Black Sunset : Dark Matter

Chapter 22

Disclaimer : Je considère que si Rowling autorise Cursed Child, elle autorise toutes les autres fanfictions, même celles qui naissent dans mon esprit tordu personnel.

Attention : Rated T pour le langage et les scènes violentes.

RAR :

Shadow :

Salut ! Merci beaucoup pour ta review ! Bien joué pour cette remonté spectaculaire de tout le verse Black Sunset en si peu de temps:p.

Je ne suis pas très tendre avec Maellyn, je le reconnais… La pauvre bichette.

J'adore le côté « jumeaux Weasley » un peu dormant chez Ginny et qui se révèle chaque année un peu plus xD

Maellyn va peut-être en vouloir à Sirius quand elle apprendra la vérité, mais il est aussi fort possible que sa colère envers Narcissa face une parfaite diversion.

Je pense qu'Andy a aussi mal pris la trahison de Sirius que Remus (peut-être encore plus mal) et c'est une façon de se protéger de ne pas vouloir envisager que Sirius puisse être innocent.

Je te laisse avec la suite !

Bonne lecture !

Merci à Lilatloo, Sun Dae V, .otaku, henrismh, mimi70, Shadow etTiph l'Andouille pour leur review. Tous vos messages m'ont fait super plaisir ! Keep it up !

Bonjour à toutes et à tous !

Comment ca va bien ?

De mon côté, je suis au top ! C'est les vacances, je me suis arrangée pour ne pas avoir la moindre copie, je vais pas avoir trop de boulots, j'ai prévu de bien glander et de nettoyer la planète à ma petite échelle. Si la météo est de mon côté, je devrais avoir le temps d'écrire et sinon, Les Avengers reviennent dans les salles (je sens que mon coeur va être brisé. Plusieurs fois.).

Sinon, j'ai termine 38 (je vous avoue un peu dans la douleur, je suis pas du tout emballée par mes deux dernières scènes, mais après presque 4 mois dessus, il fallait conclure l'affaire). Il fait 23k (rien que ça) et ce n'est pas un désastre complet. J'ai commencé 39 dans la foulée, je devrais moins galérer sur celui-là (j'espère, du reste). P'tête que je le finirais pendant les vacances, on sait jamais, sur un malentendu…

A part ça, je vous laisse avec 22, plutôt riches en petites avancées discrètes (pour Maellyn) et en plongée dans les secrets (pour Narcissa). Quelques retours de personnages aussi, parce que certain.e.s s'inquiétaient un peu :p

Bonne lecture !

Un grand merci à Sun Dae V pour la relecture et les retours ! Et je ne le dis peut-être pas assez, mais sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !

Black Sunset

Partie III : Dark Matter.

Chapitre 22

Dark Matter : a term used to describe matter in the universe that cannot be seen, but can be detected by its gravitational effects on other bodies.

Secret : n. a piece of information that is generally known or is not known by someone else and should not be told to others.

Mardi 4 Janvier 1994, Poudlard, Ecosse.

Le petit salon qui était annexé à sa chambre était sans doute son nouvel endroit préféré dans le château. Deux fauteuils confortables jouxtaient une large cheminée, une petite table lui permettait de poser sa tasse de thé, et la bibliothèque qui occupait tout un pan de murs offrait un choix de lecture éclectique, étrange collection laissée par les nombreux professeurs qui s'étaient succédés avant lui.

C'était là qu'il avait trouvé un ouvrage traitant des Détraqueurs. Son premier réflexe avait été de le reposer – il savait s'en défendre et il en croisait assez en allant à Pré-au-Lard pour avoir une idée précise des effets de leurs pouvoirs, sans compter ce qu'il avait vu pendant la guerre – mais il s'était souvenu de la promesse qu'il avait faite à Alya Lestrange.

Il pouvait lui mentir, bien sûr, lui expliquer qu'il n'avait rien trouvé concernant ses questions, mais sa seule raison pour agir de la sorte était qu'il haïssait ses parents pour ce qu'ils avaient fait aux Londubat – et à l'humanité avant cela –. Il s'était promis de ne jamais faire payer des enfants pour la faute de leurs parents.

Greyback s'était chargé de lui apprendre cette leçon quand il avait cinq ans, et il n'avait jamais oublié.

Et qui sait ? Peut-être allait-il redécouvrir un fait oublié et comprendre comment Black avait pu résister aussi longtemps au pouvoir des Détraqueurs, et réussi à s'échapper comme il l'avait fait ?

L'ouvrage était ancien – milieu du dix-huitième siècle s'il devinait juste – et était le fruit des recherches d'un certain Beaumont Gulliver, à la demande du Ministre de la Magie de l'époque : Eldritch Diggory.

Gulliver s'était montré étonnamment méthodique pour un sorcier, réalisant de nombreuses expériences à Azkaban pour déterminer avec précision les effets que pouvaient bien avoir les Détraqueurs sur les prisonniers.

Comme il le savait déjà, plus la personne avait eu une vie difficile, plus les Détraqueurs l'affectaient. Cela expliquait l'extrême sensibilité de Harry et confortait sa culpabilité envers lui : il aurait vraiment dû se battre avec Dumbledore à l'époque. Il ne savait pas vraiment ce qu'il devait penser de la petite Lestrange, mis à part que la société Sang-Pur n'était pas l'environnement idéal pour un enfant.

Egalement sans surprise, plus une personne était en présence d'un grand nombre de Détraqueurs, plus les séquelles étaient durables, à la fois sur la stabilité psychique des détenus, mais aussi sur leur capacité à pratiquer la magie par la suite. L'un de ses sujets avait été constamment gardé par deux Détraqueurs, jours et nuits, et il avait trouvé la mort moins de six mois plus tard après s'être arraché les yeux à l'aide de ses ongles et s'être vidé de son sang.

Il refusa de se demander comme Black avait pu tenir douze ans et toujours faire preuve de cohérence, sans parler d'être encore capable de faire de la magie !

Il s'apprêtait à entamer le chapitre concernant les effets des Détraqueurs sur les animaux, sans être tout à fait certain de pouvoir faire face à la vérité si Gulliver confirmait une théorie à laquelle il avait décidé de ne pas croire, quand des coups furent frappés à sa porte.

Madelyn McGonagall entra à son invitation, même s'il eut du mal à la reconnaître avec ses cheveux blonds et courts, sa paire de lunettes noire et une robe de sorcière ajustée... Il ne s'attendait surtout pas à la revoir de si tôt vu la façon dont s'était terminée leur dernière entrevue. Elle vint s'asseoir en face de lui, volant un morceau de chocolat sur la table basse entre eux.

- Joyeux Noël, Lupin, dit-elle avec un clin d'oeil.

- Bonne année, Ross.

- Comment se passe ta nouvelle vie de professeur ?

- Mieux que ce que j'imaginais. Que fais-tu ici ?

Elle s'affala contre le dossier de son siège.

- Je suis passée voir ma Tante. Apparemment, un dangereux fugitif en cavale ne m'excuse pas de certaines traditions... Et puis, elle voulait mon avis sur le balai de Potter. Tu espères apprendre quelque chose de nouveau ?

Elle désigna son livre d'un geste du menton et fixa son œil magique dessus.

Il ignora son commentaire concernant l'histoire de l'Eclair de Feu de Harry. Au-delà du fait que tous les indices pointaient vers Black – même si ça le dépassait qu'il puisse encore avoir accès à son coffre à Gringotts –, il n'avait pu s'empêcher de penser qu'un tel cadeau était une trahison de plus envers James et Lily.

Outre le fait qu'il utilisait la passion de Harry contre lui, il n'avait pas oublié que James avait toujours reçu ses balais de la part de son parrain.

- Lupin ?

Il se racla la gorge.

- Une élève m'a demandé si les Détraqueurs pouvaient provoquer des hallucinations.

- C'est le cas, non ?

- Après une longue exposition directe à leurs pouvoirs, oui. Pas dans les circonstances de l'attaque lors du match de Quidditch.

Le visage de Madelyn s'assombrit.

- Minerva m'a parlé de ça. Elle a raison : le ministère est inconscient de laisser ces créatures près d'une école. Ton élève est peut-être plus sensible que la moyenne, c'est tout.

