Black Sunset : Dark Matter

Chapter 3

Disclaimer : Bien entendu, Joanne Kathleen Rowling est la maman de Harry Potter et de tout l'univers magique qui lui est associé. Merci à elle d'autoriser les fanfictions sur son œuvre

Attention : Rated T pour le langage et les scènes violentes.

RAR :

Juliette : Hey ! Merci beaucoup pour te review ! Je suis contente que le dernier chapitre t'ait plu ! Je te laisse te faire ton opinion quant à la réaction de Maellyn concernant sa véritable identité... Cela dit, elle reste une Black, et ils ne sont pas connus pour faire dans la demi-mesure ! Lucius est bien ridicule, je suis d'accord;) Heureusement que Narcissa a de la classe pour deux ^^ Et je pense que Sirius nous a déjà tous prouvé qu'il avait une force de caractère hors du commun;) Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !

Lupa : Hello ! Merci beaucoup pour ta review et tous tes compliments 3 Je suis très touchée que mon histoire te plaise autant:) Merci pour ton retour sur le « je » de Maellyn. Effectivement, elle n'est pas au bout de ses peines (c'est complètement de ma faute, je plaide coupable:s). Je suis d'accord avec toi, Narcissa est une vrai maman Lionne, ce qui est étonnant compte tenue de sa répartition ^^ Son sens de la famille est absolu, est c'est à la fois sa force et sa faiblesse. J'espère que je continuerais à me montrer à la hauteur du personnage (non pas qu'elle me laisse beaucoup d'autres choix, cette petite ^^). Qui sait ce que bien deviner Ollivander ? Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !

Merci à Mimi70, Guest, titietrominet27, Almayen, Juliette, Lyrumbra, Lupa, Sundae Vanille, Lalite, lune patronus et Everhann pour leur review. J'ai été super trop gâtée ! Vous ne savez pas à quel point vous m'avez fait plaisir et à quel point ça me motive à avancer !

Bonjour à toutes et à tous !

What's up ?

De mon côté, c'est pas si pire ^^ Les vacances se terminent (naaooooonnnn) et je suis à fond dans le Nano (enfin, bon, à fond, c'est peut-être un peu optimiste, mais il a commencé, ça c'est sûr ^^).

J'ai terminé un chapitre depuis la dernière fois (et ouais!) et j'ai écris un bon passage pour le UA (je suis trop forte) et je travaille sur une nouvelle scène dudit UA (qui devrait être relativement courte, bien que relativement est toujours une espèce de concept abstrait). Je devrais entamer Mars 1994 d'ici peu !

Sinon pas grand chose de plus, à part que Sirius Black a souhaité ses 58 ans hier entouré de sa petite famille et des Potter (au moins) et que c'est quand même beau (de vivre dans le déni, j'entends).

Je vous laisse avec le chapitre 3 ! Franchement, je l'aime plutôt beaucoup ! Juste pour vous donner le ton, c'est la rentrée ! (il y a pas de raisons que ça soit que moi d'abord!)

Allez, bonne lecture !

Un grand merci à Sundae Vanille pour la relecture et les retours ! Et je ne le dis peut-être pas assez, mais sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !

Black Sunset

Partie III : Dark Matter.

Chapitre 3

Dark Matter : a term used to describe matter in the universe that cannot be seen, but can be detected by its gravitational effects on other bodies.

Secret : n. a piece of information that is generally known or is not known by someone else and should not be told to others.

Mardi 1er Septembre 1992, Prison d'Azkaban, Mer du Nord.

Le souvenir était si profondément gravé dans sa mémoire qu'elle ressentait jusqu'à la douleur dans le bas de son ventre, les lames chauffées à blanc dans ses hanches, et le sang poisseux entre ses cuisses. Elle aurait aimé hurler jusqu'à ce que ses cordes vocales cèdent mais un poids insupportable sur sa poitrine l'empêchait de respirer, et elle ne pouvait qu'avaler de trop courtes bouffées d'air, comme si elle était de retour dans ce bain glacé où les gardiens avaient bien essayé de la noyer, quelques jours après son arrivée.

Elle en avait développé une saine peur de l'eau depuis, et se battait bec et ongles quand ses geôliers décidaient qu'elle empestait définitivement trop.

Mais le pire n'était pas la douleur, ou la certitude que l'espoir quittait son corps en même temps que son sang si pur.

Non, le pire était de revoir le corps.

Si petit, si délicat, parfait en tout point exceptée pour sa peau trop bleu, ses membres immobiles et ce cordon cruel enroulé autour de son cou.

Si elle avait de la chance, le désespoir la brisait de l'intérieur à cet instant, et elle s'écroulait sur sa couche, des larmes brûlantes roulant le long de ses joues creuses.

Mais parfois, ses démons n'étaient pas encore satisfaits, alors les souvenirs se multipliaient, lui faisant revivre toutes les autres fausses couches, celles où son enfant avait été trop petit pour qu'elle distingue un corps, celles où un humain miniature s'était échappé de son corps dans une gerbe de sang...

Cette nuit était une de ces nuits, mais elle se surprit à ne pas s'effondrer malgré l'horreur et la douleur. Elle savait que tout cela n'avait plus la moindre importance. Ses mauvais souvenirs appartenaient au passé. Elle devait se raccrocher au présent si elle voulait quitter Azkaban vivante.

Elle ne mourrait pas ici dans le désespoir, le froid et la crasse.
Elle était Bellatrix Lestrange, le Premier Lieutenant du Seigneur des Ténèbres. Si sa bonne étoile l'avait abandonnée ces dernières années, elle savait au plus profond de son cœurqu'Il viendrait la libérer un jour, et elle se battrait à ses côtés comme elle était née pour le faire.

Pour cette prochaine guerre, elle aurait une héritière à Lui offrir.
Elle serra les dents et sortit les photos qu'elle gardait précieusement dans une enveloppe.

Une dizaine d'images mouvantes lui racontaient la vie de sa fille, de ses premiers pas hésitants à son élégance pleine de grâce lors de son dernier anniversaire.

Et quand bien même elle ne quittait jamais cette prison, Alya ferait revivre le nom des Lestrange une fois son heure venue.

- Rolf ! Notre fille est magnifique ! Elle va rentrer à Poudlard ! Rolf, un jour, elle viendra nous libérer ! Je peux le sentir !

Elle détailla les yeux bleus de sa fille, à peine plus foncés que ceux de sa propre mère, Druella. Venu des tréfonds de sa mémoire, l'image de la traînée de Sirius s'imposa dans son esprit, et un rire suraigu lui échappa.

Elle savait qu'il était dans le même couloir qu'elle. Elle l'avait aperçu le jour où on l'avait transférée de l'aile Nord dans celle-ci. Il était l'un des prisonniers les plus silencieux de leur quartier, sûrement car la folie l'avait emporté depuis longtemps.

- Ma fille a onze ans, Sirius ! Tu sais ce que ça veut dire, hein ? Que ça fait onze ans que ta putain et ta petite bâtarde sont mortes !

Mardi 1er Septembre 1992, Gare King Cross, Londres, Angleterre.

Le kaléidoscope de couleurs cessa soudainement et je fus reconnaissante à ma tante de me tenir fermement par le bras. Ce n'était pas la première fois que je prenais un portoloin – oncle Lucius ne jurait que par cela dès qu'il fallait se déplacer dans un endroit où il n'y avait pas de cheminée, ou en pays étranger – mais je n'arrivais toujours pas à me réceptionner correctement. Nani m'avait expliquée que je m'en sortirais nettement mieux quand mon corps aurait pris l'habitude de transplaner, ce qui n'arriverait pas avant plusieurs années.

Nous prîmes la direction du train, la malle de Draco et la mienne flottant derrière Nani. Autour de nous, le brouhaha était à son comble. Des pleurs et des cris raisonnaient un peu partout – ceux des parents comme ceux des plus jeunes qui voyaient leurs aînés partir – des chouettes et des hiboux protestaient violemment face à leurs conditions de transport, et les chats enfermés dans des paniers feulaient.

Nani avait refusé de m'acheter un chat – « tu auras le temps d'en avoir un quand tu seras plus grande » – ou un hibou – « pas avant quatorze ans, et tu le sais, c'est la tradition » – et comme les crapauds étaient parfaitement démodés, j'avais décliné cette possibilité avec autant de grâce que possible.

Draco ne tarda pas à retrouver Daphné Greengrass et Blaise Zabini dans la foule dense.

- Lady et Lord Malefoy, salua Daphné avec une révérence, que Blaise s'empressa d'imiter à sa façon. Nous nous sommes installés dans le wagon douze, Draco. A plus tard.

Le plus dur fut de rejoindre le wagon en question sans que les malles ne percutent un élève, et oncle Lucius les installa dans le filet à bagage d'un geste de baguette nonchalant.

Bien plus vite que prévu, je me retrouvai face à mon oncle et à ma tante.

L'heure des adieux me semblait encore plus dure que celle de l'année dernière, où j'avais vu mon cousin partir sans moi.

- Bien, mon fils, rends-nous fiers, et tâche de battre cette petite Sang-de-Bourbe. Je compte sur toi.

Draco repoussa ses épaules en arrière, releva le menton, et serra la main tendue de son père.

- Alya, bonne répartition. Et une excellente année scolaire. Nous vous reverrons pour Noël.

