Histoires nocturnes estivales

Semaine 3 Syncrétisme

Cet os est écrit pour un jeu du FoF, il fallait le rédiger sur le thème "Syncrétisme" en une heure. Pour plus de précisions vous pouvez m'envoyer un mp.

Lorsqu'il entendit frapper à sa porte, Severus Rogue grogna, agacé. Pour une fois qu'il avait une soirée tranquille, sans retenue à superviser, voilà qu'un élève se décidait à venir lui gâcher son temps libre.
Bien décidé à se débarrasser de l'indésirable au plus vite, il grogna au gêneur d'entrer, et afficha son expression des mauvais jours.

La porte s'ouvrit et Severus jeta un regard de regrets vers l'épais grimoire qu'il s'apprêtait à lire. Un manifeste de potions rare et ancien, qu'il avait enfin réussi à acquérir après des années à le rechercher… Il leva les yeux prêt à expédier l'élève assez fou pour venir le voir de son plein gré, et manqua de s'étouffer en voyant qui se tenait devant lui.

Severus renifla et reprit contenance, mais l'élève avait eu le temps de lire sa surprise sur son visage et les yeux chocolat brillaient d'amusement.
- Miss Granger…

L'élève la plus agaçante qu'il ait eu de sa carrière sourit, et le salua d'un air décidé.
- Bonsoir Professeur.
- Que voulez-vous ?
Le ton avait été volontairement brusque, mais la Gryffondor ne sembla pas perturbée outre mesure.

Calmement, la jeune fille prit place face à lui, et lissa sa jupe d'uniforme de la main, seul signe visible de sa nervosité.
- Puis-je vous parler en toute confidentialité, Professeur ? Sans… risquer d'être entendue ?

Le Maître des potions haussa un sourcil perplexe, sa soirée gâchée oubliée. Il se saisit de sa baguette et lança un assurdiato qui leur permettrait de parler sans être entendus.
- Maintenant oui.

Hermione Granger hocha la tête d'un air assuré, puis elle se mordilla un instant la lèvre avant de relever la tête, décidée.
- Harry nous a parlé de la marque sur votre bras.

Immédiatement, Severus se tendit, et maudit l'impossible gamin qui clamait à tout va qu'il était un Mangemort. Cependant, Granger ne semblait pas rebutée ou effrayée. Elle énonçait juste un fait, et le Maître des potions resta silencieux, attendant la suite.
La jeune fille eut un léger sourire et précisa ses paroles.
- Rassurez-vous, seul Ron et moi avons été mis au courant. Harry… avait besoin d'en parler je suppose.
- Et vous venez me dire ça pour… ?

Il détesta le sourire malicieux et les yeux brillants de l'adolescente.
- C'est un fait, vous êtes proche de Voldemort. Dans un certain sens.
Severus grogna, tendu à l'extrême. Il n'aimait pas parler de ses erreurs, plus particulièrement de cette erreur. De cette marque indélébile qu'il avait accepté sans se rendre compte de la portée de son geste.
Hermione Granger continua, sans se préoccuper de ses états d'âme.
- Depuis que Harry est arrivé dans le monde magique, tout le monde lui parle du Mage Noir qui a tué ses parents, et qui veut le tuer lui. Il pense qu'il est une cible parce que Voldemort a échoué à le tuer, et que c'est en quelque sorte une vengeance pour avoir perdu son corps.

Severus grogna une fois de plus, ne comprenant pas la direction que prenait la conversation. La jeune fille poursuivit.
- Je suis née de moldu, et donc, je n'ai appris l'existence du monde magique qu'à mes onze ans, comme Harry. En discutant, nous nous sommes rendus compte qu'on nous parlait de Voldemort, des Mangemorts, et de leur volonté d'éliminer les moldus. Nous savons qu'ils prônent la supériorité des sang-pur.

Le maître des potions leva un sourcil interrogatif et intervint.
- Et vous me rappelez ces évidences que je connais parfaitement. Venez-en au fait, Miss Granger.

La jeune fille le fixa droit dans les yeux, légèrement penchée vers lui.
- Que veut Voldemort ? Pourquoi a-t-il commencé cette guerre ? Par exemple, pourquoi l'avez-vous rejoint, vous ?

Severus resta silencieux un long moment, stupéfait. En temps normal, il aurait renvoyé sèchement la gamine, avec probablement une retenue à la clé pour sa curiosité mal placée.
Cependant, Severus avait un défaut : il était curieux. Et il devait avouer qu'il était assez curieux de voir où aller mener cette conversation surréaliste, sur les motivations du Seigneur des Ténèbres. Une conversation d'autant plus surréaliste qu'elle se tenait entre un mangemort et une née de moldus proche de Potter.