- Elle serait la première de sa famille dans ce cas.

Sa réponse alluma une flamme curieuse au fond de l'oeil valide de Madelyn.

- Et quelle est cette famille ?

- Les Lestrange.

Elle redevint sérieuse aussitôt, et fronça les sourcils.

- C'est intéressant, dit-elle d'une voix presque rêveuse. Elle t'a raconté ses hallucinations ?

- Non.

Sa réponse était plus sèche que ce qu'il aurait voulu. La réaction de Madelyn ne lui ressemblait pas vraiment, elle que la seule mention des Black ou des Lestrange suffisait à mettre en colère.

Madelyn eut une moue pensive et garda le silence, son œil brun perdu dans le vide, tandis que celui magique balayait la pièce au ralenti.

- Y a-t-il quelque chose que je devrais savoir à propos d'Alya Lestrange ? demanda-t-il au bout d'une longue minute, certain qu'elle savait quelque chose qu'il ignorait.

Elle eut un sourire en coin.

- Y a-t-il quelque chose que j'ignore à propos de Sirius Black ?

Il serra les dents, et Madelyn eut l'air particulièrement satisfaite par sa réaction.

- C'est bien ce qu'il me semblait... Rends-moi service, Lupin, et garde l'héritière Lestrange à l'oeil.

Elle se leva et quitta la pièce sans qu'il n'ait le temps de répondre. Il se retrouva seul avec une myriade de questions en tête, et pas l'ombre d'une idée pour commencer à y répondre.

Jeudi 6 Janvier 1994, Manoir Malefoy, Angleterre.

- Le pouvoir des Détraqueurs ressemble beaucoup à celui d'un Légilimens, Alya... Excepté qu'ils sont des Légilimens naturels et qu'ils ont un don pour isoler les pires souvenirs et les amplifier dans un esprit. Pour te protéger, tu dois repousser l'attaque par la seule force de ta volonté. Cela demande une très grande discipline, mais tu en es capable, je le sais.

J'hochai la tête et ma tante me sourit, rassurante. Depuis qu'elle était venue me réveiller pour m'arracher à mon cauchemar au début des vacances, j'avais eu le droit à une heure d'Occlumentie tous les jours. Ma tante avait commencé par revoir les bases avec moi et renforcer mes défenses mentales. Les premiers jours, j'étais sortie de ces séances avec un mal de tête presque aveuglant, puis j'avais gagné en endurance, et j'avais réussi à la garder loin de mes pensées pendant deux leçons de suite.

Nous passions enfin au cœur du sujet.

Douce Morgane, faites que cela suffise...

J'en avais plus qu'assez de m'évanouir dès qu'un Détraqueurs m'approchait, ou de faire des cauchemars toutes les nuits. Je devais reprendre le contrôle sur mes pensées, ou j'allais finir par devenir folle et une telle chose était inacceptable.

- Le problème, c'est qu'il n'y a pas que les souvenirs, Nani... Ils diffusent un froid atroce.

Ma tante fit la moue.

- Le froid engourdit l'esprit et rend d'autant plus difficile de se défendre de l'attaque psychique... Il faut une volonté de fer, ma douce, pour lutter contre les pouvoirs des Détraqueurs. C'est une excellente chose que tu sois une Black.

Je retins une grimace à mon tour à la mention de ma filiation. Je n'avais aucun moyen de savoir à quel point les suspicions de Lady Parkinson étaient fondées concernant l'identité de mon père, puisque la seule personne à savoir la vérité était enfermée à Azkaban jusqu'à la fin de ses jours, et que je n'allais certainement pas me risquer à lui rendre visite.

Ce n'était même pas sûre qu'elle se souvienne de tout cela, de toute façon.

J'avais donc demandé à Christopher de ne plus évoquer le sujet, et je n'étais pas passée loin de jeter un maléfice à Draco quand il avait essayé de me faire dire ce que j'avais bien pu lire dans le journal de la mère de Pansy.

Je devais sans doute m'estimer heureuse qu'il n'ait pas pris le temps de le lire après mon départ.

Nani se doutait que quelque chose me tracassait, mais j'avais réussi à esquiver chacune de ses tentatives pour m'arracher une confidence.

- Est-ce grâce à l'Occlumentie que ma mère et Sirius ont réussi à tenir aussi longtemps à Azkaban ?

Elle hésita avant de me répondre, comme souvent maintenant. J'avais parfois l'impression qu'elle pesait les répercutions de chacun de ses mots quand il s'agissait d'évoquer Sirius Black.

- De nous cinq, Bellatrix et Sirius ont toujours été ceux qui avaient le plus fort caractère... Ta mère n'acceptait pas facilement qu'on lui dise ce qu'elle devait faire, et Sirius était pareil, à sa façon. J'ignore ce qui les fait tenir depuis si longtemps, Maellyn, mais je ne suis pas surprise qu'ils y parviennent. Circée en soit témoin, ils ont la tête aussi dure que celle d'un dragon !

J'eus un vague sourire, et Nani le salua d'un clin d'oeil discret.

- Bien, es-tu prête ? Je vais t'attaquer, de plus en plus fort, et tu vas devoir résister. Quelles sont les techniques que tu peux utiliser ?

- Le Mur, le Refuge et la Boucle.

- Très bien. Je trouve personnellement que le Mur est le plus efficace face à un Détraqueur, mais les livres préconisent le Refuge. Le mieux est que tu les essayes les unes après les autres pour déterminer celle qui te convient le mieux.

Malgré moi, mon cœur se mit à accélérer. Subir les attaques d'un Légilimens n'était jamais agréable, et Nani avait l'avantage supplémentaire de me connaître presque trop bien...

Je n'avais toutefois pas le choix.

Je pris une profonde inspiration, vidait entièrement mes poumons à l'expiration, puis j'imaginais un mur dans mon esprit. Ce n'était pas vraiment un mur à proprement parler, plutôt une barrière de verre, en forme de demi-dôme, qui était censée repousser l'attaque et me permettre de garder mes pensées sous contrôle.

L'avantage de cette technique était qu'elle reposait sur la volonté. L'inconvénient était qu'il était impossible de reconstruire le Mur une fois que le Légilimens avait réussi à pénétrer l'obstacle.

Nani commença par juste effleurer mon mur. C'était une sensation étrange, à mi-chemin entre une vibration quelque part dans mon cerveau et un souffle. Mon mur devint un peu plus opaque en réaction.

- Parfait. C'est parti...

Je serrai mes poings par réflexe et m'appliquai à ne pas me laisser déconcentrer par des pensées parasites mais plus la pression sur mon esprit augmentait, plus il m'était compliqué de contenir ma tante et le bruit naturel de mon esprit.

Immanquablement, le mur finit par se fissurer.

Changer de technique de défense était une histoire de timing. Ma tante n'allait pas tarder à pénétrer mon esprit, à plus ou moins pleine puissance, et je devais désormais essayer de la contenir dans un seul souvenir, de préférence un qui n'offrait que peu d'issues vers d'autres coins de ma tête.

Nani avait passé trois jours à m'aider à en sélectionner un.

Mon choix s'était porté sur l'un des meilleurs moments que j'avais partagé avec ma tante durant nos vacances dans le monde moldu. Installée à l'arrière du bateau au soleil, les bras de ma marraine autour de moi, je m'étais sentie parfaitement en sécurité et heureuse.

Nani m'avait toujours protégée, et je n'étais pas surprise qu'elle soit présente dans un souvenir destiné à m'aider à ne pas me laisser engloutir par une attaque mentale.

Maintenir quelqu'un enfermé dans un souvenir me demandait de réussir à revivre cet instant-là et pas un autre, à me laisser envahir par la douceur du soleil sur ma peau, l'odeur rassurante de ma tante, le clapotis de l'eau autour de nous, la clameur lointaine de la discussion entre Miss Ross et Chris, la silhouette de Draco penché au-dessus de son carnet à dessins...

Sans surprise, Nani réussit à s'échapper.

Je n'avais perdu le fil avec mon souvenir qu'une brève seconde, mais cela suffit à lui offrir l'ouverture dont elle avait besoin pour avancer encore plus loin dans ma tête.

