L'Ambassadeur Maudit

Freud et le Dragon (7)

NdA : je tenais à remercier les (quelques) lecteurs assidus qui suivent cette histoire, et je me suis dit que c'était l'occasion de répondre (enfin !) aux (quelques) reviews que j'ai reçues, en ce début de chapitre ! (certaines datent d'il y a plus d'un an, mais à l'époque je ne maîtrisais pas encore les arts occultes régissant la plateforme de Fanfiction, et n'ai donc pas réussi à y répondre... Wattpad est tellement plus lisible ! Vous m'excuserez donc de ce léger retard (après tout, mieux vaut tard que jamais, comme le disait le sage Peregrin Touque en voyant arriver les troupes du Rohan à la bourre lors de la glorieuse bataille de Minas Tirith). De toutes manières, cette histoire est la mienne, j'y fais ce que je veux et cette parenthèse s'éternise quelque peu).

LilyCatSunshine : Je sais pas ce que tu as fumé ! Mais a priori c'est de la bonne - super histoire du coup :)

- Du jus de chaussettes. Je le distille quotidiennement dans mon placard à chaussettes. Les effets de son inhalation sont plutôt curieux sur mon organisme. En tous cas, merci !

Schum : Super histoire, j'ai adoré te lire. J'aime beaucoup ton humour

- Merci ! (je ne sais pas quoi dire de plus, mon petit coeur est tout fondu... techniquement c'est un AVC...)

Nemo : *n'arrête pas de rire* manque plus que Maupassant et on a presque toute la clique des dépressifs anonymes .
Sinon bon style d'écriture! Faire lire du Sochpenoher/Lovecraft (dsl orthographe~) les detraqueurs sont des génies !
Bon courage à notre viccc médium préféré ! Les détraqueurs d'un rouge politique ahh là là !
Je me demande si la 3eme année va être modifiée ! Hâte de la rencontre de nos persos préférés avec notre duos de majestueux bras cassés ! ( Plus précisément bras cassés dans un sens littéral, ils sont un peu broyé par le système les pitits !)
Et attendez une seconde, les armes contre les détraqueurs c'est soit leur lire du Baudelaire, du Victor Hugo (à ses heures de peines) ou leur montrer un roman feeling good maiiis mais.
*Code 404 la lectrice est cassée par excès de visualisation, je répète la lectrice est cassée ceci n'est pas un exercice *

- Maupassant je l'ai jamais trouvé triste, ses nouvelles me font toujours marrer (suis-je une psychopathe ?). En tous cas, désolée de te décevoir mais Orpheus Persefson ne reviendra plus, le bonus se concentre uniquement sur son ex-psy. J'ai hésité à décrire sa mort dans un épilogue...mais ça aurait été trop triste par rapport au reste. Peut-être une autre fois. (Et j'espère que depuis le temps, la lectrice est réparée !)

Amaniel : Tu sais que tu es génial ? Ton histoire est totalement déjantée et je l'adore, merci beaucoup de l'avoir écrite. C'est très rare d'avoir un truc sur les Détraqueurs, et les imaginer en communistes voulant monter des syndicats, mener des grèves et déclamer du Shopenhauer est juste diaboliquement magnifique ! PS: Sache que j'ai beaucoup ri et que j'adore ton humour. )

- Merci, on me traite souvent de génie (enfin surtout les gens imaginaires dans ma tête qui me vouent un culte et sacrifient des chatons sept fois par jour pour implorer ma miséricorde...). Blague à part, je me suis souvent demandée ce que les Détraqueurs pouvaient bien penser en vrai... ce sont des créatures maléfiques, d'accord, mais bon, ils sont quand même forcés de travailler 24h/24 sans congés payés pour un gouvernement dont ils n'approuvent pas la politique trop démocratique à leur goût... Même les Elfes de Maisons sont mieux traités ! Et vu qu'ils aspirent les souvenirs et les âmes des gens, ça me paraissait plutôt logique de les voir tenter d'imiter les humains, ne serait-ce que pour s'adapter à leur mode de pensée pour pouvoir les rendre tristes plus efficacement.

Bon, et à présent : place au chapitre ! Bonne lecture !

« Allez, debout Ra…machin…ski ! » tonna une voix aigue masculine peu aimable.

