Renouveau

Un échiquier fou

Un échiquier flou

Loki observait Severus Snape quitter Poudlard pour une énième convocation de Voldemort. Même si durant son adolescence, il avait assisté à de nombreuses réunions de mangemorts, il n'avait jamais fait le lien avec ce que devait subir Severus Snape à chaque fois. S'il voulait être mauvais, il pourrait dire que c'était un juste retour des choses par rapport à son comportement odieux avec Harry mais honnêtement, personne ne devrait se faire traiter comme un esclave, ni de se faire torturer parce que son « maître » était mal luné.

Même si son but premier était de protéger Harry, Loki avait décidé de donner un avenir meilleur à certains qu'il avait connu dont le premier était Severus Snape. Après une mise au point musclée – Snape l'avait une nouvelle fois confondu avec James Potter et Loki s'était fait un devoir de le convier à un duel à l'abri des regards pour lui mettre une bonne raclée qui était devenu un règlement de comptes qui avait fait du bien à l'un comme à l'autre – il s'était mis à apprécier Severus Snape et il osait penser que la réciproque était vraie. Avec les cours d'occlumencie qu'Harry avait – bien qu'il ait rechigné à les suivre – Severus et lui discutaient longuement sur leurs techniques pédagogiques. Certes, le maître de potions ne lui avait jamais avoué son rôle d'espion mais ce n'était pas pour autant qu'ils n'étaient pas à l'aise l'un avec l'autre.

Loki se souvenait encore de ce qui s'était passé dans la cabane hurlante le jour de la bataille finale. Les souvenirs du maître de potions l'avaient complètement ébranlé et avaient joué un grand rôle dans sa volonté de revenir terminer de tuer Voldemort, pour que personne n'ait à sacrifier autant sans un minimum de reconnaissance. Depuis que les cours d'occlumencie avaient été instaurés, il s'était penché sur la généalogie de Snape ou plutôt, côté Prince. En poussant, il s'était aperçu que la lignée Prince était sur le point d'être éteinte, sauf si Severus se décidait à reprendre le nom de sa mère. Mais s'il se fiait aux tendances cachottières d'Albus Dumbledore, il ne serait pas étonné que le directeur se soit arrangé pour que Severus ne sache pas qu'il pouvait être un héritier Sang Pur.

Laissant le sujet de côté, Loki se détourna de la fenêtre et avisa avec un sourire son pupille – son fils, même – endormi sur le canapé de ses appartements à Poudlard. Délicatement, il agrandit le meuble pour le mettre plus à l'aise et le recouvrit d'une couverture. Il s'installa dans un fauteuil et continua de l'observer dormir.

Le lendemain de la condamnation de Dolores Ombrage – deux mois après d'ailleurs, elle était toujours en train d'avouer ses crimes – Amelia Bones était revenue en personne à Poudlard et avait annoncé le départ définitif de la grande inquisitrice ainsi que la suppression du poste. La directrice de la justice magique avait ensuite annoncé qu'elle s'installerait dans un bureau que mettra à sa disposition le professeur McGonagall pour recueillir les témoignages des exactions de l'envoyée du ministère. Loki avait été le premier à se présenter, suivi d'Harry Potter, puis ce fut un défilé incessant pendant trois jours. Le professeur de défense avait pu croiser la directrice de la justice magique avant son départ de l'école et il avait vu son air horrifié devant l'afflux et les descriptions que lui avaient rapporté les élèves concernant le comportement de Dolores Ombrage.

L'arrestation d'Ombrage n'avait heureusement pas signifié le retour de Dumbledore. Amelia Bones s'était penchée sur les raisons de l'éviction du directeur de Poudlard de son poste mais ce n'était pas pour autant qu'elle avait levé cette suspension. Considérant la question légitime, elle la maintint et ce fut Minerva McGonagall qui reprit la tête de l'école. Heureusement, cette dernière était bien plus censée que ses deux prédécesseurs et avait laissé le champ libre aux professeurs pour que les élèves aient les meilleurs résultats à leurs examens.