Je me rabattis aussitôt sur le premier souvenir de ma boucle : la traversée du lac à mon arrivée à Poudlard. Je me laissais juste le temps de m'en imprégner avant de passer au suivant.

La sensation extrême de la Roue Infernale à la Foire du Trône, ma propre voix mêlée à celle de Christopher dans un cri interminable.

Ce dernier m'offrit un bref instant de répit en décontenançant ma tante. La pression dans mon crâne diminua en intensité, avant de revenir à pleine puissance.

Je voulus passer au troisième maillon de ma boucle – mon premier vol avec mon Eclair de Feu – quand mon esprit glissa.

Une seconde d'inattention et je passai d'une parfaite maîtrise à un chaos total. Par une malheureuse association d'idées, je me retrouvai dans la petite étude de Lady Parkinson. Ma panique d'alors décupla celle qui me prit au cœur quand je réalisai que Nani risquait de découvrir notre escapade à Draco et moi.

Ce souvenir-ci eut au moins le mérite de surprendre ma tante et j'en profitai pour lancer ma volonté contre la sienne, usant même de la viscosité pour mobiliser ma magie.

L'esprit de ma tante battit en retraite et je rouvris les yeux en même temps qu'elle.

Le silence s'étira entre nous. Tandis que je fixais un point juste au-dessus de son épaule, je sentais son regard étudier mon visage avec soin.

- Et bien, Alya ?

Je serrai les lèvres, bien décidée à ne rien livrer.

Déjà parce que Draco et moi serions irrémédiablement punis, et sévèrement, pour avoir fouillé dans les affaires de Lady Parkinson. Il était même fort probable que Nani nous oblige à présenter nos excuses à la mère de Pansy.

Ensuite parce que ma tante voudrait sans doute savoir ce que j'avais bien pu lire pour me retrouver dans un tel état de panique, et j'avais décidé de ne plus me torturer à cause de cela.

Loryn Parkinson était une médisante reconnue. Elle se fichait bien de connaître la part de vérité d'un ragot du moment que l'histoire était sensationnelle et scandaleuse.

La possibilité que Bellatrix trompe son mari avec non moins que le Seigneur des Ténèbres était digne de Noël.

- Je ne veux pas en parler, dis-je finalement, les dents serrées.

Ma tante haussa un sourcil.

- Parce que je n'étais pas censée voir ce que j'ai cru voir ?

- Ça ne serait pas juste d'utiliser la Legilimencie pour me punir. Ce n'est pas de ma faute si les Détraqueurs me font cet effet-là.

C'était d'autant plus vrai qu'il y avait toujours eu un accord tacite entre Nani et moi : tant que nous nous faisions pas prendre, Draco et moi, nous pouvions faire des bêtises.

Ma tante eut un soupir.

- Très bien. J'ose néanmoins espérer que ce que je crois deviner ne se reproduira pas.

Ma dernière lecture m'avait donné la parfaite excuse pour laisser Draco et Pansy se débrouiller à l'avenir. Il était déjà assez difficile comme ça d'être la fille unique de Bellatrix et Rodolphus Lestrange...

J'espérai que Nani me laisse partir : ma leçon d'Occlumentie n'était pas un succès parfait, mais j'avais tout de même réussi à l'expulser de mon esprit, ce qui était une première.

Le léger bourdonnement dans mes oreilles m'indiquait d'ailleurs que j'étais bonne pour terminer la journée avec une migraine.

Ma tante quitta son fauteuil et vint s'asseoir à ma droite.

- Je ne suis pas aveugle, Maellyn... Je vois bien qu'il y a quelque chose qui te travaille et que tu te refuses à évoquer. Tu peux tout me dire, ma douce.

Je n'étais pas tout à faire certaine que cela soit encore vrai. Du reste, nettement moins depuis l'évasion de Sirius Black.

Comme je gardais le silence, Nani tendit une main pour caresser ma joue, comme quand j'étais plus petite et qu'elle effaçait mes larmes d'un geste tendre.

Je l'esquivai et ignorai son air blessé.

Elle eut un soupir, plus déçu que résigné.

- Je serai toujours prête à t'écouter, Alya, quand tu te sentiras prête à me parler. File, maintenant...

Je ne me le fis pas répéter une deuxième fois. Je faillis frapper à la porte de la chambre de Chris, avant de me raviser et d'aller chercher mon Eclair de Feu.

Aucun exercice d'Occlumentie ne réussirait à me vider plus la tête qu'un vol à pleine vitesse au-dessus du parc.

Samedi 8 Janvier 1994, Manoir Malefoy, Angleterre.

La radio diffusait la dernière chanson des Bizar'Sisters, Nani était penchée sur son dernier ouvrage de broderie – un magnifique bouquet de fleurs aux couleurs pastels qui finirait encadré dans le jardin d'hiver –tandis que Chris et Draco disputaient une partie d'échecs, qui verrait sûrement mon cousin perdre d'ici peu si je me fiais à ses sourcils froncés.

Christopher avait toujours été doué à ce jeu, mais quatre mois à Durmstrang faisait de lui le meilleur joueur de notre âge. J'étais presque sûre qu'il pourrait mettre une raclée à Théodore Nott.

Après la succession de réceptions, mes nombreux devoirs, mes leçons d'Occlumentie et de Russe – Monsieur Vasilovich était venu à plusieurs reprises pour faire travailler sa grammaire et son orthographe à Chris, et en avait profité pour me faire réviser mes gammes – plus ma découverte dans l'étude de Lady Parkinson, cette soirée au calme était d'autant plus agréable que c'était la dernière à laquelle Christopher serait présent, puisqu'il repartait demain avec Miss Ross.

J'aurais pu broder – il faisait trop sombre à mon goût – ou lire un livre – ce que Draco m'aurait sûrement reproché – mais je m'étais rabattue sur les albums photos que Nani conservait dans le petit salon où nous étions.

Ma tante les tenait avec soin depuis que Draco était né. Lui comme moi avions un album chacun par an ou presque, et j'étais sûrement celle qui les regardait le plus souvent. Si la photographie n'avait pas été aussi mal vue dans la Société Sang-Pure – à cause de son origine moldue – Nani aurait sans doute reçu des louanges pour son art.

Elle avait un don certain pour capturer un moment sans que personne ne s'en aperçoive. Je ne l'avais jamais vue avec un appareil à la main et je la soupçonnais de le conjurer à chaque fois que l'envie la prenait.

Sur mes favorites, Draco et moi avions toujours moins de sept ans, mon cousin portait encore ses cheveux plus longs et bouclés, et j'étais plus souvent vêtue de vêtements de garçons qu'engoncée dans une robe de poupée.

Nani disait souvent qu'elle s'était longtemps demandée si je serais un jour capable d'être présentable pour une soirée en société.

Petite, je passais le plus clair de mon temps à jouer dehors avec mon cousin – qu'importe la météo – à parcourir le parc – sous la surveillance discrète de Dobby – et à inventer des jeux. J'avais entraîné Draco dans nombres de situations qui m'avaient valu des remontrances sévères de la part de mon oncle – toujours effrayé que son fils unique et chéri ne se blesse – et c'était sûrement à cause de lui que j'avais cessé de me comporter comme un garçon manqué.

Parfois, cette époque me manquait... Même si je savais que j'avais eu de la chance que Nani me laisse choisir mes jeux avant que ne sonnent mes sept ans – âge de raison – si j'en croyais les histoires de Pansy, Millicent ou même Astoria.

Sur la dernière page du cinquième album, il y avait une photo de Draco et moi, endormis dans le même lit, nos membres si bien emmêlés que c'était à se demander si nous n'étions pas des siamois. Nani avait laissé un commentaire, comme souvent.

Alya sait qu'elle doit dormir dans son lit.

Je la retrouve dans celui de Draco quand même chaque matin.

Elle avait sans doute plus pesté contre moi pour me faire passer cette mauvaise habitude que pour mes ongles rongés.

- Echec et mat, Draco.

Je crus que le grognement de mon cousin annonçait la fin de ma tranquillité mais, au lieu de ça, Draco demanda une revanche – sa troisième ce soir –. S'il espérait battre Christopher avant qu'il ne parte pour Durmstrang, il se voilait sûrement la face.