Le concerné – Radziejewski – se retourna tout en se dressant hors de son fauteuil. On lui avait demandé d'attendre dans la salle d'accueil, devant le comptoir, le temps que son directeur de stage vienne le chercher. Il toisa le petit jeune homme qui lui faisait à présent face – Jonas n'était pas bien grand lui-même, mais son interlocuteur ne mesurait pas plus d'un mètre cinquante, bien que la lueur de mépris dans ses yeux laissait sous-entendre qu'il étriperait vif quiconque oserait lui faire remarquer ses quelques dizaines de centimètres manquantes. Était-ce lui, son directeur ? Il semblait avoir à peine dix-sept ans !

L'inconnu reprit lorsqu'il vit que Jonas s'était levé :

« J't'amène à la chtarbée. Grouille. »

Il parlait en roumain, sans prendre la peine d'articuler et qui plus est dans un registre familier : tout ceci n'aida pas Jonas à comprendre. Cependant, il comprit qu'il devait le suivre, et s'exécuta sans oser poser de questions.

Ils sortirent par l'entrée principale et le petit adolescent mena directement l'ex-psychomage hors de l'avenue principale du quartier magique, préférant se faufiler dans des ruelles mal éclairées, peuplées de trafiquants de Bavboules, de taggeurs de balais magiques et de vendeurs illégaux de Poudre de Cheminette – du moins était-ce ce que l'instinct de conservation et l'imagination dictaient à l'esprit inquiet de Jonas (la réalité était moins exaltante : les ruelles regorgeaient de pique-pockets, de voleurs à la tire, d'escrocs et de tueurs à gages – pas si différentes des quartiers moldus, en somme). L'inconnu mena agilement l'ex-médicomage à travers toutes ces sinuosités malodorantes et malveillantes, au point où Jonas ne put bientôt plus du tout se repérer malgré ses efforts pour garder le nord. Il commençait sérieusement à s'essouffler – le sport n'avait jamais fait partie de ses points forts – et surtout, à se méfier : et si cet individu rabougri lui voulait en réalité du mal ? Et si c'était un Mangemort qui le prenait pour un Auror, comme Charlie Weasley la veille ? Ou pire : un Auror qui le prenait pour un Mangemort ! Comment le persuader, si tel était le cas, qu'il était innocent et que l'envoyer à Azkaban serait une terrible méprise ? Presque fiévreusement, le visage à présent pâle et tourmenté, Jonas se remémora les innombrables symptômes de son dernier patient, l'employé à Azkaban nommé Persefson : ses crises d'angoisse, ses crises de panique, ses crises hystériques, ses crises suicidaires surtout, que des crises, pas un moment de paix, des traumatismes dans tous les recoins tortueux de son esprit instable comme si chacun de ses souvenirs était traumatique, puis le vide dans son regard dans ses très rares moments d'apaisement, comme si la souffrance qui semblait tisser son existence était devenue son seul moyen de vivre, sa seule ancre avec le reste du monde. Deviendrait-il ainsi, lui aussi, après quelques mois passés dans la monstrueuse prison magique ? Il préférerait encore largement se faire tuer proprement d'un Avada Kedavra en plein cœur…

Il n'eut pourtant pas le courage de sortir sa baguette et la pointer sur son guide, même si tous ses sens lui criaient de le faire il se laissa entrainer dans son sillage, sans prononcer la moindre parole, réfléchissant du mieux qu'il le pouvait à la stratégie qu'il devrait adopter pour le convaincre qu'il n'était pas un allié des forces du mal.

Le jeune homme finit par s'arrêter devant un immeuble à trois étages gris et sale, posa sa main sur la porte ce qui provoqua un cliquetis mécanique et poussa la poignée sans même se retourner vers Radziejewski. Ce dernier resta quelques instants sur le seuil, observant la façade triste et peu accueillante du bâtiment, avant de se décider à emboîter le pas à l'inconnu, désormais presque résigné.

Ils montèrent par la cage d'escaliers jusqu'au dernier étage, où le jeune homme ouvrit la porte d'un appartement, tout aussi délabrée et mal entretenue que le reste de la construction.

L'intérieur était pour le moins… inattendu. Jonas hésita mentalement entre qualifier la pièce de laboratoire d'un magizoologiste obsédé par les dragons, ou de l'antre de Baba Yaga en personne qui aurait tout juste dépecé un de ces reptiles volants pour en faire son souper. La réponse se présenta tout naturellement et d'elle-même en la personne d'Irina Hori, dans toute sa splendeur en robe de chambre tachée d'éléments divers dont il semblait préférable de ne pas connaître la composition et l'origine, toujours son chapeau de cow-boy enfoncé sur le crâne, préparant ce qui semblait être du lard sur une poêle à frire.

