Quand la pureté reste dans l'âme

Fin d'année 1991

Quand la pureté reste dans l'âme

La noble et moderne famille Black

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Chapitre 64 :

Fin d'année 1991

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Ecoute : Adrian von Ziegler – Eternal Ice

BrunuhVille's – Fallen Tears

Happy medieval Fantasy Music – Chill Tower

Lundi 23 décembre 1991

Les rues de Moscou étaient désertes. Un homme, habillé de tissus noirs et chauds, détonnait d'avec toutes les décorations des non-sorciers et sorciers. Des guirlandes électriques illuminaient les façades, des étoiles étaient dessinées à peu près partout et d'immenses sapins étaient dressés sur les diverses places. Les lumières se reflétaient dans les boules dorées, vertes et rouges qui ornaient les divers arbres de noël.

L'âme en peine, ou presque, l'homme observait les couples rire et jouer dans la neige. Les enfants pleuraient, hurlaient de joie ou quémandaient des cadeaux. Noël était à nouveau là. Comme chaque année. Le temps passait… le temps passait, et ce, de plus en plus rapidement. Le temps décidait pour chacun, il défilait aussi vite que l'eau dégringolait d'une cascade.

Il repensa à son premier amour. Sa meilleure amie. Sa tendre amie qui était devenue, dans son esprit, la femme de sa vie. Mais ses choix l'avaient conduit sur d'autres chemins que sur les siens et Lily s'était détournée, à cause de mots formés de lettres pourtant communes… mais des mots durs. Involontaires, peut-être. Sûrement. Dits sur le coup de l'énervement, certainement. Mais ces mots avaient signé sa perte.

Perte… qu'il l'avait pleuré. Il aurait tellement aimé se promener dans ces rues avec elle, main dans la main… Mais avait-il été réellement amoureux, ou était-ce l'amour qu'il porterait à une sœur ? Non… c'était de l'amour…

« L'amour est une belle chose, mon enfant. C'est un sentiment précieux. Ne le perd jamais. »

Il tourna au coin de la rue, et son regard se perdit sur les animaux dorés, brillants de mille feux. Les étoiles formaient d'étranges constellations dans le ciel foncé et dépourvu de nuages. Plus il s'enfonçait dans les ruelles de la vieille ville, plus les bruits s'atténuaient. Mais l'ambiance, l'atmosphère de fête le suivait sans cesse. Le poursuivait. Ces belles décorations… cet air de joyeuseté qu'il ne s'était guère permis d'observer réellement depuis des années… il ne méritait pas d'être heureux, non. Il en était même hors de question. Quelque chose en lui, lui disait de s'éloigner des êtres vivants. Il ne méritait pas toute l'attention que son entourage lui donnait. Il gâcherait tout, s'il acceptait à nouveau cette lueur d'espoir qui brillait au fin fond de son cœur endurcit…

« Tu as le droit d'aimer à nouveau, mon fils. Lily t'a aimé, tu l'as aimé. Mais n'est-il pas temps de laisser au passé la chance de rester le passé ? Ne voudrais-tu pas vivre pour le présent, et pour l'avenir de nos enfants ? »

Une larme coula. Comme il haïssait ces sentiments… il n'arrivait jamais à faire face. Il n'y arriverait jamais. Oui, il était lâche… mais il préférait fuir ces sentiments, avant de sombrer dans la tristesse… Il voulait encore tenir, pour Harry. Plus pour les yeux de Lily, non. Pour l'enfant qu'il avait réussi à apprécier comme étant le fils de Lily. Le fils qu'il aurait peut-être pu avoir, dans une autre vie… sans regrets. Non, il n'avait plus de regret. Mais… Pourquoi avait-il autant de mal à garder son masque et ces émotions silencieuses, aujourd'hui ?

Son corps eut quelques sursauts. De l'eau coulaient lentement mais sûrement des joues émaciées, fatiguées. Il ne put se contrôler plus longtemps. Quand avait-il pleuré pour la dernière fois ?