Nani fut nettement moins formelle qu'oncle Lucius. Elle serra Draco contre elle et déposa même un baiser sur son front malgré ses protestations et l'assurance que oui, il écrirait toutes les semaines.

J'eus le droit au même traitement mais, à la différence de mon cousin, je savourai l'étreinte, parfaitement consciente que Nani allait beaucoup me manquer pendant les prochains mois.

- N'oublie pas, Maellyn, tu es une Lestrange, et tu es ma filleule. Ne te laisse pas impressionnée, chuchota-t-elle à mon oreille avant de me libérer. Filez maintenant, ou le train risque de partir sans vous. Pas trop de sucreries pendant le trajet Draco. Et prends soin de ta cousine.

Draco fit mine de n'avoir rien entendu, et me conduisit vers notre compartiment.

Blaise Zabini, Daphné Greengrass, Pansy Parkinson, Millicent Bulstrode, Theodore Nott, Vincent Crabb et Gregory Goyle, étaient déjà tous installés, ce qui laissait tout juste assez de place pour Draco et moi.

- Ah, tiens, c'est vrai, la petite fait sa grande rentrée, commenta Pansy au moment où ses yeux se posèrent sur moi. Merlin en soit témoin, j'espère que tu la ramèneras un peu moins au sujet de ta très chère cousine, Malefoy.

- Bonjour à toi aussi, Parkinson. Tu n'as pas profité de l'été pour apprendre à être agréable ? C'est une occasion manquée si tu veux mon avis.

- Assis-toi et ferme-là, ton avis n'intéresse personne, pas vrai Alya ?

Tandis que Draco se laissait tomber sans grâce entre Vincent et Gregory, je rejoignis la seule place libre, entre Pansy et la fenêtre.

- Je crois qu'il aime le son de sa voix, c'est pour ça qu'il parle tout le temps.

- Je sens que je vais bientôt regretter de vous avoir en permanence sur le dos, toutes les deux.

Le train s'ébranla quelques minutes plus tard, et je fixai Nani jusqu'à ce qu'elle ne soit plus qu'un point indiscernable au loin. Le Poudlard Express quitta les profondeurs de Londres en moins d'un quart d'heure et la lumière soudaine nous fit tous plisser les yeux.

Laissant Draco et ses amis discuter de leurs dernières aventures – une dispute entre Pansy et sa mère, la semaine de vacances en France des Greengrass, la retraite italienne de Blaise chez sa grand-mère, et les derniers potins que Millicent avait déjà recueilli sur leurs condisciples –, je sortis le manuel de Métamorphose.

D'après Draco, il s'agissait de la matière la plus difficile avec les potions et d'après Nani, les Black s'y étaient toujours illustrés.

Il y avait donc peu de chance qu'oncle Lucius me pardonne des mauvaises notes dans cette matière. J'eus le temps de lire un chapitre entier avant que Pansy ne réalise ce que j'étais en train de faire.

- Ah non Alya, il est hors de question que tu passes ton premier trajet à lire un manuel. Merlin, Zabini, sors donc ton paquet de cartes explosives. Et Nott, c'est valable pour toi aussi !

Theo releva les yeux de son propre livre – sûrement quelque chose sur les runes vu le nombre de signes cabalistiques que je pouvais apercevoir – et eut un sourire froid.

- Je croyais que tu ne voulais plus jamais jouer à la bataille explosive avec moi sous prétexte que je triche ?

- Tu triches, tout le monde le sait. Fais un effort, ce n'est pas pour moi, mais pour la petite.

Je grimaçai.

Pansy m'avait toujours appelée ainsi, d'aussi loin que je puisse me souvenir. J'étais la petite qui ne pouvait pas jouer avec eux, la petite toujours accrochée à Draco, la petite qui devait se tenir tranquille pendant qu'elle expérimentait d'étranges coiffures avec mes longs cheveux noirs, et la petite qui devait l'écouter, elle, parce qu'elle était la plus grande.

Ces dernières années, j'étais surtout devenue sa petite, ce qui était au moins aussi agaçant que surprenant.

Pour quelqu'un qui affirmait au moins quatre fois par jour qu'elle n'avait besoin de personne, une telle marque de possessivité lui avait valu de nombreuses moqueries de la part des autres, ce qu'elle s'était chargée de faire taire d'un regard froid parfaitement terrifiant.

La bataille explosive fut particulièrement acharnée – puisque chacun des neuf joueurs voulait gagner et ne reculait devant rien pour y parvenir – et nous occupa jusqu'au passage du chariot de confiseries.

Il était près de treize heures, nous étions tous affamés, mais il fut difficile de convaincre Daphné et Blaise d'arrêter le jeu en plein milieu d'une partie qu'ils étaient convaincus de pouvoir remporter.

Sans le regard de Nani pour me ramener à la raison quand il s'agissait de sucreries, j'avalais trois chocogrenouilles – deux cartes de Merlin et une de Gwendoline la Fantasque que je laissais dans le paquet. Collectionner les cartes était devenu nettement moins intéressant depuis que Draco avait réussi à convaincre Lucius de toutes les lui acheter – une boîte de patacritrouille et beaucoup trop de fondants de chaudron... Je me rassurai en me disant que Draco avait au moins avalé le double de ce que j'avais pris.

Au moment où Blaise proposa de faire un Bertie Bluff – avaler une dragée de Bertie Crochue et laisser deviner aux autres si, oui ou non, le goût était infâme, et si oui, quel parfum –, mon cousin prétexta qu'il devait m'accompagner saluer mes propres amis.

Sa déclaration fut accueillie par de trop nombreux haussements de sourcils sceptiques – pour lesquels je n'avais pas l'ombre d'une explication – et décida Vincent et Gregory à se lever pour nous suivre.

Toutefois, je compris très vite que Draco s'était servi de moi pour s'excuser auprès de ses amis – comme il le faisait bien trop souvent à mon goût –, sans qu'il ne cherche à se débarrasser de moi à la première occasion venue. Être accompagné d'une première année semblait offrir une parfaite opportunité pour entamer une discussion avec des élèves de Serpentard bien plus âgés.

Draco me présenta donc à Marcus Flint – le capitaine de l'équipe de Quidditch que Draco semblait bien décidé à intégrer – ainsi qu'à Lucian Bole, Peregrine Derrick et Graham Montague – tous titulaires de leur poste dans cette même équipe –. Je croisais également de nombreux visages qui m'étaient familier – les jumelles Flora et Hestia Carrow Helen Dawlish et Draco en profita pour me désigner les Préfets de Serpentard – Cassius Warington, Avelina Ogden, Irving Cram, Philomena Ross, Maximilian Horton et Raelyn Hobday, – et Préfets en Chef – une Gryffondor du nom de Mina et un Serdaigle à l'allure austère –.

- Et maintenant, Potter et les deux crétins qui lui servent d'amis. Fais en sorte de rester loin d'eux.

- Pourquoi tu veux me les montrer dans ce cas ?

- Loin d'eux quand je ne suis pas là pour te protéger.

- Je n'ai pas besoin que tu me protèges, marmonnai-je.

- Je ne te demande pas ton avis.

Il ouvrit la porte du compartiment pour m'ôter la possibilité de répondre.

Quatre personnes étaient installés à l'intérieur : trois filles et un garçon, ce qui était loin de correspondre à ce que Draco venait de m'annoncer. Je reconnus facilement Ginevra Weasley et Luna Lovegood, puisque oncle Lucius avait tenu à ce que je connaisse les traîtres à leur sang de loin afin de ne jamais m'associer à eux, la troisième fille était un peu plus âgée, des cheveux crépus, un teint caramel, et un regard particulièrement mauvais adressé à Draco. Enfin, le garçon semblait s'être découvert une passion pour ses ongles au moment où nous étions entrés, et je ne pus apercevoir que ses mèches blondes et le profil d'un visage bien trop rond.

- Qu'est-ce que tu fiches ici, Malefoy ? gronda la fille aux cheveux ridicules, découvrant deux dents de devant particulièrement larges.

Je compris enfin de qui il s'agissait.

Hermione Granger. La née-moldue, meilleure-amie de Harry Potter lui-même, une réputation de Miss-Je-Sais-Tout, et des résultats qui surpassaient ceux de Draco dans toutes les matières.

- Où est Potter ?

Granger échoua lamentablement à dissimuler son inquiétude, ce qui n'échappa pas à Draco.

- Il s'est fait virer de Poudlard ? Weasmoche aussi ?

- Laisse-mon frère tranquille ! répliqua la petite rouquine, ses points serrés comme si elle se retenait de nous asséner un coup.

A force de vivre dans un terrier, les Weasley semblaient avoir retrouvé l'état sauvage de leurs ancêtres.

- Qu'est-ce que ça peut bien te faire hein, Malefoy ? Ramasse ta petite copine et va taper sur les nerfs de quelqu'un d'autre.

- Alya n'est pas ma petite copine, Granger ! Mais bien sûr, comme tu n'es pas vraiment de notre monde, tu ne peux pas le savoir.

Il pivota sur lui-même, faisant décrire un mouvement dramatique à la cape de son uniforme, et me fit signe de sortir.

Le silence dans le compartiment je ne pus manquer le murmure terrifié du garçon .

- Alya Lestrange ? souffla-t-il en relevant les yeux vers moi.

- Évidement, Lestrange, Londubat ! Si tu étais encore plus lent, tu serais aussi stupide qu'un Troll en plus d'en avoir déjà l'apparence.

