Black Sunset : Dark Matter

Chapter 16

Disclaimer : Je considère que si Rowling autorise Cursed Child, elle autorise toutes les autres fanfictions, même celles qui naissent dans mon esprit tordu personnel.

Attention : Rated T pour le langage et les scènes violentes.

RAR :

Juliette : Hello ! Merci beaucoup pour ta review ! Et merciiiii pour l'évasion de Sirius ! (j'ai un peu galéré pour être honnête, je suis contente que ça t'ait plu!) J'avoue que j'ai choisi mes points de vue auxiliaire précisément pour pouvoir écrire ce qui se passe un peu au ministère (et ailleurs) et être moins limitée que Rowling sur ce point de vue là ^^ EN tout cas, je suis super touchée que mon histoire te plaise autant ! Bonne lecture !

Lupa: Salut!Merci beaucoup pour ta review ! La rentrée se passe bien, mes monstres se tiennent (pour le moment, et hors période de pleine lune si j'en crois mes envies de meurtres de mardi dernier). Merci beaucoup pour tous tes compliments keur:keur:keur Je suis super touchée:)

Oui, non mais on se comprend pour l'évasion de Sirius ! Le mec aurait pu sortir dix ans plus tôt, mais non ! Fallait qu'il s'auto flagelle pour un truc qui n'est pas de sa faute ! Si James avait été vivant, il l'aurait dé-fon-cé !

Merci pour le ministère ! Je m'amuse bien à combler les trous dans le récit de Rowling ('fin je m'amuse, ça dépend quand. Et quand je dis trous, je veux bien entendu dire gouffre). Narcissa et Remus font de parfaits petits rapporteurs pour le coup !

Narcissa a pas intérêt de se louper, ça c'est clair ^^ (mais elle a grandi dans le monde sang-pur et c'est une excellente équilibriste, elle va pas se laisser impressionner non plus, c'est moi qui te le dis!)

On est bien d'accord que Minnie est la reine dont le monde magique a vraiment besoin (si elle était pas devenue prof, je suis certaine qu'elle aurait été Premier Ministre au moment de la première et de la deuxième guerre – enfin, il n'y aurait pas eu de deuxième guerre pour commencer – et Sirius n'aurait certainement pas été envoyé à Azkaban sans procès – autant dire qu'il n'aurait pas été envoyé à Azkaban tout court – et je vais m'arrêter là dans la spéculation parce que Minnie serait bien capable de faire un siège dans mon cerveau et d'exiger que j'écrive un UA de sa biographie).

Madelyn est terrifiante tu veux dire ? Même moi je ne sais pas dont elle est vraiment capable ! Sirius a intérêt de bien se cacher !

Un grand merci à toi pour ta fidélité sans faille et tes supers retours, tu n'as pas idée à quel point tes reviews me font plaisir !

Merci à Almayen, AndouilleEtSushi, lune patronus, Juliette, Lupa, Sundae Vanille et Lyrumbra pour leur review. J'ai êtes trop mignon.e.s et si j'ai bien survécu à la rentrée, c'est un peu grâce à vous !

Bonjour à toutes et à tous !

Alors, comment ça va ?

Perso, je me plains pas trop. Mes élèves sont plutôt choupis (pourvu que ça dur), j'ai déjà plusieurs projets Girl Power pour mon établissement et on m'a dit cette semaine que je faisais aimer les maths alors je suis HYPE !

Bon, nettement moins hypée par le dernier trailer de Fantastic Beasts. Autant vous dire qu'avec son histoire de Nagini, je vais officiellement ne pas aller voir ce film au ciné et prier quelque part pour que Rowling décide de prendre sa retraite et s'enterre dans un silence religieux (et promette de ne JAMAIS s'attaquer à l'époque des Maraudeurs par la même occasion!)

Autre chose, j'ai bon espoir de terminer 33 sous peu, puisqu'il ne me reste plus qu'une scène aux dernière prévisions (il fait plus de 20k, you're welcome).

Allez, je vous laisse avec 16, que j'aime beaucoup dans le genre, et que vous risquez d'aimer, parce qu'on y retrouve la réaction de Maellyn et Draco concernant l'évasion de leur cher cousin.

Bonne lecture !

Un grand merci à Sundae Vanille pour la relecture et les retours ! Et je ne le dis peut-être pas assez, mais sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !

Black Sunset

Partie III : Dark Matter.

Chapitre 16

Dark Matter : a term used to describe matter in the universe that cannot be seen, but can be detected by its gravitational effects on other bodies.

Secret : n. a piece of information that is generally known or is not known by someone else and should not be told to others.

Samedi 7 Août 1993, rue Magnolia Crescent, Little Whinging, Surrey, Angleterre.

La soirée était douce, le fond de l'air encore chargé de la chaleur de la journée et il faudrait attendre le cœur de la nuit pour que les températures redeviennent supportables.

Quinze ans plus tôt, il se serait sûrement réjoui d'un été aussi chaud... Il avait définitivement passé trop de temps à Azkaban : le froid était devenu une partie de lui et sa traversée de la mer du Nord l'avait cristallisé au fond de son âme.

Il réussissait à éviter le pire du feu de l'été, se réfugiant dans un endroit sombre en journée, essayant d'obliger son corps affaibli à reprendre des forces et profitant de la fraîcheur des nuits pour conserver son avance sur les Aurors, même s'il y avait peu de chance pour qu'ils retrouvent sa trace tant qu'il était sous sa forme Animagus.

Depuis qu'il était arrivé en Angleterre, il n'avait pas croisé un seul sorcier, et encore moins les Aurors. En passant près de Londres deux jours plus tôt, il avait failli pousser sa chance pour vérifier s'ils montaient la garde autour de la maison de son oncle Alphard, sauf qu'il savait que les rues de la capitale n'étaient pas favorables aux chiens errants. Il pourrait s'échapper d'un chenille, mais il devrait sûrement utiliser la magie et cela ne manquerait pas d'attirer l'attention du Ministère.

Il s'était retrouvé à Azkaban parce qu'il n'avait pas assez réfléchi avant de se lancer à la poursuite de Peter – il aurait au moins dû prévenir quelqu'un, Dumbledore, Fol-Oeil, Remus, n'importe qui ! – et il n'allait pas refaire la même erreur.

Pas quand la vie de son filleul était en jeu.

Son cœur s'accéléra et s'il n'avait pas été sous sa forme Animagus, il aurait sans doute souri.

Harry.

Il allait le revoir. Enfin. Après de longues années sans beaucoup de nouvelles et avec pour seule certitude qu'il vivait chez la sœur de Lily.

C'était sans doute une connerie monumentale de faire un détour par Little Whinging. Cela lui rajoutait presque une centaine de kilomètres pour commencer et les Aurors devaient surveiller les environs pour continuer. Il avait beau se répéter qu'il voulait juste s'assurer qu'il était en sécurité, la voix de la raison – celle qui gardait les intonations de Remus et qu'il s'était juré d'écouter – lui répondait qu'il pourrait tout foutre en l'air juste parce qu'il était un putain de sentimental.

Il voulait juste voir son filleul. Au moins une fois.

Il passa le panneau annonçant qu'il était arrivé à destination et dut abandonner la protection offerte par les fossés le long de la route principale. Il avait surpris son reflet dans les vitrines d'une ville qu'il avait traversé plusieurs jours plus tôt et il savait que Patmol n'avait sûrement jamais été aussi effrayant. Sa fourrure était trop longue, sale et emmêlée, sans que cela ne réussisse à dissimuler ses côtes saillantes et les blessures qu'il avait récolté sur les rochers entourant Azkaban.

Si un moldu l'apercevait, il appellerait la fourrière et il aurait sans doute du mal à trouver une cachette digne de ce nom dans ce qui semblait être la ville la plus résidentielle de tout le pays.

Il n'en fut pas étonné. Pétunia avait élevé la banalité au rang d'art, comme pour se démarquer le plus possible de l'anormalité de sa sœur cadette.

Tu peux parler, Chaton ! Plus Regulus ressemblait à un parfait héritier Sang-Pur, plus tu t'arrangeais pour ressembler à un voyou moldu.
Il secoua la tête pour chasser la voix de Lily dans ses oreilles. Il n'avait pas laissé tous ses démons à Azkaban, et ceux qui l'avaient suivi étaient sûrement les plus tenaces. Il faisait des cauchemars aussi criant de réalisme que ceux qui avaient hanté ses nuits à Azkaban et c'était sans doute un miracle que personne n'ait entendu ses cris.

Après avoir remonté deux rues presque identiques, Sirius commença à se demander comment il allait faire pour trouver la maison des Dursley. Il n'était venu qu'une fois, avec James, après que Pétunia ait refusé l'invitation au mariage des Potter. Ils avaient utilisé la magie pour entrer dans leur maison et s'étaient amusés à changer tous les meubles de place. Rien de méchant, mais cela avait dû suffire à faire enrager Pétunia et Vernon, ce qui était le but.

Seulement, ils avaient transplané cette fois-là et c'était il y avait plus de quinze ans...

Il aurait bien aimé que les voix dans sa tête l'aident à retrouver son chemin, mais il n'était pas encore assez fou pour vraiment croire que Lily, James et Judy étaient dans son crâne. Ce n'était qu'une ruse de son cerveau pour lui faire oublier à quel point il était seul, ou bien les pouvoirs des Détraqueurs avaient des conséquences à long terme dont personne ne parlait jamais. En général, il évitait de penser à la raison derrière ses hallucinations, parce que cela le ramenait toujours à ce qui lui avait valu de terminer à Azkaban en premier lieu...
Il préférait entendre la voix de Lily dans son oreille de temps en temps.

Au nouveau croisement, il prit à droite, prenant garde à éviter les flaques de lumières projetées sur le sol par les lampadaires, longeant les haies et les murets, se faisant le plus petit possible pour ne pas attirer l'attention. Plus tard dans la nuit, les moldus seraient tous couchés, mais à cette heure-ci, il devinait trop d'écrans allumés derrière les fenêtres entrouvertes.

Little Whinging était d'un calme absolu. Personne n'était dehors, seules quelques familles profitaient du début de la nuit sur des terrasses et il n'avait pas croisé dix voitures depuis son arrivée.

Ce fut sans doute pourquoi il ne put louper la série d'aboiements enragés, suivie d'un cri strident. Il leva la tête et faillit aboyer à son tour.

Un immense ballon de baudruche s'élevait lentement dans le ciel. Il avait une étrange forme d'étoile. Sirius ne comprit qu'en le voyant passer au-dessus de lui qu'il était normal qu'il ait l'impression que le cri se rapprochait...

Le ballon n'était pas un ballon, mais une personne, et la seule chose qui pourrait transformer une personne en ballon était la magie.

Harry.

Il n'avait aucune certitude que son filleul soit derrière cela – même s'il n'attendait rien de moins de sa part – mais il n'avait pas de meilleure piste pour retrouver les Dursley dans cette foutue ville. Il prit la direction de l'endroit d'où venait le ballon, se retenant difficilement de courir à toute allure.

Il n'en avait de toute façon pas la force et il attirerait l'attention inutilement.

Des sorciers allaient sans doute être dépêchés pour s'occuper de l'accident magique, il ne pouvait pas prendre encore plus de risques.

Les aboiements enragés du chien n'avaient pas cessé et lui indiquaient le chemin à prendre mieux qu'une carte.
Il y eut une brise légère dans sa direction et une des odeurs qu'elle emportait le fit trébucher. Ce n'était plus tout à fait celle dont il avait gardé le souvenir, mais il aurait reconnu la pointe épicée caractéristique des Potter entre toutes.

Harry.
Il résista au prix d'un immense effort à s'élancer dans une course effrénée et usa de l'odorat démultiplié de Patmol pour retrouver la trace de son filleul. L'odeur était fraîche, il n'était pas loin.

Merlin, il allait le revoir. Il allait pouvoir attester de ses propres yeux si Narcissa avait dit vrai dans sa dernière lettre quand elle affirmait qu'il était le portrait craché de James.

Il se faufila dans le trou d'une haie tout juste assez large pour lui, traversa un jardin en faisant attention à rester dans l'ombre...
Il découvrit enfin une collection d'épis surmontant un adolescent gringalet, engoncé dans des vêtements visiblement trop grands pour lui de plusieurs tailles.

Harry lui tournait le dos et fouillait dans sa valise – pourquoi avait-il sa valise ? Les Dursley l'auraient-ils mis dehors ? Il allait commettre un meurtre plus tôt que prévu ! Sirius se décala légèrement, prenant le risque de ne plus être abrité par l'ombre projetée par la maison derrière lui.

Il voulait juste voir le visage de son filleul, juste une fois, juste avant qu'il ne remonte vers le nord et mette au point un plan pour tuer Pettigrow avant qu'il ne puisse lui faire du mal.

Harry se redressa soudainement. L'air se bloqua dans ses poumons et il se demanda s'il n'était pas encore en train d'avoir une hallucination. Harry ressemblait presque trait pour trait à James : le même nez, le même menton, la même bouche et bien sûr cette tignasse infernale – et seule ses lunettes rondes brisaient le charme, lui rappelant que ce n'était pas James – ça ne serait jamais plus James devant ses yeux. Son frère était mort – par sa faute – et les images que les Détraqueurs induisaient n'étaient pas la réalité –. Il faillit se transformer, juste pour voir la véritable couleur de ses iris, ce dont les yeux de Patmol le privaient. Il savait qu'ils seraient du même vert que ceux de Lily, et il pourrait puiser du courage dans l'étincelle bienveillante qui ne les quittait pas – sauf que le regard de Lily devait être bien terne maintenant que son âme flamboyante s'était envolée – et il ferait peur à Harry s'il s'approchait, surtout sans déguisement.

Il avait juré de prendre soin de son filleul mais il l'avait abandonné, comme il avait abandonné sa propre fille aux griffes de Bellatrix, et Azkaban l'avait transformé en un étranger.

Harry lui offrit un répit en replongeant dans sa valise, fouillant avec une ardeur dédoublée – il avait dû sentir sa présence –. Il aurait dû profiter de la diversion pour disparaître. Il avait eu ce qu'il était venu chercher, et tout cela sans attirer l'attention et sans que les Aurors ne retrouvent sa trace. Il ne pouvait pas pousser sa chance...
Il avait quelque chose d'important à faire.

- Lumos !

Harry dirigea la pointe sa baguette droit sur lui et la luminosité aveuglante manqua de lui arracher un jappement. De son côté, son filleul se prit les pieds dans sa valise en le découvrant et bascula en arrière dans un bruit sourd.

Sirius secoua la tête pour se débarrasser des tâches qui brillaient dans sa vision – conséquences de la lumière trop vive – et l'arrivée du Magicobus lui fit comprendre qu'il devait partir. Trop de sorciers, trop de magie, le Ministère pourrait rappliquer pour s'assurer que tout était en ordre et il ne voulait pas être là à leur arrivée.

...

Dimanche 8 Août 1993, Manoir Malefoy, Angleterre.

- Ah, tu es là !

Je relevai les yeux de mon livre – un ouvrage sur la Métamorphose, prêté par Miss Ross – et détaillai mon cousin alors qu'il me rejoignait au bord de l'étang où j'avais installé une chaise longue pour profiter de la fraîcheur de l'eau tout en étant confortable.

Les chaleurs de l'été britannique n'avaient rien à voir avec celles de l'Italie, mais les rayons du soleil et la tranquillité du parc me rappelaient que j'étais encore en vacances, et que je devais profiter de ma liberté tant qu'elle durait.

Draco poussa mes jambes et s'installa au bout de ma chaise longue. Il portait une robe d'été élégante et dans laquelle il devait étouffer, ce qui expliquait son teint rouge et ses manches retroussées sur ses avant-bras.

- J'ai passé la journée avec père.

Je plissai les yeux pour le mettre en garde : s'il était venu jusqu'ici pour me vanter les mérites de son père, j'allais devoir l'assommer pour avoir la paix. Mon oncle semblait penser que j'avais soufflé l'idée de nos vacances à Nani, ou du reste que je la lui avais inspirée, et il se montrait encore plus froid et cassant avec moi que d'ordinaire. Je faisais de mon mieux pour me tenir à l'écart, espérant que la tempête passe avant que je ne retourne à Poudlard.

