Black Sunset : Dark Matter

Chapter 14

Disclaimer : Je considère que si Rowling autorise Cursed Child, elle autorise toutes les autres fanfictions, même celles qui naissent dans mon esprit tordu personnel.

Attention : Rated T pour le langage et les scènes violentes.

RAR :

Juliette : Hey ! Merci beaucoup pour ta review ! Il s'en passe des choses dès que mes persos ont le champ libre, hein ? ^^ Merci pour Christopher (il est chou, mais il est incontrôlable aussi et je ne suis pas sûre d'avoir beaucoup de mérite pour une grosse majorité de son développement o.O). Androméda a vraiment réalisé que sa nièce est Maellyn (il faudra attendre un peu pour en savoir plus) et je peux t'assurer que ce n'est pas anodin;) Encore merci pour ton enthousiasme et bonne lecture !

Merci à AlouetteL, AndouilleEtSushi, Nymueh, Almayen, Juliette, Lyrumbra et Sundae Vanille pour leur review. Ça me fait toujours autant plaisir !

Bonjour à toutes et à tous !

Comment allez vous sous ce beau soleil et ces (trop?) nombreux matchs de foot ? xD

De mon côté, je suis en vacaaaaaaaaances ! Enfin ! Je ne sais pas si je vous inflige la trêve estivale cette année, je verrais selon que j'ai du réseau et le temps de mettre à jour dans un mois. Je ne promets rien, ni dans un sens, ni dans l'autre;)

Autre nouvelle, j'ai terminé 32 ! YAYE ME ! Il n'est pas si long (15k quand même, mais c'est plutôt court en vrai) et j'en suis satisfaite à 70%, ce qui n'est pas si mal. J'ai commencé 33 (500 mots et sûrement un futur poids lourd vu tout ce que je dois caser dedans).

Sur ce, je vous laisse avec la suite. Sans vouloir vous vendre du rêve, Narcissa se venge !

Un grand merci à Sundae Vanille pour la relecture et les retours ! Et je ne le dis peut-être pas assez, mais sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !

Spéciale dédicace à mon petit-frère aujourd'hui, parce que non seulement il a décroché son bac avec mention bien, mais surtout parce qu'il fête ses 18 ans.

Black Sunset

Partie III : Dark Matter.

Chapitre 14

Dark Matter : a term used to describe matter in the universe that cannot be seen, but can be detected by its gravitational effects on other bodies.

Secret : n. a piece of information that is generally known or is not known by someone else and should not be told to others.

Samedi 3 Juillet 1993, Manoir Malefoy, Angleterre.

Le seul bruit dans la salle à manger était celui des couverts d'argent sur la porcelaine fine et le craquement des légumes crus sous nos dents.
Les yeux rivés sur mon assiette, je n'osais même plus glisser des regards vers Chris ou Draco, puisque j'avais été sèchement reprise en début de repas par mon oncle. Il avait inventé un précepte de bonne conduite au passage – « une jeune file de bonne famille ne regarde que son assiette » –, ce que Nani n'avait pas manqué de lui faire remarquer. Depuis, il s'était retranché derrière La Gazette du Sorcier – quand bien même nous savions tous qu'il en avait terminé la lecture durant le petit-déjeuner – et Nani ne le lâchait pas du regard depuis l'autre bout de la table, réussissant à manger sa salade avec élégance sans regarder ce qu'elle faisait.

Je n'avais pas vu ma tante aussi en colère depuis des années – j'avais six ans et mon oncle m'avait rudement repris quand j'avais fait l'erreur d'appeler Nani « maman » en sa présence – et à la différence de la dernière fois, mon oncle ne faisait absolument rien pour arrondir les angles.

Des cris que nous avions entendus avec Draco et Chris – jusqu'à ce qu'un sortilège d'insonorisation soit lancé – il s'était débarrassé du carnet de Jedusor comme elle le lui avait demandé, et il ne pouvait pas savoir ce qu'il contenait.

Même Draco n'avait pas cru à ce mensonge, et il était plutôt naïf quand il s'agissait de son père.

Nani lui reprochait donc d'avoir donné un objet de magie noire à une enfant de onze ans – alors qu'ils s'étaient disputés à ce sujet quand j'avais retrouvé le carnet dans les affaires de ma mère –, objet qui avait conduit à libérer un basilic millénaire dans une école remplie d'enfants innocents, et qui avait bien failli me coûter la vie. Sans oublier qu'il n'avait même pas été assez malin pour que personne ne puisse remonter jusqu'à lui. Combien de temps avant que les Aurors ne débarquent pour fouiller le manoir à nouveau et l'arrête comme dix ans plus tôt ?

- J'emmène les enfants en vacances. Nous partons ce soir.

Draco, Christopher et moi nous figeâmes à cette annonce, avant d'échanger des regards le plus discrètement possible.

- Excellente idée.

Son ton ironique tira un sourire en coin à ma tante.

- Tu ne me demandes pas où je souhaite les emmener ?

Je fronçai les sourcils, une étrange impression dans un coin de mon cerveau. La voix de ma tante était bien trop mielleuse.

- A quoi bon ? Ce n'est pas comme si mon avis avait la moindre importance. Tu fais toujours ce que tu veux au final.

- Très bien. Parce que j'ai prévu une immersion dans la culture moldue pour ces jeunes gens. Je ne tiens pas à ce qu'ils répètent les erreurs de certains.

Cette fois, Draco en lâcha ses couverts et Lucius rabattit le journal derrière lequel il se cachait. Son masque froid était tombé sous le coup de la surprise et il dardait un regard furieux sur ma tante.

- Je ne te laisserai pas corrompre notre fils.

- C'est amusant, c'est exactement ce que je veux t'empêcher de faire. Et comme tu l'as dit, Draco va venir avec moi car je fais toujours ce que je veux au final.

- Pas cette fois !

Ma tante prit une bouchée de sa salade, un sourire carnassier sur les lèvres.

J'étais sûre qu'elle s'amusait comme une folle à cet instant précis.

- Si Draco ne vient pas avec moi, j'irai rendre une petite visite à ma nièce, au département des Aurors. Je suis sûre qu'elle sera ravie de connaître la liste de tous les artefacts que tu as conservé malgré ta promesse de t'en débarrasser l'été dernier. Avec un peu de chance, tu finiras sous les verrous et je ne bougerai pas le petit doigt pour te sortir de là cette fois-ci.

Le visage de mon oncle prit une violente couleur carmin et il quitta la table, puis la salle à manger, faisant claquer la porte derrière lui.

- C'est une blague, pas vrai ?

Draco semblait autant scandalisé que Christopher me parut ravi, sans doute parce qu'il s'agissait exactement de ce que ses parents n'auraient jamais accepté de le voir faire.

- Ai-je l'air de plaisanter, Draco ?

- Je ne veux pas venir.

- Je ne te demande pas ce que tu veux ou ne veux pas, Draco. Tant que tu ne seras pas majeur, tu feras ce que l'on te dit de faire, que cela te plaise ou non.

Il quitta la table à son tour, sans toutefois réussir sa sortie aussi bien que son père. Nani secoua la tête, visiblement lassée des éclats de Lucius et Draco.

- Dois-je m'attendre à ce que vous aussi fassiez la tête ?

- Aucun risque, Lady Malefoy, répondit aussitôt Christopher.

Mon inquiétude pour lui s'allégea soudainement quand je surpris le large sourire qui éclairait son visage.

- Visiterons-nous Paris ?

- Ce sera même notre premier arrêt. Je dois faire quelques achats afin d'adapter vos gardes robes. Il est donc inutile que vous vous chargiez. Nous passerons deux semaines en Bulgarie, Christopher. Monsieur Vasilovitch croit en l'immersion pour progresser en langue.

Christopher fit la moue. Il était chaque jour un peu plus résigné à l'idée d'étudier à Durmstrang et avait même cessé de mentionner Beauxbâtons.

- Est-ce que cela veut dire que nous n'aurons plus de leçons ?

Je n'avais pas essayé de cacher l'espoir dans ma question. Nani nous avait préparé un emploi du temps qui n'avait rien à envier à ceux de Poudlard, et cela serait la cerise sur le gâteau.