Avec une mauvaise volonté évidente, Severus lui offrit un regard noir et répondit sèchement.
- Je l'ai rejoint pour pouvoir me venger de quelqu'un. Je n'en dirais pas plus.
- Donc vous n'adhérez pas à… l'idée que les nés de moldus sont inférieurs ?

Le maître des potions renifla d'un air méprisant.
- Ma meilleure amie à Poudlard était née de moldu, Miss Granger. Je peux difficilement prétendre que je suis convaincu par ces hypothèses.

La jeune fille lui sourit et passa la main nerveusement dans ses cheveux.
- Alors, pourquoi Voldemort a-t-il une telle haine envers les nés de moldus ? Harry nous a raconté son enfance malheureuse et ça pourrait expliquer qu'il déteste les simples moldus. Je veux dire, rien que la famille de Harry pourrait nous donner envie de… de les attaquer. Mais ceux d'entre nous qui sommes des sorciers… Je ne comprends pas.

Severus nota dans un coin de son esprit la mention de la famille de Potter. Une sonnette d'alarme s'était déclenchée dans sa tête, comme si l'information avait une importance capitale, et il se promit d'y revenir une fois cette conversation étrange terminée.
Il se concentra ensuite sur la question, lèvres pincées, et finit par décider de se montrer honnête. Bien qu'il ne le montrait jamais, il savait la Gryffondor brillante, et il était régulièrement impressionné par sa capacité de réflexion.
Il ne craignait pas qu'elle ne divulgue son secret, puisqu'elle était totalement dévouée à la sécurité de son ami Potter.

- Vous vous doutez bien que le Seigneur des Ténèbres n'est pas du genre à se justifier pour ses actes. Il ordonne et nous obéissons. Ne voyez pas les Mangemorts comme un groupe… pouvant débattre des décisions prises : nous sommes juste des esclaves. Rien de plus.

Granger hocha la tête, brièvement.
- Qu'en est-il des autres Mangemorts ? Quelles motivations avaient-ils ?
- Certains aiment juste le chaos. Attaquer, torturer, tuer…
La jeune fille se rembrunit.
- Greyback ?
- C'est loin d'être le seul. D'autres avaient soif de plus de pouvoir et voyaient un formidable tremplin pour accéder au sommet.

La Gryffondor eut l'air déçue, comme si elle avait espéré trouver un élément capital. A son expression, Severus devina qu'elle avait cru que ses réponses apporteraient un nouvel éclairage sur la guerre qui déchirait le monde magique depuis tant d'années.
Le Maître des potions eut un sourire rusé, et il se pencha pour se rapprocher de la jeune fille, s'amusant de la voir déglutir nerveusement.
Il baissa la voix jusqu'à seulement murmurer.
- D'autres encore avaient des croyances bien ancrées en eux.

Les yeux chocolat s'éclairèrent et la jeune fille se tendit, totalement attentive. Severus se demanda si les cornichons bourrés d'hormones qui côtoyaient l'adolescente s'étaient rendus compte à quel point elle pouvait être belle dans ces moments. Elle irradiait littéralement.
Severus inspira brusquement, repoussant ses constats sur la gamine qui se tenait devant lui, et lâcha finalement la réponse qu'elle attendait avec tant d'avidité.
- Ils ne supportent plus le syncrétisme qu'apportent les nés de moldus. Nos croyances sorcières sont de plus en plus diluées par les traditions moldues, souvent issues d'une religion qui a persécuté nos ancêtres.

Hermione écarquilla un instant les yeux et secoua la tête.
- C'est juste… juste une histoire d'intégration ?
- C'est la réaction d'un peuple habitué à se cacher qui voit ses traditions se diluer avec celles de ceux qui les persécutent. Pour beaucoup de sorciers, les moldus sont des ennemis. Ils sont ceux qui ont érigé des bûchers pour nous brûler, ils sont ceux qui ont peur de ce qui est différent.

La jeune fille resta un long moment silencieuse, réfléchissant visiblement. Puis, elle hocha la tête.
- Merci de m'avoir parlé Monsieur.

Severus ricana, et se refusa à avouer que la conversation avait été plaisante malgré le sujet. Au lieu de quoi, il haussa les épaules.
- Ce n'est pas comme si vous m'aviez laissé le choix, Miss.
Cependant, son ton était loin d'être aussi mordant qu'à son habitude et ils en eurent tous les deux conscience.

Syncrétisme : Combinaison de doctrines, de systèmes initialement incompatibles.