Histoires nocturnes estivales

semaine 2 - Amphisbène

Cet os est écrit pour un jeu du FoF, il fallait le rédiger sur le thème "Amphisbène" en une heure. Pour plus de précisions vous pouvez m'envoyer un mp.

Harry était blotti dans la bibliothèque de Square Grimmaud, un lourd volume entre les mains, les sourcils froncés alors qu'il était plongé dans sa lecture.

Severus Rogue entra à grands pas dans la pièce, et remarqua immédiatement la présence du Gryffondor qui ne semblait pas l'avoir entendu. Il prit le temps d'observer le gamin avec soin, les lèvres retroussés en une grimace agacée.

Puisqu'il était au calme, et non pas agité à gigoter dans tous les sens, l'homme pouvait voir que l'adolescent ne ressemblait pas autant à James que ça. Il avait des traits venant typiquement de Lily, subtils mais présents.
C'était la première fois qu'il voyait le gamin aussi silencieux et posé, et il pensa avec un léger pincement au cœur que la mort de son parrain semblait l'avoir brisé.

Severus avait détesté Sirius Black passionnément, et il clamait que sa mort était une bonne chose. Cependant le chagrin de Potter l'avait déstabilisé.
Peut être parce qu'il savait que personne ne le pleurerait le jour où il serait tué, quoi qu'il ait fait pour racheter les erreurs de son adolescence. Parce que l'amour inconditionnel que le jeune homme avait porté à son parrain inconnu le laissait confus, il ne comprenait pas comment ce gamin imprévisible avait pu s'attacher si fort en si peu de temps.

Avec un lourd soupir, Harry tourna une page de son livre et son froncement de sourcils s'accentua. Severus se fit violence pour ne pas faire remarquer sa présence, et pour ne pas lancer une moquerie acérée qui ferait s'assombrir l'émeraude des yeux du gosse.
Il ne savait pas pourquoi, mais il adorait le mettre en colère. Le voir se crisper, et serrer les poings, voir ses yeux verts brillants s'assombrir jusqu'à parfois en devenir presque noirs.

Et Severus était passé Maître dans l'art de rendre furieux Harry Potter. Il trouvait toujours le détail qui faisait plonger le gamin, même s'il semblait décidé à ne pas réagir. Il avait reçu des remarques acerbes durant les réunions de l'Ordre, Dumbledore l'avait plusieurs fois convoqué à Poudlard pour lui demander de cesser de harceler Harry, mais il ne pouvait pas s'en empêcher.
Il savait que l'adolescent ne s'était jamais plaint, et que c'était ses amis qui avaient émis des reproches à son sujet. Cette absence de plainte de la part du petit brun lui laissait penser qu'il aimait autant que lui leurs affrontements.

Parce que bien qu'il soit un professeur, Harry ne se laissait pas faire. Il répondait aux provocations de Severus, et lorsqu'ils commençaient à se hurler dessus, il n'étaient plus un élève et son professeur détesté. Ils étaient des égaux.

Ce fut son expérience d'espion qui permis à Severus de ne pas sursauter lorsqu'il sentit une présence à ses côtés, et il se tendit, sa baguette immédiatement dans sa main.
Il y eut un rire, et il força ses épaules à se détendre lorsqu'il reconnu la voix grave de Kingsley Shakelbot.

Ce dernier resta un instant silencieux, observant lui aussi le jeune homme, puis il murmura ce qu'il pensait à son sujet.
- Tu es le seul à ne pas voir à quel point ce gamin fait de son mieux, Rogue.
Severus grogna, puis soupira.
- Il est suffisamment encouragé, il n'a pas besoin de mon soutien en plus du reste.

Kingsley laissa échapper un rire de nouveau puis il souffla.
- Tu es un espion hors norme, Severus Rogue, mais… Mais tu es vraiment mauvais à déchiffrer l'âme humaine.
- Que m'importe l'âme humaine ? Qu'est ce que tu veux Kingsley ? Viens en au fait !

Le grand noir ne se formalisa pas de la pointe d'acidité dans la voix de son collègue. Les yeux fixés sur Harry, il reprit, de sa voix douce.
- Ce gamin recherche ton approbation, Severus. Quoi que tu en penses tu es dans sa vie depuis son arrivée dans le monde magique, et tu es une figure d'autorité. Tu l'as sauvé plusieurs fois, et… tu es un de ses repères. C'est pour cette raison qu'il ne se plaindra jamais de ta façon de l'humilier en permanence dans tes cours contrairement à ses amis.

Severus renifla d'un air méprisant mais il resta silencieux, légèrement mal à l'aise alors qu'il se souvenait avoir vu une expression d'espoir sur le visage du gamin lorsqu'il lui amenait sa potion pour être noté.
Kingsley eut un sourire et posa une main légère sur l'épaule de l'espion.
- Il n'est pas James, Severus. Il ne l'a jamais été. C'est comme si je te reprochais de ressembler à ton père…

Il sentit la crispation du Maître des potions, mais il continua.
- Tu n'es pas Tobias, pas plus qu'il n'est son père. Ce n'est pas lui qui s'est moqué de toi dans ton enfance. Laisse lui une chance.
Severus lui jeta un regard furieux et s'écarta d'un pas pour dégager la main de l'homme. Sourcils froncés, il siffla d'un air colérique.
- Mêle toi de ce qui te regarde.

Kingsley secoua la tête, et lança un coup d'œil à Harry, toujours concentré. Puis, il fixa Severus.
- Cesse de le pousser à bout Severus. Entre l'espoir du monde magique et le mangemort repenti, il y a peu de doute sur celui qui obtiendra le soutien de l'ordre.

Le Maître des potions eut une grimace, comme s'il avait mordu dans un citron. Il resta silencieux, fusillant l'autre homme du regard jusqu'à ce que Kingsley quitte la pièce.
Puis, il s'approcha silencieusement du gamin pour lire le titre du livre qu'il lisait avec tant d'attention. "Répertoire des reptiles et amphibiens du monde", par Norbert Dragonneau.

Harry dut sentir une présence parce qu'il leva la tête de son livre et sursauta en voyant son professeur le fixer.
- Monsieur ?
Impassible, Severus resta silencieux, fixant le gamin. Ce dernier se tortilla, visiblement mal à l'aise et baissa le regard. D'un coup, il se redressa, nerveux, et s'humecta les lèvres avant de poser une question inattendue.
- Est-ce que les amphisbènes ont des propriétés en potions ?

Severus cligna des yeux lentement et se redressa, reprenant inconsciemment une posture professorale.
- Avez-vous la moindre notion en herpétologie, Monsieur Potter ?
Le ton était sec mais pas agressif, et Severus nota avec surprise que le gamin se détendait et un petit sourire passa sur son visage avant qu'il ne prenne un air attentif.
Severus cacha son étonnement, et reprit ses explications, gardant son ton incisif.
- A ma connaissance, les amphisbènes n'ont pas de venin. Ce sont des fouisseurs, plus proches du ver-de-terre que du serpent. Aucun intérêt dans l'art délicat des potions.

Harry hocha la tête, et eut un sourire lumineux.
- Merci professeur.

Severus se tendit, incapable de dire si le remerciement était pour la réponse qu'il avait donné - et qui devait se trouver dans son livre - ou pour l'attention qu'il lui avait donné. L'homme grogna vaguement avant de quitter la pièce à grands pas, agacé de sentir le regard du gamin dans son dos.