Histoires nocturnes estivales

Semaine 4 - Réverbère

Cet os est écrit pour un jeu du FoF, il fallait le rédiger sur le thème "Réverbère" en une heure. Pour plus de précisions vous pouvez m'envoyer un mp.

Le jeune homme leva le bras bien haut et actionna la molette de l'objet qu'il tenait. A chaque pression, un réverbère de la rue s'éteignait et sa lueur disparaissait dans l'objet mystérieux.
Quand la rue fut sombre, le jeune homme soupira et regarda un espace vide derrière lui.
- T'es sûr de toi mon pote ?
Une tête brune et ébouriffée apparut soudain de nulle part.
- Je sais ce que je fais Ron.

Face à l'air dubitatif de son ami, Harry eut un large sourire et envoya une bourrade amicale dans le dos de son ami.
- Crois-moi, c'est l'endroit où je serais le plus en sécurité.
- Mais…

Cependant, le brun se dissimula de nouveau sous sa cape d'invisibilité alors que son ami soupirait en secouant la tête.
Ron observa les alentours avec une grimace septique, notant la rue miséreuse et sale, les maisons abandonnées. C'était sombre et glauque, pas vraiment l'endroit rêvé pour s'y établir.

En voyant son ami approcher de la seule maison qui ne semblait pas totalement abandonnée, Ron grommela doucement, conscient que Hermione allait le tuer lorsqu'elle découvrirait qu'il avait aidé Harry à réaliser son plan insensé.

Il hésita à le rappeler, pour tenter de le faire changer d'avis, mais le rouquin haussa les épaules, désabusé. Harry était une vraie tête de mule, et lorsqu'il avait décidé quelque chose, il n'y avait pas moyen de le ramener à la raison.

Ron observa la porte de la maison sinistre s'ouvrir et se refermer, et il attendit quelques instants, espérant presque voir son ami être jeté dehors avec pertes et fracas.
Cependant, après cinq bonnes minutes d'attente, Ron laissa échapper un soupir résigné et il leva le bras de nouveau, pour inverser les effets du déluminateur. Aussitôt, les réverbères se rallumèrent un à un, et Ron transplana, disparaissant de cet endroit déprimant que Harry avait choisi…

En arrivant devant la porte de la petite maison, Harry hésita un bref instant. Il prit quelques secondes pour se donner du courage et il poussa la porte, aussi silencieusement que possible.
L'intérieur de la maison était sombre, bien que propre.

Avec soulagement, Harry nota que tout était silencieux, preuve que celui qu'il venait voir ne recevait personne.
Il avança, regardant avec curiosité autour de lui, comme pour en apprendre plus.

En arrivant dans la pièce principale, le jeune homme s'immobilisa : il faisait si sombre qu'il était compliqué de détailler les lieux. En avançant, une latte du plancher craqua, mais il ne s'en soucia pas réellement, puisque l'endroit semblait désert.
D'un coup, les bougies s'allumèrent, et il sursauta. Une silhouette sombre était installée dans un fauteuil, et le jeune homme se mordilla la lèvre en pensant que le moment de vérité était arrivé.

Sa voix n'avait pas changé. Toujours aussi doucereuse.
- Potter.
Harry hésita un bref instant avant de sortir de sous sa cape, fixant l'homme avec un air de défi.
- Bonsoir Professeur.

Severus Rogue le fixa longuement, essayant visiblement de percer les raisons de sa présence chez lui. Finalement, le maître des potions se leva, drapé dans sa cape noire, le visage fermé.
- Vous êtes venu tuer l'assassin de Dumbledore.

Harry le fixa un long moment, d'un air impassible inhabituel chez lui. Puis il esquissa un petit sourire triste.
- J'étais présent.

Severus fronça les sourcils, visiblement perdu. Harry lui laissa quelques secondes, avant de préciser.
- Au moment de la mort de Dumbledore. J'étais là. Le Directeur m'avait stupéfixé sous ma cape, il voulait que j'assiste… à ce moment.

Severus tituba un instant, et blêmit, choqué. Il se reprit, mais pas assez rapidement pour masquer ses émotions - honte, colère, regrets… Il jura, d'une voix rauque, maudissant Dumbledore et ses éternelles manipulations.
Puis, reprenant son calme comme si l'instant n'avait jamais existé, il demanda au jeune homme face à lui les raisons de sa présence.
- Alors ? Y'a t'il une escouade d'Aurors à l'extérieur ? Vous allez me conduire à Azkaban ?