Une main douce, mais ferme emprisonna son épaule, et il aperçu plus qu'il ne vit une vieille dame, aux cheveux gris qui, il en était certain, avaient été noirs. La vieille femme le prit contre elle et, sa force le quittant, comme pétrifié, il se laissa aller à cette sorte d'accolade. Sa tête s'enfoui, sans qu'il ne puisse contrôler ses mouvements comme sa volonté le voulait, dans le cou de la femme. Sa volonté n'avait plus aucune raison d'être. Seules ses émotions bien trop vives commandaient le corps bien trop maigre et faible de l'ancien espion.

Un doux murmure le berça alors. Il sentait l'odeur réconfortante qu'il n'avait plus eu l'occasion de sentir depuis des décennies… ce parfum. C'était le berceau de sa plus tendre enfance.

« Mon fils. Je serai toujours là pour toi. Nous faisons tous de mauvais choix, n'en doute jamais. Mais ne te fais plus de mal pour ce qui fut le passé. Tu as sauvé l'Enfant, tu l'as rendu à sa famille. Vous êtes liés. Par ton premier amour, entre autre. Mais vis ta vie, mon enfant. Aime à nouveau, je t'en supplie. Sois fort, courageux, et ne cache plus tes sentiments car la tristesse n'est pas toujours une faiblesse. Si tu l'acceptes telle qu'elle est, tu deviendras plus fort et plus sage. Plus confiant. Sois la personne que ton cœur te dicte d'être. Je t'aime, mon fils. »

Le corps chaud contre lequel il s'était allé lui caressa tendrement le dos, avant de l'asseoir sur un banc et de l'enrouler dans une cape plus épaisse.

- Merci… formula-t-il difficilement, n'ayant pas la force de demander son identité.

« Je serai toujours là pour toi, ne l'oublie jamais. »

Severus observa alors le corps se dématérialiser, alors qu'une brume argentée se mêlait aux flocons de neige. Un bout de parchemin voleta alors devant lui, se déposant délicatement sur son bras.

« Je t'aime.

Eileen, ta maman. »

L'homme en noir pris doucement le papier, les mains tremblantes. L'inspiration qu'il prenait se glaça dans sa poitrine durant quelques instants. De ses yeux coulèrent encore quelques larmes, puis il le glissa dans la cape et observa à nouveau les décorations de fête autour de lui. L'heure était tardive, il lui fallait à présent rejoindre le palais des Mordinov. Il soupira alors, et se leva. Il essuya le reste de larmes qui coulaient sur son visage, protégé par un sortilège de réchauffement corporel. Il remercia la magie pour l'instant présent, osant à peine penser que l'apparition ait été réelle et que cela aurait pu être sa mère. Non, il fallait qu'il se concentre, afin de tourner définitivement la page ce soir, avant minuit. Avant minuit, il sera à nouveau libre. Libre de tous les serments qui pèsent sur son cœur, son âme et son corps. Libre de vivre sereinement. Ce soir, la famille Mordinov ferait un rituel afin de purifier son corps, afin de retirer cette marque qui hantait chacune de ses nuits. Afin de défaire les multiples serments qu'il avait dû faire. Demain serait un nouveau jour.

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Mardi 24 décembre 1991

Le 24 décembre était enfin arrivé. La petite famille était assise à même le sol, sur un tapis gris anthracite à poils longs et doux, piochant des viennoiseries de divers horizons sur la table basse tout en sirotant un chocolat chaud pour les 4 enfants et un café pour Elizabeth et Hardwin.

Les chats de Liberty Charms étaient également tous présents, profitant de la matinée pour obtenir le plus de gratouilles possibles. Un concours de qui ronronnerait le plus fort avait alors lieu.

Harry testait des petits gâteaux polonais alors que Hardwin préférait les pains au chocolat. La plus jeune de la famille, Clarence qui avait fêté son sixième anniversaire le premier septembre dernier, avait jeté son dévolu sur les pains aux raisins et au miel alors qu'Abigaelle mangeait tout ce qui pouvait avoir le goût d'amande et de chocolat.

- Essayez de garder de la place pour le repas de ce soir, les enfants, remarqua doucement Elizabeth avec un sourire tendre.