Peu avant qu'il ne s'endorme, Harry lui avait part de l'absence totale d'un rêve qu'il faisait régulièrement jusqu'au moment où il avait vu Arthur Weasley se faire mordre. Loki avait soupiré de soulagement en comprenant que l'extraction de l'horcruxe par les druides avait parfaitement fonctionné. Pour se foutre de la gueule de Voldemort, Loki avait décidé de le transférer dans une mignonne peluche en forme d'ourson qu'il avait rangé avec le diadème de Serdaigle. Mais maintenant que cela était fait, il devenait impératif de récupérer les autres. Il avait fini par identifier tous les sorts autour de la bague des Gaunt et il allait devoir se dépêcher de la récupérer avant que les horcruxes ne reviennent à l'esprit de Voldemort. Ce qui voulait dire qu'il allait soit devoir négocier longuement avec les gobelins, soit convaincre Sirius de vérifier s'il pouvait devenir le nouveau lord Black.

L'autre nouvelle que lui avait annoncé Harry était le départ des Weasley du QG de l'Ordre de Phénix. Loki avait été surpris que le couple ait pu prendre une telle décision en toute conscience. Ils avaient avancé que la circulation incessante au manoir Black empêchait le bon rétablissement d'Arthur et qu'ils comptaient revenir dès qu'il serait remis. Curieusement, ils n'avaient pas donné leur nouvelle adresse puisque Ron avait pesté sur le fait qu'ils n'avaient pas réintégré le Terrier et ce dernier avec sa sœur étaient attendu chez leur tante Muriel Weasley dès la fin des cours.

Cela intriguait Loki. Les Weasley avaient toujours été une famille à laquelle il avait tenu mais depuis qu'il était de retour, il avait appris à les voir autrement que la famille parfaite. Même si Molly se montrait beaucoup trop protectrice à son goût, le véritable visage de Ginny et de Ron lui avait fait comprendre qu'il s'était bien trop accroché aux premières personnes qui lui avaient témoigné de l'amitié, même s'il avait bien été aidé par les consignes mentales installées par Dumbledore.

D'ailleurs, en parlant de lui, cela faisait un moment qu'il n'en avait plus entendu parler. Severus l'avait bien entendu mis au courant des progrès – volontairement décrits comme très lents – du Survivant et le désormais maître occlumens avait noté que cela faisait plaisir au vieux sorcier que les cours ne donnent que très peu de résultats. Si les suppositions de Loki étaient les bonnes, Dumbledore ne voulait pas que la connexion entre Harry et Voldemort soit interrompue. Mais dans quel but ? Faire souffrir Harry ? Le seul fait de le laisser vivre chez les Dursley en toute connaissance de cause était déjà une torture sans nom donc en remettre une couche était inutile. A moins qu'il ne sache quelque chose sur les horcruxes et plus particulièrement sur Harry …

Il était bon pour repartir dans ses recherches …

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Harry s'était plongé dans ses devoirs pour ne pas hurler sur Ron.

En effet, le roux le boudait parce que quand l'affaire Ombrage avait éclaté au grand jour avec la venue d'Amelia Bones, il n'avait pas apprécié de ne pas avoir été mis au courant comme Hermione et Neville. Pire, quand il avait eu le fin mot de l'histoire, il n'avait pas voulu croire qu'Harry ait pu subir les mêmes sévices et il avait décrété qu'il ne disait cela que pour faire son intéressant. Cela lui avait valu une monumentale gifle de la part d'Hermione et le mépris de Neville mais Harry avait refusé de laisser sa colère s'exprimer, d'abord parce que Loki ne lui permettrait pas et ensuite, parce qu'il ne voulait pas se faire humilier par les autres élèves qui ne manqueraient pas de se moquer de lui pour ne pas avoir su choisir ses plus proches amis.

Les accusations de Ron étaient loin, mais alors très loin de lui avoir plu. Cela faisait une dizaine de jours qu'elles avaient eu lieu et même Loki avait remarqué à quel point cela l'avait touché. Son psychiatre en avait discuté avec lui pendant la dernière séance, ce n'étaient pas tant les paroles qui l'avaient blessé, puisque ce n'était pas la première fois qu'on ne le croyait pas quand il disait la vérité – en commençant par ce qui se passait derrière les portes du 4 Privet Drive – mais plus le fait que ce soit une personne en qui il avait eu confiance qui tienne de tels propos. Il était clair que leur amitié ne serait désormais plus la même et que si Ron revenait en présentant ses excuses – et pour cela, le brun pouvait rêver – il n'aurait jamais la même place qu'avant.

