds à supporter. Je tolérais difficilement que ma tante et mon cousin me voient dans cet état en temps normal, et j'avais beau partager beaucoup de temps avec elles, elles ne faisaient pas partie de ma famille pour autant.

- Je vais aller prendre une douche, dis-je en me levant.

J'avais suffisamment repris mes esprits pour que mes jambes me portent, et j'en fus soulagée. Si je montrais un autre signe de faiblesse, Deloris ou Crystal seraient bien capables d'aller prévenir Gueller – ou pire, Pansy – que je le veuille ou non.

- Tu es sûre que ça va, Alya ? Tu es très pâle...

- C'était juste un mauvais rêve. Ça va aller.

Le silence qui m'accompagna jusqu'à la salle de bain m'apprit qu'aucune d'elles ne croyaient à mon mensonge. Je ne me souvenais pas d'avoir eu un cauchemar aussi effrayant depuis des années. Même celui que j'avais fait peu de temps avant ma première rentrée ne m'avait pas laissée aussi terrifiée.

L'eau chaude me fit du bien, mais pas assez pour chasser les images à chaque fois que je fermais les yeux. Je ne savais pas ce qui était le pire : la possibilité que je sois vouée à devenir Mangemort, celle que ma mère puisse un jour s'échapper d'Azkaban, ou cette charade à propos de cette mystérieuse cousine qui revenait me hanter jusque dans mon sommeil.

Je réalisai un peu trop tard que je n'avais pas pris de pyjama propre pour me changer. Les filles avaient allumé la bougie sur ma table de chevet pour que je puisse y voir quelque chose. Le premier vêtement à portée de main était la robe de laine que j'avais porté dimanche pour survivre au vent glacial dans les couloirs.

Je savais déjà qu'il n'y avait pas la moindre chance pour que je me rendorme. La perspective de me rallonger dans des draps humides fit accélérer les battements de mon cœur. J'avais besoin de prendre l'air, et tant pis si je faisais perdre des points à Serpentard et que je terminais en retenue. Il ne me fallut que quelques minutes dans la salle de bain pour m'habiller. J'eus beau faire de mon mieux pour éviter mon reflet dans le miroir, la faïence brillante ne me laissa aucune issue. Une partie de mes papillotes n'avaient pas survécu à mon combat contre mes draps, j'avais un teint atrocement pâle et mes yeux étaient injectés de sang. La vérité était sûrement pire – je savais les cernes, mes lèvres gercées et les quelques boutons cachés par ma frange –. J'étais loin de ressembler à la poupée de porcelaine qu'avait été ma mère à mon âge.

Et si j'en croyais mon rêve, ce n'était peut-être pas plus mal.

- Alya ? Où vas-tu ?

Crystal me dévisageait depuis son lit, ses rideaux entrouverts. Je traversai notre chambre sur la pointe des pieds, attrapai ma cape et mon écharpe, puis quittai la pièce sans lui répondre. Elle était suffisamment intelligente pour deviner que je n'allais pas rester dans la salle commune.

Il n'était pas loin de trois heures du matin, la salle commune était déserte, les feux dans la cheminée éteints depuis longtemps, et même le Lac Noir semblait dormir.

Je fus accueilli par un froid vivifiant dans le couloir qui me réveilla bien plus que la douche que je venais de prendre.

Le silence, lui, souligna ma solitude. Tout mon entêtement ne suffit pas à contenir les souvenirs de mon cauchemar dans un coin de mon crâne.

Ah, te voilà enfin ma fille... C'est le moment, tu es assez grande maintenant. Le Maître va faire de toi l'une des nôtres… mais tu dois la tuer d'abord.

Les larmes que j'avais réussi à refouler un peu plus tôt furent les plus fortes cette fois. Je plaquai une main sur ma bouche pour étouffer mon sanglot, trop consciente qu'un fantôme pouvait passer par là ou, pire, Rusard.

Les jambes tremblantes, je commençai à m'éloigner en direction du passage secret le plus proche qui me mènerait dehors. J'avais besoin de pouvoir voir le ciel, de sentir le vent, et peut-être même de laisser la pluie me geler jusqu'à l'os si je voulais oublier mon mauvais rêve et reprendre le contrôle sur mes émotions.

Je ne rencontrai personne en chemin, même pas Peeves ou Miss Teigne. Sans les centaines d'élèves que je croisais tous les jours, le château semblait comme abandonné. Même les tableaux étaient invisibles, engloutis par l'obscurité. Les larmes continuaient à rouler sur mes joues – et les essuyer rageusement n'y faisait rien – et je me mis à compter chaque pas que je faisais pour occuper mes pensées.

Il me fallut en faire 1023 avant d'arriver dans une petite cour, juste derrière les serres du professeur Chourave. Rusard avait dû abandonner son entretien depuis longtemps, puisque les mauvaises herbes s'étaient glissées entre les joints des pierres, que du lierre remontait le long des murs et que les bancs étaient envahis de mousse. Sans que je ne sache vraiment pourquoi, personne ne s'arrêtait ici. La cour marquait l'entrée d'un raccourci vers les quartiers de Serpentard, que nous utilisions quand nous avions cours de Botanique en fin de journée. Il y avait peu de chance pour que quelqu'un me trouve ici et je m'allongeai sur le banc le plus proche des serres.

La pierre dure dans mon dos me fit encore plus regretter de ne pas être au manoir. Outre l'étreinte rassurante de ma tante, j'aurais pu être confortablement installée à l'observatoire, une tasse de chocolat chaud dans les mains...

J'éloignai les pensées avec un soupir et resserrai les pans de ma cape autour de moi. Malgré le manque de confort, j'étais toujours mieux ici que mon dortoir.

Au-dessus de moi, le ciel me sembla moins couvert que ce qu'il avait été pendant le dîner dans le Grande Salle. La lune n'était qu'une tâche floue au-dessus de moi, pleine à plus de la moitié. Les constellations étaient parfois cachées par un nuage, mais j'arrivais à les distinguer pour la plupart. La multitude d'étoiles au-dessus de moi réussit à m'apaiser suffisamment pour que les larmes se tarissent. La dernière fois que je m'étais faufilée hors de mon lit pour regarder les étoiles, Christopher était avec moi, et je me surpris à esquisser un demi sourire.

Je reniflai et essuyai mes joues avec mon écharpes, puis repris mon observation du ciel.

L'hiver approchant, quasiment toute la famille Black semblait être accrochée au firmament. Draco, d'abord, le plus au nord, puis Cygnus, Cassiopea, et Andromeda à l'est, Pollux et Regulus à l'ouest, ce qui ne laissait qu'Orion, Bellatrix et Sirius au sud.

Ah, te voilà enfin ma fille... C'est le moment, tu es assez grande maintenant. Le Maître va faire de toi l'une des nôtres… mais tu dois la tuer d'abord.

Cette fois, je pus serrer les dents et ravaler mes larmes à nouveau. La peur, elle, était plus difficile à maîtriser. Si j'en croyais Deloris, les rêves prédisaient l'avenir... Et si j'étais destinée à devenir Mangemort, même si je ne voulais pas ? J'en savais assez sur ma mère pour savoir qu'elle n'apprécierait pas un refus. Jusqu'où serait-elle capable d'aller pour m'obliger à changer d'avis ? Pour me punir ?

La réponse à cette question ne laissait guère peu de place à l'imagination. Ma mère avait transformé les Londubat en deux coquilles vides et sans doute tué au nom de son maître... A côté d'elle, Euphémia Rowle était une enfant de cœur.

A défaut de pouvoir faire autre chose, je me mis à fixer Bellatrix avec hargne, priant en silence pour qu'Azkaban ait raison d'elle une bonne fois pour toute, et le plus tôt possible.

J'aurais pu passer des heures à cela, ne serait-ce parce que cela m'empêcherait de me rendormir, mais j'eus bientôt la très nette sensation de ne plus être seule.

Je me redressai lentement, ma main gauche se refermant sur ma baguette dans la poche de ma robe. Vu l'heure, je ne savais pas très bien à quoi m'attendre, à part peut-être Nott si ce que racontait mon cousin sur lui était vrai.

Il me fallut une longue minute pour repérer la paire d'yeux brillants dans la nuit, et je me sentis déglutir, une amère sensation de déjà vu quelque part dans un coin de mon cerveau.

Douce Viviane, la dernière fois que j'avais croisé la route d'une créature magique, j'avais passé plus d'un mois à l'infirmerie.

- Lumos, soufflai-je, échouant lamentablement à maîtriser les tremblements de ma voix.

La lumière à la pointe de ma baguette éclaira un immense chien noir, assis à deux mètres de moi, d'aspect tout simplement sinistre. Je sentis l'air se bloquer dans mes poumons, la main autour de ma baguette commença à trembler, et je mis au moins une seconde avant de pouvoir commencer à me creuser les méninges pour trouver un sortilège qui pourrait me protéger d'un truc pareil.

Le chien salua ma réaction d'un aboiement mais ne bougea pas.

Je décidai de l'imiter. Peut-être que si je restais immobile suffisamment longtemps, il finirait par me prendre pour une sculpture et s'en irait ?

Le temps commença à s'étirer entre nous deux. Je ne le lâchai pas du regard, ma baguette toujours pointée sur lui, essayant d'imaginer un plan pour me sortir de cette impasse. Les chances que je loupe un enchantement étaient trop élevées pour que je m'y risque – et quand bien même, je n'étais pas certaine d'en connaître un seul efficace –, et j'étais très loin de pouvoir métamorphoser un chien de cette taille. Nos cours de Défense contre les Forces du Mal de l'année dernière ne m'avaient rien appris, et je ne savais que me débarrasser de créatures des marais.

Au bout d'un moment, le chien s'allongea, sa queue balayant furieusement les pierres inégales, puis il se mit à ramper dans ma direction, grignotant quelques centimètres à chaque mouvement, comme s'il essayait de se rendre le moins impressionnant possible.

Les seuls chiens que j'avais été amenée à fréquenter au fil des années étaient les limiers des Greengrass, et j'étais presque certaine qu'ils n'agissaient pas ainsi quand ils se préparaient à attaquer une bête sauvage, lors des parties de chasse à court que les Greengrass organisaient régulièrement.

Même si une petite voix me soufflait que ce n'était pas une bonne idée, je baissai ma baguette. Il continua à avancer vers moi, laissant échapper de plus en plus de glapissements à mesure qu'il se rapprochait, sans que je ne sache si je devais les qualifier de malheureux ou d'enthousiastes. Quand sa truffe toucha le bout de ma chaussure, il s'assit à nouveau et déposa sa tête en douceur sur mes genoux.

Il était si grand qu'il était bizarrement courbé, son regard gris suppliant levé vers moi. Quand je posai ma main libre sur le sommet de sa tête, j'eus l'impression qu'un soupir de contentement lui échappa...

Les chiens ne soupirent pas de contentement, si ?

Il avait dû passer la journée entière dehors et essuyer une ou deux averses car ses poils étaient humides et dégageaient une odeur désagréable.

- Je ne sais pas si tu le sais, le chien, mais tu pues un peu, soufflai-je.

Il rouvrit les yeux et je souris face à son air vaguement outré. Il eut un autre glapissement et poussa ma main qui tenait ma baguette du bout de sa truffe glacée.