- Tu peux parler, se moqua Hardwin. Tu en es à ton cinquième pain à la crème sans compter que tu as mangé deux croissants, deux parts du gâteau de Lianna...

- C'est bon, n'Amour, j'ai compris, râla la mère de famille alors que les enfants gloussaient.

- Harry, tout va bien petit papillon ? demanda alors Abigaelle.

- Oui, tout va bien.

Harry observait sa famille, les yeux brillants. Le regard que posa Elizabeth sur lui le laissa deviner qu'elle savait. Elle savait à quoi il pensait… C'était le troisième Noël qu'il fêtait réellement. Le troisième mois de décembre qu'il passait en famille, avec des gens qui l'aimaient tel qu'il était. Il avait sacrément grandi, avait appris beaucoup de choses. Surtout à apprécier ces petits moments calmes et en toute simplicité, avec son oncle et sa tante, qui l'avaient adopté, ainsi que son cousin et ses deux cousines qui étaient, depuis l'été 1989, sa fratrie. Il n'échangerait sa famille pour rien au monde. Il les aimait de tout son cœur, de toute son âme.

Clarence posa alors sa tête sur les genoux de Harry qui, d'un geste spontané, caressa les cheveux châtains et incoiffables, bien que longs, de sa petite sœur.

- Tu es fatiguée, chouquette ? demanda Elizabeth.

- Non… fit la petite en baillant. C'est quand que Audrey et Niklas ils arrivent ?

- On dit « Quand est-ce qu'Audrey et Niklas arrivent », petite sœur, corrigea Abigaelle.

- Pardon, 'scuse moi, 'biga. Quand est-ce que Audrey et Niklas arrivent, maman ?

- Après le repas de midi, ma belle. Tout le monde devrait être là aux alentours de dix-sept heures.

- Severus vient aussi ? demanda Abigaelle.

- Oui, Abby, répondit Hardwin. Il est encore à Moscou je crois.

- Il… il va bien ? demanda timidement Harry.

L'homme lui avait toujours paru étrange, distant, mystérieux. Mais il pouvait affirmer à quiconque le voudrait que l'homme-en-noir avait sa confiance totale. Il n'avait certes pas l'air très sociable, mais Harry aussi bien qu'Elizabeth arrivait à lire dans ses yeux. Lire ses sentiments, ceux qu'il tenait toujours bien prisonniers de ses barrières mentales.

- Je dois l'appeler vers midi, tu pourras lui demander toi-même, mon grand.

- Merci, papa.

- Pas de quoi, Harry. Bien, qui reveut du chocolat ?

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Severus et Eulia discutaient de plantes alors que Lianna et Hardwin servaient du jus de citrouille aux enfants. La soirée était déjà bien entamée et les plus jeunes s'étaient endormis sur les canapés du salon, ou sur des matelas près des chats et chatons qui eux profitaient de cette chaleur humaine en se frayant un chemin entre les mains et les bras étalés.

Les adultes discutaient, riaient, racontaient des anecdotes aux adolescents encore assez éveillés pour suivre les conversations qui donnaient vie au Manoir. Severus avait l'air plus serein que d'habitude, bien que son teint pâle prouve une certaine fatigue. Ornelia, Silius et sa femme Mathilda étaient également présents.

Harry était épuisé : ils avaient joué à des jeux sans magie une bonne partie de l'après-midi et également fait une grande bataille de boule de neige. Abigaelle et lui s'étaient absentés dans le cours de l'après-midi alors que Severus traversait les barrières magiques du Manoir. Le Maître des Potions avait l'air fatigué, lui aussi, mais bien plus serein. Il avait visiblement eu un certain poids sur les épaules qui avait dû s'envoler définitivement au cours de la nuit. Abi et Harry avaient alors sauté sur l'homme, d'un commun accord, avant qu'Hardwin ait pu dire quoi que ce soit, et l'avaient serré dans leurs bras.

*~*~**~*~*Flash Back*~*~**~*~*

- Heureuse que tu ais pu venir, tonton Sev', murmura Abigaelle.