« Greg ! s'exclama-t-elle en voyant entrer le petit jeune homme, qui cracha d'un air dégoûté en reniflant l'odeur de viande grillée. Et… mais c'est Radj-ski ! Ah oui, c'est vrai, je suis ta directrice de stage ! »

Les pires craintes de Jonas au sujet du dénommé Greg s'avérèrent futiles et tout à fait bénignes en comparaison de cette dernière information.

« Ma…ma directrice…de stage... ? » bafouilla-t-il, effondré.

Il regrettait presque les horreurs d'Azkaban.

« Ouaip, bonne chance avec la chtarbée, marmonna Greg, presque compatissant.

« Eh, comment tu m'appelles toi ? s'énerva Irina, délaissant ses lards et sa poêle pour faire face à l'adolescent, qu'elle dominait d'au moins trois têtes. J'suis ta tante j'te rappelle, tu me dois le respect !

« C'est votre neveu ? s'étonna Jonas.

« Adoptif », rétorqua sèchement Greg.

L'ex-médicomage fronça les sourcils, et Irina éclata de rire, oubliant sa colère.

« J'ai trouvé ce p'tit pouilleux dans la rue, alors j'l'ai pris avec moi. Mais comme j'voulais pas qu'il m'appelle « maman » alors j'lui ai dit qu'il pouvait m'appeler comme il voulait. C'était « tatie », avant que ça devienne « folle-dingue », puis « tarée », puis « casse-couilles » et là, « chtarbée » - sa dernière trouvaille ! Rha, c'est vraiment des p'tits cons ces gosses !

« T'arrêtes de dire que je suis petit ?! fulmina Greg, à présent tout rouge.

« T'avais qu'à manger ma soupe quand t'étais marmot ! répliqua moqueusement la dragonnière.

« Elle est dégueu ta soupe ! D'ailleurs, tout ce que tu fais est dégueu, tu sais pas cuisiner !

« Ah ouais ? Tu vas voir, sale p'tit merdeux, si c'est dégueu ! Tiens ça, dans ta tronche ! »

Et elle envoya violemment les lards grillés par sa magie droit sur le visage de Greg, qui esquiva pourtant avec une facilité déconcertante et afficha un rictus sardonique lorsque les lards s'écrasèrent dans un « splatch ! » peu ragoûtant sur le mur.

« Tu t'fais vieille, la chtarbée ! ricana-t-il.

« C'est ça, et toi t'as toujours l'air d'un gosse de douze piges ! »

Jonas n'eut même pas le temps de comprendre ce qui se passa ensuite : avec une vitesse surhumaine, la tante et son neveu (adoptif) sortirent leurs baguettes et, tandis que Greg envoyait le maléfice de Crache-Limaces à la dragonnière, celle-ci attira à elle les deux lards, les nettoya d'un Tergeo, les replaça dans la poêle à frire et eut encore le temps de matérialiser un grand bouclier magique réfléchissant, qui renvoya le sort de Greg sur son lanceur. Mais ce dernier eut tout de même le réflexe de lancer un Protego et de s'élancer à une vitesse folle vers sa tante, traversant son bouclier, dans l'intention manifeste de lui infliger un douloureux coup de pied au tibia. Celle-ci esquiva en sautant gracieusement sur sa table de cuisine, lui tira puérilement la langue et s'apprêta à lui envoyer un nouveau sort, mais renversa accidentellement sa poêle, posée à côté de son pied, dont le contenu se répandit sur le sol. Greg, pris dans son élan, glissa maladroitement sur le gras des lards et ne reprit son équilibre qu'in extremis. Ces quelques fractions de seconde suffirent à Irina pour lui lancer une puissante onde de magie répulsive, qui le projeta à travers la porte ouverte.

Inquiet, Jonas se précipita vers le couloir pour vérifier que l'adolescent ne s'était pas brisé la colonne vertébrale contre le mur en briques. Il constata avec surprise que Greg s'était enfoncé dans une matière qui semblait moelleuse, à la place du mur, et comprit qu'Irina avait préalablement métamorphosé le mur du couloir en mousse pour réceptionner son neveu.

Ce dernier se relevait, essoufflé et moite de sueur. Il s'écria vers sa tante :

« C'est pas du jeu, c'est à cause de ta cuisine dégueu !