- Il y a de fortes chances que je te transforme en torche canine si j'utilise ça...

Il grogna, reposa sa tête sur mes genoux et sembla satisfait que je me contente de caresser le sommet de son crâne.

De près, il était moins impressionnant. Sûrement parce qu'il était évident qu'il n'avait que la peau sur les os, et peut-être aussi parce qu'il se faisait le plus petit possible à mes pieds. Il devait s'agir d'un chien errant...

- Tu devrais aller voir le garde-chasse, je suis sûre qu'il s'occuperait de toi, marmonnai-je.

Il ne réagit pas et je continuai à le caresser pendant un long moment, finalement soulagée d'avoir de quoi m'occuper les mains. La présence du chien n'était pas grand chose, mais elle semblait me permettre de ne pas me laisser emporter par mes pensées sombres. Petit à petit, j'enfermais le souvenir de mon cauchemar dans un coin de ma tête, me promettant de ne plus y prêter attention. Après tout, il ne s'agissait que d'un rêve, et c'était loin d'être le premier de ce genre que je faisais. Il avait peut-être été plus réaliste que les autres, et comme je n'avais pas pu me réfugier dans les bras de ma tante, il me donnait l'impression d'être particulièrement horrible...

Un bâillement soudain me rappela que c'était le milieu de la nuit et que je devrais sans retourner dans mon dortoir maintenant que j'étais calmée.

- Je vais y aller, d'accord ?

Il grogna et j'eus l'impression que sa tête devenait plus lourde sur mes genoux. Il devait avoir besoin qu'on s'occupe de lui s'il refusait de laisser partir le premier être humain qui acceptait de le caresser.

Mon cousin va être insupportable si je passe toute la nuit dehors.

Bien qu'il s'en serait s'en doute vanté si nos rôles avaient été inversés. Draco inventait des scandales en fonction de la position des étoiles dans le ciel ou du sens dans lequel soufflait le vent, et je n'avais pas le droit de contester puisque, après tout, j'étais la plus petite.

- Allez, le chien... Ne m'oblige pas à te lancer un Wingardium Leviosa, aucun de nous deux ne peut prédire ce qu'il se passera.

Il abdiqua, non sans saluer sa rédhibition d'un glapissement désespéré, qui devait sans doute m'inciter à changer d'avis. Je me penchai pour déposer un rapide baiser sur le sommet de son crâne – assis correctement, sa tête m'arrivait à la taille et je m'étais rarement sentie aussi petite –.

- Tu pues vraiment, le chien. Essaye de prendre un bain d'ici à ce que l'on se recroise.

Il aboya, indigné, ou du reste, ce fut l'impression que cela me donna.

Je ne croisai personne non plus sur le chemin du retour mais, contrairement à l'aller, mon pas était lourd de fatigue et j'avais maintenant envie de rejoindre mon lit. Avec un peu de chance, je n'aurais même pas le temps de rêver qu'il serait l'heure de se lever.

Je ne m'attendais pas à ce que Crystal m'attende dans la salle commune.

- Qu'est-ce que tu fais là ?

Elle haussa les épaules et reposa le livre qu'elle lisait à la lumière d'une seule bougie posée devant elle.

- Vous avez une sacrée tendance à l'excès dans ta famille... Si tu n'étais pas revenue avant cinq heures, j'aurais été prévenir Parkinson.

Je serrai les lèvres et plissai les yeux. Prévenir Draco aurait été un coup bas, mais Pansy, c'était sans doute pire. Draco m'aurait fait la morale – à cause des Détraqueurs, parce que j'avais été pétrifiée, ou peut-être même à cause de Black – mais il m'aurait aussi traînée dans son dortoir pour que je termine ma nuit dans son lit, comme quand nous étions plus petits.

Pansy ne m'aurait pas épargnée la leçon de morale – à laquelle elle aurait sans doute rajoutée Rusard, la possibilité d'une retenue ou encore les Gryffondors qui m'avaient enfermée dans un placard l'année dernière – mais elle aurait aussi exigé que je lui raconte mon rêve et que je passe par l'infirmerie le lendemain.

Crystal haussa un sourcil qui me donna l'impression qu'elle savait très bien ce que je pensais, puis souffla la bougie.

Je la suivis en silence dans les escaliers menant à notre dortoir.

- Tu devrais reprendre une douche, souffla-t-elle. Tu empestes le chien mouillé.

Malgré moi, j'eus un sourire.

Samedi 16 Octobre 1993, Poudlard, Ecosse.

- On va à la bibliothèque ce matin ? Il faut que je termine le devoir pour Binns.

Deloris me donna un coup délicat dans le tibia pour m'indiquer que c'était à moi, avant tout, qu'elle s'adressait. J'abandonnai la lecture du Mensuel de la Métamorphose – ma tante m'avait envoyé le premier numéro, accompagné d'une lettre de félicitations concernant le Concours International, et elle avait dû en profiter pour m'abonner car un hibou m'avait apportée l'exemplaire d'octobre au début du mois –.

- Je ne peux pas, ce matin. Je dois voir le professeur McGonagall.

Deloris fronça le nez. Elle n'essayait plus de me faire changer d'avis depuis un moment, mais elle ne cachait pas sa désapprobation non plus. Elle soupira et se tourna vers Crystal.

- Es-tu partante, Malhorne ?

Crystal haussa les épaules sans même cesser de lire La Gazette – elle était l'une des rares personnes de mon âge, avec Nott, qui étudiait le journal de la première à la dernière page –. Deloris n'apprécia pas vraiment d'être à moitié ignorée, mais elle ravala son commentaire, sans doute parce qu'elle n'avait pas du tout envie de se rendre à la bibliothèque seule.

De peur qu'elle ne se mette à bougonner sur un sujet ou un autre, je me dépêchai de terminer mon thé presque froid, et refermai mon magazine.

Je profitai du trajet jusqu'au bureau de McGonagall pour me répéter tout ce que j'avais lu sur les sortilèges de Transfert, et tout ce que mon professeur m'avait expliqué lors de la séance de la semaine dernière.

Je savais que je passais à la pratique aujourd'hui, et j'avais rarement été aussi peu sûre de moi face à une Métamorphose. Les sortilèges de Transfert prenaient en compte beaucoup plus de paramètres que tous ceux que nous avions étudiés jusque-là, et tout était forcément compliqué par la nature vivante des cibles. En classe, nous avions commencé à transformer des mammifères en objets et je n'avais obtenu un verre qu'au bout d'une longue heure d'efforts.

Je rassemblai mes esprits en arrivant devant la porte du bureau et frappai doucement. La poignée s'abaissa toute seule, puis la porte s'ouvrit, obéissant à la baguette de mon professeur.

J'eus un mouvement de recul en découvrant le professeur Lupin, installé en face de McGonagall. Il avait les traits plus détendus qu'en classe, un sourire aux lèvres et le regard brillant, ce qui le faisait paraître bien plus jeune que ce que ses nombreux cheveux blancs laissaient deviner – ce détail intriguait Deloris au plus haut point et elle ne cessait d'essayer de deviner l'âge de notre professeur – et même McGonagall avait un discret sourire.

Je baissai les yeux vers mes chaussures, soudainement intimidée par ce que je venais de surprendre. Je savais que mes professeurs s'entendaient bien pour la plupart – les discussions à leur table semblaient souvent passionnées, parfois même amusantes, et il n'était pas rare de surprendre les moqueries échangées entre deux couloirs d'un ton ironique – mais ce n'était pas la même chose que de voir deux professeurs ensemble autour d'une tasse de thé.

- Ah, Miss Lestrange. Je vous attendais. Entrez donc.

Lupin se leva pour me laisser la place devant le bureau de McGonagall.

- A plus tard, Minerva. Et merci pour le thé.

Elle eut un geste de la main qui me rappela celui que Nani faisait quand elle cédait à un de nos caprices, à Draco et moi, et que nous la remercions avec un peu trop d'hypocrisie, essayant de ne pas montrer à quel point nous étions fiers de nous-même pour avoir réussi à la convaincre.

- Bonjour, professeur, dis-je en m'installant en face d'elle.

Elle fit disparaître le service à thé d'un coup de baguette magique. Les sortilèges de banissement étaient intéressants, mais beaucoup moins que les conjurations. Pouvoir modeler le vide grâce à une baguette me fascinait, sauf qu'il s'en faudrait de plusieurs années avant que je ne puisse commencer à les pratiquer.

McGonagall déposa devant moi une petite boîte en verre dans laquelle était enfermée un cherche-midi à peine plus long que l'ongle de mon petit doigt.

- Ai-je répondu à toutes vos questions la fois dernière, ou d'autres vous sont-elles venues entre temps ?

Je secouai la tête.

- Je pense avoir compris la théorie, professeur.

- Très bien. Dans ce cas, il est temps que vous passiez à la pratique... J'aimerais que vous me transformiez ce pyrrhocore en coccinelidae. Que pouvez-vous me dire concernant la formule ?

- Translatio Insectum.

- Et pourquoi le transfert inter-espèce est-il pertinent ?

- La coccinelle et le cherche-midi ont tous les deux une carapace noire et rouge et ce sont des insectes.

- Où va se situer la difficulté ?

Il me fallut détailler le cherche-midi dans sa cage de verre pendant une minute avant de trouver le détail sur lequel je devrais concentrer mes efforts.

- Les ailes... Les coccinelles ont des ailes, mais pas les cherche-midis.

Je relevai les yeux juste à temps pour apercevoir le bref sourire appréciateur de mon professeur.

- A vous de jouer, Miss Lestrange.

Je compris très vite qu'avoir intégré la théorie était loin d'être suffisant. Je connaissais la formule, les fonctionnements de la transformation et l'influence des différents paramètres qui régissaient la Métamorphose. J'avais défini mon objectif et j'avais répété le mouvement de baguette la veille pour être certaine de le maîtriser parfaitement.

A mon premier essai, le cherche-midi s'immobilisa une seconde dans un coin de la boîte – sans que je ne sois vraiment sûre que cela soit à cause de mon sortilège – et sa carapace resta rigoureusement inchangée.

J'intensifiai ma concentration, ma puissance magique et la viscosité de mon geste successivement sans obtenir plus de résultats.

Ce ne fut qu'à mon septième essai que je réussis à faire apparaître un motif digne de celui d'une coccinelle à la place des symboles géométriques du cherche-midi, mais le sortilège sauta aussitôt, m'arrachant un soupir agacé.

Quelque chose clochait, et je n'arrivais pas à mettre le doigt dessus, ce qui n'allait pas tarder à proprement m'énerver.

Je ne m'avouai pas vaincue pour autant, sachant pertinemment que le professeur McGonagall ne m'aurait jamais proposé cet exercice si je n'étais pas en mesure de le réussir, et que je n'avais pas vraiment de temps à perdre si je souhaitais être au niveau pour mes dix-sept ans. Après tout, j'avais mis un an à me décider...

Je n'avais pas oublié qu'en Chine, certains enfants étaient préparés depuis leur sept ans.

J'obtins des signes encourageants au fil de l'heure. Des ailes, une fois, mais plus de carapace, la forme d'une coccinelle, mais toujours pas la bonne carapace, la bonne carapace mais une paire de pattes supplémentaire...