- Bien sûr que non. Monsieur Vasilovitch et Miss Ross ont déjà accepté de nous accompagner pour toute la durée du séjour. Madame Garnier sera avec nous à Paris, puis va s'arranger pour nous rejoindre une fois par semaine pour que vous puissiez revoir vos langues anciennes. Pour ce qui est du français, vous devriez suffisamment le pratiquer pour que cela ne soit pas un problème.

Nani ne détailla pas plus notre programme et s'enquit plutôt des progrès de Christopher en bulgare ou dans les leçons que lui donnaient Miss Ross. Je n'écoutais que d'une oreille discrète : j'allais visiter le Paris moldu dès demain ! Il y avait tellement d'endroits dont j'avais entendu parler – la tour Eiffel, le Louvre, Notre-Dame – et j'allais les voir de mes propres yeux, pas seulement à travers une photo trouvée au hasard dans une boutique de souvenirs sorciers.

Je connaissais assez Nani pour savoir que nous nous contenterions pas de déambuler dans les rues. Il y aurait de vraies visites, nous parlerions à des moldus, peut-être monterions-nous dans une voiture, et après avoir visité quelques musées, même Draco oublierait d'être désagréable – Ashley Lamartine lui-même soutenait que l'Art moldu était sans pareil –. Sûrement, cela suffirait-il à satisfaire mon cousin.

- N'oubliez pas de préparer vos affaires après vos leçons. Nous partons à dix-huit heures.

L'après-midi passa très vite après cela. Monsieur Vasilovitch eut l'air satisfait à la fin de la leçon et je m'appliquai plus que d'habitude avec Miss Calorney, puisque j'étais presque certaine que je ne toucherai plus un piano d'ici à notre retour.

Ma professeur de musique détestait voyager.

Une malle m'attendait au pied de mon lit, et je rassemblai consciencieusement mes affaires. Les cours que Deloris et Crystal avaient pris pour moi, de quoi terminer les devoirs donnés par mes professeurs, les trois livres de Métamorphose que Miss Ross m'avait apporté la veille, mon dernier ouvrage de broderie, quelques romans parmi ceux qui prenaient la poussière dans ma bibliothèque...

J'hésitai devant ma penderie. Nani avait semble-t-il prévu de nous acheter des vêtements moldus mais il me fallait tout de même quelques tenues en attendant. Si celles que nous avions trouvé à Paris pendant les vacances s'imposaient, je ne savais pas vraiment ce que ma tante avait en tête pour les semaines à venir.

Je n'eus pas à réfléchir longtemps puisque des coups légers furent donnés sur la porte de ma chambre et Nani entra. Contrairement aux derniers jours, elle semblait d'une excellente humeur – sûrement parce qu'elle avait enfin trouvé la vengeance parfaite – et j'avais hâte de partir. Sans oncle Lucius, j'étais certaine de ne pas revivre une scène semblable à celle de Paris, et je n'aurais pas à endurer ses remarques.

Ma tante glissa un œil dans ma malle et approuva son contenu d'un signe de tête.

- Tu es plus raisonnable que Draco, dit-elle en s'approchant de ma penderie. Il croit encore que je vais le laisser seul à l'hôtel sous prétexte qu'il fait la tête.

Elle sélectionna mes robes d'été les plus passe partout, deux plus chaudes, une cape couleur crème qui allait avec tout, et plusieurs paires de chaussures.

- Je te laisse terminer pour le reste. N'oublie pas tes affaires de plage, j'ai bien envie de passer quelques jours en bord de mer. Cela fait longtemps que nous n'avons pas profité des bienfaits du soleil italien. Tu peux garder cette tenue pour le voyage, il sera trop tard pour une quelconque visite à notre arrivée.

Je pris le temps de ranger mes affaires correctement – cela faisait bien longtemps que les Elfes avaient pour ordre de nous laisser nous débrouiller, Draco et moi – et je me décidai à répondre à la dernière lettre de Deloris avant de partir, arrivée ce matin. Mon amie avait mis un certain temps à passer au-dessus mes cachotteries concernant Christopher, et j'avais la nette impression qu'elle avait décidé de ne plus le mentionner jusqu'à nouvel ordre, sans que je ne sache dire si c'était parce que je ne l'avais pas mise dans la confidence, ou parce que Chris s'était montré cassant avec elle.

- Tu es prête, Aly ?

Je n'avais pas besoin de lever les yeux de mon parchemin pour savoir que Christopher souriait, et j'eus une prière silencieuse à l'attention de Viviane.

Puisse-t-elle permettre que ce voyage lui fasse oublier son année affreuse.

- Tu crois que je peux envoyer une lettre à mes parents pour leur dire où Lady Malefoy nous emmène ?

J'éclatai de rire malgré moi, heureuse de retrouver mon meilleur ami, savourant une complicité que je craignais avoir perdu. Chris n'était plus tout à fait le même, mais le voir aussi détendu, le regard brillant de malice, me prouva que mon meilleur ami n'était pas non plus devenu un étranger.

Il y avait de l'espoir.

- Imagine la tête des miens, répondis-je finalement.

Ce fut à son tour de rire.

- L'unique héritière de la famille Lestrange dans le monde moldu. Ça pourrait faire la une de La Gazette.

- Je crois que c'est pour cela que Nani va éviter Londres. Je dois aller donner ça à Echo avant le départ.

Je surpris son regard sur ma lettre.

- Hadrian m'a écrit l'autre jour.

- Que te voulait-il ?

- Juste prendre des nouvelles.

Je haussai un sourcil.

- Hadrian ne prend jamais de nouvelles de personne.

- Je pense que sa mère lui a demandé d'entretenir une correspondance avec moi.

Sachant que Caelina était sans doute la meilleure amie de ma tante, cela ne serait pas étonnant. Toutefois, Hadrian et Chris n'avaient jamais été très proches, et ils allaient très vite tomber à court de sujet de conversation : Hadrian aimait le Quidditch, l'histoire et s'intéressait de plus en plus à la politique... Cela ne laissait pas grand choix à Christopher.

- Il se lassera avant toi, promis-je, avant de quitter ma chambre pour le bureau de ma tante.

Même si ma lettre était adressée à Deloris, je devais tout de même lui demander l'autorisation avant de l'envoyer. Echo, sa chouette hulotte, refusait catégoriquement de rester dans la volière, avec Helios, le hibou d'oncle Lucius.

Je trouvais aussi qu'il était aussi insupportable que son propriétaire...

La porte du bureau de ma tante était entrouverte et des éclats de voix m'indiquèrent qu'elle était en pleine discussion. Je tendis l'oreille, déjà certaine de reconnaître la voix de mon oncle – leurs disputes n'étaient pas toujours synonymes de cris – et je me stoppai sur le pas de la porte, aux aguets.

Ecouter aux portes n'était ni poli, ni digne d'une jeune fille de bonne famille mais, comme disait Draco, le tout était de ne pas se faire prendre.

Et puis, c'était un talent indispensable à maîtriser si l'on souhaitait survivre à Serpentard.

- … j'aurais aimé savoir, Narcissa ! C'est tout ! Après tout ce que nous avons traversé, j'ai au moins gagné ce droit-là !

Ce n'était pas du tout la voix de mon oncle. Celle-ci était absolument féminine et définitivement énervée.

- Savoir ? Et que cela t'aurait-il apporté ? Tu n'aurais pas pu être dans sa vie comme je ne suis pas dans celle de Nymphadora !

Je dus plaquer une main sur ma bouche pour contenir ma surprise. Se pourrait-il qu'il s'agisse d'Androméda Tonks ?

Ma tante était-elle encore en contact avec elle ?

Que faisait-elle ici, au manoir ?

- N'essaie pas de jouer la carte des apparences avec moi, Narcissa ! Je me suis inquiétée !

- C'est pourtant la première fois que tu mentionnes cette histoire ! Je doute que tu aies eu des difficultés à trouver le sommeil ces dix dernières années.

Un silence suivit la réplique de ma tante. Sans les voir, j'aurai pu mettre ma baguette à brûler que les deux sœurs étaient en train de s'affronter du regard, l'air aussi hargneux l'une que l'autre.

Finalement, il y eut soupir et le discret raclement d'une chaise sur le parquet.