- Je lui ai demandé s'il savait ce qu'avait fait Sirius Black !

Je me redressai, un peu malgré moi. Nani nous avait expliqué que c'était à cause de son évasion que nous devions rentrer plus tôt que prévu, pour faire face à la retombée médiatique et faire preuve de coopération avec le Ministère, mais elle avait refusé de nous donner des détails sur les raisons qui l'avaient mené à Azkaban en premier lieu.

Draco et moi avions donc dû nous résigner à l'espionnage pour avoir plus d'informations. J'avais subtilisé l'exemplaire de La Gazette, datant du jour de son évasion. Nous savions donc qu'il avait tué un sorcier – Peter Pettigrow – ainsi qu'une douzaine de moldus en plein Londres, et qu'il était considéré comme le bras droit du Seigneur des Ténèbres, une place que j'avais toujours cru être celle de ma mère. C'était la première chose qui m'avait paru bizarre.

Bien sûr, le plus étrange dans cette histoire – mise à part l'évasion historique de la prison la mieux gardée d'Europe – était le comportement de Nani. Elle n'avait jamais eu pour habitude de nous mentir – elle ne répondait pas quand elle ne voulait pas nous dire quelque chose – mais elle semblait avoir changé de politique pour Sirius Black.

Face à moi, Draco ne semblait pas vouloir m'en dire plus. Il me fixait, une drôle de lueur dans son regard et ce sourire suffisant dont j'avais horreur.

- Et bien ?!

- Où est passée ton éducation, ma très chère cousine ?

- Draco, je te jure que mon livre va finir dans ton visage si tu continues à te moquer de moi !

Il éclata de rire, puis se pencha vers moi, un air conspirateur sur ses traits fins.

- Sirius Black est le cousin de maman.

Je fermai mon livre avec délicatesse et le saisis fermement entre mes mains. Draco surprit mon geste et sembla enfin comprendre que j'étais sérieuse.

Il soutenait que nos vacances dans le monde moldu m'avait rendue plus agressive. Je lui avais répliqué qu'il était devenu insupportable, même pour moi. Je n'avais pas la patience infinie de Nani !

- Très bien... Mon père m'a dit qu'il avait été renié par la famille Black quand il avait seize ans, parce qu'il avait refusé de prêter allégeance au Seigneur des Ténèbres. Il s'est enfui de chez ses parents...

Il laissa sa phrase en suspens, juste parce qu'il adorait qu'on le prie de continuer. Si je ne rentrais pas dans son petit jeu, je n'en apprendrais pas plus.

- Pour aller où ?

Draco eut une drôle d'expression, entre l'excitation et la joie pure.

- Les Potter !

Je le dévisageai et une partie de l'arbre généalogique du Survivant surgit de ma mémoire, signe que Nani avait vraiment fait du bon travail quand elle m'avait fait apprendre l'oeuvre de Cantakérus Nott.

- Les Potter ? Comme dans Euphémia et Fleamont Potter ?

- Exact ! Ce sont les grand-parents de Potter qui l'ont recueilli. Et attend, ce n'est pas le meilleur ! Il paraît que le père de Potter et Black étaient les meilleurs amis du monde. Père m'a dit qu'ils étaient toujours l'un avec l'autre, même après Poudlard... Et Black a vendu les Potter au Seigneur des Ténèbres !

Son expression jubilatoire me laissa avec un goût amer dans la bouche. Comment arrivait-il à se réjouir d'une chose pareille ? Black avait trahi son meilleur ami !

- Pourquoi a-t-il fait ça ?

Draco sembla déçu par mon manque d'enthousiasme.

- Tout le monde pense qu'il était un Mangemort pendant tout ce temps, mais Père m'a assuré que ça n'était pas possible, parce que le Seigneur des Ténèbres le lui aurait dit. Il dit que c'était lui le bras droit de Tu-Sais-Qui, pas Black !

Si j'étais certaine d'une chose, c'était que Lucius aimait enjoliver la vérité au moins autant que Draco. Si le Seigneur des Ténèbres avait eu un bras droit, celui-ci avait été ma mère. Après tout, elle l'avait choisi lui, plutôt que moi. Elle devait sûrement avoir raison, non ? De toute façon, je me souvenais clairement que Nani m'avait un jour dit que ma mère avait été sa plus fidèle lieutenant, toujours, et que c'était pour ça qu'elle s'était lancée à sa poursuite quand il avait perdu ses pouvoirs.

- Pourquoi, alors ?

Draco eut une moue et laissa filer quelques secondes, comme s'il prenait le temps de réfléchir à ma question, alors qu'il était évident qu'il l'avait lui-même posée à son père.

- Père pense qu'il a vendu les Potter en échange de sa fille.

- Sa fille ? On connaît tous les deux l'arbre généalogique des Black par cœur. Il n'a pas de fille !

- Il était déjà renié à l'époque. Si mon père dit la vérité, c'est une Illégitime.

Je grimaçai à la mention de cette catégorie de personne. Il n'y en avait plus beaucoup maintenant, mais à une époque, une descendance illégitime semait le trouble dans les familles Sang-Purs et ces enfants-là étaient souvent traités comme des parias par le reste du monde. Il valait sans doute mieux être Sang-Mêlé qu'Illégitime.

- Et elle serait où maintenant ?

Il haussa les épaules.

- Aucune idée. Peut-être qu'elle est dans la famille de sa mère, mais père ne se souvenait plus des détails.

- Peut-être qu'on la croise tous les jours à Poudlard.

Son regard se remit à briller, de curiosité cette fois, et si l'envie lui prenait, il serait bien capable de mener l'enquête une fois que nous serions rentrés, ce qui annonçait des ennuis pour lui, comme pour moi – parce qu'il insisterait sans doute pour que je l'accompagne –.

Je me rencognai contre le dossier de la chaise longue, m'enfonçant davantage contre le matelas confortable dans mon dos. Malgré les informations d'oncle Lucius, l'histoire de Sirius Black demeurait bancale. Trop de contradictions s'affrontaient, ce qui signifiai sans doute qu'il y avait une part de vérité quelque part. Mais où ? Sirius Black était-il un agent double pendant la guerre ? Avait-il une fille ? Avait-il trahi les Potter ? Le plus rageant était sans doute que Nani devait savoir et qu'elle refusait de nous dire quoique ce soit. Sirius Black était son cousin, elle avait grandi avec lui, il...

Notre cousin n'a jamais eu pour habitude de réfléchir avant d'agir.

Le souvenir me frappa de plein fouet et je sursautai.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

Je laissai le temps à ma mémoire de faire remonter le souvenir à ma conscience. J'avais eu tellement honte d'avoir écouté aux portes que mon cerveau n'avait pas tout retenu de ce que s'étaient dit mes deux tantes, mais elles avaient évoqué Sirius Black, j'en étais certaine !

- J'ai surpris une conversation entre Nani et Androméda Tonks le jour où on est parti pour Paris. Elles...

- Entre Androméda Tonks et Maman ?! Je croyais qu'elles ne se parlaient plus !

J'eus une grimace. C'était exactement ce que je m'étais dit. Draco et moi avions fini par demander ce qu'était devenue la troisième sœur Black, à force de croiser son prénom dans l'ouvrage de Cantakérus Nott. Nani nous avait expliqué pourquoi sa sœur avait été reniée l'été qui avait suivi la fin de ses études à Poudlard, et je pouvais compter sur les doigts d'une main le nombre de fois où nous l'avions croisée.

- Et qu'est-ce qu'elles ont dit ?

- Je ne sais plus très bien... mais elles ont parlé de Sirius Black...

Il ne fallut pas deux secondes à Draco pour imaginer une théorie abracadabrante.

- Tu penses qu'elles auraient pu organiser son évasion ?

Je secouai la tête puis fermai les yeux pour essayer de me souvenir des paroles échangées par mes deux tantes. Androméda avait accusé Nani de lui avoir caché quelque chose, le nom de mon professeur de Métamorphose avait été prononcé, et Nani avait évoqué le Seigneur des Ténèbres. Rien de tout cela n'avait eu de sens quand je les avais entendues – le plus étonnant était que Minerva McGonagall puisse y être mêlée d'une façon ou d'une autre – mais à la lumière des informations de Draco, je pouvais peut-être tentée ma chance au jeu des devinettes et tomber moins loin de la vérité que Draco.

- Je crois... Je me demande si Nani ne sait pas qui est la fille de Sirius Black... Et qu'elle la protège, d'une façon ou d'une autre.

Draco grimaça.

- Ça ressemblerait beaucoup plus à maman que d'organiser une évasion...

Il se trompait, bien sûr. Vu ce que Christopher m'avait raconté sur la façon dont Nani s'y était prise pour venir le chercher au manoir Rowle, je la pensais sincèrement capable de faire une telle chose, sauf que cela ressemblait à un plan grossier. Imposer le silence à Thorfin et Euphémia Rowle était une chose – un peu de chantage et le poids du nom Malefoy – mais Azkaban représentait un tout autre défi, sans compter que les Aurors n'étaient pas tous stupides... Narcissa Malefoy ne s'était pas donnée tout ce mal pour éviter la prison à oncle Lucius pour s'y précipiter toute seule. Toutefois, garder l'identité d'une Black Illégitime secrète, autant pour la protéger elle que pour éviter un scandale à sa famille... Ça, oui, c'était tout à fait digne d'elle. N'étais-je pas le parfait exemple de ce dont elle était capable quand il s'agissait de sa famille ?

- Je pense que la fille de Sirius Black est vivante, Draco... Nous avons une cousine quelque part.

Draco retroussa ses lèvres dans une grimace de dégoût qui me donna vraiment envie de lui jeter mon livre au visage.

- C'est une Illégitime. Elle n'est pas vraiment notre cousine. Juste... Une sorte de pièce rattachée par erreur ?

Ce fut à mon tour d'être écœurée par ses paroles et je le repoussai en utilisant mes pieds.

- A croire que tu n'écoutes jamais ce que dit Nani ! La famille, c'est sacré ! Et elle en fait partie !

Draco se leva avec réticence, et frotta le tissu de sa robe à l'endroit où j'avais posé mes pieds dessus.

- Parle pour toi. Une cousine au sang impur, c'est déjà bien assez pour moi !

La cousine en question était Auror et pourrait sans doute le transformer en blatte – ce qu'il méritait les trois quarts du temps – mais Draco semblait très doué pour oublier ce genre de détails.

- Tu es un crétin.

Lundi 9 Août 1993, Manoir Malefoy, Angleterre.

Une main aux doigts fins caressait mes cheveux, et je sentis un souffle chaud sur la joue.

- Joyeux anniversaire, ma douce.

Je souris mais gardai les yeux fermés, profitant du moment de calme. Les volets de ma chambre étaient toujours fermés, mais je savais qu'il n'était pas très tard – Nani ne me laissait jamais traîner au lit le jour de mon anniversaire –. D'aussi loin que je puisse me souvenir, Nani m'avait toujours réveillée ainsi chaque 9 août, et c'était un rituel dont je ne me lasserais sans doute jamais.

Sa main quitta mes cheveux pour un point entre ma taille et ma hanche.

Les chatouilles expertes de ma tante m'arrachèrent un éclat de rire et j'ouvris finalement les yeux, à la recherche d'une échappatoire. Nani cessa aussitôt et embrassa mon front.

- Dépêche-toi de te préparer. Draco est déjà levé et il pourrait bien avoir envie d'ouvrir tes cadeaux à ta place.

- Qu'il s'y risque... grognai-je en me redressant.

Si Draco me faisait un coup pareil, il n'était pas prêt de terminer de me le payer.

Ma tante rit doucement et quitta ma chambre, non sans ouvrir les volets et les rideaux d'un geste de sa baguette.

La soudaine luminosité me donna envie de trouver refuge sous mes draps, mais l'excitation chassa les dernières brides de sommeil. Ma journée d'anniversaire était toujours exceptionnelle, surtout quand la grande fête ne se tenait pas le jour même. Nani organisait toujours quelque chose de mémorable, Draco faisait l'effort d'être d'une humeur charmante, et même oncle Lucius gardait ses remarques désagréables pour lui.

J'attrapai la robe que Nani avait sorti à mon intention la veille. Elle était d'une jolie couleur qui rappelait celle des fraises, et relativement simple, tout en étant élégante avec sa ceinture brodée de dentelle blanche. Je défis mes papillotes rapidement et décidai de laisser mes anglaises libres. Mes cheveux avaient poussé depuis les vacances d'avril, et je savais que Nani ne tarderait pas à faire venir sa coiffeuse personnelle.

Draco, oncle Lucius et Nani étaient déjà installés autour d'un copieux petit-déjeuner – Christopher serait bon dernier, comme chaque matin –. Un large plat de scones trônait au milieu de la table et mon ventre gargouilla à leur simple vue. Taby, l'Elfe de Maison, avait un tour de main unique, et sa recette dépassait de loin celle de Poudlard.

- Joyeux anniversaire, Alya, me souhaita oncle Lucius, après que je l'ai salué d'une petite révérence.

- Merci, mon oncle.

Je pris place à côté de Draco, répondant à son clin d'oeil par un sourire – il m'avait souhaité mon anniversaire aux alentours de minuit, comme chaque année – et attrapai un premier scone pour accompagner ma salade de fruits et mon verre de jus d'orange.

Christopher arriva quelques minutes plus tard, ses cheveux blonds – encore un peu trop courts – formaient une couronne de boucles autour de son visage marqué par le sommeil. Christopher était encore moins du matin que moi, et il lui fallait plus d'une heure pour que sa bonne humeur naturelle reprenne le dessus.

- Joyeux anniversaire, Aly, souffla-t-il en passant près de moi, déposant une bise sur ma joue.

J'avalai ma bouchée avant de le remercier, décidant d'ignorer le froncement de sourcils réprobateur de mon oncle. Malgré le fait que Christopher habite avec nous depuis plus de deux mois, et qu'il avait passé de nombreux séjours au manoir avant cela, j'avais la nette impression que mon oncle imaginait qu'il y avait plus qu'une sincère amitié fraternelle entre lui et moi. La simple possibilité qu'il puisse envisager de nous marier un jour – la famille Rowle restait influente et riche, et Christopher était un excellent parti, sauf que Nani refuserait sans doute – me donnait la nausée. Autant me demander d'épouser Draco !

Tandis que Christopher se servait des œufs, du bacon et des haricots à la tomate – Nani insistait pour qu'il prenne un copieux petit-déjeuner – et que Draco reprenait du porridge, l'arrosant copieusement de miel, Taby vint apporter le courrier.

Comme chaque jour, mon oncle avait plus d'une vingtaine d'enveloppes, Nani en reçut presque autant et c'était la seule journée dans l'année où je les battais tous les deux.

Deloris et tous mes camarades de Poudlard m'avaient écrit pour l'occasion – Crystal comprise –, Caelina – la mère d'Hadrian –, ma grande tante Irina, Miss Ross, Apoline Travis, Pansy – bien évidemment –, mais aussi Daphnée et Millicent.

Les autres lettres me laissaient toujours ce même goût amer dans le bouche, aussi ne pris-je même pas la peine de relever les noms aujourd'hui. Il s'agissait des Patriarches des familles des Vingt-huit Consacrées, qui profitaient de mon anniversaire pour me rappeler leur existence. Le jour de mon anniversaire était aussi celui où le poids de mon héritage pesait le plus lourd. J'étais la fille de Bellatrix et Rodolphus Lestrange, je fêtais mon douzième anniversaire. Dans deux ans, je donnerai mon bal de Débutante, marquant mon entrée symbolique dans le monde des adultes, et signalant surtout à toutes les familles Sang-Purs que j'étais en âge d'accepter une demande en mariage.