Je faillis demander de l'aide au professeur McGonagall à au moins deux reprises – j'avais beau tout tenter, j'échouais à chaque fois sans réussir à déterminer d'où pouvait bien venir mon erreur – sauf que je n'avais jamais eu besoin de son aide, ni en classe, ni durant nos séances particulières. Deux semaines plus tôt, j'avais transformé une chouette de l'école en une magnifique paire de lunettes d'opéra, et il ne m'avait même pas fallu une heure pour y parvenir.

Je glissai un regard vers l'horloge posée sur le bureau, réalisant avec une vague envie de vomir qu'il était près de onze heure et demi, ce qui signifiait que j'étais là depuis plus d'une heure et que je n'étais parvenue à rien.

Je fermai les yeux et m'obligeai à faire le vide dans mon esprit, pour que mon attention soit parfaitement focalisée sur mon objectif.
Il ne s'agissait que d'un vulgaire insecte, la matière vivante la plus facile à manipuler. Il n'y avait aucune raison que sa nature résiste autant à ma magie !

Je pris une profonde inspiration et scandai l'incantation en plaçant l'accent tonique au bon endroit et de façon parfaitement synchronisée avec le mouvement de ma baguette.

Le cherche-midi ne trembla même pas.

La boîte de verre dans laquelle il se trouvait explosa et projeta des éclats de verre vers mon visage.

- Par Godric ! Vous n'êtes pas blessée, Miss Lestrange ?

Je secouai la tête en silence, sachant pertinemment que si je parlais, ma voix tremblerait de honte et de rage mêlée.

J'avais échoué.

Mon cœur s'accéléra douloureusement à ce constat et je déglutis pour ravaler mes larmes.

- Je pense que nous allons en rester là pour aujourd'hui. Relisez vos notes pour la prochaine fois ?

- D'accord, professeur. Désolée pour votre boîte.

- Ce n'est rien. A lundi.

Si je réussis à ne pas lui donner l'impression de m'enfuir, ce fut uniquement parce que les nombreuses leçons de morale de mon oncle m'avait appris à réprimer ce réflexe au fil des années.

Je me réfugiai dans les premières toilettes que je croisais. Il fallait que je reprenne mon calme avant de rejoindre la Grande Salle, sinon Draco ou Deloris ne manqueraient pas de remarquer que j'étais contrariée, et je ne souhaitais pas devoir satisfaire leur curiosité.

Au moment de faire couler de l'eau, je remarquai les fines coupures sur ma main gauche. Du sang avait coulé le long de mon poignet et avait taché ma manche. Jin avait trouvé un sortilège pour faire disparaître les tâches, mais au vu de mes exploits de ce matin, il valait sûrement mieux que je m'en abstienne.

Je lavai mes mains rapidement, sortis une pince de la poche intérieure de ma cape pour maintenir ma frange en arrière, puis je passai de l'eau sur mon visage.

Comme lors de mon dernier cauchemar, le froid me fit du bien. Toutefois, en relevant les yeux vers mon reflet, je ne pus retenir une grimace. Mon teint était pâle, mes yeux bordés de rouge et j'avais quelques égratignures sur le menton et sur la joue.

Il ne me restait donc qu'à croiser les doigts pour que Deloris m'épargne ses remarques.

La porte d'une des cabines s'ouvrit derrière moi, m'arrachant un sursaut. Je retins in-extremis un juron en reconnaissant Luna Lovegood.

Elle me dévisagea, ses yeux globuleux trop écarquillés, sans que le reflet de mon regard noir dans le miroir ne la décourage.

- Tout va bien, Alya ? Tu ne sembles pas dans ton assiette.

- Ce ne sont pas tes affaires, Loufoca !

Elle cligna des yeux et se tendit, juste un peu.

- Agresser les autres ne va pas t'aider à résoudre tes problèmes, souffla-t-elle finalement.

- Je n'ai pas de problèmes !

Mon ton sec n'était pas loin de se transformer en cri, et ce fut sans doute ma bonne éducation qui m'en empêcha.

Lovegood eut un sourire désolé pour moi, comme si soudainement, je lui faisais pitié, puis baissa la tête pour se laver la main.

Sans vraiment savoir pourquoi, je sortis ma baguette magique et la pointait sur elle.

- Je ne ferais pas ça si j'étais toi, Lestrange !

Je me retournai à la voix de Weasley. Elle se tenait devant une autre cabine, sa main serrée sur sa baguette. Elle avait dû nous écouter et sortir discrètement, car je ne l'avais pas entendue.

Je changeai de cible, presque soulagée de me retrouver face à quelqu'un qui avait un peu plus de répondant que Lovegood.

- Et qu'est-ce que tu vas faire, hein, Weasley ? Rougir jusqu'à ce que j'ai plus honte que toi pour ta pauvre personne ?

Elle rougit, naturellement, mais ne détourna pas les yeux.

- Je suis meilleure que toi en sortilèges et, comme tu me l'as si bien rappelé il n'y a pas si longtemps, peut-être que j'ai même appris quelques sorts noirs l'année dernière !

Nous restâmes un long moment à nous dévisager, un regard meurtrier l'une pour l'autre, et je faillis bien me laisser aller à user d'un des maléfices que j'avais appris l'année dernière après que les trois Gryffondors m'aient enfermée dans un placard.

Sauf que si j'agissais de la sorte, je me comporterais comme ma mère, et je n'étais pas sûre de pouvoir me regarder dans le miroir à nouveau.

Ce fut Lovegood qui mit fin à notre duel silencieux en posant sa main sur la baguette de Weasley.

- On devrait y aller, Ginny, ou il ne restera plus grand chose pour déjeuner.

Je vis Weasley hésiter.

- La prochaine fois que tu t'en prends à elle, je t'envoie à l'infirmerie, Lestrange.

- Pas si tu y es déjà.

Je ne retrouvai mon calme que bien longtemps après leur départ, et je décidai de rejoindre mon dortoir. Je n'avais pas faim pour commencer, et j'avais surtout envie d'être seule.

Samedi 31 Octobre 1993, Poudlard, Ecosse. (alors en fait, le 31 est un dimanche, mais qui suis-je pour dire à JKR qu'elle aurait pu consulter un foutu calendrier de temps en temps ?!)

Je fus réveillée bien avant Deloris, Crystal et Jin. Un coup d'oeil à mon réveil m'apprit qu'il n'était pas six heures du matin, ce qui compte tenu de la date du jour, n'était même pas un record personnel. Puisque l'on était samedi et que le professeur McGonagall avait déplacé notre séance en fin de journée à cause de la sortie à Pré-au-Lard, je fus tentée de rester au fond de mon lit et de ne me lever qu'au dernier moment. J'avais emprunté un roman moldu à Jin en début de semaine – les rocambolesque histoires d'amour de cinq sœurs (1) – et j'étais largement capable de passer ma journée à le lire si on me laissait faire.

Sauf que cela ne serait pas le cas. Deloris, d'abord, insisterait pour que nous choisissions notre tenue pour la soirée d'Halloween de notre maison, dont nous avions été privées l'année dernière à cause de la première attaque du monstre de Serpentard. Pansy, ensuite, serait bien capable de me traîner dans la Grande Salle en pyjama pour que je prenne un petit-déjeuner digne de ce nom. Draco, enfin, n'aimait pas me savoir seule le jour d'Halloween et un escalier magique ne serait pas de trop pour l'empêcher de venir me rejoindre dans mon dortoir.

Si je souhaitais passer une journée tranquille, je n'avais pas d'autre choix que de disparaître quelque part dans le château, avant qu'aucun d'entre eux n'ouvre un œil.

Je fis donc le moins de bruit possible pour me préparer, enfilant ma robe la plus chaude au cas où je devrais me promener toute la journée dans les couloirs glacés. Je pris ma cape, mon écharpe, et mon sac de cours, dans lequel j'avais glissé le livre de Jin, un ouvrage de Métamorphose, et de quoi écrire une lettre à Christopher et à ma tante.

Naturellement, il n'y avait personne dans la salle commune, les cheminées étaient éteintes et le Lac Noir n'avait jamais aussi bien porté son nom. Sans les quelques créatures lumineuses qui passaient parfois près des fenêtres, il y aurait pu avoir un ciel sans lune de l'autre côté des vitres que cela n'aurait rien changé.

Les Elfes de maison devaient déjà être passés car des bougies neuves avaient remplacé celles que nous avions brûlé dans la soirée. J'en allumai une du bout de ma baguette sans même mettre le feu à autre chose que la mèche, et je m'installai au centre de la pièce, sur l'un des fauteuils les plus confortables.

Je n'avais pas lu un chapitre quand le pan de mur, qui tenait lieu de porte d'entrée, s'ouvrit dans un raclement de pierre familier. Nott apparut, encore vêtu de son uniforme, l'air passablement frigorifié.

Rien sur son expression ne trahit sa surprise de me croiser à cette heure, ni même un certain agacement puisqu'il ne devait pas tenir à ce que quelqu'un soit au courant de ses excursions nocturnes.

Il fit un pas vers l'escalier qui menait à son dortoir, avant de se raviser et de venir s'asseoir en face de moi, ses yeux pâles me détaillant avec intensité, comme si j'étais une sorte d'énigme qu'il allait se faire un plaisir de résoudre.

Je posai mon livre à côté de moi, croisai les bras sur ma poitrine et haussai un sourcil, avant de lui rendre son regard scrutateur. Draco n'avait pas menti quand il disait que Nott ne passait guère ses nuits dans leur dortoir. Plus vraisemblablement, il ne devait pas avoir beaucoup besoin de sommeil et revenait juste à temps pour grappiller deux heures, avant de disparaître à nouveau. Je me demandai ce qu'il pouvait bien faire pendant tout ce temps... Cherchait-il à percer les secrets du château ? Avait-il trouvé un endroit où il pouvait lire en paix ? Ou se livrait-il à des expériences interdites dans un cachot oublié ?

Nott était capable de tout cela et de bien d'autres choses encore.

- Je ne comprendrai jamais le sentimentalisme écœurant que certains accordent à une simple date.

Je gardai un visage aussi lisse que possible. Nott était bien trop observateur, je n'allais pas lui faire le plaisir d'être un vrai livre ouvert, encore moins aujourd'hui.

- Peut-être parce que tu n'as pas de date à laquelle accorder une véritable importance, répliquai-je d'un ton glacial.

Seul un léger plissement de son œil gauche m'apprit que j'avais peut-être marqué un point sans l'avoir voulu.

- Ma mère est morte quand j'avais huit ans, Lestrange. Contrairement à toi, je me souviens d'elle. On ne me voit pas m'apitoyer sur mon sort pour autant.

En trois phrases, il porta trois attaques cinglantes, et je relevai le menton malgré moi, mon regard sur lui désormais noir.

J'étais visiblement loin de savoir garder mon sang-froid face à lui.

Il salua ma réaction d'un sourire mauvais qui me donna envie de prendre ma baguette, juste au cas où il irait trop loin. Il était fort probable que je n'arrive pas à le toucher même si je tentais ma chance, mais le bout de bois familier entre mes doigts était rassurant.