Même si j'avais soudainement envie de prendre mes jambes à mon cou, je me retrouvai figée, incapable de détacher mes yeux de son visage.

Ma mère avait-elle contemplé ce même visage lorsqu'elle avait torturé ses parents ? Mon père était-il resté insensible face à tant de peur dans un regard ?

Draco me poussa dans le couloir aussi discrètement que possible. Au regard scrutateur qu'il me lança, je sus qu'il n'allait pas manquer de me questionner sur ce qu'il venait de se passer, mais pas ici, devant Crabbe et Goyle, ce qui me laissait sans doute un peu de temps pour imaginer un mensonge.

Ce qui ne s'annonçait pas facile. Outre le fait que Draco était presque aussi doué que Nani pour deviner quand je ne disais pas la vérité, il était en plus particulièrement têtu et abandonnait rarement une idée fixe.

Heureusement, le compartiment de Deloris, Sven, Hadrian et Christopher était au bout du wagon, et m'offrit une parfaite esquive.

- Je repasse te chercher dans deux heures.

- Je suis capable de retrouver mon chemin !

- Deux heures, Aly.

Mon expression devait en dire long sur le fond de ma pensée – à savoir que si Draco Malefoy s'imaginait qu'il allait pouvoir me mener à la baguette sous prétexte qu'il avait un an de plus que moi, il risquait d'être la première cible de la mienne – car chacun de mes quatre amis se mit à ricaner, sans même essayer d'être discret.

Je fis de mon mieux pour me composer une expression neutre, et pris place à droite de Christopher.

- Ça va lui passer, me dit-il, un faux air compatissant sur le visage.

- Il ne pourra pas te suivre partout à Poudlard, renchérit Deloris. Caelan m'a dit que le château était immense.

- Il ne t'a pas obligée à rester avec lui pendant le trajet ? demandai-je en retour, soucieuse de changer de conversation.

Caelan était le grand frère de Deloris et il faisait sa rentrée en sixième année. Si Draco avait tendance à être protecteur avec moi, ce n'était rien comparé aux frères de Deloris... Et je savais que mon amie avait hâte qu'il termine Poudlard pour être débarrassée du chaperonnage de Caellan.

- Il a essayé, répondit-elle, un sourire qui se voulait énigmatique sur les lèvres.

A ses côtés, Sven sembla se retenir de rire.

- Sven, Chris et Hadrian sont censés te surveiller, pas vrai ?

Les trois garçons éclatèrent de rire à nouveau, et j'offris un sourire compatissant à Deloris.

Les règles de savoir vivre pour une jeune fille issue d'une famille Sang-Pur étaient bien plus contraignantes que celles des garçons, qui pouvaient faire à peu près ce qu'ils voulaient à partir de leur onze ans, malgré le fait que la majorité d'entre eux se comportaient encore comme des bébés.

Nani m'avait une fois expliquée qu'on laissait une liberté aux garçons plus tôt, pour leur montrer à quel point ils étaient vite perdus sans une présence féminine à leur côté.

- Alors, Alya, ta baguette ?

Je la sortis précautionneusement de la poche intérieure de ma robe et la tendis devant moi pour qu'ils puissent tous la voir. Contrairement à moi, Deloris, Sven, Hadrian et Christopher avaient été acheter la leur dès le lendemain de leur anniversaire, et l'avaient entreposée dans leur chambre. Je n'avais pu que les contempler en rêvant de la mienne.

- Ébène, 27,5 centimètres, ventricule de dragon, rigide, récitai-je.

- Ébène ? Ça ne m'étonne pas ! s'exclama Deloris. C'est le seul bois à baguette à être noir. Je paris que c'est le bois de prédilection des Black !

Sa remarque ne me surprit pas. Deloris avait tendance à imaginer que la famille Black était toute entière incarnée en moi, sans que je ne sache d'où lui venait cette fascination. La famille de ma mère était pour ainsi dire éteinte et la dernière génération n'avait pas fait parler d'elle en bien.

- Christopher, tu es décidément le seul à avoir un crin de licorne, se sentit obligé de remarquer Hadrian, moqueur.

Je ne savais pas d'où il tenait sa théorie, mais être le propriétaire d'une baguette à crin de licorne était selon lui une marque flagrante de faiblesse. J'avais hâte qu'il en parle devant Draco, puisque le cœur de baguette était elle aussi un crin de licorne. A la différence de Chris, il ne se laisserait pas faire aussi facilement.

- Dans tous les cas, elle est très élégante, éluda Chris.

- Et il était temps que tu aies enfin une ! se moqua Sven, en faisant tourner la sienne entre ses doigts.

Sur ce dernier point, j'étais bien d'accord avec lui.

- Vous avez vu beaucoup d'autres premières années ? demandai-je finalement.

Draco ne m'avait guère laissé l'occasion de m'arrêter pour dévisager ceux qui seraient peut-être mes camarades à Serpentard. Luna Lovegood, Ginevra Weasley, Clarissa Belby et Lean McLaggen mis à part, je ne connaissais pas d'autres enfants de mon âge.

- Oui, quelques-uns. Il y a un certain Fripemine... je n'ai pas retenu son prénom, mais il était en train de se vanter auprès de Sang-de-Bourbes que son père travaille au ministère. L'un d'entre eux l'a tout de suite bombardé de questions. Il aurait pu se renseigner un peu, non ?

Deloris eut une moue hautaine, et Sven approuva sa remarque d'un hochement de tête appréciateur, tandis que Chris se contentait de hausser les épaules.
Ni lui, ni moi, n'aimions discuter des Nés Moldus. Nous n'en connaissions aucun, et leur destin nous était bien égal.

- C'est tout ? enchaînais-je, de peur que Deloris ne se lance dans un long monologue sur la nuisancequ'ils représentaient à ses yeux.

Son discours ne m'avait guère intéressée la première fois, et il avait même tendance à être lassant, puisqu'il s'agissait toujours des mêmes arguments, ceux-là même qu'oncle Lucius répétait bien trop souvent au Manoir ces derniers temps, à cause de la loi d'Arthur Weasley.

- Non, il y a aussi cette fille, une noire avec un drôle d'accent, reprit Sven. Elle a voulu s'installer avec nous. Elle avait l'air un peu perdue...

- Je pense qu'elle n'était simplement pas d'ici, remarqua Chris.

- Peut-être... Mais en tout cas, je ne l'ai jamais vue.

Finalement, aucun d'entre eux ne s'était montré curieux, et je compris que j'allais devoir attendre la répartition pour savoir avec qui j'allais partager tous mes cours pendant les sept prochaines années.

- Vous imaginez si on ne se retrouve que tous les cinq à Serpentard ? dit Sven.

- Oh, ce serait tellement bien ! s'extasia Deloris. Ou, au pire, avec Lean McLaggen et Clarissa Belby. Elles ne font pas parties de Vingt-Huit Consacrées, mais leurs familles sont respectables.

- Quatre filles et trois garçons ? releva Chris. Ce serait l'enfer oui !

Sa remarque lui valut un regard noir de la part de Deloris, arracha une grimace terrifiée à Sven, et tira tout juste un haussement de sourcils à Hadrian. Je me contentai de sourire distraitement, essayant d'enfermer mes inquiétudes dans un coin de mon crâne, usant pour cela d'un énième exercice d'Occlumencie.

Je ne voulais pas imaginer ma vie si jamais je ne terminais pas à Serpentard. Oncle Lucius serait furieux, Draco déçu, et je serais séparée de mes quatre seuls amis.

Je devais être à Serpentard.

- Par contre, je n'ai pas vu Harry Potter, reprit Sven. Il est en deuxième année, non ?

- Il n'est pas dans le train, expliquai-je. Il paraît qu'il a sauvé l'école, ou quelque chose dans ce genre l'année dernière... Peut-être qu'il a le droit à un traitement spécial ?

Malgré moi, le visage de Neville Londubat me revint en mémoire, et je secouai la tête pour ne plus y penser.

Ce n'était pas de ma faute si mes parents s'en étaient pris aux siens. C'était la guerre, et ils étaient Aurors, ils connaissaient sans doute les risques.

Sauf que mes parents les avaient attaqués après la chute du Seigneur des Ténèbres...

- Comme s'il ne l'était pas assez, c'est ça ? se plaignit Deloris.

- Du moment qu'on ne nous oblige pas à nous prosterner devant lui, qu'est-ce que ça peut nous faire ? répliqua Chris avec froideur.

- L'année dernière, Dumbledore a distribué des points à la dernière minute et les Gryffondors ont gagné la coupe. Ce n'est pas juste s'il est traité différemment parce qu'il est célèbre.

- La vie n'est pas juste, Deloris, ce n'est pas nouveau.

Le ton sec de Chris – celui qu'il utilisait d'ordinaire en dernier recours pour avoir le dernier mot – fit violemment rougir la peau pâle de Deloris. Elle se leva alors, drapée dans sa fierté et quitta le compartiment sans un mot de plus. Sven soupira et la suivit, sûrement soucieux de ne pas s'attirer les foudres de Caelan Yaxley si sa petite sœur revenait seule. Hadrian se leva à son tour, mais j'étais presque certaine qu'il n'avait aucunement l'intention d'accompagner Sven.

- Bon débarras ! Elle n'a pas arrêté de critiquer tous ceux qui passaient devant la porte depuis qu'on a quitté Londres !