Si oncle Lucius n'avait pas pour intention de m'utiliser pour gagner une quelconque influence supplémentaire, ou pour sceller une alliance politique, je n'aurais pas eu à m'inquiéter – je faisais confiance à Nani pour prendre en compte mon avis – mais si les derniers événements avaient prouvé quelque chose, c'était bien que mon oncle n'avait aucun scrupule, et qu'il n'hésiterait sans doute pas à signer un accord de mariage en mon nom, dans le dos de ma tante, sans rien me demander.

Je n'avais pas eu le temps de lire la moitié de mes lettres quand Draco me donna un coup de pied sous la table, me désignant la pile respectable de cadeaux sur le buffet derrière ma tante.

Nani avait raison, il était plus pressé de les ouvrir que moi.

Je pris mon temps pour ranger la lettre de Crystal, avant de commencer à déchirer les papiers multicolores. Sans surprise, je découvris plusieurs livres – dont un grimoire qui avait l'air ancien et dont je ne comprendrais pas le quart à la première lecture –, une nouvelle cape d'été rose poudré – la mienne était un peu trop courte –, un bracelet serti d'un saphir du même bleu que mes yeux et une élégante pince en nacre pour mes cheveux.

Draco sortit ensuite un paquet plat rectangulaire, caché entre lui et le dossier de sa chaise. Je devinai au touché qu'il s'agissait d'un cadre, mais je ne m'attendais sûrement pas à ce qu'il contenait.

Draco nous avait dessiné, Nani et moi, et je reconnus le bateau qui nous avait fait traverser Florence. Il s'agissait seulement d'un croquis – Draco n'aimait pas peindre, la seule exception au noir et blanc étant l'aquarelle – mais il était criant de réalisme. Il avait nettement progressé depuis la dernière fois où j'avais vu un de ses portraits – de Lucius pour la fête des Pères, cinq ans de cela, que son père gardait sur une étagère, dans son bureau du manoir.

- C'est magnifique, Draco, soufflai-je, avant de le prendre dans mes bras.

Au-delà du fait que le dessin était particulièrement réussi – Draco arriverait à trouver des défauts, mais il aurait tort –, j'étais bien plus touchée que ce que je pouvais montrer en présence de Lucius – qui détestait les effusions –. Draco était toujours discret concernant sa passion – seule Pansy devait être au courant – et qu'il m'offre un de ses dessins me donnait l'impression d'être véritablement spéciale à ses yeux.

Lucius se racla la gorge et je resserrai mon étreinte une folle seconde supplémentaire avant de me redresser.

Christopher me fit une moue en me tendant son propre cadeau.

- J'aurais peut-être dû te l'offrir en premier...

Je levai les yeux au ciel. Pour tout ce que j'étais concernée, le savoir loin des Rowle me suffisait largement.

Son cadeau était un élégant set de papier à lettre. Chaque feuille était décorée par une constellation différente et je reconnus celle du Lion en page de garde.

- Merci, Christopher.

J'avais bien l'intention de me servir de son cadeau pour lui écrire régulièrement après la rentrée.

En retrouvant la place à table, je surpris le regard réprobateur d'oncle Lucius – il était mal vu qu'une jeune fille entretienne une correspondance avec un garçon de son âge –. Contrairement aux autres fois, ce ne fut pas la peur qui me fit baisser les yeux, mais la colère. Comment oncle Lucius pouvait-il se montrer aussi méfiant ? Entre Draco et moi, j'étais celle qui était la moins à même de provoquer un scandale en me conduisant d'une façon inappropriée !

Je n'eus pas le temps de mouronner mes idées noires longtemps : Nani déclara que je devais aller me préparer. Comme chaque année, nous irions sur le Chemin de Traverse pour aller choisir ma robe pour la fête donnée en mon honneur. Christopher passerait la matinée en compagnie de Monsieur Vasilovich pour ses cours de Bulgare, Draco devait accompagner son père au Ministère, et nous nous rejoindrions chez Gusteau.

Je fis un rapide passage par ma chambre pour me laver les dents et déposer mes cadeaux sur mon bureau. Ma tante m'attendait dans le hall et elle ajusta ma nouvelle cape sur mes épaules, replaçant une mèche derrière mon oreille.

- Je veux que tu saches que nous ne sommes pas à l'abri d'une incartade ou deux. L'évasion de Sirius Black a rappelé à toute notre communauté les actes les plus indignes perpétrés par les Black...

Je déglutis mais relevai le menton pour lui montrer que je n'avais pas peur. Cela ne serait pas la première fois que je serais prise à partie à cause du nom que je portais – une femme avait un jour refusé de me servir un jus de fruit dans un salon de thé sous prétexte que j'étais une Lestrange – et je ne pouvais pas vraiment m'indigner face à de telles réactions.

Mes parents avaient tué et torturé, mes deux grand-cousins avaient été des Mangemorts, et l'un des deux avait ravagé une rue entière au cœur du Londres moldu... Les Black avaient certainement marqué l'histoire à leur façon, et Bellatrix Lestrange et Sirius Black s'étaient arrangés pour ancrer leur souvenir profondément dans les mémoires.

Ma tante embrassa mon front, puis me désigna la cheminée.

- La bonne fée, Chemin de Traverse.

Je fus emportée par un tourbillon de cendres à peine teintées de vert, puis projetée hors de la cheminée dans la boutique où Nani m'emmenait chaque année. Madame Hopkirk m'accueillit en me souhaitant un joyeux anniversaire, puis me débarrassa de la poussière sur mes vêtements.

- Vous avez un teint radieux, Miss Lestrange. Ce n'est sûrement pas ici que vous avez pris d'aussi jolies couleurs...

Je ne pus retenir un sourire au compliment, que je savais sincère. Madame Hopkirk avant sans doute l'âge d'être ma grand-mère – peut-être même plus – et avait vu ma mère et ma tante grandir, puisque Druella Black n'avait juré que par son talent pour les tenues de ses trois filles. C'était chez elle que ma mère avait acheté ma tenue de Présentation et j'accompagnais Nani dans quasiment toutes ses sorties shopping, aussi voyais-je Madame Hopkirk au moins une fois par mois.

- Lady Malefoy, c'est un plaisir de vous voir. J'ai mis plusieurs modèles de coté pour l'occasion. J'espère que vous y trouverez votre bonheur.

Ma tante salua la gérante d'un large sourire et nous la suivîmes dans la boutique. Une vendeuse un peu plus jeune que Nani était occupée à ajuster une robe d'un vert profond et seules les formules magiques qu'elle fredonnait troublaient le silence feutré de la pièce. Partout où je regardais, je ne pouvais que remarquer les étoffes chatoyantes, les dentelles délicates et les voilages vaporeux. Plus que la perspective d'enfiler une tenue qui ne manquerait pas de me donner l'impression d'être presque aussi belle que ma tante, c'était plus celle de passer une paire d'heures en la seule compagnie de Nani, son attention entièrement mienne. C'était sans doute égoïste de ma part, mais le jour de mon anniversaire, je m'autorisais à transgresser la règle d'oncle Lucius et à imaginer que Nani était vraiment ma mère.

Cette année encore, quand je soufflerai mes bougies, j'en ferai le vœu, même s'il ne se réaliserait sans doute jamais, je continuais à croire en un quelconque miracle.

- Alya, ma douce ?

Je rejoignis ma tante près d'un portique sur lequel était pendue une dizaine de robes. Nani en élimina la moitié d'un simple coup d'oeil, et j'en fis de même avec deux autres. Après ce simple test, je fus envoyée dans une cabine avec une robe bleu marine à la ceinture brodée de magnifiques roses criantes de réalisme – un travail italien, sans aucun doute –, une autre couleur crème qui trancherait joliment avec mon bronzage, et une troisième bleu gris.

La première m'allait très bien et rappelait mon regard bleu, mais Nani jugea qu'elle me donnait un air trop sévère avec mes cheveux noirs. La seconde était finalement trop simple pour un anniversaire. Je craignis de choisir par défaut, sauf que je compris en enfilant la dernière robe que c'était celle-ci que je voulais. Le col et les manches étaient faits de dentelle, la taille était découpée dans un agréable tissu blanc cassé et la jupe était constituée de trois jupons différents, dont celui du dessus rappelait les dentelles du col. Le tout réussissait à être parfaitement élégant et à mettre en valeur mon teint halé. Nani eut un sourire en me voyant sortir de ma cabine et m'obligea à tourner sur moi-même plusieurs fois avant de décréter qu'elle ne trouverait pas mieux.

La robe était un peu trop grande aux épaules et la jupe trop longue. Je passais une petite demi-heure sur un podium, le temps pour Madame Hopkirk de placer ses épingles en guise de repère.

- Il vous fallait autre chose, Lady Malefoy ?

C'était sans doute la première année où nous nous décidions aussi vite – l'année de mes sept ans, j'avais essayé pas moins d'une trentaine de robes avant que Nani ne s'estime satisfaite – et je n'aurais pas été contre passer une heure ou deux de plus en compagnie de Madame Hopkirk.

- Non, cela ira pour cette fois. Nous avons rendez-vous chez Aphrodite.

- Ma petite-nièce travaille là-bas. Elle m'a vantée leur nouveau soin pour les mains... Il fait des merveilles d'après elle.

Madame Hopkirk continua son babillage et j'avais désormais hâte que nous quittions son magasin. Nani m'emmenait de temps en temps chez Aphrodite et je chérissais ces moments-là, puisqu'il n'y avait qu'elle et moi pendant au moins deux heures, et qu'une armée d'employées était à mes petits soins.

Il était encore trop tôt dans la journée pour que le Chemin de Traverse soit bondé et le pas vif des rares passants donnaient l'impression qu'ils étaient en mission spéciale. Entre la rue presque vide et les silhouettes pressées, je ne pus que repérer la seule personne abîmée dans la contemplation du dernier balai, exposé dans la vitrine du magasin de Quidditch. Harry Potter, sa silhouette chétive encore plus marquée à cause de ses vêtements moldus beaucoup trop larges pour lui. Il semblait être seul et cela, plus que le reste m'étonna. Nani ne nous aurait jamais laissés venir seuls sur le Chemin de Traverse, Draco et moi, et encore moins maintenant qu'un dangereux meurtrier était dans la nature. Je serais surprise que Black s'en prenne à l'un de nous deux – nous étions de sa famille après tout – mais Azkaban l'avait rendu instable d'après Draco.

- Le ministère est vraiment un ramassis d'idiots, commenta ma tante.

Je n'eus pas besoin de lever les yeux vers elle pour savoir qu'elle parlait de la présence de Potter sur le Chemin de Traverse, mais il devait me manquer quelques informations pour deviner sa référence. Je pourrais demander à Draco s'il en savait plus – mon cousin avait un don pour toujours connaître la dernière rumeur sur Potter – mais la dernière chose que je voulais, c'était d'entendre parler du Survivant durant toute la journée.

Nous rejoignîmes Aphrodite sans croiser personne de notre connaissance. Une sorcière nous installa dans des sièges confortables, situés dans une arrière salle où nous serions tranquilles.

Nani avait déjà tout prévu et je n'eus qu'à me laisser faire : le soin du visage était un délice – les potions étaient infusées de chocolat et d'or. Je n'avais aucun doute pour le premier et le deuxième devait être vrai aussi puisque mon teint rayonnait, presque littéralement –, celui des mains était fidèle à sa réputation – je choisis un verni rosé pour habiller mes ongles, tandis que Nani préférait un noir brillant – et je faillis bien m'endormir après le massage de pieds.

- Et bien, si j'avais su plus tôt qu'il suffisait d'un massage pour épuiser ton énergie, cela m'aurait considérablement simplifié la tâche !

La remarque de Nani fit rire la jeune femme qui s'occupait de moi et je choisis de ne pas me vexer. Ma tante avait beau se plaindre que je ne tenais pas en place petite, cette époque était derrière moi. Cela faisait plusieurs années que je ne passais plus toutes mes après-midi dans le parc, à courir après Draco ou à monter dans les arbres. D'abord parce que j'avais eu de plus en plus de leçons à partir de mes six ans, et ensuite parce que Draco avait décrété que nous étions trop grands pour ce genre de jeux le jour de son huitième anniversaire.

- Je crois que je vais rajouter cette activité à la liste de nos habitudes pour ton anniversaire, ma douce, déclara ma tante après qu'un troisième homme lui ait adressé un sourire séduisant et un signe de tête appuyé.

- Je croyais que la vanité était une mauvaise habitude ?

- Seulement pour Draco. Il a déjà une telle haute estime de lui-même qu'un peu d'humilité ne lui ferait pas de mal. Cela ne devrait pas être ton rôle, Alya, mais je compte sur toi pour le ramener sur terre quand vous êtes à Poudlard. Il a un don pour s'empêtrer dans des situations impossibles.

Je retins un rire moqueur. C'était le moins que l'on puisse dire et Nani n'imaginait sans doute pas le quart des ennuis que Draco s'attirait, simplement parce qu'il était incapable de se taire ou de ne pas se mêler de ce qu'il ne le regardait pas. J'aurais aimé pouvoir rassurer ma tante, mais Draco ne m'écoutait que lorsque cela l'arrangeait, et sans l'aide de Pansy, je n'avais pas la moindre chance de l'obliger à se montrer raisonnable.

Oncle Lucius, Christopher et Draco nous attendaient devant le restaurant, et je surpris une étrange lueur dans les yeux de mon oncle tandis qu'il détaillait sa femme.

Leslogan d'Aphrodite – rendre la beauté des femmes digne des Dieux – ne mentait visiblement pas.

- Je croyais que vous ne deviez qu'aller choisir ta robe ? s'étonna Christopher après m'avoir demandé d'où nous revenions.

- Je pense que ma tante avait besoin d'une excuse pour aller au salon de beauté. Je ne vais certainement pas m'en plaindre.

- Quand je pense que j'ai dû subir trois heures de bulgare pendant que tu te faisais masser, marmonna-t-il.

- Oh, je suis sûre que tu t'es bien plus amusé que Draco.

Il faudrait que je demande à mon cousin ce que son père lui avait fait subir pour le mettre d'une aussi mauvaise humeur. Avec ses lèvres crispées dans un rictus mauvais et son regard sombre, il avait presque un faux air de Sirius Black, dont l'avis de recherche était placardé à tous les coins de rue. Le Chef de chez Gusteau allait devoir se surpasser si je voulais qu'il retrouve le sourire.

A notre entrée, tous les visages se tournèrent vers nous et je croisais bien trop de regards hostiles – les dents serrées pour ne pas trahir ma gène, avant de les baisser en reconnaissant Neville Londubat et une vieille dame qui devait être sa grand-mère. Deux autres sorcières et un homme étaient installés à leur table. Il devait s'agir des quelques membres de la famille Londubat encore vivants et le gâteau d'anniversaire sur la table m'apprit qu'ils étaient là pour la même raison que moi.

Nani posa une main entre mes épaules et me guida en douceur à travers les tables. Elle me désigna la chaise qui me plaçait dos aux Londubat, déposant un baiser sur mes cheveux tandis qu'elle s'installait à ma droite, clamant la place d'ordinaire réservée à Draco.

Les conversations reprirent peu à peu, même si je pouvais sentir les coups d'oeil appuyés dans notre direction. Ces personnes imaginaient-elle que Sirius Black allait surgir du dessous de notre table ? Ou que nous allions nous livrer à un sacrifice satanique entre le fromage et le dessert ?

Soudainement, la rentrée à Poudlard me sembla encore moins attrayante : si des adultes se comportaient de cette façon, il était fort probable que je termine encore dans un placard à balais !

Heureusement, il était relativement tard pour un déjeuner, et la majorité des autres clients avaient déjà commencé leur plat de résistance. Quand nos entrées arrivèrent – un délicieux tartare de poisson et une salade bien parfumée – plusieurs tables s'étaient vidées, dont celle des Londubat.

- Je suis surprise que tu n'aies toujours pas essayé d'apprendre ce que j'avais prévu pour cet après-midi, Alya, dit Nani, après avoir échangé plusieurs banalités avec oncle Lucius.

- C'est parce que j'aime les surprises, ma tante.