L'homme ne sut quoi répondre et demanda silencieusement de l'aide à Elizabeth, avant que ses émotions le trahissent.

- Sevy ! T'es tout en noir ! gronda alors la mère de famille sous les regards moqueurs d'Eulia et Hardwin.

- Il va en prendre pour son grade ? demanda Edouard à sa femme.

- Je crois bien…

- Sev, tu vas me changer ces vêtements tout de suite. Tu ne crois tout de même pas que tu vas participer à une fête joyeuse dans des tons aussi triste !

- Maman, l'interrompit Harry en se défaisant de l'étreinte. Le noir est une couleur de fête en chine et le blanc de deuil. Sev' est peut-être chinois, qui sait ! Il a les mêmes cheveux noirs, manque plus que les yeux brid… mmmmh !

Le concerné avait mis sa main sur la bouche de son filleul.

- Sale garnement, grogna Severus non sans un très léger sourire.

- Allez, viens, rajouta Elizabeth, je vais te filer une tenue plus convenable. Les enfants, déguerpissez avant que je ne vous change en citrouille !

*~*~**~*~*Fin du Flash Back*~*~**~*~*

L'après-midi avait défilé à une vitesse folle. Harry profitait pleinement de la journée avec sa famille et Severus avait longuement observé les adolescents s'amuser.

Clarence lui avait même demandé un câlin en le prénommant « Onton Everous » qui avait fait bien rire Hardwin, mais il avait joué le jeu et accepté l'étreinte de la fillette. Elle lui avait ensuite posé plusieurs questions sur les potions avant qu'Elizabeth la réprimande de déranger ainsi leur invité qui devrait plutôt profiter de la journée sans avoir à penser à son travail. Severus ne répliqua pas que c'était plus une passion qu'un emploi, et Clarence avait filé rejoindre les autres enfants de son âge.

Abraham avait ensuite discuté de son restaurant avec les adultes présents et la soirée avait débuté avec un interminable mais délicieux repas. Harry avait posé sa fourchette depuis longtemps et observait le visage pâle et fatigué du professeur de potions. Il riait de bon cœur, l'alcool aidant certainement. Savait-il qu'il en avait un peu abusé ? pensa Harry. Il en doutait. Eulia et Elizabeth le resservaient en boisson assez régulièrement alors que l'homme se détendait visiblement en discutant de potion avec les Mordinov et Hardwin. La famille Black se retrouvait exceptionnellement chez Sirius, dans la nouvelle maison qu'il avait achetée non loin du centre médicalisé. Les Tonks étaient donc aussi chez lui, bien qu'Alekzandra et Harry auraient apprécié passer Noël avec Nymphadora.

Les adolescents s'endormirent les uns après les autres, aux alentours de deux heures du matin, et les adultes les mirent au lit grâce à la magie. Chaque personne avait un lit attitré et Elizabeth souhaitait arranger le salon pour le lendemain matin – soit quelques heures plus tard en réalité – et faire apparaître tous les cadeaux.

Et ce fut ainsi que la matinée du 25 décembre débuta, aux alentours de dix heures. Elizabeth, fidèle au poste, avait, à l'aide de deux elfes et d'Eulia, nettoyé le salon et surélevé le grand sapin. Elles avaient placé des bougies supplémentaires sur l'arbre de Noël et déposé les dizaines de cadeaux au pied. Les chats étaient eux aussi présents, bien que n'ayant aucun moyen d'accéder au sapin et aux cadeaux grâce à un sortilège de repousse qu'avait posé Hardwin quelques jours plus tôt.

Salazar était alors posé, devant la cheminée, nettoyant précautionneusement son fils Eizan qui avait été sauvé par Harry à la naissance. Ezian avait maintenant deux ans et cinq mois et passait le plus clair de son temps avec les chats de la maison. Elizabeth ne l'avait pas vendu, tenant bien trop à ce petit miracle de la vie. Ezian aimait aussi les caresses de Harry mais l'adolescent ne pouvait prendre qu'un seul chat à l'école. Le jeune adolescent était aussi beaucoup plus attaché à Salazar qu'à Ezian mais ne l'avouerait peut-être jamais. Il adorait Ezian, mais Sally restait gravé dans son cœur, et son âme.

