Histoires nocturnes estivales

Semaine 3 Cassolette

Cet os est écrit pour un jeu du FoF, il fallait le rédiger sur le thème "Cassolette" en une heure. Pour plus de précisions vous pouvez m'envoyer un mp.

Harry remuait le contenu du petit plat en porcelaine fumant posé devant lui d'un air distrait, en évitant de regarder autour de lui. Et plus particulièrement, en évitant le regard de Ginny, qui semblait hautement satisfaite de l'avoir traîné dans ce guet-apens.

Après avoir défait Voldemort, Harry avait naïvement pensé qu'il obtiendrait la tranquillité à laquelle il aspirait. Il était épuisé, aussi bien physiquement que nerveusement.
Sa longue fuite en avant avec Ron et Hermione à la recherche des horcruxe l'avait plus touché qu'il ne le pensait, puisqu'il avait gardé un certaine nervosité dès lors qu'il était entouré de monde.

Hermione l'avait rassuré et lui avait assuré qu'il n'était pas fou, qu'il avait juste besoin de rester au calme, se reposer tranquillement pour oublier la guerre et les batailles qu'il avait dû mener. Un genre de stress post-traumatique d'après ses lectures.

Sauf que Ginny ne comprenait pas. Elle voulait le Harry d'avant-guerre, le héros dont elle rêvait petite fille. Si à une époque Harry pensait finir sa vie à ses côtés, il n'était plus vraiment certain de ses sentiments.
Il l'appréciait, c'était un fait, mais il était conscient que son exil l'avait changé. Devoir tuer Voldemort avait été l'élément qui avait tout fait basculer.

Le Sauveur s'était donc retranché Square Grimmaud, malgré les protestations de Hermione. La jeune fille avait lu tout ce que les moldus avaient écrit sur le stress post-traumatique et elle semblait convaincue qu'il ne pourrait pas s'en sortir dans la maison-mausolée de son parrain, lugubre et sombre, avec pour seule compagnie un elfe acariâtre et désagréable.
Harry cependant, n'avait nulle part ailleurs où aller, et il n'avait aucun désir de sillonner le monde magique pour trouver un logement. Il savait qu'il avait une invitation permanente pour le Terrier, mais il ne voulait pas se retrouver au milieu de cette famille bruyante et exubérante qu'il adorait pourtant.

Sans compter que s'il vivait au Terrier, Ginny ne lui laisserait plus un seul instant de répit, pour obtenir ce qu'elle souhaitait.

Lorsqu'elle avait débarqué au Square la veille, Harry était fermement décidé à l'éconduire gentiment mais fermement. Il avait prévenu Ron, qui avait semblé comprendre ses arguments et qui lui avait assuré qu'il avait son soutien. Comme toujours, Hermione l'avait encouragé.
Sauf que Ginny ne lui avait pas laissé placer le moindre mot. Elle l'avait abruti de paroles, le laissant légèrement hébété et avait réussi à le convaincre au passage de l'accompagner manger en ville.

Le Sauveur avait pensé qu'il pourrait tout aussi bien rompre dans un restaurant, et que peut-être se retrouver en public dissuaderait Ginny de faire une scène - il connaissait son caractère depuis le temps.
Sauf qu'elle avait oublié de lui préciser que le dîner en ville n'aurait pas lieu au restaurant mais au Ministère et qu'ils ne seraient pas seuls mais entourés de tout le Magenmagot et de tous les sorciers puissants qui restaient dans le monde magique après l'emprisonnement de nombreux lords sang-pur.

Furieux de s'être encore une fois laissé prendre, et d'être traîné de force dans un évènement auquel il n'avait jamais voulu assister, Harry était resté silencieux et n'avait pas décroché un mot, évitant le regard de Ginny.

Le Ministre se pencha vers lui, avec un petit sourire suffisant.
- Très cher, ceci est une cassolette de Saint-Jacques. Un met délicat particulièrement à la mode dans le monde moldu. Nous avons pensé que vous apprécierez…
Harry grogna et se retint de répliquer vertement qu'il n'avait jamais eu ce genre de repas autrefois. Il porta juste une bouchée à sa bouche et fut surpris de constater que le plat était réellement délicieux.

Face à son mutisme, le Ministre regarda autour de lui un peu gêné, puis il tenta une nouvelle approche.
- Et bien, Monsieur Potter ? A ce qu'il paraît nous aurons bientôt un mariage prestigieux à célébrer ?
Ginny laissa échapper un rire de gorge ravi et battit des cils, tandis que Harry lâchait sa fourchette et fixait l'homme, les sourcils froncés, ses yeux vers assombris par la colère.
- Le mariage de qui ?

Scrimgeour sembla déstabilisé un bref instant, puis il laissa échapper un rire amusé, comme si Harry venait de faire la plaisanterie la plus drôle qu'il ait jamais entendu.
- Le votre, bien évidemment ! J'ai été étonné que vous n'ayez pas pensé à publier les bans, mais si vous le souhaitez, je peux…

Harry le coupa grossièrement, la rage enflant en lui.
- Non.
Le jeune homme oubliait que Ginny était une amie, qu'il l'appréciait malgré le fait qu'ils n'aient pas les mêmes attentes de l'avenir. Il oubliait qu'elle était la petite soeur de son meilleur ami, qu'il adorait la famille Weasley.
Il ne voyait plus qu'une intrigante qui voulait décider à sa place. Toute sa vie, il avait subi les décisions d'autres, et voilà qu'après avoir sacrifié son enfance et son adolescence, il se retrouvait une fois de plus au pied du mur.

Le jeune homme posa les mains à plat sur la table pour s'empêcher de les serrer en poings, et donna sa pleine attention au Ministre.
- Il n'y a aucun mariage de prévu. Je suis célibataire, et pour l'instant je compte bien le rester. De plus, vous sembliez au courant de ma venue alors que j'ai été traîné ici sans savoir ce qui se passait. Alors, Monsieur, vous voudrez bien m'excuser mais cette soirée s'arrête ici pour moi.

Le Sauveur allait se lever, mais le Ministre le retint par le poignet, sourcils froncés.
- Monsieur Potter.
- Si vous ne voulez pas un scandale, Scrimgeour, vous allez me lâcher. Dites ce que vous voulez, que je suis souffrant, ou peu importe, mais je m'en vais immédiatement.

Furieux, le Ministre le lâcha et Harry se leva, prêt à quitter la pièce. Ginny esquissa un mouvement pour le rejoindre, mais il lui lança un regard furieux.
- Pas la peine Ginny. Tu sauras parfaitement rentrer chez toi à la fin de la soirée.
La jeune fille était blême, mais une flamme de colère brillait dans ses yeux bruns. Elle venait d'être éconduite et humiliée, et même si seul le Ministre en avait été témoin, elle semblait ne pas digérer l'affront.
Avec une inconscience toute Gryffondorienne, Harry leur tourna le dos et quitta la salle à grands pas, bien décidé à reprendre sa vie en main. Il avait bien évidemment conscience de s'être fait des ennemis, mais… il survivrait. Après tout, c'était sa spécialité…