Je n'étais pas Draco qui était capable d'espionner sa mère pendant des semaines pour découvrir ce qu'elle avait imaginé pour lui. Je savais que ma tante avait toujours de bonnes idées, et que nous passions chaque année un excellent moment tous les quatre. Au fond, c'était ce qui m'importait le plus.

Et puis, c'était un peu différent cette année. Après le mois de vacances dans le monde moldu, je me considérais plus chanceuse que jamais. Nani pourrait m'expliquer qu'elle n'avait pas eu le temps de préparer autre chose que notre matinée chez Aphrodite que je ne lui en voudrais pas.

- Je m'en voudrais de mettre fin au suspens dans ce cas. Draco, quelque chose ne va pas ?

Draco était figé en pleine action, sa fourchette à mi-chemin entre son assiette et ses lèvres, et me dévisageait avec des yeux ronds. Je cachai mon rire dans une quinte de toux plutôt convaincante, puis avalai une gorgée d'eau pour faire bonne mesure. Draco sembla envisager la possibilité de me vider le sien au visage : il avait sans doute échoué à faire parler sa mère – Nani ne lui confiait jamais le contenu de ma surprise, de peur qu'il fasse une gaffe – et il allait encore devoir se montrer patient parce que j'avais refusé que ma tante m'en dise plus.

Après cela, le repas se déroula dans une humeur plus légère, et oncle Lucius eut même un sourire à un moment, quand le plat principal fut particulièrement à son goût.

Le Chef s'était surpassé pour le dessert : le gâteau était un dôme parfait, d'un vert sombre sur lequel se détachait mon nom en argenté. Il s'avéra qu'il s'agissait d'une crème de pistache qui fondait dans la bouche, au milieu de laquelle était caché un cœur de cerise puissant. Le tout était posé sur une fine pâte que je reconnue être celle des scones. On était bien loin des débauches de sucre et de chocolat dont Draco raffolait, mais comme ce n'était pas son anniversaire, c'était aussi bien.

Comme d'habitude, oncle Lucius se chargea de payer, puis s'excusa pour retourner au Ministère – il ne prenait sa journée que pour Draco – et nous partîmes pour le manoir en utilisant la cheminée du restaurant.

Tabby apparut de nulle part dans un discret pop au moment où ma tante sortait de la cheminée.

- Tout est prêt, Lady Malefoy.

- Parfait ! Suivez-moi, jeunes gens.

Je laissai ma cape aux bons soins de Patty, puis emboîtai le pas de Nani, finalement curieuse de voir ce qu'elle m'avait concoctée.

La grande salle de bal – qui accueillerait ma fête d'anniversaire samedi prochain – était méconnaissable. Les larges baies vitrées avaient été obscurcies – sûrement grâce à un sortilège – et de lourds rideaux rouges dissimulaient le fond de la salle. Je ne pouvais qu'imaginer une scène derrière eux. Quatre confortables fauteuils étaient installés devant les rideaux, juste à la bonne distance pour profiter du spectacle de la meilleure des façons.

Nani prit place tout à droite, un sourire mystérieux sur les lèvres, et je me glissai entre Chris et Draco, définitivement curieuse d'assister à la suite.

Un gong raisonna derrière les rideaux rouges, et j'eus l'impression que mon cœur vibra en même temps. Je n'avais plus besoin que la scène soit dévoilée pour comprendre.

- La Magie du Soleil ? soufflai-je à l'intention de Nani.

Ma tante me glissa un clin d'oeil et je retins un cri de joie in extremis.

La Magie du Soleil était une troupe de sorciers et sorcières chinois qui se produisait aux quatre coins du monde. Ils étaient réputés pour la qualité époustouflante de leurs illusions et la virtuosité de leur Maître en Métamorphose. Wen Zhi Lee avait tout juste trente ans, un physique d'apollon et la légende disait qu'il maîtrisait plusieurs formes Animagi.

Les rideaux s'ouvrirent, dévoilant une dizaine de personnes, tous habillés de rouge et noir. Je reconnus Lee au centre, sa carrure mise en valeur par une cape dorée.

- A l'ouest du bourg de Xuanping, dans le district de Wuyi, se dresse une montagne nommée le mont des Cinq Dragons, sur laquelle poussent des bambous fins et des bois denses, des herbes sauvages et des fleurs parfumées ; des sentiers la parcourent en zigzag ; dans les vallées, l'eau des sources coule vers le ruisseau Hu.

La montagne se déploya sous mes yeux, aussi belle que ce que laissait entendre la voix du conteur. Je pouvais sentir les odeurs des fleurs, le vent qui parcourait les bois, entendre le bruit des rivières.

- Pourtant, au sommet des Cinq Cimes, il ne pousse aucun bois ou bambou, seule une couche de verveine officinale s'y étale, verte au printemps et en été, jaune en automne et en hiver.

La montagne se métamorphosa en une sculpture de glace, juste surmontée par une couronne jaune. La température dans la pièce chuta drastiquement et je regrettai ma cape. Je pouvais presque sentir la neige sur mon visage !

- Chose curieuse : une des cimes au centre, nommée Meidan, est si haute qu'elle a l'air de vouloir percer le ciel. Un proverbe dit :

« Si Meidan porte un manteau blanc, il pleuvra dans la journée;
si elle se coiffe d'un chapeau de nuages immaculés, il fera sec et beau. »

Pourquoi la cime Meidan se pare-t-elle toujours de vêtements blancs?

En voici l'histoire...

Pendant l'heure qui suivit, il n'y eut même plus besoin du conteur pour comprendre l'histoire, tant les artistes – il n'y avait pas d'autre mot qui me venait à l'esprit – savaient utiliser la magie pour nous montrer ce qu'il se passait.

La raison pour laquelle la cime de Meidan prédisait la météo était que Meidan n'avait pas toujours été une montagne. Elle fut un jour une jeune villageoise qui, malgré les épreuves de la vie et les caprices des Dieux et de la nature, avait fait preuve de courage en sauvant Dragon Noir, l'un des fils du Roi Dragon. Pour l'en remercier, le souverain l'adopta. Meidan devint donc une princesse, traitée à égal avec ses frères et sœurs adoptives, sans toutefois oublier d'où elle venait...

Car dans son village, le lac des Eaux Blanches tuait les villageois en débordant, détruisant les récoltes et emportant les animaux domestiques. Si le Roi Dragon était un grand souverain, sûrement pouvait-il faire quelque chose pour les aider. Bien sûr, le Roi refusa, prétextant la loi céleste et craignant les représailles de la Reine Mère. Face au chagrin de sa sœur, Dragon Noir convainquit les siens de désobéir. Le lac fut comblé grâce aux efforts des princes et des princesses, mais ils durent en payer le prix et furent changés en pierre.

La bataille était un final impressionnant : les lumières fusaient de partout, le grondement du tonnerre apportait un contre point dramatique aux cris des villageois, le feu des Dragons avait rendu l'air brûlant, et quand le déluge s'abattit, je l'accueillis avec soulagement. Alourdie par l'eau, la cendre recouvrit les filles et les fils du Roi Dragon, et ils laissèrent place à des montagnes d'abord torturées, puis aux formes de plus en plus douces à mesure que la vie s'épanouissait sur leurs flancs. Le silence serein s'éternisa dans la salle de bal. Je n'arrivais pas à détacher mon regard du paysage grandiose devant moi. Lorsque les rideaux commencèrent à se refermer, j'eus une sorte de sanglot déçu, sans pour autant me sentir triste. Après tout, l'histoire ne se terminait pas si mal que cela...

Il me fallut plusieurs minutes pour retrouver mes esprits, comme si mon cerveau avait été trop stimulé par la maestria de la troupe. A ma droite, Draco avait un regard hagard – le même qu'il avait eu la première fois qu'il avait vu une des œuvres d'Ashley La Fayette – et Christopher me fit un sourire qui me rappela ceux qu'il avait l'habitude de porter sur ses lèvres avant cette désastreuse année.

- Les Elfes ont préparé des rafraîchissements pour la troupe. Ils vont nous rejoindre sur la terrasse sud.

Cela suffit à me décider à me lever – sûrement aurais-je la chance de discuter avec Wen Zhi Lee et j'avais bien l'intention de lui demander si les rumeurs étaient vraies le concernant – et je suivis ma tante à travers le manoir.

- Es-tu contente de ta surprise, ma douce ? me demanda ma tante en passant un bras autour de mes épaules.

- Énormément, Nani. Merci beaucoup.

- Miss Ross m'a donné un sérieux coup de pouce pour cette fois...

Cela ne me surpris qu'à moitié. Ni Draco, ni Chris, ni moi n'avions réussi à découvrir quel était le véritable métier de Miss Ross – puisqu'il était évident que ce n'était pas préceptrice, ni gouvernante – et qu'elle ait pu arranger la venue de la Magie du Soleil spécialement pour moi semblait particulièrement dans ses compétences.

- Je lui enverrai une lettre pour la remercier dans ce cas.

- Excellente idée, Maellyn.

Bien entendu, les quelques rafraîchissements promis par Nani se révélèrent être une dizaine de boissons différentes – de la Bièraubeurre au thé vert glacé –, en plus de bien trop de pâtisseries pour le nombre de personnes que nous étions.

La troupe – douze personnes au total – nous rejoignit un quart d'heure plus tard. Ils s'étaient changés dans des tenues plus passe partout – même si Wen Zhi Lee aurait pu être vêtu de guenille sans que cela ne réussisse à ternir sa prestance – et plusieurs d'entre eux portaient des vêtements moldus. En pleine lumière, ils formaient un groupe hétéroclite, autant dans leur couleur de peau – presque toutes les nuances semblaient représentées – que dans leur façon de se comporter – au moins trois d'entre eux étaient clairement intimidés – mais il y avait une sorte d'unité qui se dégageaient d'eux.

- Le spectacle était magnifique, messieurs dames. Merci infiniment.

Le compliment de ma tante accentua le malaise des plus réservés et arracha des sourires sincères aux autres.

- Je vous en prie, servez-vous !

Il fallut plusieurs minutes pour que le charme de ma tante vienne à bout de la réserve de ses invités – Nani avait un talent certain pour susciter les émotions qu'elle voulait chez son interlocuteur, et c'était loin d'être la première fois que je la voyais à l'oeuvre –. Contrairement à Christopher et moi, Draco n'avait aucun mal à engager une conversation avec un adulte, surtout quand il s'agissait d'art.

Ce n'était pas que j'étais timide – pas vraiment – mais je n'étais pas non plus aussi douée que ma tante quand il s'agissait d'évoluer en société.

- Joyeux anniversaire, demoiselle.

Je me retournai vivement, manquant de renverser le jus de fruit sur ma robe. Wen Zhi Lee m'adressa un sourire et je me fendis d'une révérence hâtive, plus pour pouvoir baisser la tête et cacher le rouge de mes joues, que par réelle nécessité.

- Merci, soufflai-je. Le spectacle était vraiment magnifique.

Il inclina la tête.

- J'ai cru comprendre que vous aviez un goût certain pour la Métamorphose ?

- Oui, j'ai... C'est une matière que je trouve fascinante.

- Vous apprendrez bien vite qu'elle est bien plus que fascinante. Je pense personnellement que c'est un domaine qui n'a pas encore révélé tout son potentiel.

- J'ai lu que certains pensaient qu'on pourrait métamorphoser les sentiments ou les pensées. Mais je ne suis pas sûre que ça soit bien réalisable.

Lee me dévisagea, une étrange expression sur le visage.

- Comment une jeune fille de votre âge a-t-elle pu avoir connaissance des écrits de Raistlin Majere ?

Il y avait une véritable surprise dans sa voix, et une pointe d'admiration à peine voilée. Je sentis mes joues me brûler. Quand je trouvai le courage de lui répondre, mes yeux étaient rivés sur mes mains.

- Je... Il y a un de ses ouvrages dans la bibliothèque de Poudlard... Ma professeure de Métamorphose pense que c'est impossible.

Je réussis finalement à relever le regard. Lee se pencha vers moi, un air de conspirateur sur le visage.

- Savez-vous ce que l'on dit ? C'est impossible tant que personne n'a réussi à le faire. Je pense que Majere a raison, et je ne suis pas le seul. La Métamorphose est un domaine complexe, mais cela contribue sans aucun doute à sa puissance... Vous êtes jeune. Vous devez croire en l'impossible.

Il ne me laissa pas le temps de répondre. Il leva son verre une dernière fois, comme pour saluer mon anniversaire, ou ses paroles, ou autre chose et s'éloigna, me laissant en la seule compagnie de l'écho de ses paroles.

Bien plus tard, quand la troupe fut partie et que Lucius eut envoyé un hibou pour dire qu'il ne pourrait pas se libérer pour le repas à cause d'une énième réunion, Nani nous demanda d'enfiler une tenue moldue et nous emmena dans un restaurant italien qui nous donna l'impression d'être encore sous le soleil sicilien.

Ce soir-là, je me couchai avec la certitude d'avoir eu de la chance, douze ans plus tôt. Je pouvais me tromper, mais je n'aurais certainement pas vécu le quart d'une journée pareille si ma mère n'avait pas choisi de se lancer à la recherche du Seigneur des Ténèbres.

Samedi 14 Août 1993, Manoir Malefoy, Angleterre.

- Miss Alya, Lady Malefoy vous attend dans le petit salon.

Patty ne s'attarda pas et disparut dans un discret pop sans attendre ma réponse. Je ne pouvais de toute façon pas vraiment refuser, même si je n'avais pas la moindre idée de la raison pour laquelle elle souhaitait nous voir. La semaine n'avait pas été marquée par un seul événement : Christopher continuait son apprentissage du bulgare et Miss Ross avait passé trois après-midi avec lui pour lui faire travailler ses sortilèges, sa métamorphose et sa Défense contre les Forces du Mal oncle Lucius avait repris la formation de Draco pour la gestion de l'empire Malefoy et Nani insistait pour que je me tienne au programme de leçons qu'elle m'avait prévue – dans lequel figurait bien trop d'heures en compagnie de Monsieur Vasilovich –.

Avec un soupir, je reposai ma plume et abandonnai la lettre remerciant Lord Nott d'avoir pensé à mon anniversaire, même si je savais pertinemment que seul son secrétaire particulier – un homme encore moins souriant que lui – la lirait.

Toute la correspondance qui succédait à mon anniversaire était sans doute ce que j'aimaise moins...

Sans véritable surprise, je rattrapai Draco dans les escaliers.

- Je parie que c'est à cause de Black, me dit-il sans même me laisser le temps de lui poser la question.

Black, bien évidemment.

Notre communauté était toujours autant en émoi après son évasion. En deux semaines, Black n'avait pas été aperçu une seule fois, les Aurors ne semblaient même pas avoir une seule piste digne de ce nom sur la façon dont il avait réussi à s'évader, et depuis sa discussion avec son père, la seule chose que Draco – et ses amis – avait réussi à apprendre, était que Black serait après Harry Potter.

Cette information n'avait pas manqué d'arracher une diatribe interminable à Draco, deux jours plus tôt. D'après ce qu'il avait réussi à apprendre en espionnant un rendez-vous de son père, Potter s'était enfui de chez ses parents moldus après avoir fait gonfler sa tante comme un ballon, et n'avait pas reçu la moindre sanction pour son acte magique devant moldus.

Bien entendu, Draco s'était indigné face à l'injustice frappante, oubliant au passage que Christopher pratiquait la magie depuis son arrivée au manoir et que personne au ministère n'était venu demander des comptes à Lucius et Narcissa Malefoy.

Le petit salon était situé au premier étage de l'aile est, et était encore baigné par la lumière en ce milieu de matinée. Un délicat parfum floral embaumait l'air et mon regard s'attarda sur le nouveau bouquet placé sur la commode, composé avec des fleurs du jardin par ma tante. Quand j'étais plus petite, elle avait essayé de m'initier à l'art des bouquets, mais avait bien vite abandonné car j'étais encore incapable de tenir en place plus de cinq minutes à l'époque.