J'allais prendre l'album de ma sixième année – celle dont je me souvenais le mieux – quand mon regard fût attiré par de larges albums bien plus anciens que les miens. Le cuir patiné – usé même à certains endroits – était le témoin d'une histoire sans doute plus vieille que moi. L'armoire en contenait des dizaines semblables à ceux-là, remplis par les Lady Malefoy qui avaient précédé Nani. J'en tirai un au hasard et je découvris le blason des Rosier – une rose aux épines exagérées croisée d'une baguette –. Je me permis de le prendre, sachant que personne ne pourrait me reprocher de fouiller dans une histoire qui n'était pas la mienne – celle des Malefoy –. Après tout, j'étais autant une Rosier que Draco et, d'après Nani, je ressemblais beaucoup à ma grand-mère maternelle.

Avec un peu de chance, il y aurait bien quelques photos d'elle à mon âge !

Les photographies étaient en noir et blanc, développées sur un papier particulièrement épais, et il y avait très peu de mouvements comparé à celles auxquelles j'étais habituée.

- Que regardes-tu, ma douce ?

Un sourire éclaira ses traits quand elle posa ses yeux sur les anciens clichés, sûrement parce qu'elle revoyait des visages familiers.

- Isolde et Theobald, tes arrières-grands-parents.

Elle me désigna le couple que j'avais déjà reconnu, puisque leur portait était en bonne place dans le Registre des Sang-Purs.

Nani avait une mémoire des visages extraordinaire et elle retrouva le nom de quasiment toutes les personnes présentes sur la double page, glissant parfois une anecdote – oncle Hamilton aimait le chocolat et tante Athalia avait une peur panique des pigeons –. Je continuai à détailler les photographies à la recherche du visage de ma grand-mère, décédée plusieurs années avant ma naissance. Il y avait très peu de portraits d'elle au manoir : Nani avait une photo d'elle petite fille, avec ses parents et ses sœurs, mais c'était la seule à ma connaissance.

- Je n'ai pas vu de photos de Druella petite...

Nani tourna les pages avec précaution, soucieuse de rien abîmer et de ne pas effrayer les sujets.

- La voilà... Je dirais qu'elle est à peine plus âgée que toi sur celle-ci.

Comme ma propre mère, Druella avait des paupières lourdes, des lèvres charnues et la mâchoire anguleuse. Ses longs cheveux blonds formaient une cascade de boucles autour de son visage. Elle me sembla avoir déjà l'allure d'une Lady et nul doute que Nani avait hérité de son élégance et de son nez. J'eus beau la détailler, je ne réussis pas à retrouver mes traits dans son visage.

J'étais pourtant censée être son portait craché.

- Je ne lui ressemble pas tant que ça, soufflai-je finalement.

Je vis ma tante sursauter du coin de l'oeil. Une désagréable chaleur au niveau de ma nuque provoqua un frisson le long de ma colonne vertébrale.

Nani agissait vraiment bizarrement ces derniers temps.

- C'est vrai que c'était plus marquant quand tu étais plus petite... Tu as définitivement son menton et son front !

Je n'avais pas le don de Nani pour les visages, mais j'étais certaine que mon front était bien plus large et que je n'avais pas de creux dans mon menton comme Druella.

Nani ressemblait à Druella – le regard et la bouche exceptés, elles auraient pu passer pour des sœurs – et ma mère avait hérité de quelques traits Rosier également – les paupières surtout – mais j'avais tout juste un air de famille.

- Echec et mat, Draco !

Le cri de rage de mon cousin me fit relever la tête en même temps que ma tante. Après avoir été battu en un temps record par Christopher, mon cousin accepta enfin sa défaite.

- Qui veut faire une partie de bataille explosive ?

J'acceptai avec un soupir résigné – je savais que ce moment allait finir par arriver depuis le début de la soirée, juste parce que Draco gagnait presque toujours à ce jeu-ci – et Nani referma l'album.

Je ne pus m'empêcher de trouver son sourire crispé.

Je m'obligeai à me concentrer sur la partie, soucieuse de battre mon cousin et de profiter de cette dernière soirée avec Christopher.

Je finirai sans doute par avoir le fin mot de cette histoire...

Lundi 10 Janvier 1994, Poudlard, Ecosse.

Le bureau du professeur McGonagall croulait sous les parchemins. C'était la première fois que je voyais autant de bazar disséminé un peu partout dans la pièce (il y avait au moins deux piles de devoirs dans la bibliothèque, déposées au-dessus des livres de façon précaire). McGonagall barra rageusement tout un paragraphe, secouant la tête d'un air dépité.

- Installez-vous, Miss Lestrange. Je termine ça, et nous pourrons commencer.

L'élève termina avec un A qui semblait à peine mérité vu la quantité d'encre rouge sur son devoir, puis McGonagall sortit une petite cage contenant une souris blanche.

-Vous m'avez assez prouvée avant les vacances que vous n'aviez plus de difficultés à manipuler les insectes. Je pense qu'il est raisonnable de passer aux mammifères. Selon vous, en quoi vais-je vous demander de la transformer ?

- En chauve-souris.

Elle eut un sourire appréciateur, même si je n'avais pas beaucoup de mérite cette fois. C'était sans doute l'exemple le plus courant du sortilège de Transfert.

Ce qui ne voulait pas vraiment dire que cela serait facile. Il était terriblement plus compliqué de s'attaquer aux mammifères, parce qu'il s'agissait d'êtres vivants plus complexes, dotés d'une conscience plus avancée. Il ne suffisait pas de changer l'aspect physique de la souris et c'était la partie la plus délicate.

- Quelle va être la formule ?

- Translatio Verspertilio.

- A vous de jouer.

Je passai une longue heure à me battre avec ma souris, n'obtenant que de légers changements à chacune de mes approches, sans toutefois perdre mon calme. J'avais mis plus de trois semaines à vaincre un cherche midi, il me faudrait sûrement autant de temps pour réussir mon premier transfert sur un mammifère.

McGonagall ne sembla pas inquiète ou déçue quand elle m'annonça la fin de notre séance.

Le froid glacial dans les couloirs – j'étais sûre qu'il n'avait pas fait aussi froid l'hiver dernier ! – avait convaincu tous les élèves de rester au chaud quelque part, et je ne croisai personne entre le bureau de McGonagall et la salle commune des Serpentards.

Comme souvent pour un jour de rentrée, l'ambiance était loin d'être studieuse. Les discussions allaient bon train un peu partout, rares étaient les têtes penchées sur des devoirs – j'en avais récolté non moins de trois aujourd'hui, à peine celui des vacances rendu – et même Antoinette Puffet ne semblait pas vouloir se soucier d'imposer le silence.

Deloris me repéra avant que je n'ai eu le temps de me faufiler vers notre dortoir – où je comptais prendre une douche et enfiler un pyjama bien chaud – et me fit de grands signes pour que je les rejoigne, Hadrian, Sven et elle.

- Alya, tu ne devineras jamais ce que Sven a découvert !

Je me laissai tomber à côté d'elle, sans aucune grâce, et souris poliment en attendant la suite. Après ce que j'avais appris en fouillant dans les journaux de Lady Parkinson, j'avais encore plus horreur des potins et des rumeurs qu'avant.

- Tu ne devineras jamais ce qu'a reçu Potter pour Noël !

Mon cerveau eut à peine le temps de formuler la réponse dans ma tête.

- Un Eclair de Feu !

Ma bouche s'entrouvrit de stupeur – et malgré le fait que j'avais deviné juste – parce que c'était tout de même une sacrée coïncidence, surtout si on prenait en compte le fait que la famille moldue de Potter n'était certainement pas derrière ce cadeau.

Deloris sembla très satisfaite par ma réaction – si je me fiais à l'étincelle dans son regard vert d'eau – et je compris qu'elle n'en avait pas terminé avec ses annonces fracassantes quand son sourire de conspiratrice étira ses lèvres.

- Sven a surpris une conversation entre Dubois, le capitaine de l'équipe de Gryffondor, et McGonagall cette après-midi. Il paraît que personne ne sait qui a bien pu lui offrir et que McGonagall pense que c'est Black. Elle lui a confisqué le balai pour vérifier qu'aucun sortilège de magie noire pourrait blesser Potter... Étrangement familier, non ?