- Sirius est-il au courant ?

Il y avait encore beaucoup de colère dans la voix d'Androméda quand celle de ma tante sonnait lasse.

- Évidemment... Ne fait pas cette tête là, notre cousin n'a jamais eu eu pour habitude de réfléchir avant d'agir.

Le ton moqueur de Nani était trop froid pour qu'il s'agisse d'une simple boutade. Je savais trop bien qu'il était toujours assorti d'un regard au moins glacial, sinon provocateur, et rares étaient ceux qui osaient le soutenir.

Quel dommage que je ne puisse pas voir ce qu'il se passait de l'autre côté de la porte !

- Je ne pensais pas qu'il pouvait me trahir à nouveau, mais je vois que j'avais tord.

Le silence s'éternisa, de toute évidence très lourd.

Puis un nouveau soupir, différent de ceux de Nani.

- Qui d'autre est au courant ?

- Minerva McGonagall.

- Tu vas lui dire ?

- Un jour... Mais pas tout de suite... Pas tant que la menace ne sera pas complètement écartée.

- Quelle menace ?

- Le Seigneur des Ténèbres.

Le délicat pop qui suivait les apparitions des Elfes de Maison dans une pièce m'arracha un sursaut et mon cœur fit une embardée.

- Miss Alya, votre malle est-elle prête ? Tabby doit apporter tous les bagages dans le hall.

- Oui, je...

L'Elfe me dévisageait avec ses grand yeux bleus globuleux, un léger plis entre ses sourcils épars. Je déglutis.

Tabby savait parfaitement ce que j'étais en train de faire depuis quelque minutes. Je baissai les yeux.

- Tabby peut se charger de la lettre de Miss Alya, si Miss Alya le souhaite.

- Merci, Tabby.

Ma voix était tremblante et je sentais une désagréable chaleur brûler mes joues. Je n'attendis pas plus longtemps pour m'éloigner en direction de ma chambre. Il valait mieux que je me fasse oublier jusqu'au départ.

Parce qu'il était évident que je n'étais pas censée surprendre la conversation entre mes deux tantes.

Lundi 5 Juillet 1993, Paris, France.

Le reflet que me renvoyait le miroir me laissait dubitative.

Le short – le nom n'avait jamais été aussi proche de la vérité – était en jean – une matière d'un joli bleu, rugueuse et étonnamment épaisse – et ne couvrait que la moitié de mes cuisses. Le chemisier était, lui, plus élégant. Le col rond était décoré de perles, le tissu était aérien – j'avais rarement eu l'occasion d'en porter d'aussi légers – mais laissait mes épaules nues.

Nani n'allait jamais accepter que je porte quelque chose d'aussi déshabillé dans la rue. Même mes pyjamas couvraient plus de peau et seule ma famille – et mes camarades de dortoir – pouvaient me voir dedans.

Dans quel monde les moldus vivaient-ils ?

- Alya, dépêche-toi ! Les garçons ont déjà essayé trois tenues chacun !

Si mes hésitations prenaient plus de temps que la mauvaise volonté de Draco, je devais effectivement faire quelque chose.

Je jetai un dernier regard dans le miroir. Une telle tenue aurait scandalisé toute la société Sang-Pur, même une femme aussi légère que Regina Zabini, et cette pensée m'arracha un sourire en coin. Ce n'était peut-être pas si mal, après tout ?

- Tu es ravissante, ma douce. Tourne sur toi-même pour que je puisse voir !

Je m'exécutai, un peu maladroitement. Je n'avais pas l'habitude de porter des pantalons, et encore moins dans ce genre de tissu.

- La taille est bonne ?

- Je pense...

- Très bien. Je vais prendre les autres couleurs que vous m'avez montrée. Pouvez-vous prévoir des hauts pour les accompagner ?

- Bien sûr.

La femme qui nous avait guidé jusqu'à cette boutique – Chanel – prit note de la demande de ma tante sur un élégant carnet, et je la dévisageai dans le reflet des nombreux miroirs. Elle était un peu plus âgée que Nani et, ses cheveux bruns coupés courts – comme un homme – réussissaient toutefois à mettre en valeur son visage. Sa tenue était simple – une robe ajustée et des talons aiguilles – mais élégante.

Et elle était moldue.

Je ne savais pas vraiment comment Nani avait été mise en contact avec elle – peut-être par l'hôtel même si Christopher me soutenait que Miss Ross s'en était chargée – mais j'étais certaine qu'elle était moldue.

Je n'avais jamais passé autant de temps en présence d'une moldue et, contrairement à tout ce qu'oncle Lucius avait pu un jour soutenir, la femme ne semblait ni stupide, ni difforme, et ne dégageait aucune mauvaise odeur.

Elle avait un œil sûr quand il s'agissait de choisir la taille des vêtements – les moldus pratiquaient le sur-mesure, mais Nani ne souhaitait pas s'attarder et la femme nous avait conseillé du prêt-à-porter – et plutôt bon goût.

Ma tante portait une robe vaporeuse resserrée à la taille, aux motifs fleuris, qui flattait particulièrement bien son teint.

- Ah, Draco, excellent. Bien mieux que la précédente.

Je me tournai vers mon cousin et croisait son regard affable. D'ordinaire, il aimait plutôt bien faire les boutiques – il perdait rarement une occasion d'être vu à son avantage – sauf qu'il avait décidé qu'il serait imperméable à la mode moldue, trouvant toujours quelque chose à redire sur la coupe, la couleur, la matière. S'il pensait que Nani allait le laisser à l'hôtel s'il n'avait rien de correct à se mettre, il fut rapidement rassuré sur ce point. Ma tante avait laissé entendre qu'elle le laisserait se ridiculiser aux yeux des moldus s'il insistait à porter des tenues sorcières.

Comme souvent, menacer sa fierté avait été suffisant pour le rendre raisonnable.

- Je ressemble à un épouvantail.

- Un épouvantail de luxe dans ce cas, jeune homme.

La moldue ignora le regard sombre de mon cousin. De toute évidence, elle avait vu des clients plus difficiles.

Christopher sortit à son tour. Si son short ressemblait beaucoup à celui de Draco, il avait une chemise aux motifs bien plus audacieux – des arabesques dans un camaïeu de rouge – ouverte sur un t-shirt blanc. Il était bien loin des tenues sobres et datées que sa mère achetait pour lui.

- Parfait, Christopher.

Les essayages durèrent une bonne heure encore. J'essayai une dizaine de modèles de jupes avant que la styliste trouve enfin celle qui m'allait le mieux, mais aussi des robes, quelques pantalons et plusieurs paires de chaussures.

J'étais étonnée par la variété des tissus – j'étais habituée à la soie, au coton et au lin, mais les moldus ne s'arrêtaient pas à ceux-là – et surtout les couleurs. Les modèles sorciers privilégiaient des tons neutres et unis, et les décorations se retrouvaient dans les détails – des broderies, des perles, de la dentelle –. Je n'avais jamais porté de motifs aussi différents.

Quand nous quittâmes la boutique, plusieurs paquets chacun dans les bras, Nani avait déboursé une somme considérable et la vendeuse avait eu l'air surprise qu'elle paye avec les morceaux de papier que ma tante avait été récupéré le matin même.

J'étais presque certaine qu'elle n'en avait jamais vu autant. Plus que le montant, ce fut cette certitude qui me fit comprendre que ma tante n'avait pas fait preuve de retenue, sans doute parce qu'elle payait avec l'or des Malefoy.

Mon oncle allait devenir fou en s'apercevant qu'une somme importante de ses coffres avait été écoulée dans le monde moldu.

- J'ai une petite faim, Madame Colette. Sans doute connaissez-vous une adresse où nous pourrions déguster quelque chose de sucré ?

La moldue était donc bien plus qu'une styliste. Une voiture noire nous attendait devant la boutique – bien plus longue que les autres qui passaient dans la rue et étonnamment spacieuse –. Tandis que nous nous installions à l'arrière, Madame Colette prit place à l'avant aux côtés du chauffeur.

- L'Hôtel Daniel, rue Fréderic-Bastiat.