Comprenant qu'il n'arriverait pas à travailler correctement, Harry orienta ses pensées sur un autre sujet.

Les cours avec Severus Snape se passaient bien mieux qu'il ne l'aurait cru malgré leurs antécédents respectifs. D'une manière dont il ignorait tout, Loki avait réussi l'exploit de mettre au pas le maître de potions concernant sa haine du nom de Potter. Le sombre professeur n'avait plus fait aucune allusion à son père et le fils l'en remerciait. Alors que le plus jeune s'attendait à ce qu'il entre directement dans son esprit et lui dise d'élever ses barrières – oui, il avait réussi à se faire expliquer la matière par Neville avant de passer à la casserole – Snape lui avait fourni un fin grimoire qu'ils avaient lu ensemble avec Loki. De là, il lui avait expliqué exactement ce qu'il voulait de lui et contre toute attente, il avait attendu qu'il sache ériger des barrières occlumens avant d'entrer dans son esprit avec la délicatesse d'un rhinocéros en train de charger. Il lui avait appris à construire une salle dans son esprit où il avait rangé tous ses souvenirs et ses capacités, à établir des pièges pour arrêter ceux qui essayeraient de violer son esprit, entre autres petites choses. Rassuré par le tournant qu'avaient pris les cours, Loki les avait rapidement laissés seuls, ce qui leur avait permis d'établir une relation bien plus saine. Harry ne se serait jamais douté que Severus Snape, derrière ses sarcasmes et ses regards polaires, pouvait être aussi pédagogue et … eh bien, sociable, il n'y avait pas d'autres mots. Certes, son comportement n'avait pas changé d'un iota pendant les cours de potions avec les autres élèves mais comme depuis le début de l'année scolaire, le brun avait su passer outre et même déceler l'humour dans certaines de ses remarques.

Au dernier cours, Harry avait échoué à bloquer son professeur et dans ces cas-là, Severus passait dans une autre matière pour lui changer les idées, parfois la théorie et l'histoire des potions, mais le plus souvent les sorts de défense oubliés. Le plus jeune avait été étonné d'apprendre que si les Sang Pur pouvaient se permettre d'avoir des grands airs, c'était parce qu'ils commençaient leur éducation magique bien plus tôt que les élèves vivant dans des environnements essentiellement moldus mais surtout, parce que ladite éducation est très variée. Il avait été très surpris notamment d'apprendre que beaucoup de sorts du quotidien – si ce n'est tous – n'étaient même pas indiqués dans le cursus de Poudlard mais généralement appris au sein de la famille. A leur plus grand étonnement, il arrivait à Harry et Severus – et Loki parfois – d'avoir des débats enflammés sur ce qui convenait d'enseigner à l'école ou non.

-Harry ?

Ledit Harry sortit de ses pensées.

-Excuse-moi Hermione, sourit Harry, contrit.

-Ce n'est pas grave, fit Hermione, qui l'avait sorti de ses pensées. Je te disais que nous rentrons à la salle commune. Est-ce que tu viens ?

Le brun avisa l'heure.

-Je ne resterai pas, prévint Harry en rangeant ses affaires. Loki m'attend.

Contrairement à Ron – toujours lui ! – Hermione et Neville, à ses côtés, ne s'insurgeaient pas qu'il aille voir ailleurs et encore moins qu'il profite du fait que son garant magique soit professeur pour régulièrement lui rendre visite. Ils avaient conscience, sans toutefois le comprendre totalement, qu'Harry pouvait pour la première fois compter sans restriction sur un membre de sa famille qui l'aimait pour lui et pas pour ce qu'il pouvait représenter.

Dès que ses affaires furent soigneusement rangées, le brun salua ses amis et quitta la tour pour se rendre dans les appartements du professeur de Défense qui l'attendait sur le pas de la porte. Ils entrèrent tous les deux, attendirent que les sorts qu'on leur avait jeté en désespoir de cause soient dissous par les protections placées sur les appartements puis passèrent directement dans la salle d'entraînement. Trois fois par semaine, Harry apprenait à manier les dagues et le couteau que lui avait offert Loki tout en fortifiant son corps. C'était laborieux – le seul sport qu'il pratiquait depuis qu'il était à Poudlard était le quidditch et dans son enfance, mis à part la course à pied, il prenait plus les coups qu'il n'en donnait – mais le brun adorait ce moment d'apprentissage privilégié. Autre point positif, contrairement aux cours d'occlumencie, il avait eu son mot à dire.