Je serrai les lèvres. Je ne pouvais pas vraiment la contredire, même si j'en avais plus qu'envie. Si Black était bel et bien derrière le cadeau de Potter, il y avait de très bonnes chances qu'il soit derrière le mien aussi.

Cela signifiait-il qu'il en avait aussi après moi ? Il m'avait pourtant épargnée quand il m'avait croisée à Halloween... Sûrement n'aurait-il pas laissé passer une telle chance s'il voulait se débarrasser de moi ?

Avais-je manqué de mourir à chaque fois que j'avais été volée sur mon nouveau balai ? Je n'avais constaté que l'incroyable puissance de l'engin, sa parfaite maniabilité et l'impression d'être absolument libre... S'il y avait eu de la magie noire, j'aurais sûrement remarqué quelque chose de bizarre, non ?

L'autre possibilité était que Black avait juste voulu nous faire des cadeaux, à Potter et moi... S'il était le parrain de Potter, j'imaginais assez bien pourquoi – même si ça ne collait pas du tout avec le fait qu'il avait vendu la famille de son filleul au Seigneur des Ténèbres – mais moi ? Je n'étais que sa petite cousine, et j'étais la fille de Bellatrix Lestrange par-dessus le marché. J'avais toujours entendu dire que ma mère haïssait Sirius plus que tout ! Et puis, s'il s'agissait vraiment d'un cadeau, pourquoi ne pas en avoir offert un à Draco ?

Les questions sans réponses commencèrent à tourbillonner sous mon crâne et je dus fermer les yeux pour ne pas me laisser engloutir.

Quand je les rouvris, Deloris me fixait avec curiosité, comme si elle essayait de lire mes pensées.

- Alors ?

Sven et Hadrian étaient étonnamment silencieux, eux qui se fichaient bien des ragots en règle générale. C'était sûrement la présence d'un Eclair de Feu dans celui-ci qui captivait leur attention.

- Tu as l'air d'être bien mieux informée que moi, Deloris. Je te le répète, j'ignore qui m'a offert ce balai, et même ma tante n'en sait pas plus.

A peine avais-je terminé ma phrase que j'eus la désagréable impression d'avoir dit une bêtise.

Non pas que Deloris avait besoin d'en savoir plus sur toute cette histoire. Elle avait passé tout le trajet du Poudlard Expess à m'en parler, au point que Crystal lui avait demandé assez sèchement si elle n'avait pas un autre sujet de conversation, ce qui avait au moins eu le mérite de vexer Deloris et de garantir une certaine tranquillité dans notre compartiment pendant presque une heure.

Si Sirius Black m'avait bel et bien envoyée l'Eclair de Feu, cela expliquait en partie pourquoi ma tante n'avait pas remué ciel et terre pour retrouver l'expéditeur et déchaîné son courroux sur le malheureux. Outre le fait que ma tante avait une autre façon de faire connaître sa colère à sa famille, il était relativement difficile de rencontrer Black et de lui expliquer à quel point son cadeau n'était pas le bienvenu...

Cela sous-entendait bien sûr que ma tante ait deviné que Black était derrière cet envoi pour commencer, et je voyais difficilement comment.

Deloris eut finalement un soupir excédé face à mon silence.

- Peut-être a-t-il voulu se faire pardonner pour Halloween ?

- Oui, et il a aussi voulu se faire pardonner d'avoir vendu la famille de Potter au Seigneur des Ténèbres ?

Les têtes d'Hadrian et Sven à ma réplique me poussèrent à croire qu'ils étaient d'accord avec moi : Black avait peut-être des remords – ce dont je doutais – mais il ne semblait pas être le genre de personne à faire des cadeaux pour racheter ses erreurs.

Deloris, elle, croisa les bras sur sa poitrine et me fusilla du regard.

- Quoi ?

Elle fit claquer sa langue avec impatience, comme si je faisais exprès de la prendre pour une imbécile.

- Je ne savais pas que tu étais au courant de ça !

Je me retins de soupirer ou de lever les yeux au ciel – ou les deux à la fois même – au prix d'un immense effort.

- Tout le monde est au courant, Deloris !

- C'est faux. Heureusement qu'Hadrian m'en a parlé, sinon j'aurais bien eu l'air d'une idiote ! Tu aurais pu me le dire, surtout que Black est ton cousin !

Je faillis éclater de rire, ce qui n'aurait pas été le meilleur choix stratégique.

- Tu veux me faire croire que tes frères ne t'ont rien dit et que tes parents n'ont jamais évoqué cette histoire ?

Le regard de Deloris passa de sombre à assassin.

- Mon père considère que Sirius Black n'est même pas digne d'être évoqué et mes frères pensent que je suis trop jeune pour entendre ce genre d'histoires !

Corban et Caellan avaient parfois des lubies étranges concernant leur petite sœur, mais Deloris avait un don pour passer au travers. Ils devaient s'être montrés intraitables si elle n'avait pas réussi à les amadouer.

Je n'avais pas grand-chose à répondre à son ton accusateur. Je n'aimais pas parler ni de mes parents, ni de Sirius Black, et Deloris évoquait suffisamment l'un ou l'autre de ces sujets pour que je n'ai pas envie de raviver le feu sous son chaudron.

Finalement, Deloris se leva et s'éloigna en direction de notre dortoir d'un pas furibond, ce qui me confirma qu'elle était particulièrement vexée.

Hadrian et Sven eurent le bon goût de ne pas commenter.

- En tout cas, c'est vraiment bizarre que Potter et toi ayez reçu le même cadeau, non ? se risqua Sven, une grimace sur les lèvres.

J'haussai les épaules.

Il n'avait pas tort bien sûr... Mais ce n'était même pas la chose la plus étrange me concernant ces derniers temps et la journée avait été assez longue comme ça pour que je me donne un mal de tête à réfléchir aux idées farfelues de Sirius Black.

Il était sûrement fou, et ça expliquait sans doute beaucoup de choses le concernant.

J'abandonnai les garçons très vite, pressée de retrouver mon lit. Sans surprise, les rideaux autour du lit de Deloris étaient fermés et Crystal abandonna sa lecture pour me lancer un regard interrogateur.

Cette fois, je levai les yeux au ciel et elle eut un sourire amusé.

Samedi 15 Janvier 1994, Poudlard, Ecosse.

- Tu devrais vexer Yaxley plus souvent, petite. Son absence est un vrai soulagement.

Pansy ne méritait absolument que je lui réponde. Je glissai un regard en direction de Deloris, Sven et Hadrian, tous les trois installés à bonne distance au premier rang, les yeux rivés sur le terrain de Quidditch.

Sans aucune surprise, Deloris avait décidé de punir mon manque de considération par un silence hautain. J'avais donc passé la semaine en la seule compagnie de Crystal, et parfois celle de Jin Wan. Résultat, je n'avais pas la moindre idée de ce qui avait bien pu se passer dans le château – mise à part la campagne de déstabilisation des Serpentards envers les Serdaigles en vue du match d'aujourd'hui –, j'avais eu le temps de terminer tous mes devoirs au cours de la semaine et ma maison n'avait perdu aucun point à cause du bavardage intempestif de Deloris en classe.

Je me sentais coupable de le penser, mais Pansy n'était pas loin d'avoir raison.

Il faudrait toutefois que je m'excuse à un moment ou à un autre. Deloris et moi étions amies depuis notre plus tendre enfance et Serpentard ne pouvait pas se permettre d'avoir des guerres intestines. Si Serpentard gagnait, je profiterais sans doute de la fête de la victoire pour me réconcilier avec elle.

Une rafale de vent glacial me ramena à la réalité. Je maudis les hivers écossais tout en resserrant les pans de ma cape autour de moi. Forte de mon expérience de l'année dernière – Serpentard avait eu un match à la même période et j'avais bien cru que j'allais mourir gelée –, j'avais enfilé ma robe la plus chaude, un pull épais, mes collants en laine, deux écharpes et Crystal m'avait lancée un sortilège chauffant. Comme beaucoup depuis la rentrée, j'avais également un petit feu magique enfermé dans un pot en verre.

C'était tout juste suffisant.

