Histoires nocturnes estivales

Semaine 3 - Sparadrap

Cet os est écrit pour un jeu du FoF, il fallait le rédiger sur le thème "Sparadrap" en une heure. Pour plus de précisions vous pouvez m'envoyer un mp.

Depuis l'ascension de Voldemort, les familles sorcières étaient divisées en deux camps. La lumière contre les ténèbres.

Chaque camp avait son "champion", son leader auto-proclamé. Voldemort était le Seigneur des Ténèbres et Albus Dumbledore le symbole de la lumière.
Depuis la mort des Potter cependant, la lumière avait un nouveau symbole ; le tout jeune Harry Potter.

Dumbledore l'avait écarté du monde magique, en grand secret. Il avait de nombreux arguments pour l'expliquer, certains totalement altruistes, et d'autres… bien plus égoïstes.
Le vieil homme souhaitait réellement mettre le garçon à l'abri. Il était certain qu'une enfance sous le feu des projecteurs ne pourrait que lui faire du mal, et qu'il risquerait sa vie à chaque instant avec les Mangemorts encore en liberté. Il voulait éviter que l'enfant soit influencé par les mauvaises personnes, et qu'ils devienne un petit lord arrogant et méprisant.
Cependant, au fond de son cœur, il cachait soigneusement qu'une part de lui ne voulait pas partager la renommée qu'il avait acquis.

Il culpabilisa légèrement pour ces pensées, mais il n'était qu'un homme, et il n'était pas infaillible, loin de là. Aussi, il éloigna le garçon sans remords, persuadé d'agir pour le plus grand bien.
Pour la même raison, il veilla à ne pas permettre à son parrain d'avoir un procès équitable. L'homme avait probablement eu un coup de folie sous la douleur d'avoir perdu ses amis, mais Dumbledore le savait ingérable et Sirius voudrait élever le petit Potter dans le monde magique, quels que soient les arguments du Directeur de Poudlard.

C'était un dur sacrifice, mais… c'était pour le plus grand bien.

La disparition de Voldemort changea la donne dans le monde magique, et le fragile équilibre entre lumière et ténèbres se modifia. Désormais, les familles usant de magie noire étaient pourchassées et la marque des Ténèbres était une marque d'infamie.

Il s'avérait que les sang-purs étaient affiliés aux ténèbres alors que les sangs-mêlés étaient proches de la lumière.
Cependant, au milieu de cet échiquier politique complexe, une famille ne respectait pas le moins du monde les us de ses pairs.

La famille Zabini était considérée comme neutre. Aphrodite Zabini, veuve du lord du même nom, multipliait les mariages. Elle choisissait ses maris aussi bien dans un camp que dans l'autre, et se moquait bien de la réputation qu'elle pouvait bien avoir.
Elle était une croqueuse d'hommes, certains la soupçonnaient même d'être une veuve noire, puisque ses pauvres époux n'étaient jamais vraiment résistants. Elle les épuisait à une vitesse alarmante, mais ça ne l'empêchait jamais de fondre sur une nouvelle proie pour convoler en justes noces.

De son premier mariage, celui duquel elle tirait son nom et une grande partie de sa fortune, elle avait eu un fils, Blaise. La prunelle de ses yeux, son trésor le plus précieux.
Aphrodite était une ancienne Serpentard, et elle se doutait que son fils suivrait le même chemin. Très tôt, elle lui apprit à rester en dehors de la guerre qui agitait le monde magique, en tant qu'observateur plutôt qu'acteur. Ainsi, quelque soit le camp vainqueur, la famille Zabini resterait debout.

Malgré ses fréquents mariages, et sa réputation, Aphrodite Zabini n'était pas une idiote. Au contraire, même. Elle était une femme d'affaire redoutable, et elle savait parfaitement gérer et faire fructifier sa fortune.
De la même façon qu'elle refusait de choisir un camp entre lumière et ténèbres, elle n'hésitait pas à faire affaire dans le monde moldu aussi bien que dans le monde magique.
Elle partait du principe que l'argent était le bienvenu, qu'il soit moldu ou sorcier.

De la même manière, lorsqu'elle était lasse d'un mari, elle profitait du monde moldu pour y chercher un amant. Elle était certaine ainsi de ne jamais être soupçonnée d'adultère.