-Tu as passé une bonne journée ? demanda Loki alors qu'Harry commençait son échauffement

-Ça va, sourit Harry. Maintenant qu'Ombrage n'est plus là, c'est bien plus vivable.

Et que Dumbledore n'a plus la possibilité de te souffler dans le cou, ajouta intérieurement Loki.

Sans la présence oppressante du directeur, Loki avait remarqué qu'Harry était bien plus détendu. Est-ce que ça avait à voir avec sa propre présence, il n'en était pas sûr.

Chassant leurs pensées parasites, les deux Potter se concentrèrent sur le cours.

§§§§§

Voldemort était agacé.

A ses yeux, la reconstruction de ses troupes prenait bien trop de temps. Certes, bon nombre de Serpentards l'avaient rejoint mais il s'agissait plus des enfants de ses propres mangemorts qui avaient été éduqués pour le servir que de véritables adhérents à sa cause. Le fait qu'il tienne à garder son retour secret jouait également mais il avait bien l'intention de rectifier le tir.

Malgré un tout nouveau corps grâce au rituel, Voldemort savait qu'il lui faudrait encore du temps avant de récupérer toute sa puissance. C'était d'ailleurs l'une des principales raisons pour laquelle il n'avait pas clamé sur tous les toits son retour. Non, avant cela, il avait quelque chose d'important faire, outre le fait de reconstituer ses troupes.

Il devait connaître la prophétie dans son entier.

Il se souvenait encore clairement du jeune Severus Snape, mangemort depuis quelques années, venir lui rapporter ce qu'il avait surpris en suivant Albus Dumbledore à Pré-au-Lard. Dans un coin très loin de sa tête, il s'était étonné que le vainqueur de Grindelwald fasse passer un entretien d'embauche dans une chambre délabrée d'une auberge connue pour sa mauvaise réputation, mais le fait de connaître l'un des petits secrets de Dumbledore avait vigoureusement balayé cette question. Snape avait été décevant dans le sens où il n'avait entendu que le début de la prophétie et qu'il s'était fait attraper en train d'espionner, mais au moins, cela lui avait permis d'apprendre qu'il y avait une menace dont il devait se débarrasser, une menace née à la fin du mois de juillet de l'union de ceux qui l'auraient affronté par trois fois. Il avait cherché longtemps qui pouvait correspondre et ça n'avait été que l'été suivant qu'il avait arrêté ses soupçons sur deux couples qui s'en étaient sortis vivants pour la troisième fois d'un duel qu'ils avaient livré contre lui : les Longbottom et les Potter. La cerise sur le gâteau avait été que chaque couple avait un enfant né fin juillet à un jour de différence. S'il avait choisi le soir d'Halloween pour attaquer les deux familles, c'était plus pour le symbolisme. La nuit des morts était, de son avis, la nuit parfaite pour instaurer le début de son règne. Il était prévu, après qu'il se soit occupé en personne des deux familles, qu'il rassemble ses mangemorts pour qu'ils puissent déferler ensemble sur les hauts-lieux sorciers et prendre le pouvoir.

C'était le plan …

Encore aujourd'hui, Voldemort ne savait pas ce qui s'était passé dans le cottage des Potter. L'instant d'avant, il pointait sa baguette vers le bambin de quinze mois dont il venait de tuer la mère la minute d'avant et le père un peu plus tôt, l'instant suivant, il avait ressenti une immense douleur et s'était senti partir. Quand il avait repris pleinement conscience, huit années avaient passé et il errait tel une âme en peine dans le massif du Snowdonia au pays de Galles. Ça n'avait pas été de gaité de cœur qu'il avait parasité des animaux de plus en plus gros et ça avait été une chance inouïe qu'il soit tombé sur Quirinus Quirell qui s'apprêtait à effectuer un séjour d'un an dans les Balkans pour parfaire ses connaissances en défense. Même s'il était clair que le sorcier n'était pas taillé pour se battre, Voldemort avait toujours eu l'idée de le marquer une fois qu'il aurait un nouveau corps grâce à la pierre philosophale, ayant travaillé la possession pour libérer son hôte dès qu'il le voudrait.