Ma tante était confortablement installée dans un des fauteuils du salon, et nous désigna le canapé qui lui faisait face.

Pour éviter une remarque, je mis un point d'honneur à me tenir droite, les chevilles croisées de la même façon que les siennes, et Draco eut le bon goût de m'imiter. A sa façon de fixer sa mère, je ne pouvais qu'imaginer à quel point il était curieux d'entendre ce qu'elle avait à nous dire. Ses hypothèses concernant Sirius Black étaient de plus en plus folles, et je restais convaincue que la mienne était plus proche de la vérité.

- Ta fête d'anniversaire, Alya, est la première réception à laquelle nous allons participer depuis l'évasion de Sirius Black... Vous ne serez pas surpris d'apprendre que l'étiquette de certains membres de notre communauté ne résistera pas à leur curiosité. Je compte sur vous pour vous montrer discrets sur le sujet.

Son regard s'attarda bien plus sur Draco que sur moi, et je retins un sourire en coin. Mon cousin était une véritable commère et cette mauvaise habitude était sans aucun doute le ciment de son amitié avec Pansy.

Ça, et cette manie de se penser meilleur que le reste du monde.

J'attendis une seconde de plus, espérant que Nani se montrerait plus bavarde, mais elle ne donnait pas l'impression de vouloir en dire plus...

Draco me devança.

- A quelle version devons-nous nous tenir ?

Je sus aussitôt qu'il n'avait pas été malin dans son choix de mots, et le léger plissement de paupières de ma tante confirma mon intuition.

Oncle Lucius avait encore beaucoup de travail pour transformer son fils en politicien aguerri.

- J'ignorais qu'il y avait plusieurs versions parmi lesquelles choisir, jeune homme. Sirius Black s'est échappé d'Azkaban où il purgeait une peine pour le meurtre de douze moldus et d'un sorcier. J'ignore pourquoi, et je suppose que vous aussi, n'est-ce pas ?

Il y avait l'ombre d'une menace dans la voix de ma tante, comme si elle nous prévenait de ne pas imaginer un autre scénario que la version officielle.

L'étrange impression qu'elle nous cachait quelque chose revint accélérer mon cœur. A la différence d'oncle Lucius, Nani ne nous menaçait jamais à demi-mots. Elle nous prévenait de la punition qui nous attendait si nous dépassions les limites qu'elle ne manquait jamais de rappeler.

Draco et moi savions toujours à quoi nous attendre.

Les règles du jeu avaient soudainement changé dès que le sujet tournait autour de Sirius Black. Nani ne voulait pas nous donner plus d'explications – quand bien même Draco était revenu un nombre incalculable de fois à la charge – et je n'étais pas sûre d'aimer cet avertissement inattendu.

Nani et Draco était ma seule véritable famille, les deux personnes en qui j'avais une confiance aveugle et absolue. Si je devais commencer à me méfier de Nani, mon équilibre risquait de ne pas s'en remettre.

- Père m'a dit que Sirius Black s'était échappé pour retrouver sa fille.

Le regard de ma tante fusa sur le visage de Draco et je fermai les yeux une seconde, juste pour être certaine de ne pas avoir rêvé le manque affligeant de finesse de la part de mon cousin. Même moi, j'aurais été capable de faire mieux, et Circée en soit témoin, cela en disait long sur sa bêtise !

Un silence pesant passa, durant lequel Nani attendit que Draco cesse de soutenir son regard, ce qu'il finit par faire, une légère coloration sur ses joues pâles.

- Je commence à croire que tu as décidément hérité du manque de discernement de ton père, Draco. Crois-tu vraiment que Sirius Black aurait attendu douze ans pour retrouver sa fille, alors que pour tout ce que j'en sais, il sait déjà où elle est ?

Je perdis le contrôle sur ma mâchoire et il fallut que ma tante croise mon regard, une lueur moqueuse dans ses yeux gris, pour que je reprenne mes esprits. Passé le choc, j'eus comme un doute. Nani avait esquivé toutes les questions de Draco jusqu'ici, en répondant aussi vaguement que possible, et voilà qu'elle acceptait soudainement de nous dévoiler une part de la vérité ? Après une attaque aussi grossière de la part de Draco ?

- Sirius Black a bien une fille ? reprit finalement mon cousin.

Ma tante se redressa, son regard soudainement aussi dur que l'acier de sa pupille.

- Sirius Black a eu une fille quelques mois avant la fin de la guerre. Elle vit avec sa famille moldue, quelque part aux Etats-Unis, et n'est en aucun cas notre problème aujourd'hui. Vous êtes tous les deux assez âgés pour comprendre que cette enfant n'a pas sa place dans notre monde. Très peu de personnes se souviennent de cette histoire, j'exige que cela demeure ainsi.

La seule personne à laquelle j'étais susceptible de faire une telle confidence était Christopher, et mon ami était assez remonté contre les us et coutumes des familles des Vingt-Huit Consacrés que cela ne servirait qu'à lui rappeler des mauvais souvenirs. Je savais déjà que cette information allait finir avec toutes les autres petites horreurs des Sang-Purs – de la consanguinité notoire des Black à la tendance des Rowle à tuer leurs propres enfants s'ils se révélaient inadaptés –. Un coup d'oeil à Draco m'apprit qu'il n'était pas encore décidé à changer de sujet.

Morgane, pour quelqu'un qui considérait que notre cousine était « une sorte de pièce rattachée par erreur », il se montrait drôlement curieux.

- Père m'a dit que Sirius Black avait trahi les Potter pour récupérer sa fille, c'est vrai ?

A la façon dont le visage de ma tante se glissa dans un masque lisse, je devinai sans mal qu'oncle Lucius allait entendre parler de cette discussion.

- Lucius est bien présomptueux s'il prétend savoir pourquoi Sirius Black a vendu les Potter au Seigneur des Ténèbres.

- Il était un Mangemort !

- C'est exact, et ce n'est pas quelque chose dont il peut être fier. Et encore moins quelque chose dont tu dois être fier, Draco !

Le ton glacial de ma tante signalait en général une ligne à ne pas franchir. Draco eut le bon goût de ne pas insister et baissa les yeux vers ses mains.

- Nous sommes les derniers membres de la famille de Sirius. Les Aurors nous surveillent, je ne vais pas vous le cacher. Certains d'entre eux ont des enfants à Poudlard. Vous devez faire profil bas sur cette histoire, est-ce bien clair ?

Je hochai la tête en silence et Draco eut un soupir résigné. Je ne me faisais toutefois pas d'illusions, j'allais devoir veiller à ce qu'il tienne sa langue jusqu'à ce que Black soit arrêté. Si ma première année m'avait appris quelque chose, c'était bien que Draco était incapable de se taire si cela lui permettait de faire le malin devant le reste de l'école.

- Maintenant que ce sujet est clos, je vous rappelle que Kristina sera là en début d'après-midi. Tâchez de réfléchir à ce que vous allez lui demander.

Draco fut le premier à se lever, et je l'imitai aussitôt. Nous étions arrivés à l'étage de ma chambre quand il daigna enfin croiser mon regard.

- Maman nous cache quelque chose, pas vrai ?

Mon ventre se serra. Le mauvais pressentiment que j'avais plus tôt – quand Nani avait confirmé à Draco que nous avions bel et bien une cousine – ne s'était pas estompé, mais je n'en savais pas assez pour déterminer le faux du vrai. Seulement, Nani s'était toujours montrée avare de détails concernant ses deux cousins, et ni Draco, ni moi, n'avions jamais insisté.

Jusqu'à aujourd'hui, du reste.

- Tu y crois, toi, qu'on a une cousine aux Etats-Unis ?

Il grimaça.

- Je ne sais pas trop... Je n'ai pas réussi à arracher d'autres détails à mon père concernant cette histoire. Si ça se trouve, Maman nous a dit ça pour qu'on ne soit pas tenté de fouiller à Poudlard.

C'était également ce que je craignais. Je n'avais pas pour habitude de me méfier des paroles de ma tante, mais il était évident qu'elle continuait à nous cacher quelque chose, et elle nous connaissait un peu trop bien... Une telle parade lui ressemblait beaucoup.

- Pansy m'a promis de se renseigner, j'en saurais plus ce soir.

- Ne me dis pas que Pansy va poser la question à sa mère ?!

Il eut un sourire en coin, à moitié moqueur et beaucoup trop confiant. J'avais horreur quand il me prenait de haut – comme si le fait qu'il soit mon aîné d'un peu plus d'un an suffise à faire de lui un grand sage – et je plissai les yeux en réponse, à deux doigts de lâcher mon regard noir sur lui.

- La mère de Pansy tient des journaux intimes depuis qu'elle est adolescente. Pansy était ravie d'avoir une vraie raison d'aller y fouiller.

Que Lauryn Parkinson écrive encore des journaux intimes à son âge ne m'étonna guère, et que Pansy se soit permis de les lire encore moins. Je savais que j'étais censée lui rappeler que cette histoire devait rester dans notre famille, mais Pansy était digne de confiance, et parfaitement capable de tenir un secret – et de veiller à ce que Draco en fasse autant à Poudlard –.

- Je me demande vraiment ce que Maman nous cache de si grave...

Draco eut un petit sourire et m'attira brièvement dans ses bras.

- Je suis sûr que ce n'est pas si grave que ça. Je parie que c'est un vieux scandale qu'elle ne veut pas revoir faire surface. Les Black ont déjà une assez mauvaise réputation...

- Si la moitié de ce que l'on dit sur Sirius Black est vraie, je ne vois pas comment ça pourrait être pire...

- Qui sait ? Peut-être qu'il était vraiment amoureux de cette Sang-de-Bourbe ?

- Et en quoi cela serait-il différent de ce qu'il s'est passé avec Androméda ?

Draco me dévisagea avant de passer une main dans ses mèches plaquées sur son crâne.

- Tu as raison...

Une autre fois, je lui aurais sans doute fait répéter son aveu, mais je n'étais décidément pas d'humeur à me moquer de lui.

- J'espère que Pansy réussira à trouver quelque chose, dis-je finalement.

Un sourire revint sur les lèvres de mon cousin.

- Je lui ai promis un scandale, bien sûr qu'elle va trouver quelque chose !

Nous aurions pu rester encore un long moment au milieu des escaliers, mais des bruits de pas nous décidèrent à nous séparer. Draco rejoignit sa chambre et j'attendis Christopher – puisqu'il ne pouvait s'agir que de lui – pour lui remonter le moral après sa leçon de bulgare.

Quand il arriva à mon niveau, je remarquai son teint pâle et son air sombre. Il ressemblait un peu trop au garçon que j'avais retrouvé à mon réveil, début juin. Malgré moi, j'enserrai le bras que je m'étais cassée dans la chute provoquée par sa magie et reculai d'un pas.

Nani allait être particulièrement furieuse si je me retrouvais clouée au lit le jour de ma fête d'anniversaire.

Christopher remarqua enfin ma présence dans un sursaut.

- Ça ne va pas, Chris ?

Contrairement à quelques semaines plus tôt, son visage se détendit un peu et il força un sourire sur ses lèvres.

- Je... Tu savais que le directeur de Dursmtrang serait là ce soir ?

- Non... C'est Nani qui s'est chargée de la liste des invités.

Je m'en étais étonnée, mais ma tante m'avait expliquée qu'elle devait se montrer plus prudente à cause de l'évasion de Sirius Black.

- Elle ne t'a pas dit pourquoi elle l'avait convié ?

Il frotta sa joue d'un geste nerveux.

- Elle veut qu'il teste mon niveau pour déterminer si je peux quand même accéder à la deuxième année.

- Et ce n'est pas une bonne chose ? Tu as travaillé dur tout l'été, Chris... Ça serait bien si tu entrais en deuxième année. On quitterait l'école en même temps !

- J'avais l'intention de faire mes deux dernières années à Beauxbâtons... Je serais majeur, tu vois ?

Je ne fus pas vraiment surprise qu'il n'ait pas abandonné son projet.

Euphémia Rowle avait réussi l'exact contraire de ce qu'elle souhaitait en enfermant Christopher dans sa chambre. Si mon ami avait toujours eu tendance à critiquer les dogmes de la société Sang-Pur concernant les moldus, il était désormais révolté contre eux. Miss Ross lui apportait de nouveaux ouvrages à chacune de ses visites, et il m'avait lu un passage d'un certain Barjavel dont il appréciait beaucoup le travail.

- Tu lui as dit ?

Il détourna les yeux et haussa une épaule.

- Ta tante a déjà fait beaucoup pour moi, Aly... Et ça n'a pas dû être facile de convaincre le directeur de Durmstrang de se déplacer jusqu'ici.

- Tu peux rater ton test sinon...

- Miss Ross a assuré à ta tante que j'avais un niveau correct maintenant. Elle s'est donnée beaucoup de mal pour que ce soit le cas, je ne veux pas la décevoir.

A court d'arguments, je pris sa main et la serrai doucement.

- Tu pourras toujours faire ta dernière année là-bas, tu sais ?

- Je suppose que ça sera toujours mieux que rien... J'ai un devoir de Métamorphose à rendre à Miss Ross pour lundi. Tu veux bien y jeter un coup d'oeil ?

Je passai la fin de matinée dans sa chambre. Son devoir de Métamorphose était quasiment parfait – il n'avait pas encore couvert tout le programme avec Miss Ross, mais j'étais convaincue qu'il en savait déjà plus que la moitié de ma promotion et il restait encore dix jours pour en voir le maximum – et il me parla du dernier livre qu'il avait terminé la veille.

- Je ne sais pas si c'est vraiment possible de deviner autant de choses sur une personne rien qu'en le regardant. Avec de la Legilimancie, je serais moins sceptique, mais là ?

- C'est ce que j'ai dit à Miss Ross et elle m'a répondu que c'était tout à fait possible. Ca s'appelle la Science de la Déduction et certains moldus sont très forts...

J'allais rétorquer que ce n'était pas parce que Miss Ross soutenait quelque chose qu'elle avait forcément raison, quand Tabby apparut dans la pièce pour annoncer le déjeuner.

La journée passa très vite après cela. Kristina nous consacra près de deux heures, à Draco, Christopher et moi pour redonner de l'allure à nos crinières respectives. Le soleil italien n'avait pas fait que du bien à mes cheveux et je dus passer une éternité avec une potion trop parfumé sur la tête. Nani profita que je sois au bord de la suffocation pour arranger ma manucure qui n'avait pas survécu à une semaine d'interrogation à propos de mystère Sirius Black. Seul un ongle de ma main gauche était encore intact, et j'eus le droit à une leçon de morale de la part de ma tante sur l'importance pour une jeune fille d'avoir de belles mains.

Comme d'habitude, Kristina se contenta de recouper ma frange et de désépaissir mes longueurs pour que mes anglaises tombent avec le plus d'élégance possible. Nani prit ensuite en main ma coiffure pour la soirée. Mes cheveux furent rabattus d'un même côté et tenus en place par de nombreux sortilèges. Kristina fit apparaître des boucles si parfaites qu'elles semblaient irréelles avec quelques gestes élégants de sa baguette.

Quand ma tante fut satisfaite du résultat, elle nous congédia avec ordre de ne pas saccager le travail de Kristina et sa coiffeuse personnelle put enfin s'occuper d'elle.

Puisque la tentation de nous jeter dans l'étang serait trop grande si nous nous installions dehors, je rejoignis ma chambre pour terminer ma correspondance – c'était toujours mieux d'avoir répondu à toutes les lettres avant la fête en l'honneur de mon anniversaire – et je décidai finalement de ne pas répondre à Deloris, en sachant que je la verrais le soir même.

Elle ne serait sans doute pas très ravie par ma décision, mais si mes souvenirs étaient exactes, c'était sa mère qui s'occupait encore de remercier ceux qui avaient pensé à son anniversaire.

Vers dix-huit heures, je commençais à me préparer, enfilant ma robe fraîchement lavée, avant de rejoindre ma tante à nouveau pour qu'elle ajoute une touche de couleur à mon visage et m'aide à attacher mon nouveau bracelet.