La première fois qu'elle vit le gamin, Aphrodite ne le reconnut pas. Les années Poudlard étaient loin, et elle était dans le monde moldu après tout.
Son regard glissa sur le petit, avec une moue agacée. Elle voyait bien que l'enfant était minuscule, maigre et craintif, affublé de vêtements usés et bien trop grands, des bleus sur les bras prouvant qu'il avait été empoigné avec bien trop de force.

Ce n'était pas la première fois qu'elle croisait un gamin visiblement malheureux et mal aimé, mais cette fois, elle ne put se sortir la petite silhouette de l'esprit, son cœur de mère s'émouvant. Un détail en particulier avait retenu son attention. Le gamin avait une paire de lunettes bien trop grandes, et elles avaient été réparées par un morceau de sparadrap.

Cette réparation sommaire resta dans sa mémoire, comme si le sparadrap entouré grossièrement autour de la monture des lunettes était le détail qui rendait la vie de ce gamin insupportable. C'était stupide et anodin - sa maigreur ou les hématomes auraient dû plus la choquer - mais Aphrodite bloquait sur la paire de lunettes, persuadée que les tuteurs du gamin n'avaient jamais pris la peine de lui acheter des lunettes neuves et adaptées.
Comme le reste de ses affaires, ce devait être un objet récupéré et donné au garçon, comme s'il n'avait aucune importance.

Dès le lendemain, Aphrodite retourna dans le monde moldu, dans le quartier où elle avait croisé l'enfant. Elle sillonna les rues, attentive, sans succès.
Pendant une semaine, elle continua, n'envisageant même pas d'abandonner. Son instinct lui hurlait que c'était ce qu'elle devait faire, et qu'elle allait le trouver.

Et elle le trouva.

La seconde fois qu'elle le vit, le gamin était remorqué sans douceur par un moldu énorme et vociférant. L'enfant lui sembla encore plus misérable que dans son souvenir, et elle nota le morceau de sparadrap, qui la narguait. Elle suivit l'homme discrètement, observant son comportement, et elle dût se retenir de ne pas lui jeter de sort.
Le traitement réservé au gamin était inhumain, et Aphrodite décida de le sortir de là, même si c'était un petit moldu. Elle trouverait bien une façon de le protéger.

L'homme poussa l'enfant dans une ruelle et commença à lui hurler dessus, en le traitant de monstre. Bien qu'effrayé, le garçon releva la tête en signe de défi, et Aphrodite chancela légèrement. Cette posture lui était familière. Elle n'avait pas été amie avec lui, mais elle reconnaissait sans peine James Potter, l'Auror héroïque mort en protégeant sa famille.

Ainsi donc l'enfant prodige qui avait sauvé le monde magique avait été caché chez les moldus et avait atterrit auprès des pires spécimens de l'espèce humaine. Quelques années encore de ce traitement, et le pauvre gosse risquait de se tourner vers les ténèbres, pour devenir le prochain mage noir…
Repoussant ses réflexions, Aphrodite se décida à agir. D'un pas rapide, elle entra dans la ruelle, stupéfixa le moldu rouge de colère, et sourit au garçon.
- Bonjour Harry Potter. Il est temps que quelqu'un ne s'occupe réellement de toi, tu ne penses pas ?
Elle lui tendit la main, attendant qu'il ne se décide.
Le petit garçon plissa le front et jeta un coup d'œil craintif vers son oncle. Puis, il se mordilla la lèvre.
- Vous connaissiez mes parents ? Ils sont morts.
- Je sais. Ils ont été dans la même école que moi.
Les yeux verts du gamin brillèrent et sans même un autre regard à son oncle, il tendit la main et attrapa celle d'Aphrodite, un large sourire sur le visage.

Elle l'attira dans ses bras et le serra contre sa poitrine.
- J'ai un fils de ton âge, je suis certaine que vous serez les meilleurs amis du monde.

Avec la sensation d'avoir fait ce qu'il fallait, Aphrodite transplana avec le gamin dans les bras, bien décidée à le mettre à l'abri et à le protéger. Les Zabini étant neutres, elle allait offrir au Sauveur la possibilité de choisir lui même son destin, et elle mettrait toute sa puissance et sa richesse pour s'assurer que plus personne ne cherche à le manipuler.