- Draco a intérêt de se surpasser, grognai-je.

Au sol, les joueurs venaient de faire leur entrée. Lee Jordan déclamait les noms qui composaient l'équipe de Serdaigle.

- Tu aurais assuré sa rapidité en lui prêtant ton Eclair de Feu.

- Pour qu'il se tue ? Je ne crois pas.

Pansy eut un rire moqueur.

Lee Jordan beugla le nom de mon cousin dans son micro, les capitaines se serrèrent la main – Flint tenta d'écraser la main de Roger Davies, puis Madame Bibine lança le match d'un puissant coup de sifflet.

Comme d'habitude, Flint avait tout misé sur la puissance des Nimbus 2001. Il y avait très peu de passes entre les Poursuiveurs, et à chaque fois qu'un joueur avait le Souaffle, il tentait de traverser le terrain le plus vite possible, slalomant entre les Cognards et les Poursuiveurs adverses.

Ça avait plutôt bien marché l'année dernière. Un peu moins cette fois.

Les Batteurs de Serdaigle s'étaient de toute évidence entraînés à toucher des cibles lancées à grande vitesse.

Le match fut donc bien plus serré que ce que Jin avait pronostiqué. Les Poursuiveurs de Serdaigle enchaînaient les passes précises et réussissaient à marquer plus de deux essais sur trois – notre Gardien, Miles Bletchley, ne couvrait pas assez l'anneau gauche –, tandis que le trio Flint, Warrington et Montague privilégiait le nombre d'essais sur la qualité.

- Si Serpentard perd, on risque d'avoir du mal à remonter le classement... Serdaigle a écrasé Poufsouffle la dernière fois.

Je déposai mon pot et me levai pour lutter contre le froid. Il était hors de question que nous perdions ! Outre le fait que Draco allait être insupportable, les Gryffondors nous avaient déjà volés la Coupe des Quatre Maisons deux années de suite, malgré tous les efforts de ma maison pour remporter la compétition à la loyale !

Nous devions rester dans la course et gagner !

Je ne fus pas la seule à redoubler d'efforts dans mes encouragements, hurlant à en avoir la gorge en feu pour motiver les Poursuiveurs, priant en silence pour que Draco repère ce fichu Vif d'Or avant Cho Chang.

Le regain de ferveur dans nos encouragements et nos applaudissements couvrit presque les sifflets du reste de l'école. Nos joueurs reprirent de la vitesse et se firent plus agressifs, un Cognard cueillit Davies en plein ventre, désorganisant le jeu des Poursuiveurs, permettant à Warrington puis à Flint de marquer dix point chacun et de réduire l'écart à cent-cinquante points. Draco choisit ce moment là pour plonger à toute vitesse en direction du sol. Je crus une folle seconde qu'il allait s'écraser sur le terrain gelé, mais il redressa son balai à temps – ses entraînements de l'été avaient finalement payé – et il remonta dans les airs, le poing brandi au-dessus de lui.

Cho Chang avait l'air particulièrement dépitée à l'autre bout du terrain. Sans doute avait-elle cru que Draco bluffait...

Les tribunes des Serpentards explosèrent dans un concert de cris de joie et je me faufilai à la suite de Pansy pour rejoindre Draco au plus vite.

Toute l'équipe était en train de lui asséner des claques dans le dos qui semblaient assez fortes pour le projeter au sol, et il avait un sourire si large qu'il en paraissait presque défiguré.

Il nous serra dans ses bras l'une après l'autre, et je fis de mon mieux pour ignorer qu'il était poisseux de transpiration malgré le froid.

- Bien joué, cousin ! soufflai-je à son oreille.

- Merci, cousine.

Je ne pus m'empêcher de penser que j'avais bien fait de refuser de lui prêter mon Eclair de Feu. Effectuer un piquet comme il avait fait avec un tel balai demandait de l'entraînement. Il se serait sûrement écrasé...

Nani m'aurait tuée.

Vendredi 21 Janvier 1994, Poudlard, Ecosse.

Je n'étais définitivement plus la bienvenue à la volière. A mon arrivée, tous les hiboux de l'école s'étaient envolés pour aller se percher dans les hauteurs de la charpente – bien trop haut pour moi – et ils me surveillaient du coin de l'oeil depuis.

Les croquettes de Miamhiboux que j'avais rapporté du manoir en prévision n'avaient pas réussi à les amadouer, et ma meilleure option était sûrement d'envoyer ma lettre à ma tante, pour qu'elle la transmette à son tour à Christopher.

Comme j'avais laissé mon sac dans la salle commune, puisque nous avions terminé la journée par deux heures de potion, je n'avais rien pour écrire à ma tante, et je devrais donc revenir une autre fois.

J'eus un soupir excédé.

Par Viviane toute puissante, ce n'était quand même pas de ma faute si Christopher avait été exilé à Durmstrang !

- Bottée en touche par des oiseaux, Lestrange ? Comme c'est pathétique.

Je fermai les yeux une brève seconde, profitant que je lui tournais le dos pour rassembler ma patience, et dresser mes barrières mentales au passage.

Je n'étais pas certaine que Nott utilisait vraiment de la Légilimencie mais j'avais du mal à expliquer son étonnante perspicacité autrement.

- Moi qui pensais que tu prendrais de bonnes résolutions pour la nouvelle année, me voilà fixée sur ce point.

- Je n'ai jamais compris cette tradition du début d'année. Comment une dose de bonne volonté et quelques efforts superficiels sont-ils censés effacer les erreurs et les mauvais comportement d'une personne l'année passée ? C'est complètement idiot.

- C'est certain qu'il te faudrait plus que quelques efforts superficiels pour devenir agréable, Nott.

- La vie n'est pas tendre, Lestrange. Il n'y a aucune raison pour que je le sois.

Comme je n'avais aucune chance d'avoir le dernier mot avec lui – ou qu'il ne le reconnaîtrait pas dans tous les cas – et qu'aucun hibou n'allait accepter de prendre ma lettre, je fis un premier pas vers la sortie.

Nott recula en parfaite synchronisation pour me bloquer le passage.

J'eus beau fouiller chaque trait de son visage, je ne pus deviner ce qu'il avait derrière la tête.

- Je peux te prêter mon hibou, si tu veux.

J'aurais pu lui éclater de rire au visage – vraiment ? – sauf qu'une telle proposition venant de sa part était plus inquiétante qu'autre chose.

Ma main glissa vers ma baguette.

- Que veux-tu ? sifflai-je.

Il eut le culot de paraître comme blessé par ma réponse.

- C'est exactement pour cela que je ne prends pas la peine d'être agréable. Tout le monde croit que c'est une manœuvre de manipulation de ma part.

Je faillis lui expliquer par le menu pourquoi tout le monde pouvait bien penser une chose pareille, mais je savais reconnaître une tentative de diversion quand j'en voyais une.

Je croisai les bras sur ma poitrine et attendis.

Au bout d'une longue minute passée à m'affronter du regard, il fit claquer sa langue contre son palais.

- Il paraît que tu as reçu un Eclair de Feu de la part d'un mystérieux expéditeur à Noël ?

Pourquoi, exactement, cela intéressait-il autant de personnes ?

- Vraiment, Nott ? Tu te lances dans les commérages à ton tour ?

Une moue dangereuse étira ses lèvres et il plissa les yeux en une menace silencieuse.

Une autre fois, j'aurais peut-être été inquiète, mais j'avais une information qu'il désirait et j'étais donc en position de force. Il n'allait pas m'attaquer.

Pas immédiatement, du reste.

- Je suis surprise que tu n'aies pas interrogé mon cousin.

- Je préfère les récits de première main.

- Il était là quand je l'ai déballé.

- Oui, et le connaissant, toute son attention a dû se focaliser sur le balai en question et non sur le reste. Alors ?

Je pris le temps de réfléchir avant de lui donner ma réponse définitive. Je n'aimais pas marchander avec Nott – quand bien même j'avais sans doute sauvé la vie de Christopher en acceptant de l'aider l'année dernière – sauf que je ne voyais pas bien ce que j'avais à risquer en lui racontant une histoire qui avait au moins fait dix fois le tour de l'école depuis la rentrée.