- Tu n'étais pas obligé d'être méchant avec elle.

- Elle en verra d'autres.

Un silence tomba entre nous. Je laissai Chris reprendre sa lecture et ramenait mes genoux contre ma poitrine. Dehors, la nuit était en train de tomber, et les paysages n'avaient plus rien à voir avec ceux qui m'avaient vue grandir.

Les environs du Manoir étaient couverts de forêts, mais le relief restait plat. L'Ecosse n'avait rien à voir : au delà d'une étendue d'un vert saisissant, je devinai des montagnes aux pentes torturées, taillées par le vent, la pluie et le froid.

Et Poudlard se trouvait quelque part là-bas.

Contrairement à Deloris, Sven, Hadrian ou Chris, ce n'était pas la première fois que j'y mettrais les pieds. J'avais vécu plusieurs mois là-bas, sous la surveillance de l'infirmière, après l'emprisonnement de mes parents. Je n'en gardai aucun souvenir, mais Allycia Dolohov et Apoline Davis n'avaient pas oublié, et elles ne manquaient jamais de venir me saluer quand nous nous croisions lors des différentes réceptions.

Chris m'arracha à mes pensées dans un sursaut, tandis qu'il posait une main légère sur mon épaule.

- Toi aussi, tu as eu le droit à une leçon de morale cet été ?

- Bien sûr... Je suis la seule héritière des Lestrange et la nièce des Malefoy. Je dois rendre tout le monde fier. La tienne était si horrible ?

Les parents de Chris – Euphémia et Thorfin Rowle – étaient sans doute encore plus exigeants qu'oncle Lucius en matière de fréquentations, et ne cessaient de lui rappeler qu'il devait se montrer à la hauteur de l'héritage des Rowle.

- Si je ne suis pas réparti à Serpentard, je serais déshérité.

J'entrouvris la bouche de stupeur. Si cela avait été dit par n'importe qui d'autre que Thorfin Rowle, j'aurais assuré à Chris que son père ne pensait pas vraiment ce qu'il lui avait dit.

Sauf que Thorfin Rowle n'était pas du genre à plaisanter – je pouvais sans doute compter sur les doigts d'une main le nombre de fois où je l'avais vu sourire – et qu'importe que chacune des quatre maisons possèdent son lot de qualités et sa renommé propre. Il ne tolérait rien d'autre de la part de son fils que Serpentard, comme il ne tolérait pas qu'il montre ses émotions en public ou qu'il s'adresse avec autre chose que de la condescendance à ceux qui ne faisaient pas partie des Vingt-Huit Consacrées.

Je comprenai un peu mieux pourquoi il n'avait pas aussi bien supporté que d'habitude les bavardages incessants de Deloris.

- Nous irons à Serpentard ensemble. Je n'ai pas le choix non plus... Je crains que l'on ne me réserve pas un très bon accueil dans les autres maisons.

- Surtout à Gryffondor, dit-il avec une grimace.

- Surtout à Gryffondor...

La porte se rouvrit pour laisser entrer Sven.

- Je viens de croiser Luna Lovegood ! Elle m'a parlé pendant cinq minutes des Nargols qui, selon elle, me suivent. Si la Weasley n'était pas venue la chercher, j'y serais encore ! Cette fille est cinglée !

- Au moins, elle ne finira pas à Serpentard, c'est déjà ça...

Le reste du trajet sembla s'écouler en quelques secondes. Avant d'avoir eu le temps de réaliser que deux heures s'étaient écoulées, Draco revint me chercher. Il avait l'air particulièrement bougon, et je compris pourquoi quand je rejoignis son compartiment et que Pansy lui demanda s'il avait trouvé Potter en chemin.

Le train s'arrêta un quart d'heure plus tard et un brouhaha digne du quai neuf-trois-quart s'éleva dans les couloirs des wagons.

Draco posa ses deux mains sur mes épaules et me guida vers la sortie. Le froid me saisit aussitôt, tout comme l'humidité que le vent charriait. Ici, l'été était terminé depuis des semaines.

- Par ici les premières années ! Rangez-vous deux par deux ! Les premières années !

Un homme immense se tenait au bout du quai, une lanterne à la main, et vêtu d'un étrange manteau de peau qui semblait être cousu main.

- A tout à l'heure Aly. Je te garde une place à Serpentard.

Je rejoignis mes condisciples, et retrouvai Chris, Deloris – qui ne semblait pas trop lui en vouloir – et Sven dans la file. Hadrian était hors de vue, mais j'avais aperçu son grand-frère – Marcus – en descendant du train. Il ne devait pas être loin.

Nous étions bien plus nombreux que ce que j'avais imaginé – déjà au moins trente – et à côté du garde-chasse, nous semblions tous minuscules.

Sauf une fille noire, qui nous dépassait tous d'une bonne tête. Je fronçais les sourcils en remarquant sa façon de se tenir – les épaules droites, le menton relevé, l'air impassible – comme une Sang-Pur.

J'étais pourtant sûre de ne l'avoir jamais vue... Peut-être était-elle une Shacklebolt ? Ces derniers ne fréquentaient guère les fêtes et avaient rarement le goût pour une vie mondaine.

- Bien, suivez-moi ! Attention où vous mettez les pieds, le sol est glissant.

La lumière dispensée par sa lanterne était tout juste suffisante pour éclairer sur un ou deux mètres autour du garde-chasse, et je fixai mes pieds plutôt que les environs jusqu'à ce que nous ayons rejoint le bord du lac.

La vue qui nous attendait sur la château valait quand même le coup d'avoir de la boue sur nos chaussures. Poudlard se détachait sur un ciel étoilé sans le moindre nuage, et les lumières du château se reflétaient dans les eaux noires.

- Installez-vous dans une barque. Pas plus de quatre.

Je suivis Christopher, Sven et Deloris – qui ne semblait même pas avoir une seule critique à faire face au spectacle – et je gardai mes yeux fixés sur le château pendant toute la traversée.

- Baissez la tête !

Les barques franchirent un rideau de lierre qui cachait une large ouverture dans la falaise. Les canots nous emportèrent le long d'un tunnel sombre qui semblait dans les entrailles du château.

Finalement, le tunnel se transforma en une large grotte où il était possible de débarquer sur le sol rocheux sans trop de mal. Hadrian profita de la manœuvre pour nous rejoindre, l'air ennuyé.

- Cette randonnée est grotesque, grogna-t-il.

Chris et moi échangèrent un regard désabusé – Hadrian ne partageait définitivement pas les goûts du reste du monde –.

- La prochaine fois que tu me reproches de râler, Flint, je te jette dans le Lac Noir, répliqua Deloris avec un sourire trop large pour être innocent.

Elle se détourna, faisant voler ses longues mèches vénitiennes, et rejoignit le reste des première années.

Guidés par la lampe d'Hagrid, nous grimpâmes le long d'un passage creusé dans la montagne et arrivâmes enfin sur une vaste pelouse qui s'étendait à l'ombre du château.

Je montai les marches menant à une immense porte d'entrée en chêne massif quand un grand bruit de ferraille se fit entendre au loin. Je me retournai vivement, fouillant le parc des yeux sans rien réussir à discerner dans la nuit de plus en plus épaisse. Etait-il possible que l'un des gros véhicules volants des moldus ait pu s'écraser dans le parc ?

- Allez, on avance ! Ce n'était rien.

Je relevai un regard perplexe vers l'homme, et eus le temps de deviner ses sourcils froncés. Il ne faisait pas un grand menteur.

- Je croyais que Poudlard était l'endroit le plus sûr du pays, me souffla Chris.

- Si la moitié des rumeurs que m'a raconté Draco sont vraies, le Seigneur des Ténèbres a pu entrer dans le château l'été dernier, répondis-je à voix basse.

- Merveilleux.

La porte s'ouvrit finalement et découvrit une grande sorcière aux cheveux noirs, vêtue d'une longue robe vert émeraude. Elle posa sur nous un regard particulièrement sévère qui aurait réussi à rendre celui de Nani aimable, et je me surpris à me redresser, tout en vérifiant rapidement que ma cravate était bien nouée et que ma robe n'avait pas glissé pendant notre randonnée.

J'étais toutefois certaine que le bas de ma cape était maculée de boue, sortilège anti-tâche ou non, et que mes bottines étaient crottées.

Mes yeux se posèrent ensuite sur la dégaine de Luna Lovegood – sa cape était à l'envers, et sa paire de collants était effilés à plusieurs endroits – et je me rassérénerai. Je ne réussirais peut-être pas ma première impression, mais il y avait largement pire.

- Voilà, professeur McGonagall, ils sont tous là.

- Merci Hagrid. Bien, rangez-vous deux par deux et suivez-moi.

Elle nous mena à travers l'immense hall d'entrée – presque aussi large que la salle de réception du Manoir – et nous pénétrâmes dans une petite salle où nous eûmes du mal à tous entrer. Je me retrouvais coincée entre le mur et Chris, un garçon minuscule derrière moi, et la grande fille noire devant.