- Ce qui m'intrigue, c'est comment tu peux garder un souvenir de ce jour-là, Lestrange. Tu avais quoi ? Trois mois ? Pour tout ce que j'ai réussi à apprendre, il faut attendre trois ans pour que le cerveau humain puisse vraiment se souvenir... Pourtant, les Détraqueurs t'affectent autant que Potter. Si j'en crois mes informations, il a manqué de mourir trois fois depuis qu'il est né, dont deux au cours des deux dernières années, et son enfance dans sa famille moldue n'a pas l'air d'avoir été aussi heureuse que la tienne.

Je vis sa retenue habituelle fondre à mesure qu'il avançait dans son discours, pour le laisser avec un regard brillant et un enthousiasme sincère sur le visage. Il ne voulait pas me blesser en me confrontant à ses réflexions. Il était juste curieux.

La justesse de ses remarques fit naître une sueur froide à la base de ma nuque et accéléra mon rythme cardiaque de façon inquiétante.

- Je ne vois pas de quoi tu parles, Nott.

A mon plus grand soulagement, ma voix ne trembla pas et mon ton mordant était plutôt convainquant.

Il se pencha vers moi, ses coudes en appui sur ses cuisses, son regard bleu me donnant l'impression que j'étais faite de verre.

- Bien sûr que si, tu vois de quoi je parle, Lestrange. Tu n'es pas si stupide. Tu t'es évanouie dans le train, quand les Détraqueurs sont montés à bord pour l'inspecter. Malefoy et Parkinson ne sont pas vraiment aussi discrets que ce qu'ils aiment penser. Cela signifie qu'il y a un souvenir qui t'affecte plus que les autres, et ton aversion pour la fête d'Halloween me laisse penser que c'est ce jour-là que tes parents t'ont laissée pour partir à la recherche de Voldemort... Tu n'es pas censée te souvenir de ça.

Cette fois, je serrai les dents. L'envie de lui lancer un maléfice plus tentante que jamais. Comment pouvait-il se montrer aussi ouvertement indiscret et espérer que je lui fasse des confidences ? Nous n'étions même pas amis alors que nous nous fréquentions depuis notre plus tendre enfance !

- Ca ne te regarde absolument pas, Nott, grondai-je pour toute réponse.

Il resta une seconde de plus à me détailler avant de se redresser, une étrange expression sur le visage.

Une petite voix dans ma tête me souffla que je pouvais aussi lui parler de cette étrange chanson moldue que j'entendais, qui ne pouvait définitivement pas être au répertoire de ma mère, ni dans celui de ma tante car elle ne me l'avait jamais chantée en douze ans. Seulement, il s'agissait de Nott. Il devait être tout en bas de ma liste de confidents potentiels. Je n'étais même pas entrée dans les détails quand j'en avais parlé à Draco – uniquement parce que Crystal l'avait exigé et m'avait menacé d'y faire allusion devant Pansy –.

Si Nott voulait perdre son temps à tenter de lire mes pensées, grand bien lui en fasse, je n'allais certainement pas l'aider.

Finalement, il se leva et ne tarda pas à disparaître dans l'escalier menant à son dortoir, me laissant seule en compagnie de ma bougie et de mon roman.

La délicate horloge sur le manteau de la cheminée indiquait presque sept et quart. Pour un samedi matin, personne n'aurait l'idée de se lever avant huit heures.

Avant que Nott ne m'interrompe, ma lecture avait été agréable. J'étais surprise que le monde moldu de l'époque partage autant de codes avec la société Sang-Pur, et les cinq sœurs formaient une bande aux caractères bien différents. Mon oncle – et même ma tante – aurait sans doute aimé que je ressemble à l'aînée, Jane, sauf qu'il y avait de bonnes chances pour que je ressemble davantage à Elizabeth, dont l'opinion sur le mariage ne manquerait pas de ravir Pansy.

Désormais, j'avais l'impression que les mots de Nott s'étaient imprimés en lettres de feu sur les parois de mon cerveau. Si le mystère derrière mon évanouissement avait vraiment piqué sa curiosité, il avait sûrement fait des recherches, ce qui pouvait me laissait penser qu'il disait vrai quand il affirmait que je ne pouvais pas me souvenir du jour où ma mère m'avait abandonnée. Pour être tout à fait honnête, mes premiers souvenirs dataient bien de l'époque de mes trois ans, même s'il ne s'agissait que de brides que j'étais incapable d'ordonner.

D'où venait donc ce souvenir ?

Nani m'avait racontée mon histoire suffisamment de fois pour que le doute ne me soit pas permis. Ma mère m'avait laissée à ses soins dans la nuit d'Halloween 1981. Quelques jours après l'arrestation d'oncle Lucius, le ministère nous avait retiré de sa garde, Draco et moi. Draco avait été gardé par notre tante Andromeda, et j'avais été confiée à des Aurors. Après l'arrestation de mes parents, j'étais arrivée à Poudlard, sous la surveillance de l'infirmière, et j'y étais restée jusqu'à la fin de l'année scolaire. Ensuite, Nani avait enfin eu le droit de s'occuper de moi à plein temps et seuls les Elfes de maison avaient pris soin de moi en plus de ma tante.

Le seul moment où j'aurais pu entendre la chanson moldue qui revenait me hanter en présence des Détraqueurs était quand j'avais été à Poudlard ou chez les Aurors.

Ce qui était précisément contradictoire avec ce que venait de me confier Nott.

Je refermai le livre sur mes genoux – dont j'avais abandonné la lecture depuis un moment déjà – avec un soupir exaspéré.

Rien de tout cela n'avait de sens ! Mon cerveau n'avait tout de même pas inventé un souvenir ! Et quand bien même, comment aurait-il pu me faire entendre une mélodie moldue dont j'ignorais l'existence jusqu'à ce que Wan m'en donne le titre ?

Je sentis la colère monter, nourrie par la frustration de ne pas comprendre, et décidai de partir pour la Grande Salle, même s'il me faudrait attendre un peu pour pouvoir prendre mon petit-déjeuner. Je n'avais pas faim – comme chaque année à la même date – mais cela me donnerait de quoi occuper mon esprit. Avec un peu de chance, le hibou de Christopher serait en avance...

Je rassemblai mes affaires rapidement, éteignis la bougie. Le calme dans les couloirs et l'obscurité qui perdurait malgré le lever du soleil me rappelèrent mon excursion nocturne, deux semaines plus tôt. Mon cauchemar d'alors avait été le seul à marquer l'imminence d'Halloween et je m'en sortais plutôt bien sur ce plan. Deloris avait essayé de m'arracher des confidences afin de pouvoir donner du sens à mon cauchemar, et j'avais dû déployer un trésor d'imagination et d'intelligence pour esquiver ses attaques. Je n'avais pas besoin d'un magazine pour connaître les raisons qui me poussaient à faire ce type de rêve, ni de quelqu'un pour me dire ce qu'il cachait.

Une part de moi était terrifiée à l'idée que ma mère s'échappe d'Azkaban et m'oblige à suivre ses pas au service du Seigneur des Ténèbres. Le mystère derrière la berceuse devait vraiment me travailler pour qu'elle soit incluse dans mon rêve...

Bien entendu, la Grande Salle était déserte, ou presque. Seuls deux professeurs étaient installés à la table des professeurs : Rogue, occupé à étudier un livre épais qui me sembla particulièrement ancien, et Lupin, visiblement perdu dans ses pensées, son teint encore plus brouillé que d'habitude à la lumière des bougies, ses épaules voûtées et des cernes effrayantes sous ses yeux. Ils auraient pu déroger au strict plan de table rigoureusement respecté par les professeurs à chaque repas, et s'asseoir côte à côte, sauf que toute l'école connaissait leur ressentiment réciproque depuis l'épisode de l'Epouvantard.

Je pris mon petit-déjeuner en bout de table, près de la cheminée dans laquelle brûlait un feu vif, le silence tout juste brisé par le bruit des couverts sur la porcelaine et des pages tournées par mon directeur de maison.

Je terminai mon thé quand une chouette Harfang des Neiges (si j'en croyais Chris) se posa devant moi, une enveloppe à sa patte. Sachant pertinemment qu'elle venait de très loin, je lui donnai un vrai morceau de bacon pour la remercier.

Aly',

Je suis très content d'apprendre que tes cours particuliers avec le professeur McGonagall se passent bien, même si je n'en suis pas surpris. J'ai parfois l'impression que tu en sais plus sur le sujet que le professeur que nous avons ici. La Métamorphose n'est pas le point fort de Dursmtrang et il faudra sans doute que tu m'aides cet été à remonter mon niveau.

Draco continue-t-il à se plaindre de son bras ? Anton m'a dit qu'ici, on le lui aurait coupé pour qu'il ait une vraie raison de pleurnicher.

Je suis d'accord avec toi concernant Black. Ce n'est pas vraiment malin de sa part de se précipiter à Poudlard. Les chances que le Seigneur des Ténèbres soit encore dans les parages doivent être faibles, avec Dumbledore au château... Il est toutefois possible qu'il en ait après Potter. Après tout, s'il a vraiment été le bras droit de Tu-Sais-Qui, il souhaite peut-être se venger de celui qui a vaincu son maître ? Dans tous les cas, je suis sûr que Potter est sous protection et que c'est en partie pour lui que le Ministère a déployé les Détraqueurs à Poudlard... A sa place, j'aurais quitté le pays et attendu un peu avant de prendre ma vengeance, mais puisque ton cousin est le seul Gryffondor qu'ont connu les Black, le Choixpeau devait avoir ses raisons.

La neige est déjà arrivée ici. Je pensais que nous aurions moins d'entraînements, mais il y a une dépendance qui sert de salle de sport géante, et les randonnées en raquettes ont remplacé les footing. Les paysages sont magnifiques cela dit, et ça vaut presque la peine de souffrir pendant une heure. Je m'améliore un peu en combat, même si je ne serais jamais capable de me hisser au niveau de ceux de mon peloton. Mes camarades l'ont enfin compris. Bjorn, notre caporal, va m'entraîner en plus, chaque dimanche, pour que nous ne terminions pas dernier au classement. Malgré ça, je m'entends mieux avec eux depuis l'exercice tactique du début du mois. Ils ont accepté d'écouter mes idées et on est arrivé deuxième.

Les cours ne sont pas tous passionnants. L'Astrologie me manque un peu. J'ai de plutôt bonnes notes dans l'ensemble et mon cerveau est le seul muscle qui me sauve la face avec les autres.

Anton et moi, on s'est inscrit au club d'échec. Il est presque aussi fort que moi et certains autres font des adversaires honorables... Pour une fois, Hadrian me manque presque. Je ne suis pas près de trouver quelqu'un aussi doué que lui.

Les Lestrange ne se font pas vraiment remarquer. Anton me soutient qu'ils se réunissent une fois par mois pour un conseil de famille, mais j'ai du mal à y croire. Pour tout ce que j'en sais, ils ne s'adressent pas la parole les uns les autres, à part s'ils sont frères ou sœurs.

J'espère que cette lettre t'arrivera un peu avant Halloween. C'est un peu bizarre, ce n'est pas du tout fêté ici. Par contre, il y a une grande fête avant les vacances de Noël, pour le Solstice d'hiver. Tout le monde commence à en parler, et je suis curieux d'assister à ça. Il y a une grande compétition entre compagnies, un spectacle, un bal, un feu d'artifice... C'est l'événement de l'année.

Mange quelques confiseries pour moi et réponds vite !

Chris.