Il s'avéra plus tard que l'hôtel Daniel servait un excellent thé, accompagné par des pâtisseries françaises encore plus délicieuses que celles auxquelles nous avait habitués les chefs de Gusteau. Mon cousin oublia d'être de mauvaise humeur et ma tante me glissa un clin d'oeil.

Samedi 10 Juillet 1993, Paris, France.

Les dernières marches furent les plus difficiles à gravir. La bourrasque de vent qui m'accueillit fut la bienvenue tandis que je titubais jusqu'à la rambarde, mes cuisses à l'agonie et mes poumons en feu.

- Tu as perdu, cousine !

En temps normal, Draco aurait mérité un regard noir. Évidemment qu'il avait gravi les cent vingt-cinq marches qui menaient jusqu'au troisième étage plus vite que moi ! Il avait de plus longues jambes pour commencer et certainement une meilleur condition physique pour continuer.

Seulement, le pari qu'il m'avait lancée juste avant de disparaître dans les escaliers – un privilège que Nani avait chargé Miss Colette de négocier – n'avait plus la moindre importance face au spectacle qui récompensait nos efforts.

Tout Paris était à nos pieds, et la vue était encore plus belle que celle du deuxième étage. Le Champ de Mars ressemblait à un tapi vert démesuré, à l'usage exclusif de la tour Eiffel la Seine n'était plus qu'un modeste ruban gris, et le dédale des rues donnait l'impression que le découpage de la ville avait été réalisé par un artiste.

Mon cœur battait vite et fort dans ma poitrine, et ce n'était plus à cause de la course effrénée dans les escaliers.

Peut-être était-ce parce que j'avais toujours rêvé de partir à la découverte du Paris moldu, ou simplement parce qu'il s'agissait d'une ville magnifique, gorgée d'histoire et de bâtiments sans pareil dans le monde sorcier, mais je n'arrivais pas à me lasser du spectacle sous mes yeux.

Je fis le tour de la terrasse lentement, une main sur la rambarde, savourant la froideur du métal sous ma peau, et m'énumérant en silence les lieux que nous avions visités durant la semaine.

Le Sacré-Coeur et le quartier pittoresque du Marais l'impressionnante avenue des Champs-Elysées le musée du Louvre – que Draco avait adoré – le Panthéon le majestueux Arc de Triomphe ou encore la cathédrale de Notre-Dame.

Ce n'était pas tout bien sûr. Il y avait eu la découverte du jardin des Plantes la veille, où nous avions appris que les plantes moldues étaient aussi mystérieuses que les nôtres, ou encore la visite atypique que Miss Colette avait déniché à l'intention de Christopher, pour qu'il puisse en apprendre plus sur l'histoire de la ville.

Je n'avais jamais autant marché de ma vie – il n'y avait pas d'endroits aussi grands réservés aux sorciers – et sans l'ombre d'oncle Lucius, l'humeur de tous était plus légère. Christopher souriait constamment, Draco semblait être redevenu le petite garçon curieux avec qui j'avais grandi, et même Nani semblait plus détendue.

C'étaient sans doute les meilleures vacances que je n'avais jamais passé, et cela faisait à peine une semaine que nous étions partis. Le reste de l'été s'annonçait particulièrement inoubliable...

- Qu'est-ce que c'est ?

J'étais arrivée près de Christopher, en pleine discussion avec Miss Ross – sa préceptrice connaissait bien Paris et nous accompagnait dans nos visites à travers la capitale. Aujourd'hui ne faisait pas exception – et mon ami pointait un amas de lumières multicolores au loin.

- La Foire du Trône, je pense. C'est un rassemblement de manèges.

- Des manèges ?

Miss Ross me dévisagea et je me tendis. Elle avait beau porter des lunettes de soleil pour cacher son œil magique, savoir qu'il était là me laissait toujours une drôle d'impression.

- C'est vrai que vous êtes deux novices... Il s'agit de machines diverses et de stands divertissants. Par exemple, il y a un mini train qui parcourt un circuit, ou bien on peut tirer à la carabine et remporter un prix... Ce genre de choses.

- Cela m'a l'air stupide, grogna Draco.

- Il me semble avoir entendu cet exact même commentaire avant que nous n'entrions dans le musée d'Orsay.

Mon cousin rougit et s'empressa de s'éloigner. Miss Ross avait l'air particulièrement satisfaite d'elle-même et Chris et moi échangeâmes un rire complice.

Bien évidement, Draco essayait de porter le plus de critiques possibles concernant le monde moldu – de l'odeur des rues, aux bruits des voitures, sans oublier le manque de savoir vivre des parisiens – sauf que, de temps en temps, il n'avait pas d'autre choix que de reconnaître des qualités – l'art, l'architecture, les pâtisseries, la musique – et Miss Ross se montrait alors sans pitié.

- Tu penses que ta tante accepterait de nous y emmener ? me demanda Christopher.

A la différence de Draco, Chris ne cachait pas son admiration pour le monde moldu. Tout l'intéressait – du fonctionnement de l'électricité au nombre de pots de peinture nécessaire pour repeindre la tour Eiffel – et il saisissait la moindre occasion pour essayer quelque chose de nouveau.

Nani avait dû soigner une entorse après qu'il ait essayé les planches à roulettes au jardin du Luxembourg, et l'exhortait maintenant à la prudence.

- Vous emmener où ?

- A la Foire du Trône, répondit Miss Ross pour lui. C'est un lieu d'amusement. Cela pourrait être une excellente façon de terminer ce séjour à Paris.

Ce rappel me tira une grimace. Je n'avais pas la moindre envie de quitter Paris, même si Rome était magnifique et regorgeait de merveilles à sa façon.

Faire mieux que cette semaine me semblait impossible. Ces derniers jours étaient si irréels qu'ils ressemblaient plus à un rêve qu'à autre chose, à moins que ce soit peut-être le contraire.

Peut-être que ce que nous vivions depuis notre arrivée ressemblait plus à la réalité que les années qui les avaient précédées. Il n'y avait pas de règles de savoir vivre, il était inutile de surveiller chaque parole, même les tenues moldues étaient taillées pour la liberté puisqu'elles entravaient moins les mouvements.

Et si l'Italie me privait de cela ?

Je ravalai mon soupir et quittai mes pensées pour suivre la discussion entre ma tante et Miss Ross. Je m'étais promis de profiter au maximum de chaque seconde à Paris.

- Très bien. Je pense que je vais regretter ce choix, mais allons-y. Je ne voudrais pas que mes chers enfants manquent une telle expérience.

Draco dévisagea un très long moment sa mère, comme s'il se demandait si elle n'était pas devenue folle à force d'être en contact avec les moldus. J'étais au moins aussi surprise que lui, puisque Nani ne nous avait pas habitués à des décisions aussi spontanées. D'ordinaire, nos vacances se déroulaient suivant un planning établi à l'avance.

Bien entendu, d'ordinaire, oncle Lucius était avec nous, et son absence était peut-être tout ce qu'il fallait à ma tante pour oublier de regarder sa montre.

Nous restâmes encore une longue demi-heure à détailler les environs, profitant du soleil magnifique pour prendre la mesure des trésors que nous avions vu, et de ceux pour lesquels nous devrions revenir.

La descente se fit en un instant grâce aux nombreux ascenseurs. Miss Colette nous attendait près de la voiture noire. Elle fit répéter ma tante quand elle lui demanda de nous conduire à la Foire du Trône.

- Si vous souhaitez découvrir ce genre de divertissements, je peux vous arranger une journée à Disneyland Paris. Les infrastructures sont nettement plus sécurisées et la foule sera certainement plus à votre convenance.

- Nous ne pouvons pas reporter notre départ. Je suis sûre que tout se passera très bien.

Miss Colette comprit qu'il n'était pas utile de discuter et indiqua la destination au chauffeur. Une fois encore, Miss Ross semblait beaucoup s'amuser de la tournure des événements, et j'aurais payé cher pour connaître le fond de ses pensées.

Le trajet prit à peine une heure, durant laquelle Draco fit en sorte de nous faire comprendre qu'il avait particulièrement faim, et qu'il espérait que la nourriture serait au moins à la hauteur.