Il était même possible que Nott ait d'autres idées concernant l'expéditeur. J'avais vraiment du mal à croire que Black soit en mesure d'offrir deux balais aussi chers.

Je fis un pas en avant et lui tendis ma lettre.

Une lumière étrange s'alluma au fond de ses yeux trop clairs.

- Et je veux être tenue au courant de tes découvertes, ajoutai-je.

- Tu es sûre ? La vérité n'est pas toujours bonne à entendre.

Je déglutis difficilement, ma gorge soudainement serrée, et Nott eut un sourire carnassier.

J'étais presque sûre qu'on me cachait quelque chose – Nani pour être précise – et mon cerveau s'épuisait constamment à essayer de faire le tri sans réussir à trouver une explication.

Si la vérité n'était pas facile à affronter, il était fort possible que les mensonges soient encore pires.

- Marché conclu ? dis-je finalement.

Il attrapa ma lettre.

Jeudi 27 Janvier 1994, Poudlard, Ecosse.

- Miss Lestrange, j'aimerais vous parler à la fin de l'heure.

Le professeur Lupin avait beau avoir fait l'effort de parler à voix basse en passant à côté de moi tandis que je recopiais soigneusement ce qui était écrit au tableau, de nombreux regards curieux fusèrent dans ma direction.

- Qu'est-ce que tu as fait ? me demanda Deloris.

Je haussai les épaules.

- Je n'ai eu qu'un E au dernier devoir, peut-être qu'il est inquiet.

Elle leva les yeux au ciel.

- Dans ce cas, il passerait son temps à s'entretenir avec la majorité des élèves. Tu es sûre que ce n'est pas autre chose ?

- Je te l'ai dit, je n'en sais rien.

Mon ton fut plus sec que voulu, mais eut au moins le mérite de convaincre Deloris de me laisser tranquille.

Viviane toute puissante, je regrettais déjà de lui avoir présenté mes excuses une semaine plus tôt, après que Sven ait lourdement insisté pour que je cède. Deloris était trop fière pour faire le premier pas, même si ce n'était pas de ma faute si elle se montrait aussi excessive.

Crystal m'avait soutenue que je n'avais rien fait de mal, Pansy avait essayé de me convaincre que c'était pour le mieux, et mes résolutions avaient fondu comme neige au soleil quand je l'avais trouvée en pleurs dans notre dortoir.

Inévitablement, Deloris était de nouveau à côté de moi dans la majorité des cours... Le silence et la concentration de Crystal me manquaient plus que ce que j'aurais cru possible.

Deloris passa le reste de l'heure à essayer de deviner ce que Lupin me voulait, manquant de justesse de faire perdre des points à Serpentards parce qu'elle n'était pas attentive, quand bien même nous risquions fortement d'avoir les salamandres aux examens de fin d'année.

- Tu veux que je t'attende ?

- Non, ça va aller. Je vous rejoins à la bibliothèque.

Deloris eut l'air déçue – boudeuse peut-être même, ce qui n'était jamais bon signe – et j'attendis qu'elle ait quitté la salle pour rejoindre le bureau du professeur Lupin. Pour une fois, il n'avait pas l'air d'un mort vivant fraîchement ressuscité, même si ses cernes étaient inquiétantes compte tenu du fait que nous revenions tout juste de vacances.

Il me rendit mon regard insistant, un léger sourire – presque triste – sur les lèvres.

- J'ai enfin les réponses à vos questions concernant les Détraqueurs, Miss Lestrange.

Évidemment !

J'avais presque oublié que je lui en avais parlé avant les vacances et qu'il m'avait promis de se renseigner. Je faillis porter les ongles de ma main droite encore épargnés à ma bouche pour juguler l'inquiétude. Nani n'avait pas su me dire si les Détraqueurs étaient derrière le souvenir de la chanson, et préférait penser que j'avais certainement la mélodie moldue entre le moment où on m'avait retirée de sa garde et celui où elle m'avait récupérée.

- Comme je le pensais, les Détraqueurs peuvent bel et bien provoquer des hallucinations. Toutefois, il s'agit rarement d'un souvenir précis. Le plus souvent, ce sont des visions. Et de toute façon, je doute que l'attaque du match de Gryffondor et Poufsouffle ait duré suffisamment longtemps pour que vous soyez affectée de la sorte.

Je serrai les lèvres : j'aurais sans doute préféré être plus sensible que la moyenne au pouvoir des Détraqueurs qu'avoir un souvenir étrange et mystérieux quelque part au fond de mon crâne.

- Par contre, vous aviez raison concernant l'Occlumentie. Cela ne sera pas aussi efficace qu'un Patronus, mais vous pourrez sans doute éviter de vous évanouir s'ils ne restent pas trop longtemps.

Nani m'avait expliquée la même chose, me promettant de demander à Miss Ross si elle pourrait m'apprendre le sortilège du Patronus pendant les prochaines vacances – elle n'avait pas apprécié que Lupin me juge trop jeune pour cela, j'étais une Black et une Lestrange après tout !–.

- Je ne vous serais malheureusement d'aucune aide dans ce domaine... Je n'ai jamais eu l'occasion d'être initié.

- Ma tante m'a appris les bases.

- Je n'en doute pas.

Ce n'était pas la première fois qu'il évoquait ma tante comme s'il la connaissait et je me fis violence pour ne pas lui poser la question. Il restait un professeur et la curiosité était un défaut dont Nani m'avait appris à me méfier.

Il était bien sûr très peu probable que Lupin connaisse vraiment ma tante.

Peut-être avaient-ils été à Poudlard en même temps ?

Deloris n'arrivait pas à estimer son âge précis – ce qui l'agaçait au plus haut point – mais elle était certaine qu'il avait moins de quarante ans, et ma tante allait en avoir trente-neuf.

Dans tous les cas, il était fort probable qu'il ait fait ses classes en même temps qu'au moins un des cinq cousins Black à l'époque...

- J'ignore quel souvenir les Détraqueurs vous oblige à revivre, Miss Lestrange, mais ne laissez pas le passé vous peser. Vous êtes encore jeune, vous devez regarder devant vous, pas derrière.

Je voulus me raccrocher à la lueur rassurante dans son regard ambre, mais je savais qu'il n'avait pas tout à fait raison. Dans le monde où je vivais, le passé était souvent plus important que l'avenir et ce mystérieux souvenir ne ressemblait pas à un bon présage.

- Merci, professeur, soufflai-je finalement.

- De rien, Miss Lestrange... Juste une dernière chose : puis-je compter sur vous pour vous confier à un adulte de confiance si cette histoire de Détraqueurs devenait trop lourde ?

J'hochai la tête en silence, à peine surprise par sa requête. Lupin était sans doute l'un des professeurs qui se souciait le plus de ses élèves, et je savais que beaucoup regrettaient déjà qu'il parte à la fin de l'année.

Parce qu'il était peu probable qu'il échappe à la malédiction de son poste. Avec un peu de chance, il connaîtrait un sort moins funèbre que ses deux derniers prédécesseurs et son remplaçant ne serait pas un parfait incapable.

Crystal m'attendait dans le couloir, occupée à parcourir ses notes de potions pour l'interrogation théorique que nous avait promis Rogue pour le lendemain.

- Qu'est-ce que l'Occlumencie ?

- Ecouter aux portes est malpoli, Malhorne !

- Ce n'est pas de ma faute si l'acoustique dans ce château est aussi remarquable.

Si Deloris s'était risquée à une telle indiscrétion, je me serais sans doute emportée. Je savais trop la valeur d'un secret, et seule ma tante avait connaissance de celui-ci. Draco avait peut-être ses soupçons, tout comme Pansy, mais ils avaient le rare tact de ne pas encore m'avoir posé de questions à ce sujet.

Crystal était différente.

Elle venait de me répondre avec un aplomb digne de celui d'oncle Lucius, et en me regardant droit dans les yeux. Elle n'avait peut-être pas voulu surprendre ma conversation avec Lupin – ou pas – mais elle ne se cachait pas d'en avoir trop entendu.

Elle aurait pu disparaître avant que je ne rejoigne le couloir. Elle pourrait essayer de m'arracher une confidence de plus...