Le ton des lettres de Christopher ne cessait de s'alléger, ce qui me rassurait un peu plus à chaque fois. Même si Durmstrang n'était pas son premier choix, il commençait à s'intégrer et à se faire des amis.

A chaque fois que je recevais de ses nouvelles, je réalisais que cela m'avait manqué l'année dernière. Chris et moi nous connaissions depuis que nous étions tout petits, j'avais eu pour habitude de le voir au moins une fois par mois, il passait le weekend au manoir régulièrement, et être privé de tout contact pendant dix longs mois avait été difficile...

Sans oublier que je savais maintenant que Chris avait, lui, été enfermé sans personne à qui parler à part sa mère et son père. J'ignorais comment il avait supporté la solitude pendant aussi longtemps.

Je relus la lettre une deuxième fois avant de la ranger dans mon sac, et profitai de l'arrivée de l'équipe de Quidditch de Serdaigle pour m'en aller. Je faillis trouver refuge dans la bibliothèque, mais Deloris et Crystal ne manqueraient pas de venir m'y chercher en premier.

Le château était immense. Une année était loin de m'avoir suffi pour en découvrir chaque recoin, surtout que j'aurais fait preuve d'un terrible manque de bon sens en partant à l'aventure l'année dernière, entre les Gryffondors qui s'en étaient pris à moi et le monstre de Serpentard. Je ne connaissais pas la moitié des passages secrets. Hadrian et Sven étaient ceux qui aimaient les chercher, puisque nos aînés partaient du principe qu'il était formateur de les découvrir par soi-même. Les garçons acceptaient parfois de nous en montrer un nouveau en échange de notre aide sur un devoir ou d'une quelconque faveur. Je savais que les cachots formaient un véritable labyrinthe passée la classe de potion – je soupçonnais Serpentard d'avoir voulu y perdre les Gryffondors puisque le château changeait sans cesse d'après Nott – et, d'après certains, les greniers du château abritaient des goules et les quartiers des elfes de maison.

Pour une fois, je m'en remis à ma curiosité naturelle – celle contre laquelle Nani me mettait régulièrement en garde – jusqu'à ce que je tombe sur un couloir visiblement très peu fréquenté si j'en croyais l'épaisseur de la poussière sur le sol et les tableaux, terminé par une large fenêtre donnant sur le Lac Noir. Le rebord de la fenêtre était assez large pour que je puisse m'y asseoir et je réussis à le rendre confortable à l'aide d'un sort de Métamorphose que j'avais croisé dans le manuel.

Il y avait tout juste assez de place pour que je pose mon encrier quelque part. Ce n'était certainement pas aussi confortable que la bibliothèque ou mon dortoir, mais je serais tranquille ici.

Chris,

C'est une très bonne nouvelle si tu commences à vraiment te plaire à Durmstrang. Nani sera ravie de l'apprendre. Il n'y a rien d'étonnant à ce que tu sois un excellent stratège. Même si ça m'agace de le reconnaître, les échecs forment l'esprit (ne le répète pas à Hadrian).

Malheureusement, mes cours particuliers avec McGonagall ne se passent plus aussi bien... Je suis bloquée sur un simple sortilège de Transfert depuis deux semaines. Je n'arrive pas à comprendre ce qui cloche, et je n'ai guère le temps de faire des recherches approfondies puisque je recommence à avoir des difficultés en Sortilèges. J'espère que tout rentrera dans l'ordre rapidement... Le professeur McGonagall n'est pas du genre à perdre son temps.

Je déglutis difficilement à cette pensée. Si j'avais mis du temps à me décider pour le concours International, j'avais désormais vraiment envie d'y participer pour me confronter à d'autres personnes de mon âge. Le professeur McGonagall n'était pas encore entrée dans les détails, mais peut-être aurais-je l'occasion de discuter avec certains de théories, ou découvrir d'autres façons de faire de la Métamorphose ?

Pour cela, je devais absolument réussir mon sortilège de transfert aujourd'hui.

Je n'en avais parlé à personne et, mis à part Nani, Chris était le seul qui semblait vraiment s'intéresser à mes progrès. J'espérais vraiment que d'ici à sa réponse, je sois passée au-delà de mon blocage.

Il n'y a rien de bien nouveau ici. Draco est désormais guéri, mais je pense qu'il va continuer son cinéma encore un peu, même si je ne saurais pas dire à quelles fins, à part celle de faire renvoyer le garde-chasse. Deloris a fêté son anniversaire la semaine dernière. Elle est extatique car son bal de Débutante aura lieu pendant les vacances de Noël l'année prochaine. J'ai dû lui donner mon avis sur la liste de choix pour son potentiel mari... Draco est en première place, naturellement, et tu seras sans doute ravi d'apprendre que tu n'es désormais plus un parti intéressant à ses yeux.

Black n'a pas redonné de signe de vie depuis le début du mois. Soit il se cache à Poudlard, soit il est reparti depuis longtemps, soit il s'est fait dévorer par une des bestioles qui habite la Forêt Interdite. Le plus logique est qu'il soit ici pour Potter. J'espère qu'il ne ne nous tuera pas tous pour parvenir à ses fins...Après tout, il est sûrement encore plus fou qu'avant son arrestation.

Mon cerveau fit une drôle association d'idées car le discours de Nott un peu plus tôt revint me hanter, comme s'il était là à me le chuchoter à l'oreille.

Ma plume resta suspendue au-dessus de mon papier à lettres sans que je ne réussisse à la poser pour me confier à Christopher.

C'était sans doute la première fois que cela arrivait et ma main se mit à trembler. Je reposai ma plume dans l'encrier pour ne pas tâcher le parchemin et fermai les yeux, la colère que j'avais ressentie face à l'incompréhension dans ma salle commune se transformant en quelque chose proche de la panique.

J'avais un souvenir inscrit au fond de mon cerveau qui n'avait pas le moindre sens...

Et si la folie des Black me rattrapait déjà ? Peut-être était-ce pour cela que les Détraqueurs m'affectaient autant ?

Mon cœur rata un battement et un froid terrifiant se diffusa dans mes entrailles.

Non, non, non ! Merlin, Morgane et Viviane, pitié, faites que non !

Je serrai les dents pour reprendre le contrôle sur mes émotions. Luttant contre moi-même pour que ma respiration s'apaise et que le sang cesse de tourbillonner dans mes oreilles, me donnant l'impression que le monde tournait autour de moi. Les larmes menaçaient de couler le long de mes joues et seule mon obstination à ne jamais les laisser gagner les en empêchèrent.

Il devait y avoir une explication, quelque part ! Ma tante devait avoir les réponses. Il me suffirait d'avoir une discussion avec elle à Noël. Je n'avais pas voulu lui dire que je m'étais évanouie, Draco m'avait promis de garder le silence et le professeur Rogue n'avait pas dû la prévenir car elle n'avait jamais évoqué l'incident depuis. Elle allait sans doute me reprocher mon silence et s'inquiéter de trop car les Détraqueurs étaient toujours autour de Poudlard, mais elle répondrait à mes questions, comme elle l'avait toujours fait depuis que j'étais petite.

Il me fallut encore de longues minutes pour m'en convaincre, puis je pus enfin reprendre ma plume et continuer à répondre à Chris, décidant de passer sous silence mon souvenir une fois de plus – je n'avais pas voulu l'inquiéter non plus, il n'avait pas besoin de ça – et mon dernier cauchemar. Je m'appliquai à lui décrire la décoration de la Grande Salle pour Halloween, puisqu'il allait louper la fête, me promettant de ne pas renvoyer ma réponse tout de suite et de trouver une sucrerie ou deux à mettre dans mon enveloppe.

Je repris le livre de Jin, bien décidée à ne plus me laisser absorber par mes pensées une fois de plus. Une chance que je sois aussi têtue car je réussis à m'y tenir jusqu'à ce que la sonnerie annonçant le début du repas ne me sorte de ma lecture. J'étais décidément agréablement surprise par la qualité de l'histoire et des personnages, et j'avais en général du mal à me laisser absorbée par un récit fictif. Si l'auteur n'avait pas été une moldue et que le roman ne se déroulait pas dans son monde, Deloris aurait sans doute aimé un tel livre, mais elle avait déjà été choquée que je l'emprunte à Jin. Il n'était même pas question que j'essaye de la convaincre.

Ravie que la matinée n'ait pas été une totale catastrophe, je rejoignis la Grande Salle en prenant mon temps. Il valait mieux que je fasse une apparition maintenant si je ne souhaitais pas que mon cousin ne se décide à lancer toute la maison Serpentard à ma recherche.

Il était tôt pour prendre le déjeuner un samedi midi, quand la plupart de mes camarades ne se levaient pas avant dix heures. Je pensais croiser quelques Serpentards, peut-être un ou une préfète, me forcer à avaler quelques bouchées, puis disparaître à nouveau dans le château jusqu'à ce qu'il soit l'heure de mon cours avec McGonagall.

Draco, Pansy, et leurs amis étaient installés en plein milieu de la table des Serpentards, immanquables, et quand bien même aurais-je souhaité les éviter, Draco me fit de grands signes dès qu'il me vit.

Il y avait une place libre à sa gauche et je n'eus pas d'autre choix que de le rejoindre.

- Bonjour cousine, dit-il, attrapant mon assiette avec autorité.

J'eus un soupir en le voyant remplir mon assiette de façon bien trop généreuse par rapport à mes habitudes, et encore plus compte tenu de la date. Je n'avais pas faim, et j'allais sûrement avoir envie de vomir avant même d'avoir avalé la moitié de mon assiette.

Pansy était en face de moi et je pouvais sentir son regard sombre sur chacun des traits de mon visage. Elle n'avait pas le don de Nott pour deviner que je n'étais pas passée loin de pleurer, mais sans doute pouvait-elle voir que je n'avais pas bien dormi – ou du reste, pas assez –.

- Tu as une tête affreuse, petite.

Je relevai les yeux juste assez longtemps pour lui faire une grimace.

- Alors, tu étais où ? Les filles de ton dortoir m'ont dit que tu étais déjà partie quand elles se sont levées et que tu n'étais pas à la bibliothèque...

- J'étais tranquille, là où il n'y a pas de Draco Malefoy plus curieux qu'un Gryffondor.

Il plissa les yeux et pointa sa fourchette vers moi, comme si cela suffisait à le rendre intimidant.

- J'étais inquiet, Aly' !

Il y avait un sous-entendu dans sa voix qui me convainquit de me radoucir un peu. Draco pouvait être encore plus égoïste que son père quand il le décidait, mais il avait toujours fait en sorte de me rappeler qu'il était là le jour d'Halloween. Lors de sa première année, il m'avait envoyée une lettre qui ne racontait que des histoires sans intérêt entre des élèves que je ne connaissais pas encore pour la plupart, et un dessin d'une des immenses citrouilles qui décoraient la Grande Salle.

En ne me voyant pas ce matin, et sachant pertinemment que je ne m'étais pas toujours montrée raisonnable le jour d'Halloween – la première année où j'avais compris que ce jour n'avait pas la même signification pour moi que pour le reste du Royaume-Uni avait été la plus difficile –, il avait très bien pu se demander ce que j'étais en train de faire.

- J'étais juste dans un coin du château. Je ne voulais voir personne, c'est tout.

