Histoires nocturnes estivales

semaine 2 courrier

Cet os est écrit pour un jeu du FoF, il fallait le rédiger sur le thème "Courrier" en une heure. Pour plus de précisions vous pouvez m'envoyer un mp.

D'aussi longtemps qu'il se souvienne, Harry Potter n'avait jamais reçu de courrier.

Lorsqu'il avait commencé à s'en rendre compte, il avait très vite compris qu'il n'était pas désiré dans le foyer de son oncle et sa tante.
Son cousin recevait parfois des cartes pour son anniversaire ou Noël, des lettres (bourrées de fautes et de ratures) de ses amis lorsqu'ils partaient en vacances.
Harry, lui, n'avait jamais rien reçu.

Il avait regardé avec envie les lettres avec des timbres colorés, et la joie de Dudley qui déchirait l'enveloppe avec hâte pour prendre connaissance du message. Il avait imaginé le jour où il recevrait quelque chose, et il s'était juré qu'il prendrait soin de l'enveloppe pour toujours la conserver.

Les années avaient passé, et Harry avait grandi. Cependant, le facteur n'apportait jamais d'enveloppe qui lui soit adressée. Alors le garçon avait enfoui le rêve d'enfin avoir du courrier au fond de son coeur, et il s'était persuadé que ça ne lui manquait pas.

Quelques jours avant ses onze ans, lorsqu'il y avait eu l'enveloppe épaisse et étrange glissée au milieu des courriers publicitaires, il l'avait fixé un long moment incrédule.
Il avait relu plusieurs fois son nom noté d'une belle écriture calligraphiée, et avait été incapable de quitter son premier courrier des yeux.

Comme toujours avec son insupportable famille, il avait fallu que Dudley s'en mêle. Son cousin si gâté avait été jaloux de voir que lui n'avait rien alors que Harry tenait cette enveloppe épaisse, et il avait attiré l'attention sur l'évènement incroyable : quelqu'un avait pensé à Harry Potter.

Quelqu'un avait estimé que l'orphelin malmené était digne d'attention, et avait pris le temps de lui écrire.

Avant même que Harry puisse réagir, son oncle lui avait arraché le parchemin épais des mains. Outré, le garçon avait oublié toute prudence et s'était jeté sur le gros homme pour reprendre son bien de force, bien décidé à savoir ce qui était dit dans cette lettre.
Son premier courrier.

Bien évidemment le gamin trop maigre et trop petit, sous alimenté, n'avait eu aucune chance face à son cachalot d'oncle. Vernon Dursley avait repoussé son neveu tant détesté, et l'avait enfermé dans son placard avant de détruire le courrier.

Harry en avait été presque malade, haïssant à cet instant sa famille indigne.
Il avait supporté les privations, les insultes, les corvées incessantes. Il avait survécu au peu de nourriture qui lui était accordé, aux vêtements usés qui le laissaient transi de froid l'hiver. Il n'avait jamais connu de consultation médicale, et ses lunettes avaient été récupérées dans une poubelle lorsque l'école primaire avait signalé ses soucis de vue.
Il ne s'était jamais plaint, de ne jamais avoir reçu de cadeaux comme son cousin, de ne même pas avoir de chambre décente. Il ne s'était jamais plaint de ne jamais avoir reçu de câlin ou d'étreinte, d'être délaissé, toujours.
Il n'avait jamais rien réclamé, résigné dès son plus jeune âge.

Cependant, cette dernière indignité, le vol de son courrier, puis sa destruction, avait été la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase.

Pour une fois, le coeur du petit garçon s'était emballé, et il s'était senti comme… réchauffé de l'intérieur. Pour une fois, quelqu'un avait pensé à lui. Spontanément.
Cette lettre, sur ce papier épais certainement coûteux, avait été la première chose qui lui était offerte, sa toute première possession.

Et son oncle s'en était emparé sans explications. Il l'avait jeté dans la cheminée, faisant brûler la lettre, détruisant le courrier qu'il avait tant espéré.

Harry Potter pleura longtemps ce jour là. Des larmes de colère, des larmes amères sur la trahison de cette famille qui aurait dû le protéger et l'aimer.

Parce qu'il n'avait pas le choix, il se força à se camer, à oublier cette lettre, ce courrier éphémère qui avait allumé un brasier d'espérance dans son cœur de petit garçon. Il était incapable de s'empêcher de penser que quelque part, il existait pour quelqu'un.
Cette lettre, ce courrier, c'était la preuve qu'il avait une place dans le monde, qu'il pourrait un jour sortir de son placard et commencer à vivre réellement.

Ce soir là, en s'endormant, Harry n'imaginait pas encore à quel point le courrier qui était arrivé chez sa famille allait bouleverser sa vie. Il n'imaginait pas qu'il se souviendrait toujours de ce jour, du poids de la lettre entre ses mains, de la texture épaisse du papier. De l'encre d'un vert émeraude vibrant, de la couleur de ses yeux, et de l'écriture soigneusement calligraphiée pleine de pleins et de déliés.
Il se souviendrait du sceau de cire d'un beau rouge brillant, qu'il avait caressé de son doigt d'enfant juste avant que Vernon ne la lui arrache des mains.

Il se souviendrait toujours de l'adresse écrite, reconnaissance de sa vie misérable. "Monsieur Harry Potter, dans le placard sous l'escalier".

Lorsqu'il serait adulte, il dirait un jour que la réception de sa lettre avait été une seconde naissance. Le début de sa vraie vie. Et il n'oublierait jamais l'importance que pourrait avoir un simple courrier dans la vie de quelqu'un.