Les phénix étaient eux aussi réunis sur des barres attachées pour l'occasion, au-dessus de la cheminée, et observaient les enfants arriver un à un dans le salon. Des bougies flottaient au-dessus de la table à manger et des boules lumineuses, ressemblant à des étoiles, voletaient dans toute la pièce près du plafond.

Les fenêtres étaient décorées avec des dessins blancs et des flocons de neige. Des petites étoiles brillaient çà et là dans le manoir Potter, Liberty Charms portait, en ce jour de Noël, vraiment bien son nom.

Il y avait bien trop de nourriture aux yeux de toutes les personnes présentes, mais chacun commença à se servir en café, thé ou chocolat chaud. Les enfants observaient avidement le coin du salon, où étaient entreposés des paquets de toutes les couleurs.

Ce fut lorsque toutes les personnes présentes arrivèrent au salon qu'Elizabeth autorisa les enfants à aller voir au pied du sapin. Ce qu'ils firent dans des cris de joie et des « aaaah enfin ! C'est pas trop tôt ! ».

Les enfants déballèrent alors les cadeaux avec une vitesse incroyable, passant entre les chaises afin d'embrasser ou de câliner les personnes qui avaient offertes telle ou telle chose.

Même Severus s'était surpassé, il avait acheté une panoplie d'écharpes et de bonnets pour chaque enfant présent avec l'aide d'Elizabeth qui lui avait soufflé l'idée. A vrai dire, seuls Niklas, Audrey, Abigaelle et Harry eurent autre chose venant du Maître des potions.

Harry reçu un énième livre sur les potions mais aussi un vieux grimoire parlant des magies protectrices. Abigaelle reçu un livre parlant et décrivant les sortilèges de bricolages, d'enchantements décoratifs et de produits de beauté à fabriquer soi-même. Niklas et Audrey eurent tous deux des livres de potions et de sortilèges « déroutants » pour adolescents.

Severus reçu plusieurs vêtements de la part d'Elizabeth – ce qui lui fit lever les yeux au ciel enchanté – et plusieurs livres et romans qu'il pourrait lire tranquillement chez lui. Il eut également un coffret « détente » comprenant des serviettes chauffantes et une sorte de fouet dont les bouts étaient coupés et les pointes protégées par du caoutchouc, afin de se masser le crâne.

La fête continua toute la journée, jusqu'à la tombée de la nuit. La plupart des personnes rentrèrent ensuite chez elles, et Severus pris congés plus tard dans la soirée.

Bientôt, la nouvelle année commencerait. Mais avant cela, Elizabeth avait prévu une seconde fête de fin d'année, en date du 27 décembre.

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Les familles Black, Chourave, Prince, McGonagall et Flitwick étaient présentes sans compter quelques descendants des fondateurs que Hardwin avait alors invité par le biais de Minerva. Les enfants occupaient le premier étage du Manoir, avec les enfants et adolescents des divers couples arrivés durant l'après-midi. Les adultes discutaient de l'évolution du Ministère, des divers projets pour Poudlard et de la future rentrée. Minerva restait incertaine du nombre d'enfants qui retourneraient à Poudlard après le désastre du mois d'octobre. Fred et George y retourneraient, ainsi que plusieurs anciens, mais elle pensait les idées de renouveau bien trop grandes pour l'école dont le nombre d'élèves avait considérablement baissé au cours des dernières décennies.

Sirius proposa son aide avant de se voir remettre à sa place par Severus qui lui rappela son engagement en tant que commercial au sein de leur Laboratoire. Il s'excusa alors, disant qu'il souhaitait tout de même aider sous quelque forme que ce soit. Severus avait acquiescé et continua sa propre discussion avec Elizabeth et Solène Ross, la sœur de Tahlyia qui avait accompagné Sirius. Solène avait passé la fête de Noël seule, et Elizabeth lui demanda alors peinée, pourquoi elle n'avait pas demandé de venir.