Harry laissa échapper un rire triste en regardant avidement l'homme. Il n'avait pas oublié son obsession pour le Prince de Sang-mêlé, et il n'était toujours pas rebuté par son identité réelle.
Il lui avait fallu quelques jours pour surmonter le choc de la mort de Dumbledore, et sa colère avait laissé place à la tristesse.

Les lumières des réverbères se rallumèrent à l'extérieur, et Severus sursauta. Harry ne bougea pas, se contentant d'une explication laconique.
- Dumbledore a transmis un objet bien pratique à Ron pour… passer inaperçu dans les quartiers moldus. Il devait rallumer les lumières en partant… Je suppose qu'il attendait de voir si vous alliez me jeter dehors.
- Et si je vous avais livré au Seigneur des Ténèbres ?

Harry sourit, tristement.
- Et bien dans ce cas, j'aurais du faire face à mon destin plus tôt que prévu.
Rogue eut l'air nauséeux, et il serra les poings avant de renifler, furieux.
- Que faites-vous ici, Potter ? Pourquoi n'êtes vous pas en sécurité avec les Weasley ou n'importe quel autre membre de l'Ordre ?
- Le Terrier a été attaqué par les Mangemorts. Pendant le mariage de Bill et Fleur.

Harry se tut un instant. Finalement, il tourna le dos à l'homme, pour regarder par la fenêtre la rue déserte.
- Saviez-vous pourquoi Dumbledore était dans la Tour d'Astronomie ?
Un grognement lui répondit, et Harry ferma les yeux, appuyant son front contre la vitre glacée. C'était une chose que de décider d'avouer ce qu'il avait sur le cœur, c'en était une autre que de réellement dire à haute voix ce qu'il avait fait. Puisque le Maître des potions ne répondait pas, Harry poursuivit.
- Le Directeur était mourant.
- Comment…

Harry se méprit sur la question, et ne fit pas attention au ton stupéfait de l'homme. Au lieu de quoi, il inspira, rassemblant tout son courage.
- Si vous avez jeté le sort qui… Qui a mis fin à sa vie, je suis autant responsable que vous. Nous revenions d'une de ces missions et les choses n'ont pas tourné tout à fait comme prévu.

La pièce resta silencieuse, et Harry laissa échapper un bref sanglot, avant de reprendre, tout en s'essuyant les yeux de sa manche presque rageusement.
- L'objet… l'objet que nous devions récupérer était au fond d'une vasque emplie de… poison et il m'a forcé à le faire boire. Je l'ai obligé à boire, encore et encore, alors qu'il me suppliait…

Derrière lui, l'homme jura, et Harry sursauta en sentant une main se poser sur son épaule. Les yeux brillants de larmes, Harry se retourna, et se retrouva pris dans une étreinte solide.
C'était probablement la première fois qu'il se retrouvait aussi près de son professeur, et il hésita un bref instant, le cœur battant, avant de passer ses bras autour de sa taille pour s'agripper à lui.

Au fil des années, Harry avait vu tous ses repères lui être arrachés. Ses parents d'abord, puis Sirius, et enfin Dumbledore. Mais cet homme sombre et caustique, ce professeur qui l'avait malmené depuis son arrivée dans le monde magique, il l'avait choisi.
Malgré lui, il lui faisait confiance, et même si parfois il avait envie de le détester comme avant qu'il ne découvre qu'il était le Prince de Sang-mêlé, il ne le pouvait plus.

C'était son protecteur, son phare dans les ténèbres, et l'objet de ses premiers émois d'adolescent. Il n'oserait jamais lui avouer qu'il rêvait de lui nuit après nuit, qu'il avait espéré se retrouver dans ses bras comme à cet instant.

Harry inspira profondément, se gorgeant de l'odeur familière de la salle de classe de potions, tout en s'agrippant à l'homme, espérant ne pas être rejeté.

Lorsque Severus prit la parole, sa voix n'avait jamais été aussi douce. Il regardait l'adolescent comme s'il le voyait pour la toute première fois, et semblait ne pas savoir comment réagir.
- Pourquoi être venu ici ?
- Parce que j'ai confiance en vous, Monsieur.

Avec un soupir résigné, Severus raffermit sa prise sur le jeune homme, incapable de le lâcher alors que pour la toute première fois depuis Lily quelqu'un lui offrait sa confiance inconditionnelle, sans rien exiger… Comme sa mère, le garçon serait sa perte.