Cela ne sembla le satisfaire qu'à moitié.

- Je peux rester avec toi cet après-midi si tu veux.

- Et rater ta première sortie à Pré-au-Lard ? C'est gentil, Draco, mais ça va aller.

- Tu es sûre ?

Je dus plonger mon regard dans le sien et mettre toute la détermination dont j'étais capable dans ma voix.

- Oui, je suis sûre, Draco.

Il hocha la tête, satisfait. J'entrepris d'étaler ma purée sur mon assiette pour que cela ne se voit pas trop que je n'en avais pris que deux bouchées. Je m'étais forcée à avaler le mélange de brocolis et de courgettes, et presque la moitié de mon morceau de poulet. C'était déjà bien plus que ce que j'avais pronostiqué.

- Ah, maman a envoyé une lettre pour toi ce matin.

Il me la tendit, l'air de rien, comme s'il n'aurait pas pu commencer par me la donner dès que je m'étais assise.

Ma chère Maellyn,

Ta dernière lettre m'a fait très plaisir, mais je te soupçonne de ne pas tout me dire, ma douce. Ton cousin s'inquiète de te trouver fatiguée et de te voir toujours travailler. Je me doute que le travail supplémentaire que te donne le professeur McGonagall en est la cause, mais je refuse de voir ta passion mettre ta santé en péril. Tu as besoin de sommeil et de temps libre.

Ton bilan de mi-trimestre est arrivé au cours de la semaine. Ton bulletin est encore plus brillant que celui de Draco à la même époque l'année dernière. Je ne te tiendrai pas rigueur si tu as plus de E que de O en décembre. Je ne souhaite pas que tu ne sois que l'ombre de toi-même pour les vacances de Noël.

Trêve de remontrances. J'espère que tu réussiras à passer une bonne journée malgré tout. Si cela ne tenait qu'à moi, tu serais au manoir à cette occasion. J'ai entendu dire que la troupe Mariinsky était de retour en Angleterre. Cela aurait une délicieuse sortie... Je n'exclue pas de l'ajouter à notre planning des vacances.

Prends-soin de toi, Maellyn, et donne-moi vite de tes nouvelles.

Avec tout mon amour,

Ta marraine,

NM.

Ma main droite s'envola pour s'abattre sur le bras de mon cousin.

- Aïe ! Ca va pas ! C'est mon bras blessé en plus !

J'ignorai son commentaire sur son bras. Au moins, il aurait une vraie raison de se plaindre.

- Tu étais obligé de dire à Nani que je suis fatiguée ?

- Quoi, c'est la vérité, non ? Des fois, tu fais plus peur que Lupin !

Mon regard noir ne suffit pas à lui faire détourner les yeux.

- C'est à cause de toi ! Tu me fatigues avec tes jérémiades !

- C'est aussi à cause de moi que tu es tout le temps enfermée à la bibliothèque ?

- Exactement ! Pour me tenir loin de tes jérémiades !

Il éclata d'un rire mauvais, celui qui rappelait son père, et je faillis le frapper une deuxième fois, juste pour faire bonne mesure.

- Tout le monde vous regarde, nous fit remarquer Daphné, sa voix aussi posée et douce que si elle venait de commenter la météo.

Je pris sur moi pour me calmer tandis que Draco marmonnait quelque chose qui ressemblait à « c'est elle qui a commencé ».

Nous terminâmes notre repas en silence. Il restait beaucoup de choses dans mon assiette et je n'avais pas du tout envie de faire semblant d'avaler un dessert, mais Draco mangea assez pour nous deux, quand bien même le festin de ce soir s'annonçait aussi gargantuesque que l'année dernière.

- Tu as choisi ta tenue pour ce soir ? me demanda Pansy.

- Ma tante a glissé une robe plus habillée dans ma malle, ça devrait faire l'affaire.

Elle haussa les sourcils.

- Surtout, cache ton enthousiasme, petite.

- Je n'aime pas Halloween, Parkinson. Toutes les fêtes du monde n'y changeront rien. Je veux juste que cette journée se termine le plus rapidement possible.

Elle me dévisagea longuement avant de hocher la tête, comme si je l'avais convaincue, ce dont je doutais.

- Très bien, mais il faut au moins que tu fasses une apparition si tu ne veux pas que ça paraisse suspect. La fête d'Halloween est très importante à Serpentard.

Importante ou pas, je ne pus m'empêcher d'envoyer une prière à Morgane et Viviane pour qu'elle soit annulée cette année encore. Il n'y avait pas besoin de quelque chose d'aussi dramatique qu'un Troll ou qu'un serpent géant, mais juste assez pour que Rogue nous oblige à aller nous coucher directement.

- Au fait, Aly', tu veux que je te rapporte quelque chose de Pré-au-Lard ?

Sa proposition était sincère mais la réplique que j'avais sur le bout de la langue était définitivement trop séduisante.

- Un nouveau bras pour toi ?

Pansy éclata de rire, ce qui accentua encore davantage la puissance du soufflet que je venais de lui administrer. Il se leva, drapé dans sa fierté, et enfila sa cape d'hiver sans plus m'adresser le moindre regard. Les autres ne tardèrent pas à l'imiter, puisqu'il valait mieux qu'ils ne traînent pas s'ils voulaient profiter de leur après-midi. Je les accompagnai jusque dans le Grand Hall et refis le chemin jusqu'à mon nouveau refuge du jour.

Je répondis à ma tante – des mots rassurants, la promesse de me montrer raisonnable et les dernières nouvelles du château depuis la semaine dernière, soit environ deux lignes – et terminai le livre de Wan.

Il était assez rare que je sois emballée à l'idée de lire la suite d'un roman, et j'espérais sincèrement que Wan l'avait ici, à Poudlard. Les intrigues étaient dignes de la société Sang-Pur et la plume de l'auteur était lourde de critiques. Ce n'était certainement pas une lecture digne de l'héritière Lestrange, mais en ce jour d'Halloween, j'avais le droit de ne pas me conformer aux idées de mes parents.

S'ils avaient tant voulu que je suive les préceptes de Cankaterus Nott, ils n'avaient qu'à être là pour me les apprendre pour commencer.

Une heure avant mon rendez-vous avec McGonagall, je pris le temps de relire mes notes et quelques passages choisis dans un livre. J'avais beau tourner le problème dans tous les sens, je ne voyais toujours pas ce que je pouvais bien faire de si mal pour échouer à chaque fois.

Il devait y avoir quelque chose, mais je n'arrivais toujours pas à mettre le doigt dessus, ce qui était au moins aussi énervant que frustrant, surtout compte tenu du fait que ce n'était pas le seul mystère qui occupait mes pensées.

J'étais toutefois beaucoup plus convaincue d'être à même de lever le voile seule sur mes échecs à réussir un simple sortilège de transfert.

J'arrivai un peu en avance devant le bureau de McGonagall, et mes coups à la porte restèrent sans réponse. Mon professeur ne tarda pas à arriver, emmitouflée dans une cape d'hiver en tartan écossais, les joues rougies par le froid.

- Bonjour, Miss Lestrange, dit-elle en ouvrant son bureau d'un geste de baguette compliqué.

- Bonjour, professeur.

Elle me fit signe d'entrer et je repérai aussitôt la boîte de verre renfermant le maudit cherche-midi qui ne cessait de me résister depuis deux samedis et autant de lundis.

- Vous n'avez toujours pas de questions, Miss ?

Je secouai la tête tout en me débarrassant de ma cape. Je remontai les manches de ma robe pour faire bonne mesure. J'étais décidée à ne plus me laisser faire. J'allais faire preuve de tellement de viciosité qu'il allait regretter de m'avoir défiée !

Du reste, c'était la partie théorique de mon plan.

Il s'avéra bien vite que le cherche-midi avait décidé de me pousser dans mes derniers retranchements en terme de patience. Malgré tous mes essais, j'assistais à des résultats qui me semblaient identiques à ceux que j'avais obtenu deux semaines plus tôt, ce qui pouvait me laisser penser que je n'avais même pas progressé depuis cette première séance catastrophique !

Je serrai les dents et m'acharnai. La Métamorphose ne laissait pas de place au doute ou à l'approximation. Je connaissais la théorie par cœur, mon geste était parfait et le reste suivait une formule qui n'avait plus de mystère pour moi.

Toutefois, au bout de l'heure écoulée, mon cherche-midi ressemblait toujours à un cherche-midi.

Le professeur McGonagall eut un soupir agacé et je relevai les yeux vers elle, même si je savais déjà que je trouverai sans doute des signes de déception sur son visage.

Au lieu de ça, elle affichait un air sévère et je fus la cible d'un regard que je ne sus déchiffrer.

- J'ai beau enseigner à la deuxième génération des Black, et avoir fait mes études avec une troisième, je suis toujours stupéfaite par cette capacité qu'a votre fierté à vous voler votre bon sens !

Je sentis le sang déserter mon visage tandis je baissais les yeux vers mes mains. J'avais l'habitude d'être comparée à mes illustres aïeules – plus souvent les Lestrange que les Black, je devais le reconnaître – mais, dans la majeure partie des cas, il s'agissait de compliments.

La mention des Black, surtout cette année, et encore plus après une journée durant laquelle j'avais eu du mal à faire taire la petite voix qui me soufflait que j'étais peut-être en train de devenir folle, me fit presque monter les larmes aux yeux.

- Cela fait trois semaines que vous vous acharnez à vouloir réussir ce sortilège par vous-même, Miss Lestrange. Pas une seule fois, vous n'avez sollicité mon aide, alors que je me tiens en face de vous.

Cette fois, je me sentis rougir. J'étais tellement habituée à ne pas avoir besoin d'aide en classe que reconnaître que j'avais des difficultés en Métamorphose m'était inimaginable.

Je me forçai à relever la tête, sans toutefois réussir à croiser les yeux de mon professeur.

- Je suis désolée.

McGonagall attendit que je trouve le courage de lui faire vraiment face pour m'adresser un petit sourire indulgent, bien que très bref.

- Vous êtes douée, mais vous n'êtes qu'en deuxième année. Ceci est un sortilège que je ne propose qu'à mes quatrièmes années, et après leur avoir appris à transformer des objets en matière vivante... Il va vous falloir accepter de ne pas tout maîtriser si vous souhaitez progresser. Nous reprendrons tout cela lundi soir. J'ai un programme à tenir avec vous, Miss Lestrange, et nous ne pouvons pas perdre de temps. Même heure qu'aujourd'hui ?

Je ne réussis pas vraiment à dissimuler mon soupir soulagé. L'espace d'une seconde, j'avais cru qu'elle allait revenir sur mon potentiel et mettre un terme à ces cours particuliers.

Je prenais sans doute autant de plaisir à apprendre de nouvelles choses chaque semaine qu'à voler à toute vitesse juchée sur un balai.

- Filez profiter du festin, Miss Lestrange.

- Merci professeur. Bon appétit à vous aussi.

Dès que je fus dans le couloir, je sus toutefois que je n'irais pas dans la Grande Salle. Je n'avais pas beaucoup d'appétit le jour d'Halloween, mais le discours du professeur McGonagall me donnait presque envie de vomir...

