L'Ambassadeur Maudit

Freud et le Dragon (1)

NdA : les chapitres que voici forment un "court" récit dans le style de l'Ambassadeur Maudit, en lien avec son univers : il s'agit d'une fanfiction dans une fanfiction, si vous préférez. "Freud et le Dragon" est une histoire bonus, focalisée sur l'ancien psychiatre d'Orpheus Persefson, parti en Roumanie étudier les dragons (cf chapitre 1 de l'Ambassadeur Maudit). Seulement, son écriture a pris plus d'ampleur que prévu, et au lieu de la publier en un seul chapitre, j'ai décidé de la tronçonner en quelques dizaines de parties moins imposantes.

Ceci dit, à présent, je vous souhaite une bonne lecture !

L'atmosphère fraiche de la matinée recouvrait la vaste étendue d'herbe saupoudrée de givre de l'aéroport lorsque l'avion se posa dessus. Après avoir contemplé pendant quelques instants de plus que nécessaire, par la petite fenêtre à côté de son siège, ce paysage déconcertant pour qui n'entrait pas souvent en contact avec les moyens de transport aériens moldus, l'homme qui y était assis finit par se lever pour suivre les gens s'agglutinant déjà autour du sas de sortie.

Jonas Radziejewski, d'âge moyen, les cheveux bruns et les yeux dissimulés par de petites lunettes aux verres épais au milieu d'un visage d'aspect assez banal, était en pleine reconversion professionnelle - chose qui l'avait poussé à quitter son Angleterre natale. Tandis qu'il marchait dans l'aéroport de Bucarest à la recherche de la porte de sortie – ses bagages, il les avait bien sûr miniaturisés et glissés dans sa poche, il ne tenait pas à se frotter à l'administration inefficace des moldus en cas de problème – il se disait mentalement qu'il avait finalement bien fait de prendre l'avion : les Portoloins programmés pour aller en Roumanie se montraient souvent défectueux, allez savoir pourquoi, et le seul autre moyen de s'y rendre était par balai – un objet envers lequel Jonas nourrissait une méfiance très justifiée depuis qu'il s'était cassé une jambe en tombant lors d'un cours de première année à Poudlard. Mais visiblement, personne n'avait pensé à créer un transport magique alternatif entre les deux pays après tout, la plupart des Britanniques se rendant en Roumanie le faisaient pour étudier les dragons, et quand on ne craignait pas de se trouver face à un reptile cracheur de feu de plusieurs dizaines de mètres de haut, alors ni les balais volants, ni le risque de se faire désartibuler par Portoloin – en fin de compte assez minime en comparaison des dangers professionnels quotidiens que couraient les spécialistes ès-dragons – ne constituaient des menaces dont la raison dictât de s'alarmer outre mesure.

A cette pensée, le sorcier s'arrêta et contempla le plafond de l'aéroport d'un air rêveur, tandis que des moldus se pressaient autour de lui et le contournaient, en lui lançant parfois des remarques en roumain dont il saisissait le sens général – l'expression d'un certain mécontentement du fait qu'il bloquait le passage, formulé en des termes dont il préférait ne pas connaître la traduction exacte. Il n'était probablement pas très adapté pour le métier dans lequel il s'apprêtait à entrer. Jusque là, il avait exercé la respectable profession de médicomage dans l'aile dédiée aux soins psychiatriques de l'hôpital Ste-Mangouste. Il était même devenu un guérisseur plutôt renommé après avoir traité un certain nombre de cas de dépressions sévères en apparence incurables seulement, son dernier cas l'avait marqué à jamais et poussé à la démission. Il avait compris que, si ce patient se repointait un jour – ce qui ne faisait aucun doute au vu de la gravité de son état (dans un monde idéal il aurait dû être interné à vie dans une chambre d'isolement, en camisole de force et stupéfixé au cinquième degré) –, lui ne tiendrait pas le coup, psychologiquement. Plusieurs infirmières, et pas des plus fragiles, avaient craqué après quelques jours en compagnie de ce type, et on avait dû leur consacrer des séances normalement adressées aux victimes de traumatismes violents…

Mais il valait mieux oublier tout cela et se tourner vers l'avenir, songea Radziejewski tandis que les bousculements se faisaient de plus en plus insistants au fur et à mesure que les gens perdaient patience. La psychiatrie n'avait peut-être pas été sa voie… peut-être que son véritable destin résidait en la draconologie ?

L'ex-médicomage laissa un large sourire éclairer son visage et reporta son attention vers la porte de sortie, qu'il n'avait toujours pas trouvée d'ailleurs. Oui, l'avenir qui s'offrait à lui dans ce pays inconnu s'annonçait radieux, il le pressentait déjà !