« Il faut savoir exploiter son environnement quand on se bat, déclara sagement Irina en se donnant un air pédant.

« Des conneries, t'as pas fait exprès de faire tomber ta poêle ! Toutes façons, j'en ai marre, j'me casse ! Tu fais chier, la chtarbée ! »

Et sans plus, Greg s'élança dans les escaliers. Irina ne fit même pas mine de vouloir l'arrêter : au contraire, elle éclata d'un rire gras.

« Rha, ces gosses ! Savent jamais c'qu'ils veulent, ces p'tits cons !

« Il…il avait l'air malheureux d'avoir perdu…, fit discrètement remarquer Jonas.

« Qui, lui ? Nan, faites pas gaffe à ça, il se donne en spectacle ! Sûrement complexé par sa taille, ce merdeux… y aurait de la psychanalyse à faire avec sa caboche, c'est moi qui vous l'dit ! »

D'un geste négligent, elle fit reprendre au mur sa forme et sa texture d'origine et retourna dans son appartement, faisant signe au passage à Jonas de la suivre. Lorsqu'il fut entré, elle referma la porte et le mena vers ce qui semblait être sa salle à manger où elle prit place dans un large fauteuil et le laissa poireauter debout, s'amusant de sa politesse anglaise qui l'empêchait de s'asseoir sans y avoir été invité.

« Bon, revenons à nos dragons, dit-elle comme si elle poursuivait une discussion passionnante amorcée quelques minutes auparavant. J'ai été désignée pour être ta directrice de stage… quelque chose comme ça… parce que personne voulait s'en charger, vu qu'ils croient tous soit que tu es un méchant, soit que tu es un agent anglais venu enquêter. Enfin bref, vu que personne voulait, j'ai dit à Charlie : « Laisse-le moi, qu'on en parle plus, ras-le-cul de cette histoire ». Et du coup, les autres glandus du service d'intervention sur le terrain me prennent maintenant tous soit pour une méchante, soit pour une agente secrète venue enquêter avec toi. J'sais pas si t'as tout capté à ma situation, là.

« J'ai encore un peu de mal avec le roumain, mais j'ai compris l'essentiel, répondit l'ex-médicomage. En somme, j'ai une dette envers vous : vous prenez des risques pour moi. »

Hori étendit ses longues jambes sur le fauteuil et releva un peu son chapeau, laissant filtrer l'éclat de ses yeux marron.

« Si tu veux, on peut dire ça, dit-elle prudemment. Pour être tout à fait sincère, je ne fais pas ça de manière désintéressée : tu m'intrigues, et je ne suis toujours pas tout à fait convaincue par ta version des faits. En tous cas, si t'es un agent du Ministère anglais, alors t'es vachement doué pour mentir et te faire passer pour un débile moyen. »

Voyant que Jonas soupirait de lassitude, exaspéré du fait que personne ne semblait capable de croire en son histoire, elle reprit précipitamment :

« Enfin dans tous les cas, j'me suis dit qu'ce serait rigolo de te voir face à un dragon. C'est pas des bestioles comme les autres, tu sais : ils ont des pensées, des émotions, des sentiments complexes… Je m'étonne souvent qu'ils ne parlent pas, ils ont l'air d'en être capables par moments. »

Jonas tendit attentivement l'oreille, captivé par ce que venait de lui dire la dragonnière : il rêvait depuis déjà quelques mois d'étudier ces dragons, lui aussi trouvait cette science passionnante ! Il brûlait d'impatience de faire enfin une rencontre directe avec ces créatures formidables.

« En plus, si j'en crois ce que tu dis, t'es censé être psy, continua Hori. Tu pourras peut-être les comprendre, mieux que personne ! J'ai jamais été douée avec tout ce qui est magie spirituelle, j'me contente de sentir ce que je touche et ce que je vois. Toi tu pourrais avoir un autre point de vue ? Ça pourrait faire avancer les recherches. »

Jonas fut étonné de découvrir que, derrière son aspect de cowboy grossier et mal léché, Hori demeurait une draconologue passionnée et avide de connaissances, une scientifique motivée par ses recherches. Elle ne faisait pas que s'amuser avec les dragons : elle tentait sincèrement de les comprendre et de les analyser pour percer tous leurs mystères.

Il comprit à ce moment là qu'ils allaient bien s'entendre, tous les deux.