- Bienvenue à Poudlard, dit le professeur McGonagall. Le banquet de début d'année va bientôt commencer mais avant que vous preniez place dans la Grande Salle, vous allez être répartis dans les différentes maisons. Cette partition constitue une cérémonie très importante. Vous devez savoir, en effet, que tout au long de votre séjour à l'école, votre maison sera pour vous comme une seconde famille. Vous y suivrez les mêmes cours, vous y dormirez dans le même dortoir et vous passerez votre temps libre dans la même salle commune. Les maisons sont au nombre de quatre. Elles ont pour nom Gryffondor, Poufsouffle, Serdaigle et Serpentard. Chaque maison a sa propre histoire, sa propre noblesse, et chacune d'elles a formé au cours des ans des sorciers et des sorcières de premier plan. Pendant votre année à Poudlard, chaque fois que vous obtiendrez de bons résultats, vous rapporterez des points à votre maison, mais chaque fois que vous enfreindrez les règles communes, votre maison perdra des points. A la fin de l'année scolaire, la maison qui aura obtenu le plus de points gagnera la coupe des Quatre Maisons, ce qui constitue un très grand honneur. J'espère que chacun et chacune d'entre vous aura à coeur de bien servir sa maison, quelle qu'elle soit. La Cérémonie de la Répartition aura lieu dans quelques minutes en présence de tous les élèves de l'école. Je reviendrai vous chercher lorsque tout sera prêt. Attendez-moi en silence.

-Dis, tu sais ce que l'on va devoir faire ? Il y a deux garçons dans le train qui m'ont dit que ça faisait très mal...

Je fis mine de ne pas l'avoir entendu – Deloris avait raison, tous ces Nés Moldus pourraient se renseigner un peu avant d'arriver à Poudlard. J'avais mieux à faire que de m'occuper de leur éducation et profitai du temps qui me restait pour réciter mes arguments. Je ne savais pas vraiment comment fonctionnait le Choixpeau, mais Pansy m'avait confiée qu'elle avait entendu une voix dans sa tête quand elle l'avait coiffé. S'il pouvait parler, il pouvait sûrement entendre, et j'avais bien l'intention de le convaincre qu'il se trompait si jamais il me proposait une autre maison que Serpentard.

Nani se plaignait assez de mon entêtement à toute épreuve, mes précepteurs semblaient tous d'accord sur le fait que j'étais intelligente, et je mettais un point d'honneur à me débrouiller toute seule depuis longtemps. Petite, j'avais tendance à me jeter tête la première dans le danger – monter sur une étagère pour atteindre un livre, sauter dans l'eau depuis un éperon rocheux, descendre les escaliers en glissant sur la rampe – mais j'avais appris à réfléchir avant d'agir. Je...

- Allons-y, maintenant. La cérémonie va commencer.

La voix du professeur McGonagall m'arracha un sursaut. Je suivis le mouvement en même temps que les autres, et je me retrouvai soudainement dans la Grande Salle.

Mon inquiétude s'envola.

C'était encore plus beau que ce que j'avais entendu dire. La pièce était immense, sûrement autant que l'Atrium du Ministère de la Magie. Quatre longues tables s'alignaient face aux professeurs et je fis un sourire crispé à Draco quand je croisai son regard. Au dessus de nous, le ciel étoilé était saisissant de réalisme et je repérai plusieurs constellations avec autant de facilité que si j'avais eu mon télescope avec moi.

D'ordinaire, la vue des étoiles me calmait – j'avais passé de merveilleux moments avec Nani et Draco au sommet de la plus haute tour du Manoir – mais j'eus l'impression que Bellatrix était anormalement brillante cette nuit, comme si ma mère me surveillait depuis Azkaban.

Notre petit groupe s'arrêta devant la table des professeurs et McGonagall déposa un vieux chapeau rapiécé et particulièrement fripé sur un simple tabouret de bois.

Grimpe sur le tabouret,

Pose-moi sur ton crâne

Je te révélerais le nouveau départ

Offert à ta destinée.

Et au fur et à mesure que vous rejoignez votre Maison

Là où de nouveaux amis sauront vous accueillir

Garde en mémoire que le monde cherche aussi un nouveau départ.

Puisqu'il ne tient qu'à vous de changez

Ce que les autres se contentent d'imaginer.

Brillant Serdaigle : souviens-toi,

Tout ton savoir ne vaudra rien

Si tu échoues à écouter ton cœur.

Loyal Poufousouffle, sois prudent,

Bien qu'il soit toujours noble de rester droit,

Il n'y a pas plus dangereux que de se voiler la face :

Apprends à connaître ceux à qui tu accordes ta confiance.

Sournois Serpentard, fait attention :

Ton ambition te demandera des sacrifices

Ceux qui veulent les plus grands pouvoirs

Reçoivent aussi les plus lourdes responsabilités.

Preux Gryffondor : contrôle-toi.
Mener des batailles doit se faire au bon moment

Et parfois, même les plus grands combattants

Se doivent d'obtenir la paix sans verser le sang.

Aussi, dans ce nouveau chapitre de votre vie,

Souvenez-vous des leçons de l'histoire,

Sans quoi les drames se répéteront.

Travaillez ensemble, aidez-vous les uns les autres,

Ne prêchez pas la haine contre la différence.

Vos bannières sont peut-être dissemblables

Mais tout au fond, vous vous ressemblez plus que vous ne le pensez. (1)

A la fin de la chanson, tout le monde se mit à applaudir et le Choixpeau salua son public, une table à la fois.

- Quand j'appellerai votre nom, vous mettrez le chapeau sur votre tête et vous vous assiérez sur le tabouret. Je commence : Anderson, Aurora.

La fille était petite, boulotte et coiffée de cheveux bien trop bouclés. Elle réajusta nerveusement ses lunettes et tira sur sa jupe avant de s'asseoir.

- SERDAIGLE !

- Avery, Sven.

Sven marcha d'un pas assuré, le menton dressé. Deloris et lui n'avaient jamais eu l'ombre d'un doute sur la maison où ils seraient envoyés.

- SERPENTARD !

Des applaudissements nourris retentirent à la table des verts et argents, mais pas suffisamment forts pour couvrir les huées qui s'élevaient de celle des Gryffondors. Les principaux instigateurs de ce manque de respect semblaient être deux rouquins qui se ressemblaient comme deux gouttes d'eau. J'espérais que Dumbledore ou McGonagall allaient leur demander d'arrêter, mais le directeur continuait à applaudir distraitement, et McGonagall avait les yeux rivés sur sa liste.

Je ravalai mon indignation, même si une part de moi n'était pas vraiment surprise après ce qui s'était passé pour la coupe des quatre Maisons. Les Serpentards souffraient de leur mauvaise réputation...

La répartition se poursuivit donc. Clarissa Belby fut envoyée à Poufsouffle, le Né Moldu qui m'avait posé une question à Gryffondor – évidemment, commenta Deloris – , Hadrian rejoignit Serpentard après que le Choixpeau ait à peine eut le temps d'effleurer son crâne et Jeremy Harper le suivit juste après – un petit noir particulièrement chétif aux yeux très sombres –.

Les noms s'égrenaient si vite, et j'eus beau deviner que mon tour ne tarderait plus, j'en restai pourtant figée quand il résonna dans la Grande Salle.

- Lestrange, Alya.

Quelques exclamations de surprises à peine étouffées répondirent à McGonagall et je m'avançai la tête aussi haute que je le pouvais, m'appliquant à chaque pas pour que ma démarche donne – plus que jamais – l'impression que je flottais sur le sol.

N'oublie pas, Maellyn, tu es une Lestrange, et tu es ma filleule. Ne te laisse pas impressionnée.

Le Choixpeau était trop large pour moi, et il me tomba sur les yeux, me plongeant dans le noir, sans pour autant réussir à me faire oublier que des centaines de regards étaient braqués sur moi, dont certains étaient particulièrement hostiles.

- Hummmm, ce n'est pas ce que j'ai l'habitude de voir dans la tête d'une Lestrange... Tu m'as tout l'air d'être un curieux mélange, ma chère petite. Oui, il y a de l'entêtement, et tellement de fierté... Du courage aussi.

La peur accéléra mon cœur. Il se mit à battre si vite et si fort dans ma poitrine que j'étais convaincue que McGonagall pouvait l'entendre.

Mon foutu courage – un trait de caractère que je doutais posséder – allait réussir à me mener tout droit à Gryffondor !

- Regarde-mieux, Choixpeau. Je suis faite pour Serpentard, pensai-je, aussi fort que possible.

- Tu en es sûre ? Il y a plus d'une seule forme de courage, chère enfant.

- Serpentard, répondis-je à nouveau.

Avant de le répéter comme une litanie, à l'infini, si fort que la voix du Choixpeau ne ressemblait plus qu'à un vague écho dans un coin de mon esprit.

J'eus l'impression de passer une éternité assise dans le noir et je compris que le Choixpeau avait rendu son verdict sans que je ne m'en rende compte au moment où la lumière m'aveugla à nouveau.

Cette fois, les huées ne venaient pas que des Gryffondors. Certains Poufsouffles, et même quelques Serdaigles, reprenaient leurs sifflets.

En réponse à ce triste spectacle, tous les Serpentards s'étaient levés et m'applaudissaient à tout rompre.

Le soulagement manqua de me faire tituber et je dus me faire violence pour ne pas courir jusqu'à Draco.

Je n'avais que faire des quolibets. J'étais à Serpentard, et c'était le plus important.

Il passa un bras autour de mes épaules – un geste d'affection qu'il ne se permettait jamais en public – et se pencha vers moi, son visage crispé dans un masque de rancœur.

- Ils paieront, crois-moi, souffla-t-il.