Et surtout, je n'avais pas envie de me retrouver dans la chaleur étouffante des grandes fêtes, avec son bruit, l'agitation générale et durant lesquelles il était mal vu de ne pas être d'humeur charmante. Draco me reprocherait de l'avoir laissé seul face à des plats trop sucrés, me menacerait d'en parler à Nani sans rien en faire, pour finalement me tendre une part de gâteau sous prétexte qu'il voulait être sûr que j'avais avalé quelque chose ce soir.

Le couvre-feu étant encore loin, et les chances que je croise Deloris ou Crystal si je retournais dans mon dortoir trop élevées, je pris donc la direction de la tour la plus proche, dans l'espoir de regarder les étoiles pendant une heure ou deux, et de retrouver mon calme avant d'affronter la fête des Serpentards.

La tour noire faisait partie de ces endroits où personne n'allait vraiment, pour tout ce que j'en savais, du reste. Avec la tour nord, elle surplombait le lac noir et offrait un joli point de vue sur la vallée et les montagnes en journée.

Bien entendu, Draco m'en avait montré le chemin parce qu'il considérait qu'il s'agissait du meilleur endroit pour observer les étoiles, même s'il ne s'était pas donné la peine de m'expliquer pourquoi.

Le vent glacial fit claquer ma cape derrière moi. Cette fois, c'était le seul signe que l'hiver était aux portes du château. Le temps avait été clément aujourd'hui – peut-être parce que Dumbledore avait ordonné aux Détraqueurs de s'éloigner un peu en raison de la sortie à Pré-au-Lard – et le ciel était particulièrement dégagé. La lune était haute et presque à la moitié de son cycle, sa lumière éclipsant la majorité des constellations qui l'entouraient, dont celle d'Orion...

Je décidai d'y voir un bon présage pour la soirée.

La nuit était calme, seulement troublée par le vent qui s'engouffrait dans les arbres de la Forêt Interdite, du reste, jusqu'à ce qu'un long hurlement venu de loin déchire le silence, sauvage et fascinant à la fois.

Mon cœur s'accéléra, nourri par une peur ancestrale.

Je relevai les yeux vers la lune et la trouvai inchangée. Quelque soit la créature dans la Forêt Interdite, il ne pouvait pas s'agir d'un loup-garou. Cela aurait dû suffire à me rassurer – j'avais entendu trop d'histoires horribles à leur sujet – mais je ne pus que frissonner en essayant d'imaginer ce qui avait pu pousser un tel hurlement. C'était la première fois que je réalisais que la Forêt Interdite n'abritait pas que des licornes, des Hippogriffes ou des Centaures. Il devait y avoir suffisamment de bêtes sauvages vivant là-bas pour nourrir les cauchemars d'une vie entière.

Je fis bientôt le tour des distractions à ma portée. Le Lac Noir était une tâche sombre au pied du château, sa surface aussi lisse qu'un miroir, personne ne se promenait dans le parc, et je n'arrivais pas à contraindre mon esprit à rester vide plus de quelques minutes.

Je ne connaissais pas un nombre infini d'exercices d'Occlumentie...

Le discours du professeur McGonagall ne tarda pas à revenir me hanter.

Ce n'était pas la première fois qu'on me faisait remarquer que je n'étais plus capable de me montrer raisonnable dès que ma fierté était meurtrie, de quelque façon que ce soit. J'aimais penser que j'étais nettement moins pire que Draco sur ce point, mais peut-être était-ce simplement parce que je n'étais pas touchée par les mêmes choses que lui...

Ce n'était pas vraiment cette critique-là qui avait été la plus cinglante. J'avais un sale caractère, Nani me l'avait assez répété durant toutes ces années, et je n'étais pas à Serpentard par hasard. Si je devais réussir, cela serait par mes propres moyens.

Non, c'était plutôt le fait que le professeur McGonagall me voyait plus comme une Black qu'une Lestrange. Une autre fois, j'en aurais été satisfaite, mais après la discussion avec Nott ce matin, je n'en étais plus vraiment sûre.

Il y avait une ombre derrière ce nom et elle était devenue terrifiante en l'espace d'une journée.

Finalement, je ne pourrais peut-être pas attendre jusqu'aux vacances de Noël pour interroger ma tante. Si elle était déjà inquiète pour moi, elle répondrait peut-être plus volontiers à mes questions...

J'avais définitivement besoin de réponses ou les questions qui tournaient en boucle dans mon esprit allaient finir par me ronger le cerveau.

La soirée s'étira et je surveillai l'heure en appliquant la méthode de calcul que nous avions vu en astronomie. Hadrian avait beau me soutenir que cela ne servait à rien puisque nous avions tous des montres, je trouvais l'exercice amusant, d'autant plus quand j'arrivais à prédire l'heure exacte.

Les étoiles étaient régies par des lois aussi précises que la Métamorphose, et je savais très bien pourquoi il s'agissait des deux matières où j'obtenais les meilleures notes, en plus des potions.

Quand il fut plus de vingt heure trente et que je fus à peu près certaine que le banquet avait pris fin, je rassemblai ma patience et mon courage avant de quitter le silence et le calme de la tour Noire pour l'agitation et l'extravagance de la fête d'Halloween.

Je connaissais le chemin par cœur, les couloirs étaient vides, je n'avais même pas besoin de faire attention où je mettais les pieds, ni de regarder devant moi.

Ce fut sans doute pour ça que le choc fut si violent.

Je n'eus que le temps de voir la tapisserie bouger sur ma droite puis une forme sombre surgit. Quelque chose me percuta sur le côté. Je m'entendis crier de surprise et de douleur mêlée. J'eus le réflexe de tendre le bras juste avant de rencontrer le mur opposé de plein fouet. La force du rebond me fit perdre l'équilibre et je me retrouvai sur le sol, une douleur sourde pulsant au niveau de mon front, le goût du sang dans la bouche et l'impression d'avoir les mains à vif.

Avec une grimace et un gémissement de douleur, je me redressai difficilement, une part de moi à moitié sonnée et l'autre prête à transformer le maladroit en blatte s'il le fallait !

Un homme se tenait à un mètre de moi, à quatre pattes lui aussi, un couteau dans sa main droite, ses longs cheveux noirs et emmêlés me cachant son visage, sa tenue de bagnard trop large pour son corps décharné.

Je n'avais pas besoin de le voir pour comprendre.

J'aurais dû me relever et m'enfuir en courant, prier pour qu'il ne me rattrape pas, mais la peur paralysa mes muscles jusqu'à empêcher l'air d'entrer dans mes poumons.

Il releva la tête, la surprise se glissa sur son visage atrocement émacié – ses os saillant sous sa peau cireuse, sa barbe et la crasse – et je fus incapable de détourner les yeux de son regard étrangement brillant enfoncé au creux de ses orbites sombres.

Il avait le visage d'un démon plus que de celui d'un homme.

- Judy ?

Sa voix rauque résonna étrangement à mes oreilles englouties dans le bruit de mes propres battements de cœur.

Il fit un geste dans ma direction et je reculai vivement, me retrouvant acculée contre le mur avec un gémissement. Je levai les mains devant moi pour lui montrer que je n'avais même pas ma baguette, même si une voix au fond de mon crâne me souffla que les moldus qu'il avait tué des années de cela n'avaient pas de baguette non plus et que cela ne les avait pas sauvés pour autant.

Ses traits se contorsionnèrent dans une expression douloureuse, son regard faisant un drôle d'aller-retour entre mes mains et mon visage.

- Maellyn... Je... Tu es blessée ?

Il se redressa difficilement, s'aidant du mur, et j'aurais aimé bouger à nouveau, m'éloigner, sauf qu'il tenait toujours son couteau dans sa main et que je ne savais pas ce que pourrait me coûter le moindre geste brusque.

- Pitié, ne me faites pas de mal, murmurai-je, les mots passant difficilement mes lèvres, ma voix tremblante, et un sanglot coincé au fond de ma poitrine.

Il se figea et à l'ombre qui passa sur son visage, je crus que c'était fini. Je fermai les yeux malgré moi, incapable de regarder la mort en face, et je n'osai pas en croire mes oreilles quand des bruits de pas résonnèrent dans le couloir, de plus en plus rapides et de plus en plus lointains.

Je me forçai à desserrer mes paupières, juste dans l'espoir de calmer la course effrénée de mon cœur et la nausée qui tordait mon estomac.

Le couloir était vide et si je n'avais pas les mains méchamment égratignées et le visage de Black gravée à jamais dans ma mémoire, j'aurais très bien pu penser avoir halluciné.

J'aurais préféré.

J'eus un sanglot soulagé, qui précéda de très peu les larmes, et je n'eus que la force de ramener mes genoux contre ma poitrine, à la recherche d'un peu de réconfort au milieu de ce couloir glacial.

Quand les larmes se furent taries, je ne pus me résoudre à bouger.

C'était comme si ma rencontre avec Black m'avait vidée de toute mon énergie, ou peut-être m'avait-il lancé un sort après tout. Les yeux fermés, bercée par les battements de mon cœur, je choisis de rester là où j'étais de peur de recroiser Black à nouveau.

Une main sur mon épaule, une éternité plus tard, me ramena à la réalité dans un sursaut. En relevant la tête, je ne reconnus pas tout de suite le professeur McGonagall.

- Par Godric, Miss Lestrange, que faites-vous là ?

J'aurais aimé lui poser la même question. Je ne l'avais même pas entendue approcher !

Face à mon silence, son expression se fit inquiète, et elle déposa une main sur mon front, son regard attentif à la recherche d'une explication.

- Vous êtes brûlante, Alya. Je vais vous emmener à l'infirmerie.

Une autre fois, j'aurais sans doute protesté, sauf que le monde se mit à tanguer autour de moi quand McGonagall m'aida à me relever.

Sans la prise solide de mon professeur sur mes épaules, je serais sûrement retombée.

Nous étions arrivées au bout du couloir quand un peu de bon sens se fraya un chemin dans mon cerveau. Black était ici, dans le château ! Les autres élèves étaient peut-être en danger ! Le professeur McGonagall avait mieux à faire que de m'accompagner à l'infirmerie.

- Professeur, Sirius Black... Je l'ai vu, il...

Le souvenir me vola le reste de mes mots. McGonagall se stoppa au pied des escaliers et me fit pivoter vers elle.

- Vous l'avez vu ?

Je hochai la tête, incapable d'en dire plus.

- C'est lui qui vous a blessé ?

Il y avait de la colère dans sa voix pourtant toujours mesurée, et une pointe d'incrédulité aussi.

- Je... Il a surgi de nulle part et il m'est rentré dedans. Je me suis cognée et je suis tombée. Mais il ne m'a rien fait.

Mes paupières se mirent à brûler à nouveau et je baissai les yeux, sans savoir comment interpréter le soupir soulagé de McGonagall.

- Je vais vous emmener à l'infirmerie. Vous avez besoin d'un Philtre de Paix. Allons...

Samedi 31 Octobre 1993, Poudlard, Ecosse.

Il se glissa dans la peau de Patmol dès qu'il eut rejoint la cour à l'arrière des serres. Il contourna le château en restant dans l'ombre projetée par la lune, rageant intérieurement contre la nuit dégagée – la présence des Détraqueurs avait parfois un avantage – et usant des sens affûtés de sa forme Animagus pour l'aider à rejoindre le couvert de la Forêt Interdite sans que personne ne le suive.