Le spectacle qui m'attendait en sortant de la voiture était plus nouveau que tout ce que nous avions découvert au cours de la semaine. Il n'y avait rien d'étonnant à ce que Christopher ait remarqué les lumières depuis le sommet de la tour Eiffel. Partout où je posais mon regard, il y avait de la lumière : messages clignotants, guirlandes lumineuses, parois entières des stands, tout n'était qu'éclats aveuglants.

Le vacarme était déstabilisant : il y avait de la musique, mais elle n'avait rien à voir avec ce qui pouvait passer à la radio magique mais aussi des bruits mécaniques qui provenaient des monstres de métal s'étalant à perte de vue je pouvais distinguer des cris – de joie et de peur mêlées –, sans oublier la rumeur des discussions.

Et les odeurs... Douce Viviane, je n'avais jamais rien senti de tel ! Je reconnaissais le parfum de Paris, mais il était englouti par des arômes puissants de sucre, de friture, de fumée et quelque chose d'autre, de plus métallique, qui devait provenir des machines.

Il y avait tellement de choses à voir que j'avais bien du mal à savoir où poser mes yeux. Deux grandes roues se détachaient nettement sur le ciel de plus en plus sombre, des monstres étranges surplombaient un bâtiment à ma droite, un train miniature passa à toute vitesse à ma gauche et un homme fabriquait des espèces de nuages rose.

Ce n'était pas le plus surprenant. Je n'avais jamais vu un bateau voler, un plateau tourner à cette vitesse ou un signe aussi immense.

- Merlin, quel est cet endroit ?

Je pris conscience que nous nous étions arrêtés sans nous concerter, fixant avec inquiétude les mouvements chaotiques d'une immense barre fixée à des piliers qui tanguaient dangereusement. Des personnes étaient installées dans des sièges et hurlaient à s'en briser les cordes vocales, et je m'attendais à ce que quelque chose se décroche à tout instant, quand les mouvements ralentirent et que la partie principale se posa au sol avec douceur.

- Des gens payent pour monter dans un truc pareil ? s'indigna Draco.

- Vous ne tarderez pas à les imiter, répondit Miss Ross, un large sourire sur le visage. Nous devrions manger d'abord.

Ma tante approuva et nous reprîmes notre chemin à travers les nombreux stands. Tous les manèges n'avaient pas pour but de provoquer des crises cardiaques, et certains avaient même l'air amusant à faire.

- La vue doit être très belle depuis tout là-haut, me glissa Chris.

De loin, la roue aux nacelles multicolores semblait assez haute mais de près, elle était simplement immense.

- Nani nous laissera essayer celui-ci.

- Pas les autres ?

Je lui désignai une roue d'une toute autre sorte. Si elle commençait à tourner à l'horizontale – et très vite – elle se redressait lentement pour trouver la station verticale.

- Pas tous, je ne pense pas.

Christopher eut une moue déçue, qui disparut quand ma tante nous appela pour choisir notre repas.

A l'odeur de fumée, je devinai qu'il s'agissait de grillades, mais il n'y avait aucune table aux alentours. Une femme passa près de nous, une barquette en plastique remplie de frites et deux saucisses. Elle n'avait même pas de couverts.

- Je ne vais pas manger avec les doigts !

- Et bien tu ne mangeras pas beaucoup. Toute la nourriture ici est du même acabit. Pas de repas gastronomique ce soir.

Draco devait être vraiment affamé car il se résigna à prendre un sandwich – en grommelant – et je l'imitai dans son choix à contre-cœur. Si Christopher était sérieux quand il affirmait vouloir essayer le plus de manèges possible, je n'étais pas certaine que me goinfrer soit une très bonne idée.

Après notre repas – que nous avions avalé en continuant notre balade – Miss Ross nous servit de guide. Pour notre toute première expérience sur un manège moldu, elle choisit le carrousel, et je me hissai sur le dos d'un cheval en bois à l'allure magnifique entre elle et ma tante. Christopher était un peu plus loin dans un avion et Draco était dans un carrosse – qui ressemblait le plus à un siège –. Il n'était pas question de vitesse ou de nous retrouver à l'envers. Nous tournions en rond, solidement accrochés, mais le moment était agréable. Nani ressemblait à ces dames nobles dont nous avions vu les portraits au musée du Louvre.

Après avoir testé la grande roue – un manège toujours aussi peu inquiétant et qui nous avait offert une vue immanquable sur Paris –, mon cousin recommença à se plaindre.

- Je ne vois vraiment pas l'intérêt de tout cela. C'est ennuyeux !

Sa mère secoua la tête.

- Les attractions plus intéressantes sont nettement plus violentes, répondit Miss Ross après avoir échangé un regard avec ma tante. Je ne suis pas sûre que vous supportiez l'expérience.

Draco releva le menton.

- Si ces moldus peuvent le faire, je ne vois pas pourquoi nous devrions avoir peur.

- Très bien. Le train fantôme alors, pour commencer.

Il s'avéra que le train fantôme n'était même pas hanté par de vrais fantômes. Les moldus profitaient de l'obscurité et de la musique inquiétante pour surgir des décors en hurlant. Le fait qu'ils étaient déguisés ajoutait à l'effet de surprise, mais j'avais juste sursauté à quelques reprises. Je venais de passer un an dans un château véritablement hanté, où sévissait un esprit frappeur et où un monstre sanguinaire s'en prenait à des enfants. Les moldus devraient se montrer un peu plus imaginatifs pour vraiment me terrifier.

Je ne compris que plus tard que Miss Ross avait fait exprès de choisir un manège juste un peu plus terrifiant pour endormir la méfiance de mon cousin. Tandis que nous nous installions dans la roue qui passait de l'horizontal à la verticale en tournant à une grande vitesse, l'expression de Draco était particulièrement ennuyée.

Il pensait certainement que rien ne l'impressionnerait, quand bien même il avait certainement assisté à ce que le manège faisait – Nani l'avait vu et avait refusé de s'y risquer, arguant qu'elle était trop vieille pour ce genre de choses –.

Je vis l'hésitation passer sur son visage quand l'un des employés passa pour vérifier que le harnais était bien fixé.

Je glissai un regard vers Christopher à ma droite. S'il était inquiet, il le cachait bien. Je savais qu'il était résolu à profiter le plus possible de ce que le monde moldu avait à lui offrir, juste parce qu'après avoir passé une année à entendre que les Sang-Purs étaient des dieux parmi les mortels, il avait une revanche à prendre sur ses parents. Je préférais le voir ainsi : curieux, détendu et heureux. Il n'avait pas été une seule fois de mauvaise humeur depuis notre arrivée à Paris, et conséquence naturelle, sa magie ne menaçait plus de lui échapper.

- Ça va, Aly ?

J'haussai les épaules – autant que le harnais qui me maintenait plaquée au siège me le permettait – puis esquissai un sourire.

- Ça ne peut pas être pire que de s'écraser dans un arbre, pas vrai ?

Il rit et je l'imitai. Je n'avais pas vraiment peur. Si le manège était si dangereux, je n'aurais pas vu autant de jeunes de mon âge en descendre. Personne n'avait vomi et c'étaient des cris d'amusement qui avaient raisonné un peu plus tôt. Je m'attendais à ressentir la même sensation qui accompagnait mes loopings dans le parc du manoir – quand j'avais encore le droit d'en faire –, rien de plus.

La roue se mit à tourner en douceur au départ, avant de prendre de plus en plus de vitesse, au point que je me sentais plaquée contre le dossier de mon fauteuil.

Puis la roue se redressa lentement, sans cesser de tourner, et j'eus l'impression d'avoir avalé des papillons. Je lâchai les poignées sur les côtés du siège et levai les mains en l'air, imitant la majorité des moldus.

Un cri s'échappa de mes lèvres. A ma gauche, Draco était encore stoïque, mais je le connaissais assez pour deviner qu'il ne voulait pas montrer qu'il s'amusait. Christopher était toujours agrippé à son siège et un large sourire éclairait son visage.

Après que le manège se soit arrêté, j'étais bien décidée à affronter chacune des attractions les plus impressionnantes, juste pour me mesurer à la résistance des moldus, et trouver celle qui me donnerait l'impression d'être sur un balai lancé à pleine vitesse.

Après tout, c'était notre dernière nuit à Paris, et il fallait qu'elle soit mémorable.