Je n'en doutais pas une seule seconde. Autour de moi, chaque Serpentard avait beau sourire, je pouvais lire la colère dans leur regard et une fierté blessée dans leurs épaules raides. Beaucoup pensaient que les Serpentards n'étaient qu'une bande d'individualistes, prêts à tout pour être le meilleur, mais ils sous-estimaient la loyauté qui les liaient à leur maison.

Nani avait toujours dit que s'en prendre à un Serpentard, c'était s'assurer que toute la maison allait s'unir pour préparer une vengeance.

McGonagall finit par demander le silence, usant d'un sortilège pour se faire entendre.

- SI JE N'AI PAS LE SILENCE DANS L'INSTANT, JE COMMENCE A DISTRIBUER DES HEURES DE COLLE ! (2)

L'effet fut immédiat. Tout le monde se rassit et le calme revint, comme par magie.

- Lovegood, Luna.

McGonagall dut répéter son nom deux fois encore avant qu'elle ne réagisse, apparemment perdue dans la contemplation du ciel magique. McGonagall n'eut même pas le temps de déposer le Choixpeau sur sa tête qu'il hurlait déjà son verdict :

- SERDAIGLE !

Lovegood s'en alla rejoindre sa nouvelle maison en sautillant, ce que les Serpentards choisirent de saluer par des ricanements.

Madley David fut envoyée à Poufsouffle et manqua de s'étaler au sol en se prenant les pieds dans sa cape.

- Malhorne, Crystal.

La fille noire, que je pensais être une Shaklebolt, s'avança. Sa démarche aurait tiré un compliment à Nani, et son port de tête était juste parfait. Son nom parlait pourtant contre elle. Pour tout ce que j'en savais, le nom des Malhorne n'était pas connu dans le monde sorcier. Elle ne pouvait qu'être une Sang-Mêlée ou une Née Moldue.

A nouveau, le Choixpeau ne montra pas le moindre signe d'hésitation, et sa décision retentit presque instantanément, ce qui serra mes entrailles.

Combien de temps étais-je restée sous le Choixpeau ? Une chance que je n'ai pas eu un chapeau flou, car cela n'aurait pas manqué de parvenir aux oreilles d'oncle Lucius. Il m'aurait sûrement accusée de ne pas être une vraie Serpentarde ou d'avoir manqué d'embarrasser la famille des Malefoy.

Après Malhorne, Lean McLaggen s'en alla rejoindre les Serdaigles, Bridget McNab, Gryffondor – lesquels l'acclamèrent pendant de longues minutes, ne retrouvant leur calme qu'avec une nouvelle menace, des retraits de points cette fois – et Munch Hans, Gryffondor lui aussi – relança le tapage –.

- Les Gryffondors sont des animaux, pesta Pansy en face de moi. A croire qu'ils sont tous élevés dans des caves, loin de toute civilisation.

- O'Casey, Ryan.

Le Choixpeau délibéra pendant une petite minute avant de rugir Serpentard.

- A part cette Malhorne, j'ai l'impression que vous êtes minuscules cette année, se moqua Blaise. Je paries que les pieds d'O'Casey ne touche pas le sol !

- Et en plus, il est roux. Il ne part pas avec beaucoup d'atouts dans la vie.

Le commentaire de Pansy tira des ricanements à tous ceux qui purent l'entendre, et je manquai le nom de la fille qui venait d'être appelée, mais qui termina à Poufsouffle, tout comme Row, Chloe.

- Rowle, Christopher.

Toute la table releva les yeux vers mon meilleur ami, persuadés qu'il allait nous rejoindre. Les Rowle étaient l'un des joyaux des Vingt-Huit Consacrés, en plus d'être une famille de politiciens redoutables. Tout comme les Malefoy, les Black et les Lestrange, leur nom était teinté de rumeurs quant à leurs connaissances en Magie Noire.

Le Choixpeau ne me permettait que d'apercevoir les lèvres de Chris, mais il me sembla crispé, ses mains serrant les bords du tabouret.

Des murmures commencèrent à s'élever à mesure que les secondes s'égrenaient, interminables. Je croisai les doigts sous la table, priant Merlin, Circée, Morgane et Viviane de se montrer clément avec Chris et de faire en sorte qu'il termine à Serpentard, même si je savais qu'il n'en avait pas toutes les qualités.

Aucun Rowle n'avait jamais échappé à la tradition familiale.

- POUFSOUFFLE !

Si je n'avais pas retenu mon souffle, j'en aurais sûrement crié de surprise. Autour de moi, de nombreuses exclamations avaient salué la décision du Choixpeau, et seuls de faibles applaudissements s'élevèrent de la table voisine à la notre.

Chris resta assis sur le tabouret, le visage livide, trop abasourdi par la nouvelle pour ne serait-ce que bouger. J'eus envie de me lever pour le rejoindre mais Draco me retint sur mon siège.
McGonagall lui tapota l'épaule pour l'inciter à bouger, et il traversa finalement la salle d'un pas lent, ses yeux fixés au loin, plus brillants que je ne les avais jamais vus.

Il s'assit au bout de la table, dos aux Serpentards, et je pouvais désormais voir que que ses épaules raides et ses cheveux châtains.

C'était une catastrophe.

Tout cela à cause d'un bout de tissu poussiéreux et rapiécé, ensorcelé par des sorciers morts depuis bien trop longtemps ! Le Choixpeau aurait pu mentir ! Personne n'en aurait jamais rien su !

J'aurais aimé pouvoir être en colère, crier au scandale, rejoindre mon meilleur-ami à la table des Poufsouffles pour lui montrer que je n'avais rien à faire de l'avis d'un chapeau, mais contrairement à ce qu'avait laissé entendre le Choixpeau, je n'avais pas le courage de m'opposer à la tradition et à ce que l'on attendait de moi.

J'étais Alya Lestrange, j'étais une Serpentarde, j'avais un rang et une place à tenir. Rejoindre Chris reviendrait à me mettre toute ma nouvelle maison à dos, ce que je ne pouvais pas me permettre si je souhaitais survivre à mes sept années d'étude.

La colère céda la place à la douleur, puisque je savais déjà que mon amitié avec Chris était entièrement remise en question, et que l'on tolérerait tout juste que je lui adresse la parole.

Je serrais les dents pour retenir mes larmes – il ne manquerait plus que je me donne en spectacle à mon tour pour empirer la situation de Chris – et je tournai la tête vers la table des professeurs, mes yeux fixés sur le blason de Poudlard accroché au-dessus d'eux. Je sentai les regards de Draco et ses amis sur moi, tout comme ceux de Sven, Hadrian et Deloris – qui attendait encore sa répartition –.

Les dernières premières années furent répartis dans une drôle d'ambiance. J'eus tout juste conscience que Jin Wan était envoyée à Serpentard, que Ginny Weasley rejoignait – sans surprise – Gryffondor. La dernière personne à être répartie fut Deloris et le Choixpeau n'eut – cette fois encore – aucune hésitation.

Quand les derniers applaudissements des Serpentards se furent éteints, Dumbledore se leva, le visage barré d'un large sourire et ses yeux bleus pétillants derrière ses lunettes en demi-lune.

- Bienvenue à toutes et à tous pour cette année nouvelle année à Poudlard, dit-il. Avant que le buffet ne commence, j'aimerais vous présenter votre nouveau professeur de Défense contre les Forces du Mal, Monsieur Gilderoy Lockhart, dont vous avez forcément entendu parler.

Des applaudissements nourris retentirent et Lockhart, habillé dans une tenue pourpre, se leva pour saluer la salle.

- C'est trop d'honneur... Je suis sûr que beaucoup d'entre vous seront nettement moins heureux de m'avoir pour professeur dans quelques semaines ! Apprendre à se défendre contre les Forces du Mal et toutes les créatures maléfiques est loin d'être une sinécure...

- Merci, professeur. Et bon appétit à tous !

Des plats débordant de nourriture apparurent sur la table, en si grande quantité que je n'en voyais autant que lors des grandes réceptions au Manoir, mais jamais le choix n'avait été aussi varié, au risque de conduire les Elfes à la crise de nerf.

Tout paraissait absolument délicieux, et après un trajet durant lequel je n'avais grignoté que des sucreries, j'aurais dû être affamée.

La répartition de Chris m'avait purement coupée l'appétit. Si j'avais pu, j'aurais aimé pouvoir quitter la Grande Salle, ce qui ne manquerait pas d'attirer l'attention.

- Aly, il y a de la tourte Shepherd, me fit remarquer Draco. Tu en veux ?

Je haussai les épaules et il prit mon assiette pour me servir une part généreuse, accompagnée de purée, de Yorshire pudding et d'haricots à la tomate.

Je me forçai à avaler deux bouchées, juste assez pour donner le change tandis que les autres étaient occupés à dévorer ce qui se trouvait dans leur assiette – surtout Gregory et Vincent –. Les discussions allaient bon train, beaucoup commentaient les résultats de la répartition – Sven et Deloris étaient penchés l'un vers l'autre et me jetaient de réguliers coups d'oeil – et Hadrian était en grande discussion avec son frère, d'autres, par contre, racontaient la plus folle des rumeurs, et elle ne manqua pas de faire réagir Draco quand elle parvint à ses oreilles.

- Comment ça, Potter et Weasley sont arrivés en voiture volante ?

Théodore Nott eut un sourire poli.