Dans son plan parfait, il n'avait pas pris en compte un certain Harry Potter qui n'avait pas voulu mourir dix ans plus tôt …

Un autre point que Voldemort ignorait était la façon dont le gamin Potter avait pu empêcher Quirell de l'approcher. Il s'était moqué de la facilité avec laquelle son hôte et lui avaient passé les différentes épreuves mais il avait été étonné que trois gosses de onze ans puissent en faire de même. Il avait senti la douleur l'envahir quand le gamin avait touché Quirell et qu'il avait dû laisser tomber toute précaution pour s'enfuir avant de subir un sort pire que son état à ce moment-là.

Cela le confortait dans l'idée de se débarrasser du gamin. S'il pouvait se jouer de lui aussi facilement, il serait à très brève échéance une menace pour lui et sa suprématie. Mais il était soigneusement gardé dans le creux des mains de Dumbledore.

Enfin, jusqu'au 31 juillet dernier.

L'apparition de Loki Potter, garant magique d'Harry Potter et depuis, Régent du clan Potter, avait totalement changé la donne, créant sans le vouloir un quatrième camp qui n'obéissait ni à lui, ni à Dumbledore et encore moins au Ministère. Les buts de ce sorcier étaient flous – pour ne pas dire inconnus de tous – mais Voldemort était certain qu'il parviendrait à le convertir à sa cause, puisque d'après Snape, le garant magique refusait que son pupille soit approché de près ou de loin par le directeur de l'école.

Mais pour cela, il fallait savoir où il vivait en dehors de Poudlard.

Ses contacts, à commencer par Lucius Malfoy, avaient eu la curieuse surprise de découvrir que l'adresse de Loki et Harry Potter était sous fidelitas, ce qui voulait dire que seul le gardien du secret pouvait lui donner le précieux sésame. Il avait su contourner une fois le rituel car Pettigrow était celui du couple Potter – une belle erreur qui lui avait servi – mais sans moyen de pression, c'était compromis. Oh, il pouvait le kidnapper avant ou après une session du Magenmagot, mais sans informations sur ses capacités et ses compétences, il ne préférait ne pas prendre de risques, surtout en étant encore aussi faible. Il pouvait également kidnapper Harry pour forcer Loki à se soumettre à lui mais l'état guère enviable de Dolores Ombrage lui avait fait comprendre que ça serait très loin d'être une bonne idée.

Quand Lucius Malfoy et Severus Snape lui avaient raconté le duel d'honneur et le procès qui avait eu lieu dans la foulée, Voldemort avait été … eh bien, choqué était le terme le plus proche. Lui aussi avait toujours cru que les duels n'étaient pas possibles dans l'enceinte de Poudlard mais Snape lui avait indiqué que le professeur Flitwick avait bien confirmé que les duels d'honneur étaient une exception à cause des raisons de la provocation. La rapidité avec laquelle le procès s'était tenu n'était dû qu'à la prévenance d'une née de moldus envers ses camarades ainsi que la mainmise totale du vainqueur du duel sur la vaincue et Voldemort ne pouvait que s'incliner. Il avait toujours pensé qu'Ombrage pourrait l'aider pour évincer Dumbledore de Poudlard mais torturer des enfants parce qu'on avait l'ascendant sur eux … Il avait beau être cruel, mais il s'était toujours refusé de s'en prendre aux moins de quinze ans – à part Harry Potter et Neville Longbottom à cause de la prophétie – et il interdisait strictement ses mangemorts de le faire, même s'il s'agissait de nés de moldus, ses propres souvenirs d'enfance lui revenant avec suffisamment de force pour ne pas passer outre. Il avait d'ailleurs eu beaucoup de mal à faire entrer cette consigne dans la tête de Fenrir Greyback et ça n'avait été qu'après de très longues séances de doloris qu'il avait arrêté de mordre systématiquement tous les enfants à sa portée. Ce qui lui faisait penser …

-Queudver ! claqua Voldemort

-Maître, rampa l'être qu'il qualifiait volontairement de veule.