Jeudi 15 Juillet 1993, Rome, Italie.

Le soleil italien était beaucoup plus chaud que celui de Paris, et sans la fraîcheur du Tibre, la chaleur aurait sans doute été étouffante. Le bateau que Nani avait loué descendait au fil de l'eau, nous offrant un point de vue remarquable sur la ville. Des bâtiments magnifiques s'élevaient de part et d'autre, leur silhouette se découpant sur le ciel bleu.

Ici, même les pierres utilisées pour les constructions avaient la couleur du soleil et la douceur de la chaleur.

Rome n'avait pas encore réussi à voler la première place à Paris, mais notre séjour était aussi agréable, ponctué de nombreuses visites dans des musées regorgeant d'art et d'histoire, le tout baigné de soleil et bercé par la langue chantante des habitants.

A mesure que les jours s'écoulaient loin de Londres, j'avais de moins en moins envie de rentrer en Angleterre.

Je me sentais mieux ici, entourée par ma tante, mon cousin et Christopher, qu'au manoir – malgré le fait que j'y avais grandi – ou à Poudlard, sans toutefois réussir à mettre des mots sur les raisons derrière cela. Peut-être était-ce dû au soleil, ou au fait que nous transgressions la nature même de notre éducation en apprenant à connaître une fraction du monde moldu, ou simplement parce qu'oncle Lucius n'était pas là, mais j'avais l'impression de m'être débarrassée d'un poids qui étouffait mon cœur.

- Maman !

Le cri de Draco m'arracha à mes rêveries. Ma tante venait de verser une copieuse quantité de crème solaire sur le torse déjà bien rouge de mon cousin, et l'étalait avec application, ignorant ses tentatives pour la repousser.

- C'est froid !

- C'est un prix à payer si tu ne veux pas que ce soit horriblement chaud ce soir !

Draco surprit mon regard moqueur et plissa les yeux, avant de se redresser avec humeur.

- Je peux le faire tout seul !

- Évidemment. Tourne-toi un peu pour que je t'en mette dans le dos tant que nous y sommes.

Il grommela, bien sûr, même s'il savait que Nani avait raison. Il avait déjà pris des coups de soleil à Paris sans retenir la leçon, et continuait à exposer sa peau blanche aux rayons du soleil, comme si la perspective de ressembler à un homard trop cuit était réjouissante.

Ou alors, il digérait mal le fait que Christopher n'ait pas ce problème. A force de passer une bonne partie de nos journées à l'extérieur, mon ami avait gagné un joli bronzage qui tranchait nettement avec les mèches blondes dans ses cheveux châtains. En moins d'une semaine, l'Italie avait chassé les dernières marques des mois passés enfermés.

Quand Nani eut terminé de se battre avec Draco, elle s'installa à côté de moi et je la laissai me prendre dans ses bras.

- Heureusement que tu es plus raisonnable, Maellyn.

Contrairement à Draco, j'avais gardé ma robe et enfilé un chapeau et des lunettes de soleil. Deloris ne manquerait certainement pas de me faire la morale quand elle me reverrait, elle qui considérait que des vacances réussies rimaient avec un bronzage marqué – quand bien même sa peau attirait encore plus les coups de soleil que celle de Draco –. J'avais pris quelques couleurs, comme ma tante, et cela me suffisait.

- Ce n'est pas ce que tu disais à la Foire du Trône.

Elle rit et mon sourire tordu étira mes lèvres. Christopher, Draco et moi avions essayé beaucoup de manèges à sensations fortes, et j'avais été la seule à ne pas être trop malade pour monter sur le plus redoutable. Ma tante avait essayé de m'en dissuader puis m'avait reprochée de ne pas être raisonnable quand j'étais revenue, une profonde envie de vomir aux lèvres.

- Ce n'est pas tout à fait pareil. Tu as toujours eu une piètre notion du risque. C'est un miracle que tu n'aies pas perdu un membre à un moment donné.

- Je ne suis pas en cristal.

- Aucune femme Black ne l'est, ma douce. C'est dans notre sang.

C'était la première fois que je l'entendais dire cela. Je n'étais toutefois pas surprise. Nani ne s'était jamais laissé faire, que ce soit par oncle Lucius ou par quiconque. Quand elle ne répondait pas ouvertement aux attaques, elle trouvait toujours un moyen pour se venger plus tard.

Et je ne l'avais sans doute jamais vu pleurer, ni perdre le contrôle sur ses émotions.

Pour ce qui était des autres femmes Black, je n'avais connu que ma grande-tante Walburga, et elle était déjà malade à l'époque. Tout ce que je savais d'Androméda Tonks était qu'elle s'était rebellée contre sa famille et avait épousé un né-moldu.

Quant à ma mère, faible était sans doute le dernier adjectif auquel ceux qui l'avaient connue pensaient. Elle avait été une guerrière aux côtés du Seigneur des Ténèbres, une sorcière accomplie et une duelliste de talent.

- Est-ce que je ressemble à ma mère, Nani ?

Ma tante eut un soupir et caressa mes cheveux avant de répondre.

- Pas physiquement, non, mais tu le sais... Tu as toutefois le caractère de notre famille. La fierté, l'entêtement, la passion, l'indépendance. Bellatrix et toi, vous avez toutes les deux un caractère affirmé, et une grande intelligence... Mais tu es plus sensible qu'elle. Ou du reste, tu t'autorises à être sensible. Bellatrix n'a jamais eu beaucoup de compassion, pour quiconque. C'est ce qui l'a conduit à sa perte.

Ce n'était pas la première fois que je posais la question, et j'avais l'impression que ma tante me répondait aussi vaguement à chaque fois. Sûrement était-ce parce que penser à sa sœur lui était plus douloureux que ce qu'elle laissait voir. De manière générale, elle n'évoquait que très rarement les Black. Depuis la mort de Cassiopea, elle était la dernière à ne pas être en prison, ou renié.

Mon regard se posa sur mon cousin et je m'imaginai l'espace d'une seconde dans sa position. Draco m'était aussi cher qu'un frère, j'avais grandi avec lui. S'il terminait à Azkaban, j'aurais l'impression qu'on m'arracherait une part essentielle de ma vie.

Un frisson remonta ma colonne vertébrale et le bras de ma tante se resserra autour de mes épaules.

- Personne ne te demande d'être comme elle, Maellyn. Tu dois devenir toi, ou tu finiras pas étouffer.

J'hochai la tête en silence. Je n'avais pas envie de marcher dans les pas de ma mère. Contrairement à Oncle Lucius, Nani ne m'avait jamais paru être très convaincue par la doctrine Sang-Pur, preuve en été le nombre de fois où elle avait repris Draco quand il se permettait des commentaire sur les Nés-Moldus. Naturellement, j'avais plutôt tendance à calquer mon jugement sur le sien – et ma modération ne manquait jamais d'agacer Deloris – et à mesure que je découvrais le monde des moldus, je ne comprenais pas ce qu'on leur reprochait. Certes, il y avait eu les chasses aux sorcières, plusieurs siècles de cela, mais les moldus semblaient maintenant considérer que la magie était une idée folle.

J'étais certaine qu'ils se fichaient éperdument de nous. Pourquoi s'en prendre à eux ?

Sauf que je n'aurais peut-être pas le choix si le Seigneur des Ténèbres revenait un jour – Nani elle-même semblait croire à cette éventualité si j'en croyais la conversation que j'avais surprise – et que ma mère s'échappait d'Azkaban. J'étais sa fille unique, sa seule héritière, je devrais défendre l'honneur de mon nom.

Je profitai un long moment du silence. Il y avait le bruit des mouettes, celui de l'eau autour de nous, et la rumeur lointaine du monde moldu, mais Draco était retourné à sa sieste, et Christopher et Miss Ross étaient trop loin pour que leur discussion parvienne jusqu'à nous.

Définitivement, je voulais que ces vacances durent pour toujours.

- Nani ?

- Oui ?

- Merci, soufflai-je.

Je sentis son sourire contre ma joue.

- De rien, ma douce. De rien...

Vendredi 23 Juillet 1993, Azkaban, Mer du Nord.