- Quel mot te pose une difficulté de compréhension, Draco ? Le mot voiture ? Ce sont ces calèches sans chevaux qu'utilisent les moldus pour se déplacer et...

- Je sais ce qu'est une voiture ! le coupa-t-il. Mais où l'ont-ils trouvée ? Le Ministère tolère tout juste que l'on utilise les balais en extérieur !

- La voiture appartiendrait à Arthur Weasley...

Draco éclata d'un rire mauvais.

- Ce crétin va se faire virer ! Ce sera bien fait pour lui ! Et les Weasley seront bientôt si pauvres que même Poudlard sera au-dessus de leurs moyens.

- A mon avis, Weasley et Potter aussi vont se faire virer. Ils se sont écrasés dans le parc.

Je tournai la tête vers Nott.

- Il y a eu un bruit de ferraille dans le parc au moment où on est arrivé avec le garde-chasse. Il a essayé de nous faire croire que c'était normal, mais ce n'était clairement pas le cas...

- Hagrid est débile, releva Pansy. Dumbledore le garde par pur esprit de charité...

- On s'en fiche d'Hagrid ! Potter et Weasley vont se faire virer !

- Et c'est une bonne ou une mauvaise nouvelle, Draco ? demanda Blaise avec un haussement de sourcil moqueur.

- C'est une excellente nouvelle, Zabini ! Les Gryffondors vont perdre leur petit héros. Et nous allons gagner la Coupe ! Je t'avais bien dit que l'on se vengerait d'eux, Alya !

- On y est pour rien, ce n'est pas vraiment une vengeance, releva Daphné.

- Détails... Bien, ça, c'est une excellente nouvelle !

Les desserts arrivèrent, comme pour saluer sa phrase, et il eut un large sourire, avant de se servir une part de tout ce qui était à sa portée. Draco avait toujours aimé le sucre, et il ne se nourrirait que de gâteaux si Nani le laissait faire.

Je refusai de me servir, et attendis que je reste du repas se termine au plus vite. Un peu plus loin, Chris me ne s'était pas tourné une seule fois vers la table des Serpentards, mais j'espérais bien avoir le temps de lui parler avant que nous soyons menés vers notre salle commune respective.

Il devait savoir que je resterais son amie, même si nous serions obligés de nous voir moins qu'avant.

- Je suis désolée pour Christopher, Alya, me souffla Millicent.

Elle m'observait, sûrement depuis un moment, et n'avait pas pu manquer que je ne le quittais pas du regard depuis le début du repas.

- Les Serpentards peuvent être amis avec les Poufsouffles, n'est-ce pas ? demandai-je.

Elle eut un sourire triste.

- Bien sûr... Il n'y a qu'avec les Gryffondors qu'une amitié est vraiment très mal vue... Mais tu sais bien que cela ne s'applique pas à nous, n'est-ce pas ?

Elle n'eut pas besoin d'en dire plus. J'étais une Lestrange et Chris était désormais un traître parmi les Vingt-Huit Consacrées.

Au bout de ce qui me sembla être une éternité, Dumbledore se leva à nouveau, et le silence s'installa sans qu'il n'ait eu le temps de parler.

- Après ce délicieux repas, je crois que je peux maintenant vous rappeler quelques règles pour ce début d'année, et les première années ne sont pas les seuls à être concernés par ce qui va suivre... Il est interdit de pénétrer dans la forêt qui entoure le parc. Mr Rusard m'a à nouveau demandé de vous rappeler qu'il est interdit de faire de la magie dans les couloirs. La liste des objets interdits cette année se trouve, comme toujours, sur la porte de son bureau au rez-de-chaussée. Les sélections des joueurs de Quidditch se feront au cours de la deuxième semaine, et les candidats doivent s'inscrire auprès de Madame Bibine. Et maintenant, place à l'hymne de l'école pour clore cette délicieuse soirée. Chacun chantera sur son air préféré ! Allons-y !

« Poudlard, Poudlard, Pou du Lard du Poudlard,

Apprends-nous ce qu'il faut savoir,

Que l'on soit jeune ou vieux ou chauve

Ou qu'on ait les jambes en guimauve,

On veut avoir la tête bien pleine

Jusqu'à en avoir la migraine

Car pour l'instant c'est du jus d'âne,

Qui mijote dans nos crânes,

Oblige-nous à tout étudier,

Répète-nous c'qu'on a oublié,

Fais de ton mieux, qu'on se surpasse

Jusqu'à c'que nos cerveaux crient grâce. »

J'imitai Millicent et Pansy qui avaient choisi l'air de la chanson Singing Sorceress de Celestina Worbeck. Le titre avait tellement inondé le WWN tout l'été que la mélodie était rentrée profondément dans bon nombre de cerveaux. Les jumeaux Weasley furent les dernier à terminer, hurlant sur l'air d'une chanson particulièrement vulgaire, donnant une toute autre version du conte de Babbity Lapina, et je dus encore attendre la fin des applaudissements pour pouvoir m'esquiver vers la table des Poufsouffles.

- Alya ! Tu dois rejoindre les préfets ! me rappela Draco.

- J'en ai pour deux minutes !

Je réussis à éviter la main qu'il avait tendu pour m'attraper le bras et j'avais presque rejoins le bout de la table quand Sven et Deloris s'interposèrent sur mon chemin.

- Où tu vas, Alya ? On est censé rejoindre les préfets...

- Je sais, j'en ai pour deux minutes, répliquai-je à Deloris, définitivement agacée.

- Rowle est déjà avec ceux de sa maison, annonça Sven avec une grimace.

Si Deloris n'avait pas l'air de faire grand cas du sort de notre ami, Sven semblait partager mon inquiétude. Je jetai un coup d'oeil vers les jaune et noir, et repéra Chris au milieu des autres première années de Poufsouffle.

Il n'avait rien fait pour que je puisse le rattraper et j'espérais que ce soit uniquement parce qu'il préférait rester seul pour digérer sa répartition.

Je soupirais. Rien de tout cela n'était bon signe.

- Allons-y, marmonnai-je.

Cassius Warington et Avelina Ogden nous lancèrent un même regard sévère.

- Suivez-nous de près. Les cachots forment un véritable labyrinthe quand on ne les connaît pas.

Ils profitèrent du chemin pour nous apprendre les principales règles que nous devions suivre – le petit déjeuner était servi jusqu'à 9h30, le couvre feu était à 21h30, la magie était interdite dans les couloirs, aucun duel n'était toléré, McGonagall n'acceptait aucun devoir en retard, tout comme Rogue et Sinistra Chourave et Flitwick étaient plus souples Binns oubliait fréquemment de les ramasser Lockart ne manquerait pas d'être un incapable de plus sur la longue liste des professeurs de Défense contre les Forces du Mal qui s'étaient succédés – et j'eus la nette impression que nous aurions le droit à une implacable leçon de morale de leur part si nous faisions perdre des points à notre maison à cause de ces différents motifs.

- Si Potter n'avait pas joué les héros l'année dernière, Serpentard aurait remporté la Coupe des Quatre Maisons pour la huitième fois consécutive. Vous devez bien comprendre qu'il faut que nous prenions notre revanche cette année, et vous avez un rôle à jouer dans cette compétition. Les professeurs ont tendance à accorder plus de points aux première années pour de bonne réponses jusqu'aux vacances de Noël. Durant cette période, chacun d'entre vous se doit donc d'être en mesure de répondre à un maximum de questions afin de ramener le plus de points possibles.

- Toutes les maisons procèdent ainsi ? demanda Malhorne.

Je n'arrivais pas à reconnaître son accent, et Warington la dévisagea, autant pour sa prononciation que pour le contenu de sa remarque.

- Nous sommes des Serpentards. C'est notre rôle d'imaginer des stratagèmes pour gagner.

- Hmmm... Donc nous devons connaître les réponses, et faire en sorte que les autres maisons ne remarquent pas que nous profitons de la clémence des professeurs pour engranger de l'avance, c'est bien cela ?

- Rappelle-moi ton nom ?

- Crystal Malhorne.

- J'aime beaucoup ta façon de penser, Malhorne. Maintenant, je dois aussi vous rappeler qu'aucun élève d'une autre maison n'est autorisé à entrer dans notre salle commune. Une telle chose ne s'est pas produite en sept siècles d'histoire, et je compte sur vous pour cela continue ainsi encore longtemps.

- Une autre chose, continua la fille, je crois que vous avez remarqué que notre maison est un peu à part... Les Serpentards souffrent d'une mauvaise réputation car les derniers Mages Noirs de notre histoire ont fait leurs études à Serpentard. Cette réputation s'est renforcée à cause de Vous-Savez-Qui et de ses Mangemorts... C'est pourquoi, plus que jamais, nous devons nous serrer les coudes et rester unis. Partout où vous vous rendrez dans le château, à partir du moment où des Serpentards plus âgés sont à proximité, vous ne risquez rien. Nous vous protégerons comme vous protégerez les futures première années quand votre tour viendra. Unis, nous sommes plus forts que les trois autres maisons réunies, et quiconque osera troubler cette union d'une quelconque façon risque de voir sa vie se transformer en enfer.

Sven et Deloris échangèrent un regard surpris, et je secouais la tête en silence. Rien ne ressemblait plus à un Serpentard que de donner une série de conseils suivie par une menace catégorique.