Pour une fois, ma tante était déjà prête, plus éblouissante que d'habitude dans une robe à la jupe asymétrique qu'elle avait très certainement acheté chez l'un des créateurs moldus. Le tissu d'un blanc nacré mettait en valeur le bronzage qui subsistait de nos vacances, et les nombreuses perles brodées entre sa taille et ses épaules terminait joliment sa tenue.

Elle ne ressemblerait à personne ce soir, et j'étais convaincue que c'était l'effet recherché : les invités seraient sans doute plus occupés à commenter ses vêtements que Sirius Black.

- Tu es très belle, Nani.

- Merci ma douce. Toi aussi.

Je lui souris, même si je savais que j'étais encore loin de rivaliser. Ma tante était une véritable beauté, digne des modèles les plus célèbres de notre monde. Son visage était presque parfaitement symétrique, ses yeux gris captivaient l'attention, et sa silhouette ne laissait pas deviner qu'elle avait plus de trente ans. A côté d'elle, je trouvais mes yeux trop sombre, mon nez trop pointu et j'étais sans doute bien trop petite pour mon âge. Nani disait que je ressemblais à ma grand-mère maternelle – ce dont je doutais – et je m'étais résignée il y a bien longtemps sur mes chances d'avoir hérité du corps de ma mère et de sa poitrine généreuse. Du peu de portrait que j'avais vu de mes aïeule, je devais tenir du côté des Lestrange pour cela.

Il ne fallut que quelques minutes à Nani pour me maquiller et arranger mes cheveux une dernière fois.

- Voilà, tu es prête ! Les invités ne vont pas tarder... Je vais aller vérifier que Draco et Christopher sont habillés.

Tandis qu'elle rejoignait les étages, je descendis dans le Grand Hall, tout en espérant qu'Oncle Lucius n'y était pas encore. Sans Nani pour le rappeler à l'ordre, il était bien capable de m'assommer de critiques et de rappels de bonnes conduites.

Pour éviter une mauvaise surprise, je me penchai au-dessus de la rambarde pour vérifier que la voie était libre, bien décidée à rester au premier étage si je l'apercevais. Il devait encore être en train de se préparer car sa haute silhouette n'était pas en vue, seul Parky – le seul Elfe mâle du manoir depuis le départ de Dobby et l'annonceur attitré des soirées des Malefoy – montait la garde près de la cheminée.

La taie d'oreiller qui servait d'uniforme aux Elfes était immaculée, et emblâsonée des armoiries des Malefoy au niveau de sa poitrine. Il se tenait droit, le menton relevé, et soudainement, il n'avait plus rien à voir avec le vieil Elfe qui circulait difficilement dans le manoir. Deux ans plus tôt, Draco avait demandé pourquoi ma tante refusait de se débarrasser de lui – certaines familles libéraient leurs Elfes quand ils arrivaient à un certain âge, d'autres, comme les Black, leur coupaient la tête – et Nani lui avait expliqué sèchement que Parky avait vu grandir Abraxas Malefoy et qu'il méritait d'être traité avec respect pour les services qu'il avait rendu aux Malefoy. Parky continuerait à annoncer les invités et à s'occuper du parc jusqu'à sa mort.

Je rejoignis ma place habituelle, lissant des plis imaginaires sur ma robe et me tenant aussi droite que je le pouvais.

Ma tante, mon oncle, Draco et Christopher me rejoignirent quelques minutes avant l'arrivée de Caelina Flint, de son mari et de ses deux fils. De tous les invités, elle fut la seule à me prendre dans ses bras. Elle déposa ensuite un paquet rectangulaire sur la table prévue pour mes présents, et s'il devait s'agir d'un énième livre, je pouvais lui faire confiance pour que celui-ci soit vraiment à mon goût.

A vingt heures, tout le monde était arrivé, et je rejoignis la salle de bal pour partager un toast avec les adultes.

Comme chaque année, oncle Lucius se hissa sur la scène qui accueillait les musiciens et leva son verre de champagne au niveau de son visage.

- Ma nièce, Alya Lestrange, a fêté son douzième anniversaire cette semaine. Elle se rapproche chaque année un peu plus de son âge de raison, et gagne en beauté et en sagesse. Elle sera bientôt un membre à part entière de notre communauté, et je sais que vous tous ici sauraient lui réserver l'accueil qu'elle mérite ! Joyeux anniversaire, ma chère.

Je répondis à son sourire faux par un de ma propre invention et portait la coupe de champagne à mes lèvres. Depuis deux ans, mon oncle semblait mettre un point d'honneur à rappeler chaque année que je serais bientôt en âge de me marier, et je ne serais pas étonnée d'apprendre qu'il avait plusieurs contrats en cours de négociations à mon nom. L'étendue de mon héritage et l'influence que mon oncle pourrait gagner en me mariant de façon à servir ses intérêts était l'une des raisons pour lesquelles l'idée même du mariage me faisait froid dans le dos.

La possibilité de terminer ma vie auprès d'un homme promis à devenir aussi égoïste et cruel que Lucius Malefoy en était une autre.

- Si ces jeunes gens veulent bien se donner la peine de suivre Draco et Alya dans le grand salon à l'étage. Ils y trouveront des rafraîchissements et de quoi grignoter.

J'ouvris un chemin connu de tous en traversant le hall puis en rejoignant la grande pièce qui était utilisée pour les réceptions plus intimes, et pour confiner les enfants loin des adultes.

Deloris fut à mes côtés avant que Patty n'ait eu le temps de lancer la première chanson.

- Alors ? Qu'est-ce que tu sais sur l'évasion de Sirius Black ?

Cette question (et la dizaine d'autres du même acabit dont regorgeait sa lettre) était la raison pour laquelle j'avais finalement décidé de ne pas lui répondre par écrit. Deloris était un peu trop curieuse pour son propre bien, et puisqu'elle vouait une fascination presque inquiétante à la famille de ma mère, évidemment que l'évasion de Sirius Black l'intéressait.

- Pas grand chose de plus que toi, Deloris... Ma tante a refusé de nous en parler.

Déception était sans doute un euphémisme pour décrire la réaction de mon amie. Pendant une folle seconde, je me demandai si elle n'allait pas pleurer.

- Oh... Pourtant, elle a été au département des Aurors, non ?

- Elle n'avait pas vraiment le choix, non ? Elle leur a donné le maximum d'informations pour que les Aurors puissent retrouver Black, mais je doute que les Aurors lui aient confié des détails de l'enquête en échange. Ou si c'est le cas, elle ne nous a rien dit à Draco et moi.

Deloris une moue boudeuse.

- Et moi qui comptait sur toi pour en apprendre plus... Ta tante n'a pas la moindre idée de la façon dont il s'y est pris pour s'échapper ?

- Non... Elle a juste laissé entendre qu'elle n'était pas étonnée qu'il soit le premier à réussir une telle entreprise. Il a apparemment un don pour ne pas être là où on l'attend.

- Il n'a pas reçu l'aide du Seigneur des Ténèbres alors ?

L'espoir dans sa voix m'arracha un frisson de mauvaise augure et je décidai de changer de conversation au plus vite. Deloris n'avait jamais caché qu'elle pensait que l'idéologie des Sang-Purs était fondée, mais c'était la première fois que je la découvrais avide de revoir le Seigneur des Ténèbres au pouvoir.

- Je te l'ai dit, je n'en sais rien... Comment se sont passées tes vacances ?

Elle me jeta un regard méfiant, comme si j'avais soudainement remis en question sa confiance, et je le soutins sans ciller. Deloris était une commère finie – elle deviendrait sans doute pire que Lauryn Parkinson – et elle finirait par trop parler, tôt ou tard. Je ne tenais pas à ce que ma tante me reproche mon manque de discrétion.

Peu importait si cela ne plaisait pas à Deloris.

- C'était très bien. Nous avons eu un temps magnifique. Toutefois, mon père et Corban ont été obligés de rentrer plus tôt à cause de l'évasion de Black, ce qui était regrettable... Et toi ? Tu ne m'as même pas dit où ta tante t'avait emmenée !

- En Italie, là où nous allons de temps en temps.

- Et tu n'es pas plus bronzée que ça ? Merlin, si j'avais ta carnation, je ne quitterais pas ma chaise longue de la journée !

- Il faisait trop chaud pour rester en plein soleil.

Elle leva les yeux au ciel, puis entreprit de me faire un résumé de tout ce que j'avais bien pu louper pendant le mois passé dans le monde moldu. Lady Yaxley mettait un point d'honneur à être présente à chaque fête durant l'été – ou plus vraisemblablement, elle cédait ce caprice à Deloris – et mon amie avait donc croisé les Rowle au cours de l'une de ces soirées.

- D'après ma mère, elle est très remontée contre ta tante. Elle a essayé de convaincre certaines femmes qu'il s'agissait d'ingérence de sa part, mais ma mère n'est pas dupe. Elle a bien vu que l'état de Christopher ne laissait que très peu de place à l'imagination. On ne l'a pas revue après. Comment va Christopher, au fait ?

Euphémia Rowle se trompait lourdement si elle pensait que sa réputation pouvait rivaliser avec celle de ma tante. Narcissa Malefoy n'avait jamais pris part à aucune intrigue – contrairement à Lady Parkinson ou Regina Zabini – et elle était connue pour ses prises de positions claires et pertinentes. Après ce qu'elle avait fait à Christopher, j'espérais bien que ma tante fasse d'elle une paria.

- Ca peut aller. Il va rentrer à Dursmtrang à la rentrée.

Je la vis hésiter, sans doute aurait-elle aimé en apprendre plus, mais elle devait savoir que le sujet était sensible car elle se ravisa.

- Pas à Poudlard ?

- Non. Les Rowle ont refusé...

- Pauvre Christopher... Lui et moi, on ne s'entend pas toujours, mais il ne méritait pas ça.

- Personne ne mérite une chose pareille.

Elle m'accorda ce point et reprit le récit de ses vacances – beaucoup trop de journées passées à la plage à mon goût – et je ne dus mon salut qu'à l'intervention de Pansy.

- Joyeux anniversaire, petite !

Elle me gratifia d'un baiser sur la joue – une occurrence annuelle – et passa un bras possessif autour de mes épaules.

- Tu ne m'en veux pas si je te l'emprunte, Deloris ? Je dois parler affaire avec elle et son crétin de cousin.

Elle ne laissa pas le temps à Deloris de répondre – sûrement cela la dérangeait-elle puisqu'elle était au milieu de son récit –, pas plus qu'elle me demanda mon avis avant de m'entraîner hors du grand salon pour un boudoir rarement utilisé, ce qui expliquait la présence de draps blancs sur les meubles.

- Tu sais que tu viens de piquer la curiosité de Deloris à vif, pas vrai ? marmonnai-je tout en m'asseyant avec mauvaise grâce sur le banc, à coté de Draco.

Pansy se contenta de balayer mon argument d'un geste de la main – je savais qu'elle n'appréciait pas vraiment Deloris – et resta debout, deux mains sur ses hanches. Le manque de lumière ne me permettait pas d'être certaine, mais son teint semblait aussi pâle que d'habitude, ce qui signifiait qu'elle n'avait pas dû quitter le Pays de Galles de l'été, et peut-être même sa chambre si elle avait réussi à se faire punir par sa mère. Etant donné qu'elle ne portait pas de col puritain, cette deuxième possibilité était moins probable... sauf si Pansy avait encore une fois modifié sa robe sans le préciser à sa mère.

- Je suppose que tu as réussi à apprendre quelque chose, pas vrai ? demandai-je finalement.

Si Pansy réussissait à nous fournir quelques réponses, je trouverais un moyen d'endormir la curiosité de Deloris grâce à quelques compliments bien placés.

Pansy eut un sourire désolé.

- Pas vraiment, non... J'ai eu un petit contre temps.

- De quelle sorte ?

- Disons que ma mère m'a surprise et qu'elle a placé un sortilège sur ses journaux qui m'empêchent de les ouvrir.

- Et c'est moi qui manque cruellement de subtilité, c'est ça ?

Le fait qu'elle ne me réponde pas par un regard noir, mais plutôt par un sourire amusé, eut l'effet d'une alarme sonore quelque part dans un coin de mon cerveau.

- Tu te sens capable de me donner une leçon ?

- Comment ça ?

- Et bien, je suis presque sûre que le sortilège m'empêche seulement moi de toucher aux journaux... Si quelqu'un d'autre s'y risquait, il n'y aurait pas de problème.

- Pourquoi moi ?

- Pas seulement toi, Aly.

En croisant le regard brillant de Draco, je compris que cela ne servait sans doute à rien de discuter, et que le mieux que je pouvais faire, c'était de les accompagner pour que leur plan bancale ne tourne pas à la catastrophe.

- C'est ma fête d'anniversaire. Quelqu'un va s'en rendre compte si je disparais !

- Pas si Christopher te couvre.

- Il ne va pas marcher dans un plan pareil.

- Il t'a cassé le bras il y a un mois et demi. Il peut bien te rendre un service.

Mon regard noir ne fit même pas ciller Draco. Il commençait à être immunisé à son pouvoir, et j'allais devoir trouver quelque chose de plus efficace.

- Millie va me couvrir et Blaise va s'occuper de Draco. On sera parti une heure. Une heure et demi maximum.

- Et si Nani vient voir si tout se passe bien ?

- Ca sera le problème de nos couvertures, petite.

- Très bien, et si on se fait pincer quand même ?

- Et bien... Ce sera parce que Draco et moi voulions être tranquille, tous les deux.

- C'est-à-dire ?

Le sourire amusé de Pansy devint plus large, et elle glissa un clin d'oeil à Draco.

- Si jeune et si innocente... Comme c'est mignon.

J'aurais aimé que mon rougissement soudain passe pour de la colère, mais Draco et Pansy me connaissaient sans doute un peu trop pour marcher dans un piège aussi grossier.

Ils éclatèrent d'un rire au moins aussi idiot l'un que l'autre.

- Il y a plusieurs dizaines de chambres dans le manoir, rétorquai-je finalement, avec le plus de dédain possible.

- Je veux que ça arrive dans mon lit. Juste pour faire enrager ma mère encore plus.

- Et je suis censée être là pour quoi ? Regarder ?

La simple pensée aggrava mon fard.

- Tu as appris ce qu'on était parti faire et tu as voulu nous dissuader. Ca ne sera pas la première fois que Draco se comporte en crétin et que tu souhaites sauver ses fesses, non ?

J'étais arrivée à court de remarques et Pansy me lança un sourire torve. Si je souhaitais en apprendre plus sur Sirius Black, je n'avais pas d'autre choix que de les suivre, même s'il y avait de très grandes chances pour que cela se termine mal.

Nani allait très certainement être furieuse...

- Alors, petite, tu es avec nous ?

Je soupirai.

- Je vais prévenir Christopher...

- Parfait ! On se rejoint en haut des escaliers.

Christopher était en train de discuter avec Sven et Hadrian, et il sembla particulièrement soulagé de me voir venir vers lui.

- Joyeux anniversaire, Alya, me souhaitèrent Sven et Hadrian, presque en chœur.

- Merci. Chris, je peux te parler trente secondes ?

- Bien sûr ! Désolé, les gars.

Son sourire à peine contenu disait le parfait contraire de ses paroles, et Hadrian nous suivit des yeux tandis que nous nous éloignons.

- Merci ! J'ai cru que je n'arriverais jamais à m'extirper ! Ils parlent de Quidditch depuis au moins une demi-heure !

- De rien... mais je dois vraiment te parler.

- Qu'est-ce qui se passe ?

Je glissai un regard par-dessus mon épaule pour être sûre qu'Hadrian était passé à autre chose et que Deloris n'avait pas l'intention de nous rejoindre, avant de lui expliquer rapidement le plan de Pansy et Draco.

Il me dévisagea avec incrédulité.

- Vous allez vous faire prendre et ta tante va vous réduire en charpie !

- Je sais. Mais Draco et Pansy ont déjà pris leur décision, quoique je dise... Tu peux me couvrir ?

- Il vaudrait mieux que je vienne avec vous si tu veux mon avis...