- Je ne voulais pas déranger, puis c'est une fête familiale, fit fermement Solène. Je ne fais pas partie de votre famille.

Elizabeth inspira alors, voulant dire quelque chose mais la jeune femme continua.

- Ca ne veut pas dire que je ne vous apprécie pas, ne vous inquiétez pas, je ne voulais pas que ce soit mal pris ! Je… j'ai toujours été seule à Noël. A part au centre, mais je n'avais pas envie d'y aller cette année. Tahlyia a toujours eu ses propres amies et s'est incluse dans ces familles. C'est bien pour elle. Mais… je ne sais pas. Je… je ne sais pas ce que c'est, en fait, d'avoir une famille, finit-elle dans un murmure que seuls Elizabeth et Severus purent entendre.

- La prochaine fois tu viendras, fit Elizabeth. Tu auras une chambre où tu pourras te réfugier si tu n'aimes pas, mais hors de question que tu passes un Noël supplémentaire toute seule, ok ?

- Oui… oui maman, fit-elle avec un sourire légèrement moqueur.

- Vas-y, moques-toi de moi ! rit alors Elizabeth. Ne t'inquiète pas, va. Même Severus, le renfermé et l'associable de l'année a apprécié le passer avec nous !

- Je t'entends, Eliz, fit Severus en lui lançant un regard noir.

- Je n'en doute pas, petit frère !

Cela décrocha un rire franc à Solène qui observa la moue désapprobatrice de Severus.

- Et d'après Tahlyia, vous appréciez pourtant les moments joyeux, remarqua Severus.

- En effet, fit Solène.

Une boule se fit sentir dans sa gorge. Elle n'aimait pas vraiment se confier ainsi…

- Mais… Noël… ça me rappelle que nous n'avons pas de famille. Personne… nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes, Tahlyia et moi. Enfin, plus maintenant, elle… fit la jeune femme en observant sa sœur avec un tendre sourire. Elle s'est réconcilié avec Sirius, cet idiot de chien qu'elle aime tout de même. Ca fera un beau couple, je pense. Ma sœur ne se laisse pas faire et Sirius s'est largement fait remonter les bretelles par elle. Ils ont remis les points sur les « i » et elle l'a menacée de lui enfoncer un balai dans l'arrière-train s'il osait recommencer à faire l'imbécile et l'égoïste. Sirius semble faire son deuil peu à peu, le deuil de James et Lily. Ce n'est pas simple non plus. Il a enfin compris qu'il ne les retrouverait pas dans le petit Harry. Il s'en doutait, mais apparemment, une partie de lui semblait encore espérer… vainement.

- Et toi, dans tout ça ? demanda Elizabeth. Que fais-tu de tes journées si tu n'es pas au Centre ?

- Je lis, j'écris… je tricote un peu aussi, fit-elle en rougissant.

- Oh ! fit joyeusement la mère de famille.

- Ca ne vous choque pas ? demanda presque timidement Solène.

- Bien sûr que non ! Pourquoi cela me choquerait ?

- Je… les anciennes familles disent généralement que c'est assez… hm. Que c'est fait par les elfes et que nous ne devrions pas perdre notre temps avec cela. Mais j'aime faire des petits habits, même si je ne sais pas quoi en faire après… je les revends sur internet, grâce à une amie sans pouvoirs magiques. C'est un réseau… sur un ordinateur, vous savez.

- Oui, je vois, fit Elizabeth. Nous avons internet ici également, pour notre chatterie.

- Ah c'est pour cela qu'il y a autant de chats !

- Celui que tu es en train de caresser est celui de Severus, d'ailleurs.

- Oh… pardon.

- Vous… tu n'as pas besoin de t'excuser, répondit Severus en balayant quelque chose d'invisible de sa main droite. Il est rare de le voir autant à l'aise avec quelqu'un. Donc profitez…

- Profite ! J'ai déjà demandé de me tutoyer, on a le même âge ! rouspéta Solène alors qu'Elizabeth riait.

- Il va me falloir du temps, marmonna Severus.