L'aube se levait sur Azkaban, et Sirius prit une profonde inspiration, savourant le répit qui se glissait jusque dans ses os quand l'étau des Détraqueurs se relâchait. Il quitta sa paillasse avec une grimace et attendit que le monde cesse de tourner autour de lui, avant de se rapprocher de la minuscule fenêtre, observant les environs du mieux qu'il pouvait.

Quelque chose se préparait depuis quelques jours, et ce n'était pas la mort d'un prisonnier – les Détraqueurs devenaient excités dans ce cas-là, leur pouvoir plus écrasant –. D'ordinaire, il arrivait à apprendre quelque chose lors des rondes des gardiens, sauf que l'été était de retour et que ses geôliers prenaient des vacances qu'ils pensaient mérités. Comme il était le dernier de son couloir à avoir un peu de cohérence, il n'avait pas vu un autre être humain depuis au moins une semaine.

Les repas étaient donc apportés par les Détraqueurs et il leur trouvait un goût entre le lait rance et les œufs pourris, ce qui rendait le gruau infâme difficile à avaler, même pour Patmol.

Il détailla la mer déchaînée et les nuages sombres sans rien trouver d'anormale. Peut-être commençait-il enfin à s'imaginer d'autres choses que ses visions macabres – Regulus avait fait une apparition deux nuits plus tôt et le seul souvenir lui donnait envie de vomir –. Peut-être était-il en train de tourner fou, comme Bellatrix et les autres.

Il eut un soupir. Une part de lui – celle qui était devenue lâche et lasse au fil des années – était soulagée par cette perspective. La folie accentuait les cauchemars et les visions, mais il ne s'en rendrait plus vraiment compte, ou il les oublierait aussi vite. L'autre – celle qui était foutrement obstinée à soutenir qu'il était innocent et qui le voulait suffisamment cohérent pour comprendre les lettres envoyées par Narcissa – était terrifié à l'idée de terminer comme les autres, à se faire dessus et à grommeler dans un dialecte incompréhensible.

Il s'était résigné à se rasseoir pour attendre que la journée passe quand il surprit des mouvements sur la longue jetée, vestige d'un temps où des bateaux accostaient encore l'île. Des gardiens étaient en train de réparer les endroits abîmés par la mer.

C'était la première fois qu'ils se préoccupaient de l'état de la jetée, et cette constatation éveilla sa curiosité.

Peut-être n'était-il pas en train de devenir fou finalement.

Il profita des dernières minutes de calme – il pouvait sentir le froid des Détraqueurs à sa porte s'intensifier – pour détailler la dernière photo de sa fille, essayant de se convaincre que c'était à lui qu'elle souriait, et pas à l'objectif conjurant le souvenir de sa naissance pour se donner du courage. Il avait une raison de s'obstiner. La lettre de Narcissa ne tarderait plus. Il aurait des nouvelles – peut-être même sa cousine évoquerait-elle Harry à nouveau – et il se convaincrait sans mal de tenir une année de plus.

Juste une année.

Quand le froid des Détraqueurs fut trop fort et que les souvenirs revinrent le hanter, il se laissa glisser sur sa paillasse et retrouva avec soulagement la forme de Patmol, avant de dissoudre sa conscience dans celle du molosse.

La journée commença comme toutes les autres avant elle. Les Détraqueurs lui apportèrent sa gamelle – un gruau immonde – et un gardien passa dans le couloir alors que le soleil était déjà bien haut dans le ciel.

Il profitait des rares rayons de soleil qui projetaient une tâche de lumière sur le sol crasseux de sa cellule quand des bruits de pas lointains le sortirent de sa torpeur.

L'éventualité d'une deuxième ronde était mince, mais il reprit tout de même forme humaine et se posta à la porte de sa cellule pour essayer de deviner ce qui se passait. Peut-être les gardiens avaient-ils décidé que l'un des couloirs de l'aile sécurisé devait prendre une douche.

Contrairement aux fois précédentes, il se sentait capable de marcher jusqu'aux sanitaires. Les effets d'un patronus ne tardèrent pas à se faire sentir et les Détraqueurs devant sa cellule s'en allèrent, lui offrant un répit bienvenu.

- Et voilà le couloir où nous avons nos prisonniers les plus dangereux. Le dispositif de sécurité est maximal ici. Un Détraqueur est posté devant chaque cellule, et nous avons doublé la surveillance pour Lestrange et Black à la demande de l'Auror Maugrey.

La voix lui était inconnue et il plaqua son visage contre les barreaux de sa porte pour essayer d'en voir plus.

- Très bien, très bien. C'est une bonne initiative de sa part.

Une dizaine d'hommes se tenaient à l'entrée du couloir. Il reconnut deux gardiens, dont Cramer. Il devina que le petit chauve maigrichon et le cinquantenaire bedonnant étaient le directeur et le directeur adjoint d'Azkaban – les gardiens les surnommaient la Teigne et le Gros Lard –. Parmi les inconnus, celui au crâne rasé lui semblait vaguement familier et il finit par reconnaître Kingsley Shaklebolt quand Cramer se décala légèrement.

Sirius pensa qu'ils ne feraient que passer, mais la Teigne ouvrit la porte qui fermait le couloir et ce ne fut qu'au moment où ils avançaient qu'il découvrit que Cornelius Fudge était là. Malgré les années, il n'avait pas pu oublier l'homme qui l'avait escorté au Ministère après sa confrontation avec Pettigrow.

Et si sa mémoire était bonne, Narcissa avait mentionné dans une de ses lettres qu'il avait succédé à Millicent Bagnold au poste de Premier Ministre. Il avait un peu vieilli depuis la dernière fois qu'il l'avait vu et prit quelques tours de taille aussi. Il faisait tourner un chapeau melon d'un vert sombre entre ses doigts, comme s'il était mal à l'aise d'être là.

Sirius eut un sourire satisfait à cette pensée. Il s'était habitué à l'odeur depuis le temps, mais il se souvenait encore des premiers jours, entre la putréfaction qui suivait les Détraqueurs, les seaux d'aisance rarement vidés et les détenus manquant d'hygiène, il fallait avoir l'estomac bien accroché.

Bien entendu, Cramer surprit son expression et pointa aussitôt sa baguette sur lui, pensant sans doute qu'il réfléchissait à un moyen de tuer le Premier Ministre.

- Recule, Black ! Les mains où je peux les voir !

Il fit un pas en arrière lentement et leva les mains devant lui, prenant soin de ne pas faire de gestes brusques. Cramer était le gardien qui le haïssait le plus et Sirius lui devait plus de fractures qu'il n'avait de doigts.

- Détendez-vous mon brave, dit Fudge. Que voulez-vous qu'il me fasse ?

- On est jamais trop prudent avec lui. C'est le plus vicieux d'entre tous !

- Ne soyez pas ridicule, Cramer ! Rangez cette baguette.

L'ordre venait de la Teigne et Sirius comprit un peu mieux pourquoi les gardiens ne l'aimaient pas beaucoup. Il avait une façon condescendante de s'adresser à ses subalternes.

Cramer lui adressa un regard noir et Sirius se retint de lui répondre par un sourire provocateur. Il n'avait pas reçu sa visite depuis des mois et ça ne lui avait pas manqué.

Le groupe s'apprêtait à reprendre leur chemin quand il remarqua l'exemplaire de La Gazette du Sorcier sous le bras de Fudge.

- Monsieur le Ministre, avez-vous terminé la lecture de votre journal ? demanda-t-il.

Sa voix était rauque et sa langue malhabile. Il craignit une seconde que Fudge n'ait absolument rien compris à ce qu'il venait de lui dire.

- Je vous demande pardon ?

Sirius s'éclaircit la gorge.

- Votre journal. Il y a toujours des mots croisés à la fin, n'est-ce pas ?

- Oui, bien sûr, mais... Vous voulez faire les mots croisés de mon journal ?

Et ce crétin avait été élu Premier Ministre ?

- A moins que vous ne les aviez déjà faits. Les journées sont plutôt longues et je ne suis pas contre une petite distraction.

Fudge le dévisagea pendant un long moment encore avant de lui tendre le journal, l'air particulièrement perplexe. Sirius prit bien soin de faire un geste lent pour le récupérer et se fendit d'un sourire poli.