Mon regard de chiot battu ne valait pas celui de Draco, mais il fut suffisant pour faire céder Christopher.

- Très bien... Mais dépêchez-vous !

Pansy et Draco patientaient avec une nonchalance étudiée – que seule ma tante aurait sans doute trouvé douteuse – et ils commencèrent à descendre les escaliers en me voyant arriver. En découvrant l'absence de Parky près de la cheminée, je me demandai si je devais remercier notre chance, ou si Draco avait trouvé un moyen de se débarrasser de lui. Les Elfes ne lui devaient pas une obéissance absolue comme à mon oncle et à ma tante, mais ils avaient quand même tendance à s'exécuter quand Draco leur demandait quelque chose.

Pansy fut la première à prendre une pincée de poudre de cheminette tandis que Draco faisait le guet, son regard fixé sur la grande salle de bal où les adultes enchaînaient des danses traditionnelles.

- Manoir Parkinson, Pays de Galles.

Je me pressai de la suivre et j'arrivai très vite dans un autre vaste hall d'entrée, décoré dans la pure tradition Sang-Pur. De la marqueterie élégante habillait les murs, du marbre d'un gris froid recouvrait le sol, et une impressionnante collection de tableaux témoignait de l'ancienneté de la lignée Parkinson. Comme les Malefoy, les ancêtres de Pansy s'étaient donnés du mal pour conserver les traits physiques des premières générations : quasiment tous avaient les paupières bridées, un teint clair, des cheveux d'un noir profond, des yeux d'obsidienne et un air renfrogné.

- Ne perds pas de temps à contempler ces vieux croûtons, je suis la plus réussie depuis au moins un siècle.

Tandis que Draco secouait ses vêtements pour les débarrasser des quelques traces de suie, j'emboîtai le pas de Pansy. Elle nous fit traverser une bonne partie du manoir et gravir trois étages, avant d'ouvrir la porte de l'étude de sa mère à l'aide de sa baguette magique.

Le fait que Lauryn Parkinson n'ait pas pensé à utiliser un autre sortilège que Collarporta me sembla être de bonne augure. Pansy avait certainement raison quand elle affirmait que sa mère s'était juste arrangée pour qu'elle seule ne puisse pas lire ses journaux intimes.

L'étude de Lady Parkinson était une pièce sombre pourvue d'une unique fenêtre et une odeur entêtante de cire prenait presque à la gorge. De nombreuses étagères couraient le long des murs, recouvertes de livres divers. En parcourant les titres des yeux, je compris qu'il s'agissait majoritairement de poésie et de romans à l'eau de rose.

- Les journaux de ma mère sont ici. Ceux qui couvrent l'année 1981 sont là.

Il y en avait cinq en tout, ce qui signifiait que Lauryn Parkinson avait eu énormément besoin de se confier pendant la dernière année de la guerre, et que l'heure promise par Pansy risquait de ne pas être suffisante.

Draco prit le dernier et je me saisis de l'avant-dernier. Nani avait laissé entendre que Sirius Black avait eu sa fille quelques mois avant la fin de la guerre. Ma tante ayant une excellente mémoire, nous avions plus de chances de trouver quelque chose dans les derniers journaux que dans les premiers.

- Je ne l'ai pas précisé, mais si vous croiser d'autres secrets croustillants, n'hésitez pas à partager. Ces trucs regorgent de potins.

Lauryn Parkinson ne se contentait pas d'écrire ses pensées – d'une écriture dont Pansy avait sans nul doute hérité – elle collectionnait aussi les coupures de journaux sur des sujets divers, choisissant sans doute les articles qui l'avaient intéressée au cas où elle voudrait les relire, plutôt que des événements historiquement pertinents.

Le journal que j'avais choisi commençait début août 1981 et se terminait le 1er Novembre avec une entrée catastrophée de Lady Parkinson à cause de la chute du Seigneur des Ténèbres et de la possible arrestation de son mari. Je remontai le temps à partir de là, essayant d'en lire le moins possible – je n'aurais pas aimé que quelqu'un lise mon journal à la place de Lady Parkinson – mes yeux cherchant le nom de Sirius Black et survolant le reste.

- Ah ! J'ai son arrestation ! s'exclama Draco. Sirius Black a été arrêté pour le meurtre de Peter Pettigrow et de douze moldus... Il a directement été envoyé à Azkaban... Les Aurors n'ont pas perdu de temps, dis donc ! Je ne suis pas vraiment sûr qu'il ait eu un procès.

- Il a été arrêté sur les lieux du crime, rappela Pansy. Je ne vois pas trop l'intérêt de faire un procès à quelqu'un quand on sait déjà qu'il est coupable... En tout cas, c'est du gâchis... Il était carrément canon...

Je relevai la tête et je me penchai vers mon cousin pour vérifier les dires de Pansy – il n'y avait qu'elle pour trouver une notion de gâchis dans l'arrestation d'un meurtrier –. Je m'attendais à le trouver avec cette expression froide qui seyait si bien aux Black – parmi tous les portraits que j'avais pu voir d'eux, les seuls qui avaient une esquisse de sourire avaient fini reniés – mais je n'avais sans doute jamais vu une expression aussi anéantie que la sienne. Il fixait l'objectif avec un air hagard, sans même se débattre, et même si les Black étaient souvent pâle, il était évident que Sirius Black était livide.

Au-delà de son désespoir, Pansy avait raison de penser qu'il était beau. Il avait les traits aristocratiques de sa famille, un regard gris encore plus saisissant que celui de Nani et une carrure de toute évidence athlétique.

- Ta mère avait l'air surprise d'apprendre qu'il était un Mangemort, Pansy.

- D'après ce que j'ai cru comprendre, elle n'était pas la seule. Elle ne dit rien de plus ?

- Non. Ton père venait d'être arrêté, elle avait d'autres soucis en tête apparemment.

- Comme si ça ne l'avait pas arrangée qu'il passe deux ans à Azkaban...

Draco ne tenta pas de raisonner Pansy – il m'avait un jour expliqué que Pansy considérait que tout était toujours de la faute de sa mère – et je repris ma lecture.

Les noms qui revenaient étaient souvent les mêmes : Lady Parkinson et Lady Bulstrode étaient encore plus proches que ce que je pensais, elle voyait Regina Zabini comme une rivale, elle tolérait tout juste les Ladies Crabbe et Goyle, et ne supportait tout simplement pas Alecto Carrow. Je savais que je devais m'attendre à y croiser celui de ma mère ou de ma tante, mais leur première mention me figea.

- Tu as trouvé quelque chose, petite ?

Je pris une profonde inspiration pour reprendre mes esprits.

- Je ne sais pas... Ma tante avait organisé une Récréation fin octobre. Ma mère y était...

- J'ai vraiment du mal à imaginer Bellatrix Lestrange à une réunion de mères de famille, entourée par des gamins braillards.

J'eus un bref sourire, puis je repris ma lecture.

c'est tellement rare de voir Bellatrix Lestrange en dehors des réunions de Mangemorts. Je ne comprends toujours pas comment son mari peut la laisser prendre part aux attaques. Pontius me dit que le Seigneur des Ténèbres a une grande confiance en elle... C'est vrai qu'elle est dotée d'un esprit brillant – et cruel – mais la place d'une femme est auprès de ses enfants. J'espère qu'elle se montrera plus raisonnable maintenant qu'elle est mère à son tour. Nous avons eu la possibilité de voir sa fille cette fois. Alya promet d'être très belle – avec des parents comme les siens, nul ne s'attend à autre chose – mais il m'a semblé que Bellatrix n'a pas encore trouvé son instinct maternel. Je ne suis pas surprise cela dit. Elle a trente ans passé, il était temps qu'elle donne enfin un enfant à son mari. Quel dommage qu'il ne s'agisse pas d'un garçon ! Je crains qu'il ne faille compter sur Rabastan Lestrange pour transmettre son nom à une nouvelle génération...

Les quelques informations sur ma mère me laissèrent une étrange sensation au creux du ventre. Nani m'avait toujours affirmé que ma mère m'aimait, mais que c'était son incapacité à accepter la chute du Seigneur des Ténèbres qui l'avait poussée à m'abandonner aux soins de ma marraine. Lady Parkinson ne semblait pas vraiment de cet avis...

Et si ma mère ne m'avait jamais aimée ?

Je déglutis, incertaine de vouloir me prononcer sur cette question. J'avais toujours eu des doutes – quel genre de mère abandonne son enfant après tout – mais il y avait un monde entre les doutes et les certitudes...

Et il y avait une certaine part de moi qui avait toujours souhaité que mes soupçons soient la vérité.

- Il n'y a rien de bien intéressant dans celui-ci... Elle ne l'a même pas terminé parce qu'apparemment, chaque année doit commencer dans un nouveau carnet...

Draco se saisit du troisième journal et je m'obligeai à tourner la page, remontant le fil du temps de quelques jours encore avant de tomber sur un récit détaillé du Gala des Vingt-huit Consacrés – une soirée prestigieuse à laquelle je n'aurais le droit de me rendre qu'une fois mes quatorze ans révolus –.

En survolant les paragraphes, j'appris que Sirius Black et Androméda Tonks avait été présents – malgré le fait qu'ils aient été reniés de la famille Black et dans ce qui semblait être une sorte d'habitude de leur part –, ce qui avait rendu ma mère furieuse – ce dont je ne doutais pas –. Lady Parkinson dédiait une dizaine de lignes à condamner le comportement des deux cousins, soulignant que leur tenues moldues étaient du plus mauvais goût, avant de reprendre sur le déroulement des événements – Pansy pouvait se moquer de sa mère, mais elle avait une étonnante mémoire et un souci de la précision remarquable –.

En somme, le Gala des Vingt-Huit Consacrés ressemblait à bon nombre de fêtes, sauf qu'il y avait un peu plus de noms prestigieux que d'ordinaire. La nourriture était délicieuse, l'alcool abondant, et bien entendu, la chaleur vite étouffante malgré les sortilèges et les efforts des Elfes pour garder la température sous contrôle. Tout ceci expliqua pourquoi Lady Parkinson fut prise d'un besoin irrépressible d'aller prendre l'air...

Elle ne s'attendait sûrement pas à pouvoir étancher sa soif de commérages en se rendant sur la terrasse.

Pour un soir d'Octobre, il faisait encore plutôt bon, et l'air frais me fit un bien fou. Je terminais mon verre quand je remarquais deux personnes qui s'éloignaient dans le parc des Greengrass. Une chance que le ciel soit dégagé, sinon j'aurais eu beaucoup plus de mal à deviner qu'il s'agissait de Narcissa Malefoy et de Sirius Black ! (Je pense, mon cher journal, que la volonté des Black à toujours vouloir être au centre de l'attention causera leur perte. S'ils avaient portés des tenue plus passe partout, j'en serais toujours à des hypothèses). Bien sûr, je ne saurais dire ce qu'ils se sont dit. Ils étaient bien trop loin pour que je puisse surprendre leurs paroles, et la lumière n'était pas suffisante pour que je puisse lire sur leurs lèvres. Mais je demeure persuadée que cette histoire est louche. Lady Malefoy soutint qu'elle n'a plus eu de contacts avec son cousin depuis qu'il a été renié, or elle ne semblait pas forcée de le suivre. De plus, ils ne sont pas disputés, puisque Narcissa a pris son cousin dans ses bras avant de retourner à la fête. Je ne sais vraiment que penser de tout cela. Je doute que quiconque sera amené à me croire, aussi vais-je me contenter de rester aux aguets... Peut-être que cette histoire est plus innocente que ce que je pourrais imaginer. Après tout, Walburga Black est très diminuée depuis la mort de son fils cadet et Narcissa serait bien du genre à essayer d'adoucir ses derniers jours en lui permettant de revoir son aîné.

Quand j'eus raconté ma découverte à Pansy et Draco, mon cousin me lança un regard non équivoque – je devais passer à autre chose car les rendez-vous secrets entre ma tante et les déshérités de la famille Black étaient un peu trop récurrents – et Pansy resta songeuse une minute avant de se prononcer.

- Pour une fois, ma mère n'a peut-être pas tout à fait tort, non ?

- Peut-être... Je vais continuer à chercher.

A cause du Gala des Vingt-Huit Consacrées, qui obséda Lady Parkinson tout au long du mois d'octobre, entre le choix de sa robe, son régime spécial pour être plus rayonnante et les nombreuses rumeurs sur les participants qui lui parvenaient, les entrées dans le journal n'étaient guère intéressantes. Même les articles de La Gazette ne provenaient que de la rubrique Société. C'était comme si la guerre s'était momentanément stoppée pour laisser le temps à la société Sang-Pur de célébrer leur histoire en toute quiétude.

La dernière quinzaine du mois de septembre fut d'un ennui aussi profond, marquée seulement par les caprices à répétition de Pansy au moment de son anniversaire – ce qui arracha un rire satisfait à l'intéressée – et il me fallut encore remonter d'une semaine pour croiser à nouveau une mention de Sirius Black.

- J'ai quelque chose, dis-je, après avoir parcouru le texte en diagonale.

- J'ai eu la chance de croiser Maria Gore sur le Chemin de Traverse aujourd'hui. Je suis toujours impressionnée par tout ce dont elle est courant, elle qui n'a qu'un simple poste de secrétaire au Mangenmagot. Parmi tout ce qu'elle m'a confiée, le plus intéressant reste les derniers développements autour de l'affaire Sirius Black. D'après elle, les Aurors ont classé le dossier du meurtre de sa petite Sang-de-Bourbe et de la disparition de sa fille. Apparemment, Fol-Oeil et Shacklebolt n'ont pas de pistes et il y a maintenant des cas plus urgents. Maria pense que le nourrisson a été tué, mais je n'en suis pas certaine. Je pense que le Seigneur des Ténèbres est derrière tout cela, et il doit une fois de plus avoir ses raisons... Pour le moment, toutes ses décisions ont toujours fini par payer, j'ai foi en lui.

- Bien, ça répond au moins à deux questions : Black avait bien une fille et le Seigneur des Ténèbres était derrière son enlèvement. Peut-être...

Draco fut coupé par la sonnerie de l'horloge dans la pièce, ce qui nous ramena à la réalité brusquement. Cela faisait une heure que nous étions partis. Si personne ne s'était aperçue de notre disparition – et j'en doutais – les chances pour que notre escapade soit sans conséquence diminuaient de minutes en minutes.

- On devrait y aller... proposai-je.

- Encore cinq minutes, le temps que je termine celui-ci... Dépêche-toi de finir le tien !

Je grimaçai avant d'obtempérer, sachant pertinemment que je perdrais mon temps à essayer de le faire changer d'avis.

La dernière quinzaine d'Août 1981 de Lady Parkinson avait été marquée par de nombreuses fêtes, comme la mienne allait l'être – certains parents célébraient l'anniversaire de leurs enfants en avance, d'autres voulaient seulement profiter des dernières chaudes soirées – et ce fut entre deux résumés détaillés des festivités que je tombai sur le faire-part de ma propre naissance. Pour en conserver un exemplaire dans l'une des vitrines de ma chambre, je le connaissais par cœur : les armoiries des Lestrange, soulignées par la devise « Défendre ce qui est nôtre » et enfin l'annonce officielle de mon arrivée au monde.

Lord Rodolphus Lazar Lestrange et Lady Bellatrix Druella Lestrange

vous annoncent la naissance de leur fille,

Alya Reina Lestrange,

Née le Dimanche 9 Août 1981.

L'enfant et sa mère sont toutes les deux en excellente santé.

Par curiosité, je pris le temps de lire le texte qui le précédait, soudainement curieuse de savoir ce qu'avait pensé Lady Parkinson de la naissance d'une Lestrange.

Cher journal,

Je t'écris aujourd'hui malgré un mal de crâne atroce que je dois entièrement à ma petite Pansy. Ma fille s'est réveillée à cinq heures ce matin et a refusé de fermer l'oeil de la journée, même pour une sieste. Je confesse que j'ai glissé quelques gouttes de Filtre de Paix entre ses lèvres afin d'être sûre d'être tranquille quelques heures. Elle est si petite et si frêle... Où donc trouve-t-elle toute cette énergie ?