Toutefois, il ne s'enfonça pas dans les bois, préférant rester à la lisière pour ne pas faire de mauvaise rencontre. Il savait sans doute mieux que Hagrid ce que l'on pouvait y croiser une nuit comme celle-ci, et il n'était pas prêt à mourir.

Il avait échoué.

Il secoua la tête. Il n'avait pas le temps de penser à ça tout de suite. Il devait s'éloigner le plus possible, se mettre en sécurité dans les montagnes, là où personne ne viendrait le chercher et où la présence d'un chien n'attirerait pas l'attention des Détraqueurs.

Il s'obligea à ne pas s'arrêter, concentré sur son objectif, décidé à disparaître avant le lever du soleil.

Mettre une patte devant l'autre, les sens aux aboies dans le cas où quelqu'un aurait finalement avoué qu'il avait une forme Animagus – Remus aurait toutes les bonnes raisons de céder cette nuit, s'il ne l'avait pas déjà fait – et suivre le chemin qui l'avait mené jusqu'au village deux semaines plus tôt, monopolisait toute son énergie.

Il ne se retourna pas, même pour jeter un dernier coup d'oeil sur Poudlard au moment où le château disparaissait, masqué par un jeu de perspective avec la montagne voisine et la forêt de pins dans laquelle il venait d'entrer.

A partir d'ici, son refuge n'était plus très loin. Il n'avait qu'à marcher pendant un quart d'heure sous sa forme humaine pour pouvoir apercevoir le château quand il le voulait.

Finalement, il arriva enfin devant la mince ouverture de sa grotte – si tant est qu'il puisse appeler grotte un trou dans la roche où Patmol arrivait tout juste à glisser sa carcasse décharnée – mais se retrouva incapable de s'y mettre à l'abri.

Il se retrouva incapable de conserver sa forme animagus tout court et retrouva sa forme humaine dans un cri de rage.

Sirius ignora sa propre voix qui se répercutait d'écho en écho autour de lui. Il resta une folle seconde immobile, ses deux mains agrippant ses longues mèches emmêlées à s'en donner l'impression qu'il allait décoller la peau de son crâne, son cœur battant à toute vitesse dans sa poitrine, plus en colère qu'il ne l'avait été pendant des années.

Contre lui-même.

Il avait échoué.

Peter était toujours à l'abri, dans la tour des Gryffondors, à partager un dortoir avec Harry, aux premières loges pour s'en prendre à son filleul s'il lui en prenait l'envie.

Ce sale petit connard avait décidément pensé à tout et il se ferait une joie de lui faire regretter ça aussi, quand il aurait mis la main sur lui.

Merlin lui en soit témoin, il n'allait pas offrir une mort rapide à Pettigrow, et tant pis s'il terminait en Enfer pour ses crimes. Ça ne pouvait pas être pire qu'Azkaban !

Cette simple promesse lui permit de reprendre le contrôle, juste assez pour ne plus avoir besoin de la douleur pour éviter de faire une bêtise – retourner au château, voler un balai dans la réserve et débarquer dans le dortoir des garçons de troisième année par les airs, même si sans baguette magique, il n'avait pas la moindre chance d'y parvenir et qu'il était quasiment certain de se faire rattraper par les Détraqueurs –.

Il aurait tellement aimé en finir avec Pettigrow cette nuit, plus que toutes les autres. Douze ans que James et Lily étaient morts. Le symbolisme ne les aurait pas ramenés – il s'était presque habitué à l'idée maintenant – mais ça aurait été juste.

Cette fois, le souvenir des corps immobiles de son frère et de sa sœur éclaircit complètement son esprit. Il ne devait pas se laisser aveugler par la haine qu'il ressentait pour Pettigrow. Elle l'avait menée à sa perte douze ans plus tôt, et il n'était pas stupide au point de refaire deux fois la même erreur.

Ne pas penser à James et Lily – à leur vie, aux promesses qu'il n'avait pas su tenir ou à leur mort – lui demanda un long moment, passé à fixer le vide, les points serrés le long de son corps à s'en briser les phalanges. Il pourrait pleurer – vraiment, et peut-être même jusqu'à ce que la mort vienne le soulager de son chagrin – quand il les aurait vengés. En attendant, il devait continuer à se battre.

Il passa une main tremblante sur son front et se laissa tomber à genoux, puis sur le dos, les efforts de la nuit rattrapant son corps affaibli dès qu'il se laissa aller.

Ses jambes tremblaient – alors qu'il n'avait marché que quelques kilomètres, même pas dix – et son cœur battait trop vite – et ce n'était pas qu'à cause de la colère, même si elle couvait toujours –. ll avait épuisé les vivres de Narcissa il y avait plus d'une semaine de ça, et survivait en fouillant les poubelles de Pré-au-Lard ou parce que le Chat lui rapportait une de ses proies de temps en temps.

Il n'avait jamais pensé que le gruau d'Azkaban lui manquerait un jour. Il ferma les yeux pour atténuer l'impression que le monde tournait autour de lui ou que sa vision manquait cruellement de couleurs malgré la lumière de la lune.

Au loin, il entendit le feulement d'un félin et un sourire triste étira ses lèvres. Finalement, il n'avait pas eu plus de chances que le Chat...

Il aurait dû se douter que la Grosse Dame était bien plus qu'un tableau qui dissimulait un trou dans le mur du château. Il avait cru qu'en le détruisant, il révélerait le passage... La magie à l'oeuvre à Poudlard était bien plus complexe que ça.

Il était bien placé pour le savoir !

Il ne referait pas cette erreur deux fois. Il trouverait un moyen de découvrir le mot de passe. Il n'avait pas encore la moindre idée du comment mais il était un Maraudeur. Les idées, ce n'était pas ça qui allaient lui manquer.

Et puis, peut-être que le Chat réussirait à tuer Pettigrow avant lui. Il semblait s'entraîner à chasser les souris et les rats. Il finirait par lui ramener le seul qui avait de l'importance à ses yeux.

Bien sûr, ce n'était pas le seul échec de son expédition punitive dans le château...

Le sanglot qu'il avait réussi à contrôler pour James et Lily – Merlin, il avait des années d'expérience, gagnées au cœur d'Azkaban – réussit à passer ses lèvres pour Maellyn.

Et peut-être aussi pour Judy.

Sûrement, même.

Il n'y avait personne pour le voir à part les étoiles loin au-dessus de lui – la famille Black, presque au complet – mais il appliqua ses paumes de main sur ses yeux pour empêcher les larmes de couler.

Merlin, elle n'aurait pas dû être sur sa route. Il avait choisi Halloween parce que les gamins seraient forcément au festin et Lunard aussi.

Bien sûr, s'il y avait un seul élève à ne pas fêter Halloween, il fallait que ce soit Alya Lestrange elle-même.

Il essaya de se raccrocher à l'autre souvenir qu'il avait d'elle, quand il n'en avait pas cru sa chance en la reconnaissant, allongée sur un banc de pierre. La sensation de ses doigts dans les poils de Patmol avait apaisé ses démons comme par magie. Il avait même pu quitter son refuge dans le crâne du molosse pour en profiter pleinement sans risquer de retrouver forme humaine.

Cette nuit-là, il avait appris le son de sa voix et ses paroles l'avaient convaincu que sa fille avait bel et bien survécu, que peut-être, Judy soufflait des répliques à son oreille.

Il avait pu respirer son odeur pour la première fois depuis trop longtemps – elle avait perdu les notes de lait, mais les fragrances restaient familières, peut-être parce qu'il s'agissait d'un mélange entre son odeur et celle de Judy ? – et la chaleur de son corps avait effacé le froid des Détraqueurs qu'il gardait au creux de ses os, malgré son évasion.

Maellyn avait rencontré Patmol et il avait eu l'impression de vivre un rêve.

Ce qui venait de se passer dans un des couloirs les moins fréquentés de Poudlard – il avait réfléchi à son itinéraire soigneusement – était un véritable cauchemar.

Déjà parce qu'il avait cru retrouver Judy, une folle seconde. Il savait qu'elle était morte – ça sonnait toujours comme une connerie, mais il s'y était habitué – et il savait qu'il n'y avait pas la moindre chance qu'elle soit là, à Poudlard, encore moins dans ce corps d'adolescente, mais il avait cru la revoir quand même, en chair et en os.

Maellyn lui ressemblait presque trop.

Ensuite parce qu'il avait lu une terreur sans nom sur le visage de sa fille et qu'il savait qu'il l'avait causée.

Parce qu'il était un meurtrier, parce qu'il ressemblait à un squelette qui aurait appris à marcher et à parler, et parce qu'il était un putain d'étranger pour elle.

Il l'avait abandonnée et il en payait le prix.

Il avait blessé sa fille, même s'il avait été aussi surpris qu'elle en la percutant de plein fouet, emporté par sa course endiablée. Il aurait aimé la prendre dans ses bras, lui dire que tout irait bien, effacer les marques d'un simple geste.

Mais il l'avait abandonnée, et elle ne savait pas qui il était.

Merlin, elle ne savait même pas qui elle était !

Les larmes roulaient librement sur ses joues, ignorant le barrage de ses mains, et tout ce qu'il pouvait faire était de contenir les sanglots, parce que s'il se laissait vraiment aller, maintenant, au cœur de la montagne, il n'était pas certain d'avoir la force d'être encore vivant quand le soleil se lèverait.

Il avait abandonné Harry une fois, il devrait vivre en sachant que sa fille ne saurait peut-être jamais d'où elle venait, ni qui elle était, mais il vengerait au moins James et Lily.

Même si c'était la dernière chose qu'il devait faire de sa vie.

A priori, Halloween c'est pas une super bonne date pour pas mal de Black dans cette histoire...

(1) Avez-vous reconnu le livre moldu en question ? Un petit cadeau à celui ou celle qui est capable de m'en donner le titre:p (si vous avez un compte, of course).

J'avoue que j'ai hâte d'avoir votre avis sur :

- Remus en mode memory lane (le pauvre bichon, je suis pas sûre qu'il ait tellement kiffé son retour à Poudlard perso).

- Les théories de Pansy concernant l'évasion de Sirius (en maths, on dit toujours qu'il faut allez au plus simple. Jdçjdr).

- Le cauchemar de Maellyn et sa rencontre avec Patmol (qu'est-ce qu'il faut pas faire pour qu'ils se croisent ces deux-là sans déconner).

- Maellyn et ses déboires en Métamorphose (et oui, le talent c'est une chose, mais ça fait pas tout).

- Halloween (libre à vous de faire votre choix dans cette longue, longue scène).

- Ce pauvre, pauvre Sirius qui me fait quand même super mal au cœur.

Comme la fois dernière, j'en oublie certainement vu tout ce qu'il s'y passe, et vu la longueur (POURQUOI?!) alors je reste ouverte à d'autres remarques xD. Je vous dis à dans deux semaines sur TWBT.

Les reviews marchent aussi très bien pour me remonter le morale et me motiver. Je suis pas si difficile à satisfaire.

En attendant la suite, je vous invite à aller faire un tour du côté du UA de cette histoire : There will be time.

Pour rappel donc :

- Dans deux semaines : mise à jour de TWBT.

- Dans un mois, mise à jour de BS.

A très vite les loulous !

Excelsior !

Orlane.

Mis en ligne le 12/01/2019