Nous nous arrêtâmes devant un mur quelconque au milieu des nombreux cachots du château. Je le détaillais avec attention, sachant très bien que dès demain, je devrais être en mesure de le retrouver seule.

- Le mot de passe est Viridie. Il changera dans quinze jours, alors n'oubliez pas de vérifier quand vous passez devant le tableau d'affichage.

Le pan de mur s'ouvrit juste assez pour laisser passer deux personnes de front. Les deux préfets nous précédèrent et je découvris ma salle commune.

La pièce était immense, et bien plus haute de plafond que ce que laissait imaginer les couloirs que nous avions parcourus. Les fenêtres, encadrées de colonnes finement taillées, diffusaient une lumière verdâtre étonnamment apaisante et je compris en m'approchant qu'elles donnaient sous le Lac Noir. Le mobilier était constitué de pièces qui n'auraient pas juré au Manoir Malefoy et les fauteuils avaient l'air plus confortables les uns que les autres. Je fis encore un tour sur moi-même, impressionnée par cet endroit où j'allais passer les sept prochaines années.

Ce ne fut qu'après plusieurs minutes que je remarquai le silence, tout juste troublé par le clapotis de l'eau contre les fenêtre.

Mes sept condisciples étaient aussi bouche-bée que moi, et tous les autres Serpentards nous observaient avec bienveillance tandis que nous découvrions une parcelle de Poudlard qui nous était entièrement réservée.

- Au lit maintenant. Vos affaires ont déjà été déposées dans votre dortoir. Soyez prêts demain matin à 8h, nous vous conduirons à la Grande Salle.

Deloris, Malhorne et la troisième fille – Wan si ma mémoire était exacte – prirent aussitôt la direction que venait d'indiquer la préfète.

Draco semblait m'attendre, installé sur l'un des canapés de velours verts comme si l'endroit lui appartenait.

- Tu aurais dû voir ta tête quand tu es entrée, me dit-il.

- C'est tellement facile de te moquer alors que je n'étais pas là pour voir la tienne l'année dernière, répliquai-je.

Je n'étais pas d'humeur à supporter ses plaisanteries, surtout si elles étaient à mes dépends.

Il sembla comprendre pourquoi et grimaça.

- Les autres disent que le Choixpeau te place à Serpentard si on le lui demande, souffla-t-il. Rowle...

- Pourquoi aurait-il demander autre chose que Serpentard ? le coupai-je. Il sait très bien que ça ne va lui apporter que des ennuis.

Draco haussa les épaules.

- Peut-être que le Choixpeau a réussi à le convaincre que ça en vaudrait la peine dans ce cas... Je suis désolée, Aly.

Je serrai les dents. Si nous avions été seuls au Manoir, je me serais sans doute réfugiée dans ses bras, mais de nombreux Serpentards nous observaient du coin de l'oeil. Je ne pouvais pas les laisser penser que le sort de Rowle m'affectait à ce point. Ma loyauté revenait à ma maison avant tout.

- Tu veux écrire à maman ? Elle attend sûrement le résultat de ta répartition avec inquiétude.

Il avait pensé à prendre de l'encre, un parchemin – où il avait déjà écrit un long mot – et une plume neuve qui supporterait mon écriture de gauchère.

Je parcourus rapidement ce qu'il avait gribouillé – ses pattes de mouche allaient encore faire râler Nani, et je soupçonnai qu'il en fasse exprès –, étonnée qu'il ait trouvé tant de choses à raconter... Entre le nombre de paquets de bonbons qu'il avait avalé et une description peu flatteuse de ma réaction face à la Salle Commune, il expliquait que Potter et Weasley étaient arrivés dans une voiture volante et prophétisait la fin de la famille Weasley.

Je secouai la tête, à peine surprise, et saisis la plume.

Chère Nani,

Le voyage s'est très bien passé, même si Draco a tenu à jouer au garde du corps toute la journée. Ai-je ton autorisation pour tester mes maléfices sur lui s'il devient trop insistant ?

J'ai été répartie à Serpentard, tout comme Deloris et Sven. Nous sommes sept au total, mais aucun des autres ne sont issus de grandes familles.

Christopher est à Poufouffle.

Je faillis lui demander de tout faire pour essayer d'assouplir les parents de Chris, mais je savais qu'il risquait de le prendre mal si je ne lui demandais pas son autorisation... D'autant qu'Euphemia et Thorfin risquaient de se montrer plus sévères encore si ma tante échouait à les convaincre.

Je t'écrirais demain pour te raconter ma première journée. Il est déjà très tard.

Ta filleule, Maellyn.

Je tendis ma lettre à Draco et il la plia soigneusement en prétendant ne pas lire ce que j'avais écrit.

- Helios m'attend dans mon dortoir. Bonne nuit cousine.

Il déposa un baiser sur ma joue et disparut dans les escaliers. Je me résignai donc à rejoindre Deloris, espérant qu'elle serait trop fatiguée pour vouloir discuter.

Une chose était sûre, la réalité était déjà bien loin de ce que j'avais imaginé pour ma première année au château.

...

Mardi 2 Septembre 1992, Prison d'Azkaban, Mer du Nord.

Au cœur de la forteresse, les journées semblaient parfois interminables, et Bellatrix laissa échapper un soupir quand la dernière patrouille passa devant sa cellule, sans qu'aucun des deux gardes ne lui adresse un regard.

Cela ne se passait pas tous les jours ainsi. Elle était sans nul doute possible la prisonnière la plus haïe de tout Azkaban, et chaque gardien semblait s'être donné la mission de le lui rappeler autant de fois que possible.

Elle n'avait jamais prêté attention aux remarques. Le nom des Black n'avait jamais fait l'unanimité à Poudlard et ses condisciples avaient trouvé bien pire que ces idiots de gardiens.

Les coups ne lui faisaient plus rien non plus. La douleur avait toujours fait partie du prix à payer pour être à Ses côtés, et le feu de Ses Doloris brûlait jusque l'âme. De plus, la souffrance éloignait les souvenirs, le froid et la laissait souvent inconsciente. Elle se réveillait parfois plusieurs jours plus tard, quelques fois dans la miteuse infirmerie.

S'ils faisaient tous en sorte de la passer à tabac régulièrement, sa mort ne faisait pas partie du jeu, bien au contraire. Elle était convaincue depuis son arrivée que les gardiens allaient tout faire pour la maintenir en vie le plus longtemps possible, quitte à la gaver comme un animal si elle cessait de s'alimenter.

Elle devait expier ses crimes.
Le pire était la solitude.

Elle n'avait jamais connu ce sentiment avant d'arriver ici. Fille aînée d'une fratrie de trois, elle ne gardait aucun souvenir du moment où elle avait été la seule fille de ses parents. A Poudlard, elle avait été constamment entourée, son nom et son charisme attirant ceux de sa maison à ses côtés. A la fin de ses études, elle avait épousé Rodolphus et s'était installée au Manoir Lestrange. Il ne se passait pas un jours sans qu'elle ne rencontre quelqu'un ou reçoive une lettre, sans oublier la présence de Rolf.

Les gardiens exceptés, elle était privée de tout contact avec un autre être humain depuis son arrivée. Sans les lettres de Narcissa, elle aurait sans doute perdu pied avec la réalité des années de cela, tant les cauchemars et les visions ne lâchaient jamais prise. A chaque fois qu'elle recevait des nouvelles, sa volonté lui revenait, elle retrouvait la force de marcher dans sa cellule pour ne pas perdre ses forces, et faisait travailler sa mémoire, récitant tous les sortilèges de Magie Noire qu'Il lui avait appris. Elle devait être prête à Le servir dès qu'elle pourrait sortir d'ici, et elle devrait tout apprendre à sa fille pour qu'elle puisse prendre la relève le moment venu.

Sa fille.

Le plus dur dans la solitude était que cela lui rappelait sans cesse qu'elle n'était pas auprès d'elle. Alya grandissait sous un regard qui n'était pas le sien, entourée de personne qui n'était pas elle, parce qu'elle L'avait choisi Lui plutôt qu'elle.

(1) : On ne s'emballe pas, j'ai juste traduit une chanson trouvée sur le web (j'aimerais citer l'auteur ici mais impossible de remettre la main sur le site... Mais ce n'est moi!)

(2) : Dès fois que vous ayez oublié que les Gryffondors sont parfois une belle bande de crétins, parce que c'est canon, ça aussi.

J'avoue que j'ai hâte d'avoir votre avis sur :

- Le retour de Trixie, avouez qu'elle ne vous avez pas manqué.

- Ma petite Pansy (oui, parce que je l'aime bien).

- La rencontre Londubat/Lestrange.

- La répartition de Maellyn.

- Celle de Christopher (je plaide non coupable pour tout ce qui concerne ce gosse, il est ingérable!).

Si vous voulez vous étendre sur Draco et sa Potter-Love-Story (il m'épuise) ou sur le premier aperçu de la maison Serpentard, je suis toute ouïe !

Petit clin d'oeil au passage à Lyrumbra qui est la maman de Crystal Malhorne, même si c'était il y a longtemps et qu'elle en a fait du chemin, cette petite !

La review est mon pourboire et la base du régime alimentaire de ma muse. Et j'ai absolument besoin qu'elle soit en forme si je veux réussir à m'approcher des 50 000 mots d'ici la fin du mois !

A dans deux semaines,

Orlane.

Mis en ligne le 4/11/2017