-J'ai besoin d'un émissaire pour se rendre dans le Dartmoor, décréta Voldemort. Tu iras annoncer à la meute de Greyback que je suis de retour et que je veux qu'il soit là avec ses loups le premier juin. Va.

Il ignora délibérément le couinement effrayé de Peter Pettigrow et le poussa à mener à bien sa mission avec plusieurs doloris.

Il était temps qu'il s'occupe de sa force de frappe.

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Théodore III Nott, héritier du clan Nott, s'était réfugié dans son lit pour travailler plus à son aise.

Sa silhouette longiligne – maigre, diraient certains – et sa proportion à la discrétion donnait l'impression qu'il était le Serpentard le plus faible de son année. Mais seuls ses plus proches amis – et surtout, ses ennemis – savaient qu'il était en fait celui dont on devait le plus se méfier, très loin devant Draco Malfoy.

Les véritables Nott – il ne parlait pas de la larve qu'était son géniteur, qui avait accédé au titre uniquement parce que Voldemort voulait une parfaite marionnette à la tête de cette famille – avaient toujours préféré agir dans l'ombre pour la pérennité de la Magie. C'était pour cela qu'après deux années à observer ses camarades, il avait fait une offre à Draco Malfoy alors qu'ils n'avaient que treize ans : le blond vénitien soutiendrait le blond dans l'ombre pour prendre le pouvoir sur la maison Serpentard, sous couvert qu'il écoute soigneusement ses conseils. Sachant flairer une bonne affaire, Draco avait accepté et depuis, il ne l'avait pas regretté. A la plus grande surprise de Théo, le jeune aristocrate ne s'était pas révélé être un petit raciste en culotte courte dont le plus grand rêve était de baiser la robe d'un sang mêlé qui voulait détruire la Magie pour sa propre gloire. Il savait que le blond serait assez facile à manipuler mais pas qu'il porterait un masque concernant ses véritables convictions qui allaient à l'encontre de l'enseignement de Voldemort. Une fois cette mise au point faite, Théo et Draco avaient travaillé main dans la main pour que la maison Serpentard arrête d'adhérer à la vision de Voldemort pour regagner ses lettres de noblesse par elle-même.

Mais pour cela, il fallait un grand choc. Du genre, couper les vivres à Voldemort.

Après les Malfoy, les Nott étaient les plus grands donateurs à la cause, dans une moindre mesure. Pour être franc, Théo avait appris que son grand-père, après avoir vu dans quelle direction penchait les idées de son dernier héritier – ainsi que les tendances sanguinolentes pour parvenir à ses fins de son « maître » – avait mis en place bon nombre de barrières pour que la fortune amassée durant des siècles n'atterrisse pas dans les poches d'un parvenu sans argent et menteur de surcroit. Dans les faits, Théodore II Nott s'était mis sur la paille sans que la fortune du clan Nott ne soit entamée.

Oh, et il n'avait jamais pu approcher de près ou de loin le titre de lord Nott car il avait été incapable de réaliser la petite épreuve concoctée par son paternel pour justifier de sa valeur et de ses intentions par rapport à sa famille.

Contrairement à Théo. Depuis l'âge de douze ans.

Les rumeurs concernant l'héritier de Serpentard l'avaient poussé à se renseigner sur les potentiels héritiers de cette lignée perdue et c'était à ce moment-là qu'il avait découvert les actes de son grand-père ainsi que les doutes concernant le maître de son géniteur. Quelques recherches plus tard, Théo avait compris l'amère vérité ainsi que la direction que prendrait le monde sorcier s'il tombait sous le joug de Voldemort. Son retour le confortait dans l'idée de détacher la maison Serpentard de ce personnage abject – oui, il connaissait sa réelle parenté, ce n'était pas si difficile quand on savait additionner deux et deux – et il n'était pas le seul à aller dans son but.

Pour cela, il fallait qu'il prenne la tête du clan Nott et ça n'était pas possible avec son géniteur dans le paysage. Le tuer serait bien trop rapide mais quand il comprendra qui était l'instrument de sa déchéance, il préférerait cent fois la mort. Quel dommage …