- Comment s'appelle ce petit ange ?

- Aurelius Augustinus, répondit Severus. En l'honneur de Saint Augustin, ou Augustin d'Hippone né en 354 et décédé en 430 en province d'Afrique. C'était un philosophe, un théologien chrétien et aussi un des quatre Pères de l'Eglise occidentale chez les sans-pouvoirs. Ne me demandez pas pourquoi, j'ai vu ce chat, j'ai su qu'il porterait ce nom.

Solène sourit alors tout en grattant le menton du chat qui ronronnait bruyamment.

- Dans les livres il est écrit que son Dieu, Magia j'imagine, est au-dessus de beaucoup de choses, dont les humains et au plus profond de nous. Il a aussi mis, dans ses écrits, un certain accent sur la mémoire, l'intelligence et la volonté qu'il a nommé la « trinité intérieure ». La volonté, par exemple, permet de se diriger vers le Bien.

- Est-ce que vous auriez des livres sur cet homme ? J'aime beaucoup lire les écrits des sans-pouvoirs. Il y a tellement de choses, dans leurs croyances, qui ressemblent indirectement à notre propre croyance en Magia que ça m'a toujours intrigué.

- Oui, je pourrais en ramener.

- Minerva a l'air vraiment négative pour Poudlard, fini par faire remarquer Elizabeth.

- Je pense qu'elle le sera tant que la rentrée n'aura pas eu lieu, fit fatalement Severus. Elle a peur d'être déçue, du coup elle est négative… Son mari avait sûrement espéré que l'on évite le sujet, mais c'est râté.

- Je peux comprendre cette dame, rajouta Solène. J'ai un peu suivi grâce à la Gazette de Londres et les journaux irlandais en ont aussi parlé. Il y a eu quelques drames à Poudlard et Madame McGonagall doit réellement craindre des retombées de ce qu'a fait ce Dumbledore ces dernières années.

- Oui, effectivement, fit Severus. Le Grimoire des Inscriptions de Poudlard n'est pas encore à jour, d'après une des descendantes de Gryffondor il se remettra à jour le 31 décembre. Nous ne savons donc pas combien d'élèves reviendront réellement. Mais bon, je ne me fais pas de souci pour cela.

- A-t-elle trouvé un directeur ou une directrice pour Gryffondor ?

- Oui, elle a fini par trouver quelqu'un.

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Les adultes avaient passés l'après-midi à discuter de Poudlard et du renouveau au Ministère anglais. Le mari de Minerva avait espéré éviter le thème de Poudlard et avait craint une crise de panique de sa femme mais il fut soulagé lorsqu'il entendit Hardwin et un membre de la famille Prince donner des idées pour un nouveau règlement et que cela faisait briller les yeux de son épouse.

Parler de Poudlard avec ces membres d'anciennes familles avait fait renaître l'espoir en Minerva. Elle avait eu une sorte d'électrochoc, comme une poussée de bonnes ondes, d'espoir. Elle ne tapotait plus du pied contre le pied de la table et semblait boire les paroles des autres adultes.

Chacun rentra ensuite chez soit, après avoir bien mangé et bu divers hydromels. La famille Potter passa ensuite le réveillon en comité réduit, alors que Severus et Solène avaient été expressément invités par la famille Windsor. La terreur des cachots n'avait pas envie de passer une soirée de plus entouré de monde, mais il dû se rendre à l'évidence : Elizabeth et Harry l'avaient menacé de débarquer à Poudlard et de lui faire une « surprise » qu'il n'oublierait jamais s'il venait à ne pas répondre positivement à cette « invitation ».

Il s'y était donc rendu et avait malgré tout profité de cette belle soirée. A son plus grand soulagement, seule la famille proche d'Edouard était présente et ils avaient discutés de tout et de rien. Solène avait beaucoup rit aux histoires d'Eulia et Edouard, sans compter que leurs enfants avaient préparés plusieurs citations et énigmes marrantes.