J'ai reçu le faire part de naissance de l'héritière Lestrange aujourd'hui. La rumeur disait vraie, il s'agit bien d'une fille – Alya, un nom d'étoile bien sûr – et je crains qu'elle n'éclipse toutes les jeunes filles de sa génération avec l'empire qui est le sien. J'espère simplement que Lord Lestrange s'en tiendra à cette tradition de marier sa fille à un Russe, sans quoi je vais devoir revoir les prétendants possibles pour Pansy...

Moira est venue cette après-midi avec sa fille, et nous avons pu discuter au soleil. Elle m'a racontée une étrange nouvelle : selon elle, la petite Sang-de-Bourbe de Sirius Black aurait été assassinée quelques jours plus tôt et leur fille aurait été enlevée. Bien entendu, Dumbledore s'est empressé de faire jouer son influence pour étouffer l'affaire et éviter qu'elle fasse la une de La Gazette et je me demande s'il n'a pas eu un coup de folie. Il ne serait pas le premier Black à perdre la tête. Bellatrix n'est pas non plus un exemple de bonne santé mentale...

- Tu as trouvé quelque chose, Aly ?

En relevant la tête, je réalisai que Draco avait remis en place les carnets qu'il avait feuilleté et que Pansy et lui n'attendaient plus que moi.

- Je suis remonté au moment où Lady Parkinson a appris la rumeur concernant Black... Je suppose qu'on n'en apprendra pas plus... On y va ?

Pansy insista pour que Draco repousse précisément les tranches des journaux selon ses indications, parce que d'après elle, sa mère n'était pas complètement stupide. Nous rejoignîmes la cheminée au pas de course, et Draco se décida à passer devant, dans un acte de chevalerie inutile.

S'il se faisait prendre, il n'aurait pas le temps de faire diversion ou de nous prévenir. Nous tomberions derrière lui.

A ma plus grande surprise, notre retour passa aussi inaperçu que notre départ. Parky n'était pas revenu à son poste, les portes de la salle de bal étaient fermées et seule Deloris me fit remarquer mon absence quand je retournai dans le grand salon.

- Mais où étais-tu bon sang !

- Pansy voulait me donner mon cadeau à l'abri des regards indiscrets, mentis-je.

- Et c'était quoi ?

- Elle m'a promis mille morts affreuses si j'en parlais à quiconque.
- Et tu as peur d'elle ?

- Bien sûr ! Pas toi ?

Deloris prit le temps de la réflexion et jeta un regard prudent en direction de notre aînée.

- On danse ?

Je mourrais de faim et j'avais au moins un demi million de questions auxquelles j'aurais aimé prendre le temps de réfléchir, mais je devais d'abord endormir la confiance de Deloris si je souhaitais qu'elle oublie cet incident.

Dimanche 14 Août 1993, Parc national de Peak Distric, Royaume-Uni.

La grotte surplombait une vallée au creux de laquelle s'était formée un petit lac. Le soleil réussissait à s'infiltrer à l'entrée de son refuge, ce qui lui permettait de profiter de la vue tout en était réchauffé. Après douze longues années passées entouré de murs noircis et mangés par l'humidité, contempler la nature et un horizon libre de tout barreau réussissait presque à éloigner complètement ses démons.

Il n'était pas vraiment certain de mériter d'être là, libre et vivant, après ce qu'il avait fait, mais ce n'était pas comme s'il s'était échappé juste pour lui... Il était encore loin d'avoir rejoint Poudlard – il n'avait parcouru qu'un tiers de la distance pour le moment – mais il se rapprochait chaque jour un peu plus. Une fois qu'il aurait mis la main sur Pettigrow, il pourrait au moins se consoler d'avoir vengé James et Lily. Avec un peu de chance, Bellatrix finirait par mourir à Azkaban – elle n'avait pas de forme Animagus, elle était déjà cinglée, et son évasion inspirait sans doute le Ministère à revoir ses conditions d'emprisonnements – et Judy serait vengée à son tour.

Quant à leur fille...

Narcissa s'occupait sans doute mieux d'elle que ce dont il aurait été capable.

Dans la vallée, une famille de moldus profitait de la fraîcheur de l'eau pour faire une pause. Les deux enfants avaient déjà de l'eau jusqu'aux genoux et s'amusaient à s'arroser. La veille, il s'était permis un rapide bain dans l'eau clair et il était certain que les traces de son passage ne s'étaient pas encore tout à fait dissipées. Ce n'était pas la première fois qu'il se rinçait depuis son départ d'Azkaban, sauf que la crasse qu'il avait accumulé semblait faire partie de sa peau.

Il s'installa un peu mieux sur le sol meuble et ferma les yeux. Bercé par la chaleur, les chants des oiseaux et les rires lointains des deux enfants, il sombra rapidement dans une torpeur qui l'aurait sans doute emportée dans le monde de Morphée si le bruit de claquements d'ailes n'avait pas raisonné aussi près de lui.

Il se redressa dans un sursaut et ses yeux tombèrent sur deux hiboux Grand Duc, tous les deux d'un noir de jais. Un sac d'où émanait une forte odeur de viande fit gargouiller son ventre mais il se retint de se jeter dessus. Le hibou le plus proche lui tendit sa patte et Sirius se saisit de la lettre avec méfiance, même s'il avait déjà une idée sur l'identité de l'expéditeur.

Ce n'était pas comme si la liste de ses alliés comportait beaucoup de noms.

Mon cher cousin,

Je ne sais pas comment tu t'y es pris pour t'échapper, ni pourquoi tu as finalement pris cette décision, mais je suis heureuse que tu l'aies fait. Tu es libre et c'est sans doute la meilleure nouvelle que j'ai entendu depuis des années.

J'espère qu'à l'heure qu'il est, tu es loin du Royaume-Uni, peut-être même dans un endroit exotique, mais je n'ose pas trop y croire. Lucius a laissé entendre que tu étais après quelqu'un et s'il s'agit d'un ennemi, il est sûrement britannique... Je te supplie d'être prudent à défaut de pouvoir te convaincre d'être raisonnable.

Je ne sais pas si tu arrives à te procurer des exemplaires de La Gazette, je me doute que non, aussi vais-je essayer de te brosser un résumé de ta situation. Les Aurors sont manifestement à ta recherche, et ton signalement a été diffusé dans le monde moldu. J'ai offert mon aide à Rufus Scrimgeour dans l'espoir d'en apprendre plus et voici ce que j'ai réussi à découvrir :

- Tes refuges notoires (Square Grimmaurd, la maison d'Alphard, le manoir des Potter et Godric's Hallow) sont surveillés, ainsi que mon manoir et la majorité des manoirs des anciens Mangemorts, celui des Lestrange compris.

- Poudlard va être protégé par des Détraqueurs dès la rentrée.

- Pour tout ce que j'en sais, ils ne savent pas pour Patmol. Ton ami Remus Lupin a étonnamment tenu sa langue, même si j'ai du mal à comprendre les raisons de son silence, et Andy n'est pas au courant.

- Leur piste favorite est que tu t'es enfui pour retrouver le Seigneur des Ténèbres puisqu'il a redonné des signes de vie ces deux dernières années.

- J'ignore pourquoi, mais ils ont été chercher le dossier concernant Judy Adler dans leurs archives...

- Tu dois connaître Madelyn McGonagall. Je n'ai pas l'ombre d'une idée sur l'étendue de ses ressources, mais elle m'a confiée vouloir assurer ton retour à Azkaban.

C'est tout ce que je sais pour le moment. Je te tiendrais au courant si j'arrive à avoir de nouvelles informations.

Comme tu le sais, Maellyn a fait sa rentrée à Poudlard en septembre dernier. Elle a été répartie à Serpentard. Tu es peut-être déçu, mais sache qu'il s'agit d'une excellente chose pour que personne ne se mette à se poser trop de questions. Elle a ramené un excellent carnet de notes et aucune heure de retenue. Son sujet préféré est la Métamorphose, ce qui ne m'étonne pas, et elle a quelques difficultés en Sortilèges. Elle déteste la botanique et la Défense Contre les Forces du Mal, mais je pense que cela est plus dû à l'âne qui lui a servi de professeur cette année encore.

J'ignore si les derniers événements qui se sont déroulés à Poudlard sont arrivés jusqu'à toi, mais je dois te dire que la Chambre des Secrets a été rouverte durant l'année, libérant le monstre de Serpentard dans le château. Quelques élèves ont été pétrifiés, dont Maellyn. Heureusement, elle ne garde aucune séquelle de cette histoire...

Nous avons passé un mois dans diverses capitales européenne durant l'été. Ne sois pas surpris par la tenue de ta fille, nous étions bel et bien en visite dans le monde moldu.

Je n'ai que très peu de nouvelles à te donner de ton filleul. Il a encore sauvé Poudlard cette année en découvrant l'emplacement de la Chambre des Secrets et en tuant le monstre qui s'y trouvait. Cet enfant a décidément un don remarquable pour se sortir indemne des situations les plus périlleuses.

J'ai eu une récente entrevue avec Androméda. Elle a découvert la vérité au sujet de Maellyn et n'était pas ravie que je ne lui ai jamais rien confié. Elle te pense coupable des crimes pour lesquels tu as été enfermé et je doute de réussir à la convaincre du contraire sans preuves supplémentaires.

Sa fille, Nymphadora Tonks, est une Aspirante Auror. Elle entame sa troisième année et devrait obtenir son concours.

Je pense que cette nouvelle te laissera indifférent, mais Tante Cassiopea est décédée en décembre dernier.

Je pense ne rien avoir oublié. Tu trouveras quelques denrées dans le colis que je t'ai envoyé. Je tâcherai de te ravitailler aussi souvent que possible. Si tu souhaites m'envoyer une lettre, adresse-là à Caelina Flint. Son mari n'a pas été accusé d'être un Mangemort à la fin de la guerre et les Aurors ne surveillent pas son manoir.

Quelque soit la mission que tu te sois donné, je te prie de bien vouloir être raisonnable et de quitter le pays tant que tu le peux encore. Je ne souhaite pas devoir annoncer à ta fille que son père s'est stupidement fait tuer.

Sois prudent et débarrasse-toi de cette lettre et des autres.

N.M.

Sirius eut besoin de relire la lettre deux fois de plus pour digérer le flots d'informations, que ce soit celles concernant sa fuite que celles sur Maellyn.

Il avait une excellente longueur d'avance si les Aurors pensaient qu'il s'était échappé pour retrouver Voldemort, surtout s'ils ignoraient qu'il possédait une forme Animagus. Il devrait réussir à rejoindre Poudlard sans problème.

Pour ce qui concernait Maellyn, il n'était pas bien sûr d'avoir tout compris. Les Maraudeurs avaient bien essayé de trouver la Chambre des Secrets, durant leur deuxième et troisième année, mais ils s'étaient finalement résignés, se consolant avec tous les passages secrets qu'ils avaient découverts durant leurs explorations. Il avait assez lu sur le sujet – à cause de Remus, parce qu'il considérait que des recherches à la bibliothèque pourraient les aider – pour savoir que le monstre de Serpentard n'était censé s'attaquer qu'à des Nés-Moldus. Pour tout ce que le monde en savait, Alya Lestrange était une Sang-Pur... Il n'aurait sans doute pas plus d'explications tant qu'il ne discuterait pas face à face avec Narcissa, et puisqu'il serait à Poudlard pour la rentrée, il pourrait veiller sur elle aussi.

De toute évidence, Dumbledore ne faisait pas un très bon travail pour assurer la sécurité de son filleul, et son évasion se révélait plus nécessaire que jamais. Comment un gamin de douze ans avait-il pu se retrouver dans la Chambre des Secrets et réussir à vaincre le monstre de Serpentard ? C'était complètement insensé !

Finalement, il rangea la lettre avec ce qui restait des autres. La traversée de la mer du Nord n'en avait laissé que quelques unes de lisibles, et seules les photos étaient pour ainsi dire intactes. Il savait que Narcissa avait raison quand elle lui demandait de les détruire, mais il n'avait pas encore la force de le faire. Elles avaient été son seul lien avec le monde extérieur et sa fille pendant trop longtemps.

La photographie de Maellyn était la première de la sorte et il se demanda une folle seconde si sa cousine n'était pas devenue folle.

Sa fille avait revêtu une tenue moldue – un short et un débardeur décoré d'une immense fraise – et posait les bras écartés, un large sourire qu'il ne lui connaissait pas sur le visage, et la Tour Eiffel en arrière plan. C'était sans doute la première fois qu'il la voyait aussi heureuse, et que cela soit sûrement dû au fait qu'elle se trouvait dans le monde moldu lui arracha un sourire. Narcissa n'avait pas réussi à effacer son héritage malgré l'éducation des Sang-Purs.

Quelque part, l'esprit de Judy subsistait.

Sa dernière pensée fit mourir son sourire et s'il continuait à fixer la photographie dans sa main, il ne la voyait plus vraiment. Il aurait dû être là pour offrir à leur fille une vie loin de la société Sang-Pur qu'il haïssait. Elle n'était de toute évidence pas faite pour ça, et il avait vu trop d'héritiers de grandes familles être écrasés par le poids d'un nom et des attentes.

Si la même chose arrivait à Maellyn, il ne se le pardonnerait sans doute jamais...

Sauf qu'il ne pouvait plus faire grand chose pour elle. S'il ne terminait pas à nouveau à Azkaban après avoir tué Pettigrow, il serait toujours en cavale. Après tout, le Ministère l'avait enfermé sans même un procès, les chances pour qu'il l'innocente complètement étaient infimes, et de toute façon, il n'était pas innocent.

Il prit sa décision sans prendre le temps d'y réfléchir à deux fois, et sans même envisager la réaction de Narcissa si elle venait à apprendre ce qu'il avait fait. Au fond, il y avait peu de chance que cela ne change quoique soit.

Il prit le stylo que Jake avait oublié dans la poche intérieure de sa veste et gribouilla maladroitement un seul mot au dos de la photographie de sa fille. Il n'avait pas besoin de la garder, il la verrait bientôt en chair et en os.

- Je sais que c'est un long voyage, et pour être honnête, je ne sais même pas où il habite, mais si tu pouvais apporter ça à Grant Adler, dans l'Idaho, aux Etats-Unis, tu me rendrais un grand service.

Le hibou Grand Duc lui lança un regard dédaigneux, comme s'il l'avait insulté en remettant en doute ses capacités, puis lui tendit sa patte.

Sirius attendit qu'il ait disparu, son acolyte avec lui, avant d'inspecter le colis de Narcissa.

Avouez qu'il manquait les Adler dans ce joyeux bazar, non ?

J'avoue que j'ai hâte d'avoir votre avis sur :

- Les retrouvailles éphémères entre Sirius et Harry (Sirius, aka le parrain le plus dévoué de l'histoire des parrains).

- Draco, Maellyn, et leur réaction face à l'évasion de Sirius (il y a des dossiers qui ressurgissent, pas vrai?)

- L'anniversaire de Maellyn (je regrette un peu cette idée de surprise annuelle, parce que je galère à trouver des idées moi!)

- Draco, tout en subtilité face à sa mère (pourquoi est-il à Serpentard, je me le demande !)

- La mission suicide organisée par Pansy (cette petite me fatigue).

- Et bien entendu, vos paris sur la réaction de Grant Adler quand il va recevoir sa lettre !

Avec tout ça, Sirius va vraiment avoir besoin de câlin pour survivre à ce qu'il attend, alors soyez généreux !

En attendant la suite, je vous invite à aller faire un tour du côté du UA de cette histoire : There will be time.

La review est mon seul salaire et la base du régime alimentaire de ma muse ! Sérieux, 34 s'annonce pas plus sympa que 33.

Pour rappel donc :

- Dans deux semaines : mise à jour de TWBT.

- Dans un mois, mise à jour de BS.

A très vite les loulous !

Orlane.

Mis en ligne le 29/09/2018