- Merci, Monsieur le Ministre.

La formule de politesse arracha une grimace étrange à Fudge, et il se détourna vivement, comme s'il venait d'être piqué par une bête – ce qui n'était pas exclu –.

- Continuons je vous prie, messieurs. J'ai un planning chargé aujourd'hui.

Sirius se força à tolérer la présence des Détraqueurs pendant un long moment, afin d'être certain que Fudge et les autres étaient partis et que Cramer n'avait pas l'intention de venir le rouer de coups, avant de reprendre la forme de Patmol et de lire le journal avec attention.

Cela faisait des années qu'il n'en avait pas eu un entre les mains, et avoir des nouvelles aussi détaillées du monde qui l'avait exilé était étrangement réconfortant.

Une photo attira aussitôt son attention sur la première page – une famille de rouquins posait devant des pyramides – et il s'intéressa à l'article.

UN EMPLOYÉ DU MINISTÈRE DE LA MAGIE REMPORTE LE GRAND PRIX

Arthur Weasley, directeur du service des détournements de l'Artisanat moldu. a remporté le grand prix de la loterie du Gallion organisée chaque année par La Gazette du sorcier.

Mr Weasley, ravi, nous a déclaré: « Cet or va nous servir à faire cet été un voyage en Egypte où se trouve Bill, notre fils aîné. Il travaille là-bas comme conjureur de sorts pour le compte

de la banque Gringotts, la banque des sorciers. »

La famille Weasley va donc passer un mois en Egypte et sera de retour pour la rentrée des classes au collège Poudlard où cinq des enfants Weasley poursuivent leurs études.

Ainsi, le petit Bill Weasley était devenu conjureur de sorts. Il eut une pensée pour Gideon et Fabian Prewett, les oncles du jeune homme qui évoquaient toujours l'aîné de leurs neveux avec affection. Ils auraient sans doute adoré l'idée.

Il s'intéressa davantage à la photographie qui accompagnait l'article, curieux de mettre des visages sur des noms qu'il avait souvent entendu à l'époque.

S'il se souvenait bien, l'un des enfants Weasley était du même âge que Harry et la cadette devait être dans la même année que Maellyn à Poudlard. C'était stupide d'essayer d'imaginer son filleul et sa fille à travers eux, mais il ne pouvait pas s'en empêcher.

Il se figea en remarquant le rat sur l'épaule d'un des garçons.

La surprise lui fit perdre le fil avec sa forme Animagus – comme s'il était un débutant à nouveau – et il retrouva forme humaine.

- Putain de bordel de merde, grogna-t-il en fermant les yeux pour éloigner les souvenirs.

Il asséna un coup dans le mur derrière lui et la douleur vive qui remonta jusque dans son coude le convainquit qu'il était bien réveillé et lucide.
Et pas en train d'halluciner malgré les apparences.

Il orienta le journal pour avoir le plus de lumière possible, certain de s'être trompé.

Ça ne pouvait...

C'était impossible.

Sauf que le rat était décidément familier – la forme des oreilles, les yeux humides, la couleur de sa fourrure – et...

- Putain. De. Bordel. De. Merde !

Il lui manquait un doigt à une de ses pattes avant.

Cette découverte le laissa un long moment stupéfait, les yeux dans le vide et la certitude que Peter avait trouvé refuge chez les Weasley tournant en boucle dans sa tête, ne laissant plus de place à autre chose, même plus au froid des Détraqueurs.

Il n'était pas surpris. Pas vraiment. Peter était obligé de continuer à se faire passer pour mort – surtout après autant d'années – et qu'il ait choisi de se faire passer pour un animal de compagnie dans une famille sorcière était plutôt intelligent – il aurait sans doute fait la même chose –. Il avait imaginé que ce sale traître aurait fui le Royaume-Uni depuis le temps, pour refaire sa vie ailleurs, puisqu'il pouvait très facilement disparaître dans le monde moldu.

Le rire glaçant de Bellatrix, quelques cellules plus loin, le tira de sa torpeur et, soudainement, il comprit.

Peter n'était pas parti car il espérait sans doute que son Maître reviendrait un jour, et quoi de mieux qu'une famille de sorciers, dont le père travaillait au Ministère, pour être tenu au courant du moindre changement et...

« ...de retour pour la rentrée des classes au collège Poudlard où cinq des enfants Weasley poursuivent leurs études. »

La panique lui vola sa respiration et accéléra son rythme cardiaque d'une façon inquiétante.

- Harry...

Il baissa les yeux vers la photographie. Le rat était sur l'épaule du plus jeune garçon, celui qui partageait les cours de son filleul – et très vraisemblablement un dortoir puisque les Weasley passaient tous par Gryffondor –. Peter était chaque jour auprès de Harry et il pouvait à tout moment décider de le tuer pour regagner la confiance de Voldemort.

Le monde se mit à tourner et il eut l'impression que le froid des Détraqueurs trouvait son chemin jusque dans son cœur, brisant les barrières derrières lesquelles il se réfugiait pour tenir les souvenirs à distance et ne pas être harcelé par les visions.

Il ferma les yeux, ses paumes pressées contre ses paupières, et tenta de reprendre le contrôle.

Echoua.

Promets que tu prendras soin de lui, Patmol, et de Lily, s'il m'arrive quelque chose. Promets-moi mon frère...

La voix de James tremblait et il n'avait pas pu dire non à son ton suppliant, treize ans de cela.

Il rouvrit les yeux et croisa le regard chocolat de son frère de cœur, du meilleur ami que la lâcheté de Peter avait condamné. A la différence des autres fois, il n'avait pas un masque de haine sur le visage.

- Harry est en danger, Patmol.

- Je...

Il ne pouvait rien faire pour son filleul. Il devrait vivre – survivre – la peur au ventre et prier – Merlin, le Dieu Protestant, Jésus ou même Viviane – pour que Voldemort ne revienne jamais – ce dont il doutait – ou que Peter n'ait pas le courage de tuer un gamin sous les yeux de Dumbledore – excepté que Peter avait été un espion sous le nez de Dumbledore pendant plus d'un an et personne n'avait rien vu –.

- Tu avais promis de le protéger.

Il déglutit.

Il avait promis beaucoup de choses pendant la guerre et n'avait pas su se montrer à la hauteur. James et Lily étaient morts. Judy était morte. Il avait abandonné sa propre fille.

La silhouette de sa sœur apparut aux côtés de James, son visage sérieux mais ses yeux verts étrangement brillants.

Il savait qu'il était en train d'halluciner à cause du pouvoir des Détraqueurs – la folie le guettait depuis le début – mais son cœur se gonfla de courage pour la première fois en douze ans.

- Tu peux le faire, Chaton. Pour Harry.

Il hocha la tête.

Harry était en danger.

Il était temps pour lui de commettre le meurtre qui l'avait envoyé ici.

Et Sirius is back in the game !

J'avoue que j'ai hâte d'avoir votre avis sur :

- La vengeance de Narcissa, servie glacée s'il-vous-plaît (j'ai été aussi surprise que Draco perso).

- Christopher et Maellyn qui sont plutôt contents de la tournure des événements.

- Draco, le digne fils de Lucius (quelle plaie!)

- Les jolies vacances en famille quand même.

- Et bien entendu, ma version de la fameuse rencontre entre Fudge et Sirius.

Si l'un.e d'entre vous arrive à deviner qui est Miss Ross, je lui envoie non pas la première scène du prochaine chapitre, mais les deux premières ! (modulo, vous avez un compte, of course). Parce que personnellement, je ne savais même pas qui elle était quand j'ai été chercher une préceptrice pour Christopher.

Et je prends bien sûr les câlins pour Sirius, parce qu'il risque d'en avoir besoin le pauvre...

En attendant la suite, je vous invite à aller faire un tour du côté du UA de cette histoire : There will be time.

La review est mon seul salaire et la base du régime alimentaire de ma muse ! Sérieux, 33 s'annonce compliqué.

Pour rappel donc :

Dans deux semaines : mise à jour de TWBT (le fameux UA) (peut-être)

Dans un mois, mise à jour de BS (peut-être).

A très vite les loulous !

Orlane.

Mis en ligne le 14/07/2018