Severus s'était surpris à apprécier la conversation qu'il entretenait avec Solène. La jeune femme s'intéressait à peu près à tout et retenait facilement toutes les informations qu'elle picorait çà et là. Severus avait été froid et distant avec tout le monde, mais Sergej lui avait fait remarquer que ses « connaissances » actuelles, telles qu'Eulia et Elizabeth, n'en avait que faire de ces manières soi-disant intimidantes. Même Harry et les jumeaux Weasley avaient réussi à traverser la forteresse bien gardée qu'était le cœur du dur professeur de Potion.

Severus se sentait mieux depuis le retrait de la Marque, mais plusieurs questions persistaient. Il ne savait pas réellement comment se comporter et avait tellement pris l'habitude de mettre de la distance entre lui et l'extérieur qu'il n'avait plus réellement conscience de ce qu'il pouvait dire, faire, ou non. Il tentait, en vain, d'étudier ses propres sentiments de la même façon qu'il étudiait les potions : minutieusement et excluant toute sorte d'émotion.

Harry… il tenait à Harry. Cela le fit grimacer, mais c'était la dernière chose qu'il lui restait de Lily. Ces yeux… ils ne le hantaient plus, non. Il lui rappelait les rires de l'enfant, et le regard émerveillé que l'adolescent avait encore, lorsqu'il lui racontait certaines expériences ou mêmes des faits réels et sorciers. Harry. Ce n'était pas Lily, non. Il n'était pas comparable à ses parents. C'était un jeune adolescent plein de vie, un être vivant à part entière. Attachant, oui. Severus s'était attaché à lui, malgré lui, et c'était réciproque.

Les jumeaux Weasley… il les appréciait. Il aimait leur créativité, leurs questions pointilleuses et parfois un peu trop poussées pour l'esprit assez coincé du Directeur des Serpentard. Il sourit à cette pensée. Oui, Fred et George l'avaient aidé à voir le monde autrement.

Puis il y avait la famille Potter et Windsor, sans oublier les Mordinov qui s'étaient imposés dans sa vie sans demander sa propre opinion sur le sujet. Ainsi que sa grand-mère et son oncle…

- Tout va bien, Severus ?

Snape releva alors la tête, revenant assez brutalement à la réalité. Il s'était à nouveau perdu dans les méandres de ses pensées. La femme à ses côtés avait les yeux marrons, les cheveux châtains et sa peau légèrement bronzée… ses yeux prouvaient son inquiétude réelle envers lui, et cela le toucha de plein fouet. Et dire qu'il ne voulait pas s'attacher… Ne s'attacher à personne… mais…

- Oui. Tout va bien.

Sa voix, étrangement rauque, trahi la phrase courte qu'il voulait dure et distante.

- Un verre de coca avec du rhum et du sirop de framboise, ça te tenterait ? demanda alors joyeusement Solène.

Du Coca

- Hm. Tant que vous, que tu ne veux pas m'empoisonner, essayons donc cette mixture !

Ils passèrent le reste de la soirée à tester divers mélanges à l'aide de la famille Windsor. Certains se révélèrent délicieux mais la plupart furent infects.

Tous les enfants étaient couchés lorsque les adultes tombèrent de sommeil dans leurs propres lits et Severus rejoignit son manoir, bien plus calme que les demeures des familles Potter et Windsor. Il s'occupa de ses animaux et donna aux elfes trois jours de congés. Enora avait bien protesté, mais il était professeur de potion, il serait donc bien capable de suivre une recette de cuisine afin de se nourrir. Ce n'est pas comme s'il avait toujours tout fait seul lorsqu'il était dans sa maison, dans l'Impasse du Tisseur.

Cette maison… où il ne remettrait les pieds pour rien au monde. Il faudrait d'ailleurs qu'il règle certaines choses de ce côté-là. Mais il devait préparer à présent les premières interrogations écrites qu'il prévoyait pour ses élèves. Le 7 janvier arrivait rapidement et Minerva était certainement déjà à Poudlard, afin de gérer le château.

Elle seule connaissait maintenant les lieux privés des fondateurs, et les animaux avaient été transportés grâce à la magie en lieu sûr, loin des élèves…

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