Elle n'en faisait rien, qu'importe mes nombreux cauchemars ou mes silences opiniâtres quand Deloris essayait d'aborder le sujet de ces derniers.

Crystal me donnait la même certitude que Christopher : je pouvait lui faire confiance.

- L'Occlumencie est l'art de défendre son esprit.

Les yeux de Crystal se mirent à briller.

- Nous n'avons pas cela dans mon pays ! Est-ce une option que l'on peut choisir en troisième année ? Cela me semble nettement plus intéressant que la Divination que Deloris n'arrête pas d'évoquer à tout bout de champ !

- Ce n'est pas enseigné à Poudlard... Cela se transmet d'initié en initié.

- Et tu en es une, d'initiée ?

- Ma tante seulement. Il faut des années pour devenir un Occlumens chevronné.

Crystal resta pensive pendant une longue minute, ce qui suffit à me convaincre que je n'allais pas tarder à la voir abandonner ses lectures sur l'Arithmancie – une option qu'elle ne manquerait pas de prendre l'année prochaine – pour d'autres sur l'Occlumencie et la Legilimencie.

Crystal n'était pas le genre à attendre d'être initiée par quelqu'un d'autre qu'elle-même.

- Christopher ne t'a toujours pas répondu ?

- Non, mais il avait un nouveau tournoi d'évaluation fin janvier, il doit être occupé.

- Sans doute... J'ai hâte de connaître sa théorie pour ton balai. Je le trouve très pertinent.

Si Christopher était resté à Poudlard, je ne doutais pas une seule seconde qu'il se serait très bien entendu avec Crystal.

- Oui, et il accusera sans doute Black.

- Peut-être pas.

- Vraiment, Crystal ?

Elle eut une grimace.

- C'est vrai que ça fait quand même beaucoup de coïncidences pour la même personne... Mais Deloris n'a pas forcément tort : il a peut-être vraiment voulu se faire pardonner pour Halloween. Après tout, tu es de sa famille.

- Si j'ai bien lu entre les lignes, il se considérait plus comme un Potter que comme un Black.

- Sauf que de toute évidence, ce n'était qu'un rôle. Fondamentalement, il reste un Black, et tu es de son sang. Ce qui est essentiel ici, non ?

La pointe de moquerie me fit lever les yeux au ciel, même si elle avait plutôt raison. Si Black avait été un Mangemort tout ce temps, il croyait forcément dans la doctrine des Sang-Purs.

Notre arrivée à la bibliothèque mit fin à notre discussion. Aucune de nous deux ne voulait relancer le sujet de mon balai devant Deloris.

Pince finirait sans doute par nous bannir à vie.

Lundi 31 Janvier 1994, Azkaban, Mer du Nord.

- Le Premier Ministre s'est montré très clair : il veut qu'elle soit cohérente d'ici à sa prochaine visite à la fin du mois ! Si je dois réduire le nombre de Détraqueurs, je veux des yeux en permanence sur elle. Fin de la discussion ! Cramer, vous prenez la première garde !

La voix trop aiguë de la Teigne résonnait étrangement sous son crâne, comme si elle se situait au bord d'une falaise et que les sons se répercutaient en écho autour d'elle.

Sauf qu'elle ne se trouvait pas au bord d'une falaise.

Il faisait bien trop chaud pour cela.

Ce fut ce détail, plus que tous les autres, qui la poussa à rouvrir les yeux.

Les murs blancs de l'infirmerie et la lumière vive étaient si contraires à ce à quoi elle était habituée que ses yeux se mirent à la brûler, précédant de très peu des larmes qui faillirent lui arracher un cri de frustration.

Sauf que personne n'aurait entendu son cri, pas avec le bâillon qui l'empêchait presque de respirer.

Elle n'était plus dans sa cellule, les effets des Détraqueurs s'étaient considérablement affaiblis – son esprit n'avait pas été aussi clair depuis une éternité, libéré de toutes les voix et de leur brouhaha – mais elle restait une dangereuse prisonnière.

Ils l'avaient donc attachée comme un animal dans un des lits, comme si plus personne ne faisait confiance à la magie pour maintenir les Black derrière les barreaux.

Une haine brûlante fit accélérer les battements de son cœur et elle tenta de se libérer, même si elle avait bien conscience que rien n'avait été laissé au hasard et qu'elle gaspillait son énergie inutilement.

Sirius avait réussi à s'échapper, Morgane seule savait par quelle ruse, et elle était celle qui avait été désignée pour payer à sa place. Le nombre de Détraqueurs devant sa cellule avait doublé – elle qui pensait savoir ce qu'était le froid avait été détrompée – les gardiens avaient voulu lui arracher le secret de son traître de cousin en la passant à tabac ou en simulant une noyade dans une des salles de bains, et même l'argent de Narcissa n'arrivait plus à lui acheter des conditions de vie supportables.

Elle n'avait pas eu beaucoup de moment de lucidité ces derniers temps – elle était incapable de dire combien de temps s'était écoulé depuis l'évasion de Sirius – mais elle avait remarqué les repas plus espacés et d'encore moins bonne qualité qu'avant, la disparition de sa couverture et de son matelas de fortune.

Sans oublier l'absence de la lettre.

Elle s'était habituée à recevoir des nouvelles d'Alya, sa très chère fille, une fois par an, peu de temps après son anniversaire. La voir grandir de loin, lire une anecdote ou deux, recevoir des mots bienveillants de la part de sa sœur cadette... C'étaient sans doute les seules choses qui lui maintenait un pied dans la réalité.

L'évasion de Sirius l'avait privée de ça en plus de tout le reste.

Quand elle sortirait – car elle sortirait à son tour, le Maître viendrait la chercher, elle n'en doutait pas une seule seconde –, elle lui ferait payer le prix fort.

Une main saisit son visage avec force – les doigts qui s'enfonçaient dans sa mâchoire étaient particulièrement douloureux, mais elle préférait s'arracher la langue plutôt que de le laisser deviner – et Cramer l'obligea à lui faire face.

Si elle n'avait pas eu de bâillon, elle lui aurait sans nul doute craché au visage.

- Inutile de sortir un tel regard, Lestrange. Tu n'es pas vraiment en position d'effrayer qui que ce soit.

Elle se dégagea d'un coup sec et un son guttural s'échappa de sa gorge, malgré le bâillon.

L'espace d'une fraction de seconde, ce qui ressemblait à de la peur brilla dans les yeux de Cramer.

C'était ce qu'il y avait de plus proche d'une victoire depuis très longtemps, et elle décida de s'en contenter.

Salazar en soit témoin, elle allait profiter du mois à venir pour reprendre des forces.

Le Premier Ministre souhaitait la voir cohérente ?

Il n'allait pas être déçu.

Avec un peu de chance, elle arriverait même à lui trancher la gorge avant que les Aurors aient le temps de cligner des yeux.

Trixie, toujours aussi charmante...

J'avoue que j'ai hâte d'avoir votre avis sur :

- Le retour de Madelyn et ses soupçons concernant Remus (j'en connais un qui va passer un sale quart d'heure si elle découvre la vérité par elle-même).

- Narcissa qui commence à être en difficulté face à la logique implacable de sa filleule (c'est Minnie qui va être fière ^^⁾

- Les théories autour de l'admirateur secret de Maellyn (ils chauffent quand même ces petits).

- Remus qui a tenu sa promesse et qui est, une fois de plus, un professeur en or.

- Le retour de Trixie (avouez qu'elle vous avez pas manqué tant que ça).

Je crois que j'en n'oublies pas beaucoup cette fois (ça fait du bien, un petit chapitre de temps en temps) mais je suis preneuse de toute autre réaction xD

Je vous dis à dans un mois (je me rapprocherais déjà de la fin de l'année et des conseils, mais ça devrait le faire) et je m'en retourne à terminer l'année 1994 avec 39 !

Les reviews marchent aussi très bien pour me remonter le morale et me motiver. Je suis pas si difficile à satisfaire.

En attendant la suite, je vous invite à aller faire un tour du côté du UA de cette histoire : There will be time.

Pour rappel donc :

- Dans deux semaines : mise à jour de TWBT.

- Dans un mois, mise à jour de BS.

See you !

Excelsior !

Orlane.

Mis en ligne le 20/04/2019